00:01RTL Matin, Céline Landreau.
00:047h44, l'invité d'RTL Matin.
00:06Bonjour Mélisabelle.
00:07Bonjour.
00:07Vous êtes correspondante de la chaîne CNN à Paris.
00:10Vous allez nous aider ce matin à lire les résultats de ces élections de mi-mandat aux Etats-Unis,
00:14à en comprendre aussi les enjeux après ce qui s'annonce déjà d'après les projections des médias américains,
00:19comme une très large victoire des démocrates qui s'empare de la Chambre des représentants et du Sénat.
00:24C'est une claque ce matin pour Donald Trump ?
00:27Oui absolument, d'autant que lui en a fait très clairement un référendum sur lui-même, sur sa présidence.
00:32Au moment où le parti républicain sentait que les démocrates commençaient à sentir venir cette vague bleue,
00:38ils n'osaient même pas imaginer le tsunami qu'ils ont gagné cette nuit,
00:44pas mal de stratèges espéraient justement prendre un petit peu leur distance.
00:47Pas mal de candidats dans leurs circonscriptions, leurs électeurs leur disaient les droits de douane,
00:53le coût de la vie, la guerre en Iran qui avait fait flamber le prix de l'essence,
00:56tout ça leur pesait beaucoup.
00:58Et donc ça aurait été une stratégie finalement de distanciation du président qui leur aurait servi.
01:02Lui a redoublé d'efforts pour faire le tour de tous ces états profondément rouges et finalement qui ont basculé.
01:08Et ce matin encore, il dit, il affirme que si son nom avait été sur les bulletins,
01:12les républicains auraient largement gagné.
01:14Il y a une forme de déni ?
01:15Oui, oui, je pense qu'il y a un déni parce que ce n'est pas simplement une claque par
01:19rapport au parti républicain,
01:20mais un effondrement véritablement de ce mouvement MAGA qui depuis dix ans tient entre ses mains,
01:26non seulement le parti républicain, le mouvement autour de Donald Trump,
01:30dont il était un espèce de culte de la personnalité autour du président.
01:33Il faisait la pluie et le beau temps au sein du parti républicain.
01:37Et d'ailleurs, une des choses qui est intéressante dans les résultats de cette nuit,
01:39c'est que même dans les états profondément rouges qui auraient dû revenir au parti républicain,
01:43qu'il avait gagné par dix, quinze, vingt points il y a deux ans,
01:46et même dans les états où il avait choisi un candidat MAGA plutôt qu'un républicain traditionnel,
01:53ce sont eux en général qui ont payé le prix le plus fort et qui ont été écartés.
01:57Et donc une véritable claque pour lui, pour le mouvement MAGA.
02:00Et ce qui est extraordinaire, c'est de considérer finalement sa puissance, son pouvoir de lui
02:05et de son mouvement au sein du parti républicain,
02:07à quel point il avait, entre ses mains, il la tenait d'une main de fer jusque-là,
02:11à tel point il s'est imposé jusque dans ses scrutins locaux,
02:15en disant c'est pour moi que vous avez voté, et plus du tout.
02:18Donc maintenant, cette toute puissance de ce mouvement,
02:21qu'est-ce que ça devient maintenant que cette invincibilité s'est évaporée cette nuit, en fait ?
02:27Alors on rappelle quand même que, de manière générale, les élections de mi-mandat,
02:31elles sont rarement un succès pour le pouvoir en place.
02:35Ça, ça s'inscrit dans une tradition électorale américaine.
02:38Là, c'est l'ampleur de la défaite peut-être qui...
02:40C'est l'ampleur de la défaite et c'est aussi le fait que depuis quelques mois,
02:43on voit un président en campagne face à un électorat qu'on sait être en colère sur le coup de
02:48la vie,
02:49qu'on sait être très en colère au sein de son propre mouvement par rapport à la guerre en Iran.
02:53Ils avaient en fait deux promesses en revenant au pouvoir en 2024.
02:56Plus de guerre à l'étranger et de baisser le coup de la vie.
02:59Pour les deux, c'est raté et la colère au sein de son propre mouvement par rapport à ça aussi,
03:03on l'entendait plus largement, on entendait la colère des gens par rapport au coup de la vie.
03:08Et voici un président en campagne qui parlait des dorures de Washington,
03:11de ses projets de construction et du fait que tout irait bien.
03:15Au final, avec en plus un bruit de fond,
03:17et c'est là où les candidats démocrates ont été très forts,
03:19et le parti qui s'est reconstruit une infrastructure dans des états comme le Texas,
03:23où jamais il n'avait eu d'infrastructure,
03:25ce qu'il n'avait jamais même pu espérer se battre dans ces états-là,
03:31il a non seulement construit cette infrastructure,
03:33il s'est emparé du sujet de la corruption.
03:35Et à un moment où les Américains étaient très en colère sur le coup de la vie,
03:38c'était très compliqué à défendre.
03:41Et à écouter le président, il n'y avait aucune prise de conscience
03:44du fait que ça pouvait rendre les gens, les mettre très en colère.
03:48Une déconnexion avec son électorat.
03:49Et juste, dernière chose, cet animal politique,
03:52qui depuis dix ans a quand même une capacité extraordinaire
03:54à entendre les gens, à leur parler, à sentir les choses,
03:57à se remettre de coups qui auraient été fatales
04:01pour n'importe autre campagne ou candidat.
04:03Et le voici, finalement, oui, il n'est plus invincible,
04:06et au contraire, c'est un tsunami bleu
04:09que les démocrates ont réussi à gagner cette nuit.
04:11Il reconnaît, lui, la défaite,
04:14et dit qu'elle est due en partie au moins à la guerre en Iran.
04:17C'est vraiment un point de bascule ?
04:19Oui, et c'est difficile d'imaginer où nous en serions,
04:22si elle n'avait pas eu lieu.
04:23Mais encore une fois, sur la question de la déconnexion,
04:25le parti républicain répétait, alors qu'il sait que
04:27cette guerre est encore plus impopulaire
04:30au sein de son propre parti et de la base MAGA,
04:33annonçait quoi ?
04:33Qu'après les mi-mandats, il y aurait des nouvelles frappes en Iran.
04:36Donc, à nouveau, une déconnexion par rapport à ce
04:37qu'avaient besoin d'entendre les Américains
04:39pour continuer à donner leur confiance
04:41au parti républicain et au président, surtout.
04:43Il a dit qu'il allait reconnaître cette défaite.
04:47On avait eu des craintes avant le scrutin
04:49parce qu'il avait dit, d'ailleurs, qu'il promettait
04:51de respecter le scrutin, seulement s'il était honnête.
04:54On peut lui faire confiance sur ce point ?
04:56Ça va être apaisé, les jours qui viennent ?
04:58Je pense que la taille de la victoire, finalement,
05:00aide à ce que ce soit une reconnaissance relativement apaisée.
05:03Parce que ça fait des années qu'il fait ce travail
05:05de démolition sur l'idée même de la démocratie américaine
05:08et de son fonctionnement.
05:09Et c'est ça aussi qui s'est passé cette nuit.
05:11C'est que, normalement, on a des passages de pouvoir
05:14entre républicains et démocrates,
05:15des passages apaisés, même quand ils sont contestés.
05:18On se souvient, il y a quelques années,
05:20le cadre constitutionnel est respecté par tout le monde.
05:22C'est ça qui a changé aussi dans le projet MAGA
05:24et dans la tête et dans les propos de Donald Trump
05:26qui fait cette démolition dans la tête
05:29des uns et des autres sur
05:31est-ce qu'il y a de la fraude massive ?
05:32Est-ce que le système fonctionne ?
05:34Est-ce qu'il fonctionne même quand ce n'est pas moi qui gagne ?
05:36Et finalement, il est reconnu parce que l'ampleur
05:38de la victoire des démocrates est indéniable.
05:40Si ça avait été plus serré, je pense que ça aurait pu être plus compliqué.
05:42Plus contesté.
05:43Et maintenant, Mélissabelle, à quoi faut-il s'attendre ?
05:46Est-ce qu'on doit se préparer à un bras de fer permanent
05:48entre le Congrès et le Président ?
05:50Le chef de file des démocrates à la Chambre des représentants
05:52promet déjà de poursuivre les responsables politiques
05:54coupables, je cite, de corruption sans précédent.
05:56Et on sait qu'il vise l'entourage, au moins, de Donald Trump
05:59qui s'est beaucoup enrichi depuis deux ans.
06:01Lui et son entourage, absolument.
06:03En fait, ça va donner, je vous parlais de ce mouvement magas,
06:07cette forme de...
06:10bascule surtout dans le deuxième mandat
06:11vers une forme autocratique de pouvoir,
06:13une espèce de démocratie illibérale,
06:15la prise de pouvoir par l'exécutif,
06:17le fait que les contre-pouvoirs ne fonctionnaient vraiment plus.
06:19Là, le contre-pouvoir revient.
06:21Et donc, ça va être des capacités
06:23à contraindre un petit peu les actions de l'exécutif
06:27sur les pouvoirs de guerre,
06:29sur les droits de douane,
06:30et à commencer des enquêtes, effectivement,
06:32sur les questions de corruption,
06:33pour essayer de regarder de beaucoup plus près
06:36et de contraindre l'exécutif
06:37à agir
06:41moins...
06:42sans entrave et avec une toute puissance
06:44dont il avait pu jouir jusque-là.
06:46On va quand même expliquer aux auditeurs
06:48qui nous écoutent ce matin,
06:49qui connaissent peut-être un peu moins
06:50les arcanes de la politique américaine,
06:52que Donald Trump ne perd pas tout pouvoir.
06:54Pour autant, il a d'ailleurs déjà prévenu
06:56qu'il pourrait dire qu'il pourrait devenir
06:57M. Véto.
06:59Ça veut dire quoi, concrètement ?
07:00Il va pouvoir bloquer tous les textes
07:01votés par le Congrès ?
07:02Il va pouvoir voter.
07:04Il peut servir à son veto, bien sûr.
07:06Il peut continuer à essayer
07:07d'exercer son pouvoir par décret,
07:10comme il l'a beaucoup fait,
07:11surtout depuis le début de ce deuxième mandat.
07:13Mais ça va être beaucoup plus compliqué,
07:14maintenant, de faire les choses
07:15sans aucune réponse à donner, finalement.
07:18Les contre-pouvoirs, là, se réaffirment.
07:20Si les démocrates n'avaient pas gagné le Sénat,
07:22ça aurait été plus compliqué.
07:23Là, ils vont avoir quand même
07:26le législatif entre leurs mains.
07:28Et ça leur donne un peu
07:28à vos pouvoirs de proposition de loi
07:30et surtout d'enquête judiciaire.
07:34Ça donne le pouvoir de réclamer, finalement,
07:36des réponses de l'exécutif.
07:37Et jusque-là, personne ne le sait.
07:38Président, on suit évidemment nous ça
07:39avec notre regard de français, d'européens, ce matin.
07:42Est-ce que cette défaite, elle peut changer
07:43la politique internationale américaine
07:46ou pas fondamentalement, au fond ?
07:48Elle peut changer, parce qu'il y avait aussi
07:49au cœur de ce deuxième mandat,
07:51beaucoup plus radical,
07:52beaucoup plus révolutionnaire, en fait,
07:53que le premier,
07:54un désir d'exporter aussi la vision MAGA au monde,
07:57une agressivité vers le reste du monde.
07:59En 2025, c'est sept pays différents
08:01qui ont été bombardés par Washington.
08:03Une bellicosité aussi,
08:04qui était toute nouvelle.
08:05Maintenant, le Congrès va pouvoir quand même
08:07peser sur ça, les pouvoirs de guerre.
08:10Jusque-là, ils ont eu du mal
08:11à faire porter, finalement,
08:14ce qu'est leur capacité à contraindre
08:16le président à leur répondre.
08:18Ça ne sera plus le cas.
08:19Merci beaucoup, Mélisabelle,
08:20correspondante de CNN aux Etats-Unis.
08:23Dans un instant, un homme...