Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 29 minutes
L'explosion des prix des carburants va-t-elle asphyxier les entreprises ? L'activité économique va-t-elle souffrir de l'incertitude autour du budget, et de l'instabilité politique liée à l'élection présidentielle de 2027 ? Patrick Martin, le président du Medef, est l'invité de Céline Landreau à 7h40 dans RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Céline Landreau du 17 septembre 2026.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02RTL Matin, Céline Landreau.
00:04L'invité d'RTL Matin maintenant, jusqu'où seront-elles mises à contribution pour boucler le prochain budget ?
00:09Comment font-elles face à la crise des carburants ?
00:11Combien de temps les entreprises françaises peuvent-elles tenir ?
00:15Bonjour Patrick Martin.
00:16Bonjour.
00:16Vous êtes le président du Medef et vous publiez aujourd'hui
00:20Génération empêchée aux éditions de l'Observatoire.
00:22Le gouvernement a annoncé hier la prolongation des dispositifs d'aide face à la crise des carburants,
00:27prolongation jusqu'au 31 décembre.
00:28C'était un minimum ? C'est suffisant ?
00:32C'est suffisant, c'est surtout dans la limite des capacités budgétaires du gouvernement
00:37qui a été acculée, les finances publiques sont acculées
00:41parce qu'un certain nombre de décisions irresponsables ont été prises ces dernières années,
00:46en particulier l'an passé avec la suspension de la réforme des retraites
00:48qui pompe 6 milliards d'euros dans les caisses de l'État.
00:51Les mêmes qui demandent maintenant des aides devraient faire leur examen de conscience
00:55en se demandant s'ils ont eu raison de dégrader les finances publiques
00:59qui étaient déjà dans un état critique.
01:01Donc les entreprises paient aujourd'hui les responsabilités de nos dirigeants hier ?
01:04Les ménages, les entreprises, on est dans un monde d'illusions et on est rattrapé par les réalités.
01:09Ma propre entreprise par exemple va supporter 1 million d'euros de coûts de carburant de plus cette année.
01:15Alors il y a le coût du carburant lui-même, il y a tout ce qu'on appelle les intrants,
01:19nos achats de matières plastiques et d'autres produits à base d'hydrocarbures.
01:24Donc on est dans la même situation que les ménages, à part qu'on a nos salariés,
01:29il y a 12 millions de salariés dans les entreprises du MEDEF,
01:32donc il va falloir également qu'on traite le plus consensuellement possible,
01:36le plus intelligemment possible les augmentations de salaires.
01:38Patrice Joffron, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie qui était à votre place ici même mardi,
01:43nous disait qu'un litre d'essence à 2,50 euros, c'était tout à fait possible à court terme.
01:48Les entreprises françaises, elles résisteraient avec des tarifs pareils ?
01:50Non mais ça dépend des secteurs d'activité, il y a l'essence à proprement parler,
01:54mais je le redis, il y a tout ce qui est à base d'essence on va dire,
01:57et qui impacte considérablement les prix de revient dans la chimie, dans le bâtiment, etc.
02:01Donc c'est très difficile de dire que 2,50 euros...
02:03Vous observez déjà des alertes sur de possibles dépôts de bilan liés à cette crise-là ?
02:06Mais bien sûr, alors pas seulement liés à cette crise-là, à nouveau c'est lié aussi à des errements,
02:11je dirais, dans les politiques publiques françaises qui chargent de plus en plus les entreprises.
02:15Il y a un rapport sénatorial sorti la semaine dernière qui redit que les entreprises françaises
02:19sont les plus taxées au monde.
02:20Mais on bat des records de faillite, je vous le confirme.
02:23Alors justement, vous parlez des taxes, des finances publiques,
02:26le gouvernement se réunit en séminaire aujourd'hui pour plancher sur le budget,
02:29budget qui doit être ficelé dans les jours qui viennent et présenté à l'Assemblée à la fin du mois.
02:33Est-ce que vous êtes inquiet, vous Patrick Martin, de la copie que rendra le gouvernement Lecornu ?
02:37Est-ce que vous avez obtenu suffisamment de garanties ?
02:40On est inquiet, mais pas de son fait.
02:42On est inquiet parce que la conjoncture est ce qu'elle est,
02:44et ça ne se résume pas au prix des carburants.
02:47Et on est inquiet parce qu'il y a un panorama politique absolument ingérable.
02:51Le Premier ministre nous a envoyé il y a quelques jours une lettre aux entrepreneurs
02:54qui est plutôt rassurante,
02:56en s'engageant à ce qu'il n'y ait pas d'augmentation d'impôts.
02:58On regarde ça avec beaucoup de précision parce que ça ne veut tout et rien dire,
03:01mais quand même c'est plutôt bien.
03:03Ça c'est le point d'entrée, semble-t-il, du budget au Parlement.
03:06Ça ne nous dit rien du point de sortie.
03:08Donc tout ça surajoute à une forme de fébrilité dans nos rangs,
03:11ça se traduit dans les investissements, dans les emplois,
03:13et ça se traduit surtout dans le fait que,
03:15alors qu'on est confronté aux mêmes situations internationales,
03:18la France, les entreprises françaises,
03:20sous-performent par rapport à leurs concurrents espagnols, polonais, allemands, hollandais.
03:25Donc il y a un décrochage de la France.
03:26Il faudrait quand même que tous nos politiques s'en rendent compte et se ressaisissent.
03:29Ce décrochage, vous parliez du nombre record de faillites.
03:33C'est combien d'emplois supprimés ?
03:35C'est combien d'entreprises qui tombent les unes après les autres ?
03:37On est sur une tendance qui s'accélère de 70 000 dépôts de bilan annuels.
03:42Ça s'accélère, j'insiste, et ça touche maintenant des tailles d'entreprises plus importantes
03:46et des secteurs d'activité plus divers, notamment l'industrie et le bâtiment.
03:51Donc voilà, moi je ne veux pas être totalement alarmiste.
03:53Ça veut dire que le chômage va continuer à monter ?
03:54Bien sûr, mais le chômage continue à monter.
03:56J'insiste sur un point, les chiffres ne sont pas si mauvais que ça sur le chômage,
04:00même si on est remonté à 8,3% de taux de chômage et que l'INSEE prévoit 8,6
04:05% à la fin de l'année.
04:07Mais enfin, c'est quand même un peu fort de café.
04:08C'est dans le privé qu'il y a des destructions d'emplois.
04:10On continue à créer des emplois dans le secteur public, alors qu'on n'a plus un an.
04:15Vous, vous proposez, pour aider à redresser les comptes publics, d'augmenter la TVA,
04:19cette taxe qui touche biens et services, de l'augmenter de 2,3%.
04:22Ça revient aussi indirectement à réduire un pouvoir d'achat qui est déjà bien renié par l'inflation,
04:26la flambée des prix du carburant.
04:28Est-ce que vous allez pouvoir augmenter les salaires en face ?
04:30D'abord, on n'est pas les seuls à le proposer, si j'ai bien lu.
04:35Ensuite, ça serait contrebalancé par une baisse des cotisations sociales pour les salariés.
04:41Nous, on a fait chiffrer ça par des économistes qui ne sont pas des salariés du MEDEF.
04:45Ça aura un impact positif sur la croissance, sur le pouvoir d'achat.
04:48Ça générerait 300 000 emplois.
04:49Ça nous rendrait de la compétitivité.
04:51On taxerait beaucoup plus les importations.
04:53Donc, on parlait de SEB.
04:54Vous parliez de SEB tout à l'heure.
04:56Ça consoliderait les entreprises qui produisent en France.
04:58Donc, tout ça est assez vertueux.
05:00Il ne faut pas, autour de cette histoire de TVA,
05:03une fois de plus, être dans des postures, des dogmes, des anathèmes.
05:07Nous, on est pragmatique.
05:07On veut que le pays réussisse.
05:09Et les biens de première nécessité seraient épargnés, d'ailleurs, dans votre position précise.
05:11Pardon, oui, oui, j'aurais dû le dire.
05:13Et j'insiste, les deux postes principaux de dépense des ménages modestes, c'est le logement.
05:17Il n'y a pas de TVA et des produits de première nécessité
05:20qui sont sur une TVA à taux réduit, à laquelle on ne toucherait pas, effectivement.
05:23On a parlé de la colère des pêcheurs au début de cet entretien.
05:26Patrick Martin, est-ce que vous craignez, vous aussi, les appels à la mobilisation,
05:29au retour des gilets jaunes le 17 octobre prochain ?
05:32Oui, on les craint, tout en étant convaincus que ça ne réglerait rien.
05:39Et on est très inquiets de tout ce qui pourrait, d'auprès ou de loin,
05:42ressembler à une instrumentalisation politique.
05:46Patrick Martin, la situation, elle est critique, on le comprend à vous entendre.
05:49Plus encore, peut-être, pour la jeunesse à qui vous dédiez ce livre,
05:52Génération en péché, qui sort aujourd'hui.
05:54Des jeunes frappés de plein fouet par le chômage
05:56et qui ont de plus en plus de mal à s'émanciper à partir de chez leurs parents,
05:59on en parlait dans le journal de 7 heures,
06:00plus de 4 millions de jeunes de 23 à 34 ans
06:03qui vivent, ont vécu chez leurs parents à l'âge adulte.
06:05Comment on l'aide, cette génération tanguie,
06:07souvent malgré elle ? Vous parliez du logement.
06:10Oui, enfin, moi, je tape surtout du point sur la table.
06:12Il y a un scandale français dont les politiques ne parlent pas beaucoup.
06:15On a deux fois plus de jeunes au chômage
06:17que dans les autres pays européens.
06:19On a sept fois plus de jeunes...
06:2120% de taux de chômage au moins de 25 ans,
06:23mais ça ne concerne que 40% de la tranche d'âge.
06:25On le rappelle parce que les autres sont...
06:27Non, mais on compare des choses comparables.
06:29En Suisse, c'est sept fois moins de jeunes au chômage.
06:32Ça tient à quoi ?
06:32Ça tient au fait qu'on n'a pas réussi en France
06:35à développer l'apprentissage autant qu'il le faudrait,
06:38à casser ces barrières entre l'enseignement et l'entreprise.
06:41Donc, il faut regarder ce qui se passe autour de chez nous,
06:43ce qui se passe aussi à l'autre bout du monde,
06:45à Singapour, en Chine, au Vietnam,
06:47ou même en Afrique, si on va au Maroc.
06:49Donc, il y a des schémas complètement figés.
06:53Il faut qu'on s'occupe des jeunes.
06:54Si on s'occupe des jeunes, on s'occupe de tout.
06:56On s'occupe d'eux-mêmes, d'abord, dont leur logement,
06:59mais on s'occupe aussi de la croissance,
07:00des compétences, du pouvoir d'achat, de la santé mentale.
07:03Moi, le Medef sera peut-être tout seul à le faire,
07:05mais il s'occupera des jeunes.
07:06Mais l'entreprise, elle peut vraiment jouer ce rôle
07:08en période de crise ?
07:09On sait que quand les carnets de commandes se vident,
07:11les apprentis, les alternants,
07:12c'est les premiers à en faire les frais.
07:13On gèle souvent les embauches ?
07:14Je vous le confirme, d'autant plus que,
07:17par souci d'économie budgétaire sordide,
07:19on est venu raboter les aides à l'apprentissage,
07:22qui, en réalité, sont indirectement déjà financées
07:24par les entreprises.
07:25Ça crée de l'incertitude, ça crée de l'instabilité
07:27sur ce dispositif, en plus de ce qu'on a évoqué
07:30sur la conjoncture.
07:31Donc, moi, j'appelle nos 240 000 entreprises adhérentes
07:34à ne pas arrêter de recruter des jeunes,
07:36des apprentis, de prendre des jeunes en stage,
07:38parce que c'est notre avenir, par définition,
07:40c'est leur, et on leur doit ça,
07:42et c'est l'avenir du pays qui est en cause,
07:44les politiques devraient bien s'en occuper.
07:45Patrick Martin, président du MEDEF,
07:48qui publie donc aujourd'hui
07:48Génération empêchée, pourquoi la jeunesse
07:50doit être une grande cause nationale
07:51aux éditions de l'Observatoire ?
07:52Lui, il n'est plus tout à fait...
Commentaires

Recommandations