00:00Chaque jour, un expert de marché nous rejoint, nous accompagne pour défaire les idées reçues.
00:04Aujourd'hui, c'est Christian Biteau, professeur de finances à l'ESSEC, vice-président de Swiss Life Gestion Privée.
00:11Bonjour Christian.
00:12Bonjour.
00:13Bienvenue.
00:14Ravi de vous retrouver.
00:15Ravi aussi.
00:16Ravi aussi.
00:17Beaucoup trouvent des circonstances atténuantes à la BCE, qui a relevé quand même ses taux beaucoup plus que la fête
00:22depuis un an.
00:22Ces gens qui trouvent des circonstances atténuantes à la BCE, vous trouvez que c'est des gros mythos ces gens.
00:27Voilà, c'est tout.
00:29Gros mythos, la BCE n'a pas relevé ses taux directeurs lors de la dernière réunion, comme la fête, donc
00:35elle a choisi le statu quo.
00:37Pourtant, vous persistez à penser qu'elle est trop dure, plus dure que la réserve fédérale américaine.
00:40Oui, ce n'est pas qu'elle est trop dure, c'est qu'elle est clairement plus dure, c'est
00:43-à-dire moins accommodante.
00:44Si vous ne regardez que les taux d'intérêt, les taux d'intervention de refinancement à court terme, vous pourriez
00:50dire la Fed est à 4%, la BCE est à 2,65%.
00:55Par rapport, pour les deux zones, à des inflations qui sont comparables, 3,7%, 3,8%.
01:00Donc, la BCE serait plus accommodante vis-à-vis de l'économie, du crédit.
01:05Mais en fait, non.
01:06Ce que l'on va voir, et peu de gens l'ont repéré, c'est qu'il y a une
01:09autre variable de la politique monétaire que peuvent utiliser les banques centrales, qui a eu beaucoup d'importance et qui
01:14est en train de reprendre de l'importance.
01:16C'est ce qu'on appelle le total de bilan, le total des actifs.
01:20Tout ce qu'une banque centrale a acheté, c'est le total asset, tout ce qu'elle détient à son
01:24actif.
01:25Donc, quand elle achète des titres sur le marché, elle abonde en liquidité sur le marché, puisqu'elle les achète
01:31à des détenteurs de titres, voire à des émetteurs de titres.
01:34Quand on mesure ceci, on sait que ça a été ce qu'on a appelé le quoi qu'il en
01:38coûte, le record absolu, a été atteint en 2022, suite au Covid, où il fallait financer les dettes des États.
01:44Là, le bilan de la BCE était surgonflé.
01:47Il était monté à 8 800 milliards d'euros, je n'ai pas donné trop de chiffres, j'arrondis, mais
01:51vraiment, on voit bien une pointe absolue, c'est le quoi qu'il en coûte, on le sait, c'était
01:55le financement des déficits des États.
01:57Alors, quelles sont les conséquences de tout ça ?
02:02Depuis 2022, en fait, la Fed comme la BCE ont pratiqué un régime drastique qu'on a appelé le quantitative
02:08tightening, c'est-à-dire arrêter de faire tourner une sorte de planche à billets,
02:12puisqu'elle finançait les économies en émettant sa propre monnaie, en fait, au niveau du passif, elle n'a pas
02:17de contraintes, en fait, c'est le rôle d'un institut d'émission.
02:20Donc, il fallait restreindre cette énorme gabegie, en fait, d'argent et de dettes publiques, et de 2023 jusqu'à
02:27aujourd'hui, les banques centrales ont clairement fait baisser le total de leur bilan,
02:31donc se sont séparés de dettes détenues principalement, et on le sait pour la zone euro, c'est important, de
02:36dettes d'État qui étaient détenues en portefeuille.
02:38Alors, ce qui est intéressant, c'est de voir ce qui se passe depuis le début de l'année, à
02:42l'époque où vous venez de parler, en fait, des montants de liquidités
02:46qui vont être absorbés par les marchés à cause d'entreprise, de SpaceX, c'est-à-dire tout l'argent
02:50que l'intelligence artificielle, le développement des data centers va demander.
02:55Eh bien, il faut aussi voir l'argent des banques centrales, qui sont de loin les plus gros acteurs, puisque
02:59eux n'ont pas de logique, en fait, de bilan, ça pourrait aller très très fort.
03:03Si je prends les chiffres, j'ai essayé de ne pas vous en donner trop, mais ce qui est vraiment
03:06intéressant, c'est que la Fed, finalement, a commencé à relâcher un tout petit peu son régime.
03:11C'est parmi les a beaucoup mangé, mais quand on fait le total de bilan de la Federal Reserve, il
03:16était au 1er janvier de 6 640 milliards de dollars, il est aujourd'hui de 6 745 milliards de dollars.
03:23Ce n'est pas une véritable hausse, mais ça veut dire qu'ils sont passés en mode véritablement pause, ils
03:27ne sont pas encore tout à fait accommodants.
03:29Alors que pour la BCE, au-delà du discours très agréable de Madame Lagarde lors de sa dernière réunion fin
03:35octobre, ce que l'on constate, c'est que ça continue.
03:38Là, les chiffres sont, début de l'année, 6 321 milliards d'euros en total de bilan. Aujourd'hui, il
03:45n'y en a plus que 5 934 milliards d'euros.
03:48Alors, ce n'est pas énorme, mais c'est tout de même une réduction qui continue quand on regarde un
03:52graphique sur une ligne droite.
03:54Ça fait 400 milliards d'euros de moins sur le marché. Donc, 400 milliards d'euros qui ont été certainement
03:59repris à d'autres mains, en fait, de liquidités retirées au marché.
04:02Alors, il faut dire qu'on sort d'une période où on avait atteint des montants absolument records de quantité
04:07de monnaie sur les marchés.
04:09Donc, c'est peut-être la fin de quelque chose. Maintenant, pourquoi il y a urgence à avoir cette stratégie
04:15de la part de la BCE ?
04:16Alors, ensuite, c'est la qualité de la politique monétaire. C'est quand il faut remonter les taux, il ne
04:21faut pas les remonter trop tôt, il ne faut pas les remonter trop tard.
04:23Quand il faut le quantitative easing, il faut donner de l'argent avant qu'on soit en véritable récession, ou
04:28il faut en retirer quand il y a de l'inflation.
04:30Tout va être le moment où, comme la Fed l'a fait depuis le début de l'année, depuis déjà
04:34le mois de novembre de l'année dernière, c'est-à-dire qu'elle commence à inverser sa politique sur
04:38cette variable qui est absolument majeure.
04:39Alors, je ne dis pas que la BCE, puisqu'on n'a pas les détails, a vendu des obligations.
04:44Néanmoins, il est certainement probable que la BCE n'ait pas renouvelé des échéances.
04:49C'est-à-dire que des obligations arrivent à échéance, l'État rembourse.
04:52Si la BCE ne rachète pas de nouvelles obligations, il faut que l'État trouve de l'argent ailleurs.
04:56Et ça, ça a été une pression supplémentaire sur les taux d'intérêt observés depuis le mois d'août.
05:01Très clair. Les taux ont monté parce que le baril de pétrole a remonté.
05:04Mais vous avez remarqué qu'ils ont particulièrement monté en zone euro.
05:08et dans certains pays comme la France, puisque nos taux à 10 ans, maintenant, tutoie tous les jours.
05:12On est au même niveau, 4,90, 4,93, les taux à 10 ans américains, ce qui ne s'était
05:17pas produit depuis fort longtemps.
05:18Vous avez remarqué que la France est l'État le moins rigoureux d'Europe,
05:22ou l'un des moins rigoureux sur le plan budgétaire d'Europe.
05:24Et pourtant, quand il y a un Français ou une Française à la tête de la BCE,
05:27alors là, la BCE, elle est beaucoup plus...
05:28On sent que quand c'était... Jean-Claude Trichet, la BCE était très dure.
05:33Très, très dure.
05:34Et même, Christine Lagarde, elle est plus dure aussi que la fête.
05:37C'est intéressant. Quand les Français sont à la tête de la BCE, là, ils ne lâchent rien, pour le
05:40coup.
05:40Donc, au-delà du discours, il faut aller regarder les chiffres comptables.
05:43C'est un peu ennuyeux, mais on a tout de même trouvé des choses assez intéressantes.
05:46Il est possible, pour terminer sur une note plus positive tout de même,
05:49que la BCE agisse par prudence.
05:51C'est-à-dire qu'elle diminue son bilan maintenant,
05:54elle se met de côté, elle se préserve des réserves
05:57qui lui permettrait, en cas de gros problème,
05:59il y a beaucoup d'échéances électorales qui arrivent,
06:01il y a encore du géopolitique qui anxiogène dans les marchés,
06:06elle pourrait réintervenir, puisqu'elle a diminué son bilan,
06:08elle pourrait remonter à plus.
06:10Elle a peut-être pris de l'avance.
06:11J'aimerais que vous me disiez ce que vous pensez de cette phrase de Pierre Sabatier,
06:15pour PrimeView, qui a expliqué il y a quelques jours,
06:17« Alors que nos modèles bâtis au siècle dernier s'effondrent,
06:20les dirigeants monétaires se montrent,
06:22ils visaient la BCE notamment,
06:23se montrent aussi incapables que nos dirigeants politiques
06:25de créer les conditions d'une reconstruction
06:27avec des niveaux de taux qui mettent en péril nos économies et nos États. »
06:31C'est très clairement exagéré.
06:33Non, les banques centrales apprennent des crises.
06:35La dernière, c'était celle de 2020-2022.
06:38Elles ont peut-être remonté trop fort leur taux d'intérêt.
06:40Vous voyez bien qu'aujourd'hui,
06:42elles remontent progressivement leur taux d'intérêt.
06:44Elles restent attentives au risque de second tour,
06:46c'est-à-dire la diffusion sur les salaires,
06:48qui est vraiment une actualité du climat social aussi aujourd'hui en France.
06:51Mais il faut le faire raisonnablement.
06:53Il semble qu'elles agissent avec plus de parcimonie,
06:57peut-être plus d'efficacité.
06:58Et donc, sur le total des actifs de la BCE,
07:00c'est peut-être finalement une mesure de réserve et de sauvegarde.
07:04Effectivement.
07:04Et puis, je parlais de Christine Lagarde et Jean-Claude Trichet.
07:06C'est évidemment le Conseil des gouverneurs
07:08qui décide de la politique monétaire
07:09et pas juste le président ou la présidente de la BCE.
07:11Christine Lagarde qui va quitter ses fonctions le 7 février
07:14avec neuf mois d'avance.
07:15Vous la regretterez en l'occurrence, Christine Lagarde ?
07:17Oui, ça a été pour le moment, on peut dire,
07:18jusqu'à aujourd'hui, un très très bon mandat,
07:21peut-être 10 centimes de plus sur les taux longs français.
07:23Exactement. Bon résumé, tiens.
07:24Merci beaucoup, Christian, de nous avoir accompagné.
07:26Christian Biteau, professeur de finances à l'ESSEC
07:27et vice-président de Swiss La Gestion Privée.
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