Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 minutes
Dans un contexte marqué par les mobilisations étudiantes et les interrogations croissantes sur les moyens de l'enseignement supérieur, le modèle universitaire français est au cœur du débat public. Financement des universités, conditions de vie étudiante, accès aux formations, attractivité et réussite : autant de sujets qui questionnent aujourd'hui l'avenir de l'université. Face à cela Parcoursup cristallise chaque année les attentes et les inquiétudes de milliers de lycéens et de familles, le gouvernement promet de remplacer Parcoursup d'ici à 2028. Bruno Bouchard, président de l'Université Paris Dauphine - PSL est l'invité de Céline Landreau à 7h40 dans RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Céline Landreau du 03 novembre 2026.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02RTL Matin, c'est Lille Landreau.
00:057h44, l'invité d'RTL Matin.
00:08Nouvelle journée de mobilisation lycéenne et étudiante aujourd'hui.
00:10Des lycéens, des étudiants pas satisfaits des annonces du gouvernement
00:13qui continuent de réclamer davantage de moyens.
00:16Bonjour Bruno Bouchard.
00:17Bonjour.
00:18Et merci d'être avec nous ce matin.
00:19Vous êtes le président de l'université Paris-Dauphine.
00:22Université bloquée pour la première fois depuis 10 ans lors de ce mouvement.
00:26Bloquée encore ce matin ?
00:27Écoutez, oui, ça va être bloqué encore ce matin.
00:30Aujourd'hui, c'est une première journée de mobilisation avant une grosse journée jeudi.
00:34Dans ces conditions et afin d'assurer la continuité pédagogique qui est vraiment notre priorité,
00:40on a annoncé la fermeture de l'université hier après-midi assez tôt,
00:44de manière à ce que tout le monde ait le temps de s'organiser.
00:46Donc sur trois jours, aujourd'hui, demain et après-demain,
00:49on espère pouvoir réouvrir dans de bonnes conditions vendredi prochain.
00:53Vous les comprenez, vous les soutenez, les étudiants.
00:56Vos étudiants qui poursuivent le mouvement aujourd'hui ?
00:59Écoutez, sur les aspects financement de l'enseignement,
01:02et puis je rajouterai la recherche,
01:04on est mobilisés depuis plus d'un an pour expliquer la trajectoire actuelle,
01:09qui est une trajectoire qui est assez désastreuse.
01:12Pour ce qui concerne les universités,
01:13ça fait plusieurs années maintenant qu'elles sont prises vraiment dans un effet ciseau,
01:17avec d'un côté des dotations qui, en termes réels, régressent.
01:21On annonce des hausses, mais en fait, une fois que vous les avez déflatées,
01:24même si vous ne tenez compte que de l'inflation propre aux universités,
01:28ce sont des baisses, et en même temps,
01:29des transferts de charges massifs de l'État vers les universités.
01:33Vous parlez des hausses, il y a 1 milliard qui ont été annoncés
01:36pour la rénovation des campus,
01:38et 500 millions pour le budget de l'enseignement supérieur.
01:41Ce n'est pas suffisant, donc ça ?
01:42500 millions, c'est sur un budget d'à peu près 15 milliards,
01:45donc vous faites le calcul par rapport au niveau de l'inflation actuelle.
01:48On est sur une stabilité, disons, pour le mieux.
01:51Les années précédentes, c'était plutôt des baisses, en termes réels.
01:55Et la situation actuelle des universités,
01:58c'est des universités qui sont, pour un très grand nombre,
02:01dans des plans de redressement.
02:02Avant, on parlait de déficit budgétaire,
02:04aujourd'hui, on parle de problèmes de trésorerie.
02:06Ce sont des universités...
02:09Si vous regardez le rapport qui a été donné suite aux assises des universités,
02:13qui a été commandé par le ministère de l'enseignement supérieur
02:19et de la recherche de l'espace,
02:21ils ont eu des projections de déficit de l'ordre de 1 milliard en 2027,
02:26de 2 milliards en 2030 sur 15 milliards de budget.
02:28Donc c'est énorme.
02:29Qu'on comprenne bien, Bruno Bouchard, ce que vous êtes en train de nous dire ce matin,
02:32c'est que les universités françaises sont au bord de la faillite.
02:34On peut aller jusque-là ?
02:36C'est la situation actuelle.
02:37Et en fait, quand on parle de création de nouvelles places,
02:40ce qu'il faut savoir, c'est qu'il faudrait déjà commencer par financer les postes
02:43qui sont gelés dans les universités aujourd'hui.
02:46Les créations de nouvelles places, ce sont ces 15 000 places supplémentaires
02:49qui ont été annoncées par le gouvernement,
02:51alors qu'on le rappelle, les étudiants en réclament, eux, 250 000 de plus.
02:54Oui, alors, donc encore une fois, pour créer des places,
02:57il faut des profs, il faut des locaux.
02:59On est dans une situation aujourd'hui où la plupart des universités,
03:01alors ça ne concerne pas Dauphine parce qu'on a une structure un petit peu différente,
03:04mais pour la plupart des universités, il y a des gels de postes, de profs depuis des années
03:09et ça s'accélère sur la période récente.
03:11Ensuite, sur les demandes de plus de 100 000 places,
03:16ce qu'il faut savoir, c'est que d'abord, il faut savoir où mettre ces places.
03:19250 000 places, en moyenne, l'université française aujourd'hui accueille 23 000 étudiants,
03:23donc il faudrait 10 facs de plus, on peut le dire comme ça ?
03:26Non, non, ce n'est pas 23 000 étudiants, les universités forment 54% des étudiants de l'enseignement supérieur,
03:31c'est 1,6 million d'étudiants qui sont dans nos locaux chaque année, de cet ordre-là.
03:37Il se trouve que, sur la période récente, on a eu une hausse démographique très importante,
03:41on a la même bosse que dans les années 90, on est à un plus haut,
03:45on a fait plus de 20% d'étudiants dans les 10 dernières années.
03:49Là, on est arrivé à un plateau qui va se maintenir essentiellement jusqu'en 2034,
03:54avant de commencer à amorcer une baisse, la baisse qu'on voit aujourd'hui au niveau des écoles.
03:58Mais on est sur un plus haut, et en termes de financement, au lieu d'augmenter les financements,
04:02pour revenir au niveau qu'on avait par exemple dans les années 90,
04:04on a plutôt baissé les financements en termes réels.
04:06Et donc, on arrive à une situation de blocage,
04:09et quand on parle de créer 250 000, c'est les demandes des étudiants,
04:14ça ne va pas se faire du jour au lendemain, de toute façon.
04:16Pour pouvoir créer des places, il va falloir trouver des profs, il va falloir trouver des locaux.
04:20Et c'est toute une trajectoire qu'il va falloir dessiner au-delà de mesures qu'on peut prendre immédiatement.
04:25Parmi les revendications des étudiants, il y a aussi la fin de la sélection à l'entrée à l'université.
04:31Chez vous, à Paris-Dauphine, combien de demandes l'an dernier pour accéder en première année de licence,
04:35et combien d'étudiants reçus ?
04:37Alors, à Dauphine, on a un statut de grand établissement qui nous permet de faire véritablement de la sélection.
04:42On est à peu près en licence à 28 000 demandes pour 900 places en première année de licence.
04:48Dans les autres universités, la sélection, entre guillemets, se fait autrement.
04:52Vous savez que les universités affichent des capacités d'accueil,
04:55c'est tout simplement lié au nombre de salles, etc. qu'elles ont.
04:59Elles ont un certain niveau de capacité d'accueil.
05:02Et vu la masse de candidatures pour entrer dans ces universités,
05:07elles ont le droit de trier, enfin de classer plutôt les candidatures.
05:11Et évidemment, il y a un certain nombre d'étudiants qui se retrouvent sur le carreau.
05:14Mais il y a les places dans les universités, et puis il y a les places ailleurs, dans les autres
05:17filières.
05:18Quand on voit les réorientations massives qui se font de première année de licence,
05:22donc des jeunes qui sont à peine arrivés en licence, qui dès décembre, janvier, commencent à demander les réorientations.
05:26C'est un étudiant sur cinq en première année de licence qui se réoriente rapidement ?
05:30Oui, les réorientations sont vraiment massives.
05:33Et ce qu'on peut voir, c'est des réorientations très importantes de la licence vers le BTS.
05:37Ce qui est quand même très surprenant.
05:39Et ce qui se passe, tout simplement, c'est que ce sont des jeunes qui n'ont pas obtenu de
05:42BTS,
05:43qui sont allés s'inscrire à l'université par défaut.
05:45Comme dans une salle d'attente ?
05:46Voilà, comme dans une salle d'attente.
05:48Et qui, après, essaient de se réorienter immédiatement après.
05:51Et donc, quand on parle de création de places, il faut regarder aussi là où on va mettre les places.
05:56Audrey de Versailles nous a laissé un message sur l'application RTL en disant
05:58« Ces jeunes qui ne veulent pas de sélection pour l'entrée à la fac ne savent-ils pas déjà
06:02qu'aujourd'hui on forme des chômeurs ? »
06:04Est-ce qu'il y a un problème de conformité aujourd'hui en France entre ce qu'on propose comme
06:09études supérieures et le marché du travail ?
06:12Est-ce qu'il faut les mettre davantage en conformité ?
06:13Ou est-ce que ce n'est pas le rôle de l'université ?
06:15Non, tout à fait.
06:16Alors, ce n'est pas le rôle de l'université.
06:19Je vais m'expliquer.
06:20Si vous prenez une licence universitaire, ça prépare à un master.
06:24Un master, c'est un savoir qui est extrêmement exigeant.
06:26Quand vous regardez des universités comme Saclay, par exemple, les 13e ou 14e au classement de Shanghai,
06:31quand vous avez en face de vous des profs qui sont parmi les meilleurs chercheurs au monde en deuxième année
06:37de master,
06:38c'est un savoir extrêmement exigeant.
06:39Et c'est très important, je tiens à le souligner, pour notre industrie, pour nos entreprises,
06:43parce que c'est une grosse partie du transfert de technologie qui se fait des laboratoires vers le monde socio
06:47-économique à travers les étudiants.
06:49Pour préparer à ce niveau-là, il faut des licences qui sont exigeantes.
06:53Et la question qui se pose, plutôt que celle de la sélection, c'est la question des prérequis.
06:56Est-ce que vous avez des prérequis suffisants pour pouvoir suivre une licence ?
06:59Et la licence ne doit pas être l'endroit de la réorientation massive, ne doit pas être l'endroit de
07:04l'échec.
07:04Donc effectivement, il faut travailler sur l'orientation en amont, en amont de la licence.
07:09Ça peut être des filières courtes avec des passerelles pour revenir vers des licences.
07:13Ça peut être venir directement en licence.
07:15Maintenant, la question, les masters sont pas mal attaqués en ce moment.
07:20Mais enfin, là, il suffit de regarder les chiffres.
07:22Regardez le taux d'insertion professionnelle des étudiants qui ont un master.
07:25Il est très bon. Regardez le taux de satisfaction, l'adéquation entre l'emploi et la formation reçue des étudiants
07:30qui sortent d'un master.
07:31Ils sont très bons.
07:32Donc c'est un faux procès.
07:33Donc c'est un faux procès.
07:34Maintenant, il faut des filières courtes, des filières longues.
07:37Et surtout, il faut travailler sur l'orientation.
07:39Et il faut mettre des moyens là-dessus.
07:41Et ça veut dire travailler en amont au niveau des lycées, en mettant des moyens dans les lycées.
07:45Et puis, en aval, en mettant les places aux bons endroits après le bac.
07:50Donnez davantage de moyens aux universités françaises pour pas qu'elles risquent la faillite.
07:54Ce qui est le cas aujourd'hui, c'est ce que vous nous dites ce matin, Bruno Bouchard, président de
07:57l'université Paris-Dauphine.
07:59Je ne sais pas s'il a eu les félicitations du jury à l'époque.
08:01Mais Philippe Cavrivière arrive dans un instant.

Recommandations