00:02RTL Matin, c'est Lille Landreau.
00:057h44, l'invité d'RTL Matin.
00:08Nouvelle journée de mobilisation lycéenne et étudiante aujourd'hui.
00:10Des lycéens, des étudiants pas satisfaits des annonces du gouvernement
00:13qui continuent de réclamer davantage de moyens.
00:16Bonjour Bruno Bouchard.
00:17Bonjour.
00:18Et merci d'être avec nous ce matin.
00:19Vous êtes le président de l'université Paris-Dauphine.
00:22Université bloquée pour la première fois depuis 10 ans lors de ce mouvement.
00:26Bloquée encore ce matin ?
00:27Écoutez, oui, ça va être bloqué encore ce matin.
00:30Aujourd'hui, c'est une première journée de mobilisation avant une grosse journée jeudi.
00:34Dans ces conditions et afin d'assurer la continuité pédagogique qui est vraiment notre priorité,
00:40on a annoncé la fermeture de l'université hier après-midi assez tôt,
00:44de manière à ce que tout le monde ait le temps de s'organiser.
00:46Donc sur trois jours, aujourd'hui, demain et après-demain,
00:49on espère pouvoir réouvrir dans de bonnes conditions vendredi prochain.
00:53Vous les comprenez, vous les soutenez, les étudiants.
00:56Vos étudiants qui poursuivent le mouvement aujourd'hui ?
00:59Écoutez, sur les aspects financement de l'enseignement,
01:02et puis je rajouterai la recherche,
01:04on est mobilisés depuis plus d'un an pour expliquer la trajectoire actuelle,
01:09qui est une trajectoire qui est assez désastreuse.
01:12Pour ce qui concerne les universités,
01:13ça fait plusieurs années maintenant qu'elles sont prises vraiment dans un effet ciseau,
01:17avec d'un côté des dotations qui, en termes réels, régressent.
01:21On annonce des hausses, mais en fait, une fois que vous les avez déflatées,
01:24même si vous ne tenez compte que de l'inflation propre aux universités,
01:28ce sont des baisses, et en même temps,
01:29des transferts de charges massifs de l'État vers les universités.
01:33Vous parlez des hausses, il y a 1 milliard qui ont été annoncés
01:36pour la rénovation des campus,
01:38et 500 millions pour le budget de l'enseignement supérieur.
01:41Ce n'est pas suffisant, donc ça ?
01:42500 millions, c'est sur un budget d'à peu près 15 milliards,
01:45donc vous faites le calcul par rapport au niveau de l'inflation actuelle.
01:48On est sur une stabilité, disons, pour le mieux.
01:51Les années précédentes, c'était plutôt des baisses, en termes réels.
01:55Et la situation actuelle des universités,
01:58c'est des universités qui sont, pour un très grand nombre,
02:01dans des plans de redressement.
02:02Avant, on parlait de déficit budgétaire,
02:04aujourd'hui, on parle de problèmes de trésorerie.
02:06Ce sont des universités...
02:09Si vous regardez le rapport qui a été donné suite aux assises des universités,
02:13qui a été commandé par le ministère de l'enseignement supérieur
02:19et de la recherche de l'espace,
02:21ils ont eu des projections de déficit de l'ordre de 1 milliard en 2027,
02:26de 2 milliards en 2030 sur 15 milliards de budget.
02:28Donc c'est énorme.
02:29Qu'on comprenne bien, Bruno Bouchard, ce que vous êtes en train de nous dire ce matin,
02:32c'est que les universités françaises sont au bord de la faillite.
02:34On peut aller jusque-là ?
02:36C'est la situation actuelle.
02:37Et en fait, quand on parle de création de nouvelles places,
02:40ce qu'il faut savoir, c'est qu'il faudrait déjà commencer par financer les postes
02:43qui sont gelés dans les universités aujourd'hui.
02:46Les créations de nouvelles places, ce sont ces 15 000 places supplémentaires
02:49qui ont été annoncées par le gouvernement,
02:51alors qu'on le rappelle, les étudiants en réclament, eux, 250 000 de plus.
02:54Oui, alors, donc encore une fois, pour créer des places,
02:57il faut des profs, il faut des locaux.
02:59On est dans une situation aujourd'hui où la plupart des universités,
03:01alors ça ne concerne pas Dauphine parce qu'on a une structure un petit peu différente,
03:04mais pour la plupart des universités, il y a des gels de postes, de profs depuis des années
03:09et ça s'accélère sur la période récente.
03:11Ensuite, sur les demandes de plus de 100 000 places,
03:16ce qu'il faut savoir, c'est que d'abord, il faut savoir où mettre ces places.
03:19250 000 places, en moyenne, l'université française aujourd'hui accueille 23 000 étudiants,
03:23donc il faudrait 10 facs de plus, on peut le dire comme ça ?
03:26Non, non, ce n'est pas 23 000 étudiants, les universités forment 54% des étudiants de l'enseignement supérieur,
03:31c'est 1,6 million d'étudiants qui sont dans nos locaux chaque année, de cet ordre-là.
03:37Il se trouve que, sur la période récente, on a eu une hausse démographique très importante,
03:41on a la même bosse que dans les années 90, on est à un plus haut,
03:45on a fait plus de 20% d'étudiants dans les 10 dernières années.
03:49Là, on est arrivé à un plateau qui va se maintenir essentiellement jusqu'en 2034,
03:54avant de commencer à amorcer une baisse, la baisse qu'on voit aujourd'hui au niveau des écoles.
03:58Mais on est sur un plus haut, et en termes de financement, au lieu d'augmenter les financements,
04:02pour revenir au niveau qu'on avait par exemple dans les années 90,
04:04on a plutôt baissé les financements en termes réels.
04:06Et donc, on arrive à une situation de blocage,
04:09et quand on parle de créer 250 000, c'est les demandes des étudiants,
04:14ça ne va pas se faire du jour au lendemain, de toute façon.
04:16Pour pouvoir créer des places, il va falloir trouver des profs, il va falloir trouver des locaux.
04:20Et c'est toute une trajectoire qu'il va falloir dessiner au-delà de mesures qu'on peut prendre immédiatement.
04:25Parmi les revendications des étudiants, il y a aussi la fin de la sélection à l'entrée à l'université.
04:31Chez vous, à Paris-Dauphine, combien de demandes l'an dernier pour accéder en première année de licence,
04:35et combien d'étudiants reçus ?
04:37Alors, à Dauphine, on a un statut de grand établissement qui nous permet de faire véritablement de la sélection.
04:42On est à peu près en licence à 28 000 demandes pour 900 places en première année de licence.
04:48Dans les autres universités, la sélection, entre guillemets, se fait autrement.
04:52Vous savez que les universités affichent des capacités d'accueil,
04:55c'est tout simplement lié au nombre de salles, etc. qu'elles ont.
04:59Elles ont un certain niveau de capacité d'accueil.
05:02Et vu la masse de candidatures pour entrer dans ces universités,
05:07elles ont le droit de trier, enfin de classer plutôt les candidatures.
05:11Et évidemment, il y a un certain nombre d'étudiants qui se retrouvent sur le carreau.
05:14Mais il y a les places dans les universités, et puis il y a les places ailleurs, dans les autres
05:17filières.
05:18Quand on voit les réorientations massives qui se font de première année de licence,
05:22donc des jeunes qui sont à peine arrivés en licence, qui dès décembre, janvier, commencent à demander les réorientations.
05:26C'est un étudiant sur cinq en première année de licence qui se réoriente rapidement ?
05:30Oui, les réorientations sont vraiment massives.
05:33Et ce qu'on peut voir, c'est des réorientations très importantes de la licence vers le BTS.
05:37Ce qui est quand même très surprenant.
05:39Et ce qui se passe, tout simplement, c'est que ce sont des jeunes qui n'ont pas obtenu de
05:42BTS,
05:43qui sont allés s'inscrire à l'université par défaut.
05:45Comme dans une salle d'attente ?
05:46Voilà, comme dans une salle d'attente.
05:48Et qui, après, essaient de se réorienter immédiatement après.
05:51Et donc, quand on parle de création de places, il faut regarder aussi là où on va mettre les places.
05:56Audrey de Versailles nous a laissé un message sur l'application RTL en disant
05:58« Ces jeunes qui ne veulent pas de sélection pour l'entrée à la fac ne savent-ils pas déjà
06:02qu'aujourd'hui on forme des chômeurs ? »
06:04Est-ce qu'il y a un problème de conformité aujourd'hui en France entre ce qu'on propose comme
06:09études supérieures et le marché du travail ?
06:12Est-ce qu'il faut les mettre davantage en conformité ?
06:13Ou est-ce que ce n'est pas le rôle de l'université ?
06:15Non, tout à fait.
06:16Alors, ce n'est pas le rôle de l'université.
06:19Je vais m'expliquer.
06:20Si vous prenez une licence universitaire, ça prépare à un master.
06:24Un master, c'est un savoir qui est extrêmement exigeant.
06:26Quand vous regardez des universités comme Saclay, par exemple, les 13e ou 14e au classement de Shanghai,
06:31quand vous avez en face de vous des profs qui sont parmi les meilleurs chercheurs au monde en deuxième année
06:37de master,
06:38c'est un savoir extrêmement exigeant.
06:39Et c'est très important, je tiens à le souligner, pour notre industrie, pour nos entreprises,
06:43parce que c'est une grosse partie du transfert de technologie qui se fait des laboratoires vers le monde socio
06:47-économique à travers les étudiants.
06:49Pour préparer à ce niveau-là, il faut des licences qui sont exigeantes.
06:53Et la question qui se pose, plutôt que celle de la sélection, c'est la question des prérequis.
06:56Est-ce que vous avez des prérequis suffisants pour pouvoir suivre une licence ?
06:59Et la licence ne doit pas être l'endroit de la réorientation massive, ne doit pas être l'endroit de
07:04l'échec.
07:04Donc effectivement, il faut travailler sur l'orientation en amont, en amont de la licence.
07:09Ça peut être des filières courtes avec des passerelles pour revenir vers des licences.
07:13Ça peut être venir directement en licence.
07:15Maintenant, la question, les masters sont pas mal attaqués en ce moment.
07:20Mais enfin, là, il suffit de regarder les chiffres.
07:22Regardez le taux d'insertion professionnelle des étudiants qui ont un master.
07:25Il est très bon. Regardez le taux de satisfaction, l'adéquation entre l'emploi et la formation reçue des étudiants
07:30qui sortent d'un master.
07:31Ils sont très bons.
07:32Donc c'est un faux procès.
07:33Donc c'est un faux procès.
07:34Maintenant, il faut des filières courtes, des filières longues.
07:37Et surtout, il faut travailler sur l'orientation.
07:39Et il faut mettre des moyens là-dessus.
07:41Et ça veut dire travailler en amont au niveau des lycées, en mettant des moyens dans les lycées.
07:45Et puis, en aval, en mettant les places aux bons endroits après le bac.
07:50Donnez davantage de moyens aux universités françaises pour pas qu'elles risquent la faillite.
07:54Ce qui est le cas aujourd'hui, c'est ce que vous nous dites ce matin, Bruno Bouchard, président de
07:57l'université Paris-Dauphine.
07:59Je ne sais pas s'il a eu les félicitations du jury à l'époque.
08:01Mais Philippe Cavrivière arrive dans un instant.