00:03C'est l'acte 3 qui se joue aujourd'hui, l'acte 3 d'un mouvement lycéen déjà marqué par
00:08de nombreux épisodes de violence, plus de 6000 interpellations,
00:11715 policiers et gendarmes blessés, 215 lycéens et 85 personnels éducatifs blessés également selon le gouvernement et évidemment des dégâts
00:20matériels considérables.
00:21Bonjour Balibaga Yoko.
00:22Bonjour.
00:22Vous êtes maire à LFI de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, vous étiez aux côtés des lycéens de votre
00:26ville hier, vous le serez encore aujourd'hui.
00:30Oui, je le serai aujourd'hui pour rappeler que l'urgence désormais est à la désescalade mais surtout à la
00:36réponse politique et pas à la réponse policière.
00:39Je le serai parce que ce sont des lycéens, donc des jeunes et par conséquent nous devons les uns et
00:44les autres assumer le fait que nous ne devons pas avoir de blessés chez les lycéens.
00:48Et aujourd'hui l'inquiétude que j'ai, puisque c'est une grosse mobilisation et j'appelle d'ailleurs tous
00:52celles de ceux qui vont s'y rendre à y venir de manière pacifique.
00:54Et j'interpelle aussi d'ailleurs le président de la République, y compris le ministre de l'Intérieur, à passer
00:59les messages rassurants pour éviter qu'on se retrouve avec un drame.
01:02Vous êtes inquiet ce matin ?
01:03Je suis relativement inquiet, je suis relativement inquiet parce qu'on voit bien que sur cinq séquences posées, l'État
01:09a été en retard.
01:10Premièrement à laisser d'abord l'indignation s'installer, puisque pendant des années aucun investissement n'a été fait conséquemment
01:16pour justement répondre à la promesse républicaine de faire en sorte que partout sur le territoire de France,
01:20nous ayons à la fois des moyens permettant à l'ensemble de nos lycéens et lycéennes d'ailleurs de travailler
01:25dans les bonnes conditions.
01:26que nous avons un dispositif parcours suivant qui met plus de 2000 bâcheliers aujourd'hui sans affectation, c'est un
01:31ensemble.
01:32Et donc je suis inquiet parce que désormais, après avoir été dans une forme de mollesse et de retard dans
01:37la réponse, puisqu'il n'y a toujours pas de réponse, sauf la réponse policière.
01:40Il y a quand même eu une réponse financière, notamment dans le lycée Paul-Éloire de votre ville, il y
01:44a 43 millions d'euros qu'on était investis pour une rénovation énergétique.
01:48C'est une forme de réponse malgré tout, non ?
01:49Oui, le problème c'est que justement, c'est surtout un hors-sujet, puisque...
01:53Ça fait partie des revendications des lycéens quand même, l'état des bâtiments.
01:57Mais le problème c'est que sur le lycée Paul-Éloire, que je connais relativement bien, j'apprends bien sûr
02:00qu'il y a les 43-45 millions d'euros, peu importe,
02:03la discussion avec les lycéennes d'ailleurs et la présidente de région, elle vient justement dire qu'elle fait un
02:09hors-sujet.
02:09Elle parle de 45 millions qui est un plan d'investissement et les lycéennes l'ont dit mais d'accord,
02:13mais nous dans le temps chantier, on a besoin qu'il y ait moins de distance,
02:17on a besoin qu'il y ait plus de travaux, on a besoin qu'il y ait des tables et
02:19des chaises.
02:20C'est ça la réponse, c'est une réponse qui est beaucoup plus modeste et donc il faut répondre à
02:23l'urgence.
02:24Juste pour qu'on soit très clair là-dessus, ça veut dire qu'aujourd'hui au lycée Paul-Éloire, il
02:27n'y a pas de table, il n'y a pas de chaise ?
02:28Ah non, il manque des tables, il manque des chaises.
02:30C'est la revendication, en tout cas dans les revendications il y a ça.
02:33Il y a bien sûr la question des nuisances liées au chantier, il y a les conditions d'enseignement.
02:37Mais ça si on veut faire des travaux, il y a forcément des nuisances.
02:39Oui mais justement, il peut y avoir une réponse qui est une réponse d'organisation du chantier.
02:43Est-ce que peut-être que le chantier, s'il est très nuisant sur une période de la journée, est
02:46-ce qu'on peut le décaler ?
02:47Et faire travailler peut-être y compris le week-end.
02:48Voilà, ce sont des choses d'organisation.
02:50Vous voyez bien que dans le message qui est envoyé, c'est un message qui est complètement hors sujet par
02:54rapport à l'attente, au moins pour ce qui est de Paul-Éloire.
02:55Après bien sûr qu'il y a une question d'ordre général qui concerne globalement l'ensemble d'ailleurs des
02:59lycées de France, y compris d'ailleurs ceux des universités.
03:02Je voudrais qu'on revienne à vos premiers mots, vous appelez à la désescalade, vous serez aux côtés des lycéens,
03:07vous l'avez dit encore aujourd'hui.
03:09Matignon a insisté hier soir sur le fait que ces revendications devaient être portées, je cite, dans un cadre pacifique.
03:15Vous, Bali Bagayoko, vous avez parlé la semaine dernière d'une violence qui pouvait être légitime de la part des
03:21lycéens.
03:22Ça vous a valu une action en justice après un signalement du préfet de police.
03:25Quand vous voyez la liste des incidents de ces derniers jours, est-ce que vous n'avez pas de regrets
03:28d'avoir tenu de tels propos ?
03:31Aujourd'hui, quand vous appelez à la désescalade, que vous dites crainte des incidents graves.
03:35Vous savez, il y a quand même quelque chose qui est assez particulier, c'est-à-dire que celles et
03:38ceux qui n'ont eu de cesse, en fin de compte, d'être responsables de la situation-là,
03:42n'ont jamais eu de mots, y compris, je veux dire, ni d'apaisement, ni de réponse politique concrète.
03:46Et personne d'ailleurs n'a été leur demander de pouvoir s'expliquer sur le sujet.
03:50Et on me demande en fait à moi...
03:51Laurent Gniez a expliqué qu'il allait s'expliquer s'il était interrogé dans le cadre des enquêtes.
03:56Exactement. C'est là où il y a une erreur. C'est-à-dire que ce n'est pas aux
03:58ministres de l'Intérieur d'apporter une réponse éducative.
04:01Voilà. Parce que la question principale est l'éducative.
04:03Lui, il apporte une réponse sécuritaire, malheureusement, avec un certain nombre de conséquences qu'on observe.
04:06Voilà. Mais moi, je ne renie rien de ce que j'ai dit.
04:09J'ai dit que la violence peut être légitime.
04:12Mais quand je dis ça, je dis deux choses.
04:13Un, l'histoire de France le dit de manière claire.
04:15Toutes les avancées sociales se sont faites malheureusement aussi dans les formes de violence qui existent.
04:19Et deux, je le dis aussi, parce que les phénomènes que l'on connaît dans la réponse, y compris aux
04:23revendications des lycéens,
04:25a toujours été empreinte de cela. C'est ça que je dis.
04:27Mais quand vous voyez ce chiffre, 215 lycéens blessés hier, un adolescent à la main arrachée,
04:32vous ne vous sentez pas, d'une certaine manière, responsable de ce bilan-là aussi, en ayant été à leur
04:37côté, en accompagnant ce mouvement ?
04:39Justement, moi, quand je me présente, et j'invite chacun à le faire, à pouvoir aller devant, y compris quand
04:44il y a des lycéens,
04:45et qu'il y a un bataillon quasiment de CRS, puisque c'était précisément ça, les policiers nationaux,
04:50et que nous sommes là, pour apaiser.
04:52Parce qu'il y a les petites images qui sont sorties de leur contexte,
04:55et je défie quiconque, dans le cadre d'une grande mobilisation, d'aller éteindre ou même enlever un conteneur incendié.
05:01Vous vous faites tabasser. Donc c'est très clair.
05:03Donc quand ils ne le font pas, c'est qu'il y a une marque de respect.
05:05Indépendamment de tous ceux qui se chancent à pointer un responsable.
05:08Les premiers responsables, c'est ceux, en fait, qui ont failli, en fait, dans la promesse républicaine.
05:12C'est ça le sujet. C'est-à-dire que c'est quand même scandaleux.
05:14De me demander à moi de préciser, en fait, ma pensée sur le sujet, ma proposition, elle est très claire.
05:18Moi, je désapprouve totalement les violences. Je suis un père de famille, 4 enfants, et je suis un éducateur de
05:22formation.
05:23Donc après avoir raté un maire narcotrafiquant, me voilà maintenant dépeint en maire, en fait,
05:28qui est quelqu'un, en fin de compte, qui pousse les jeunes.
05:31Je pense que les gens ne sont pas sérieux.
05:33Soyons sérieux, regardons les revendications, je serai encore...
05:35Le gouvernement n'est pas sérieux en disant qu'aujourd'hui, vous êtes en train d'attiser le mouvement ?
05:39Oui, parce que ça, c'est une attitude irresponsable.
05:41C'est indigne d'un gouvernement qui est... On est à la tête, en fait, d'un État cinquième, sixième
05:44puissance économique du monde.
05:46C'est hallucinant d'aller chercher la responsabilité d'un maire d'une ville de 150 000 habitants,
05:51alors que leur première responsabilité, sauf si c'est faux.
05:53Mais moi, j'ai trois rapports parlementaires qui disent que sur les trois fonctions régaliennes de l'État,
05:57l'éducation, cohésion sociale, et y compris les questions à la fois liées à la justice,
06:02l'État est défaillant.
06:03En particulier sur les quartiers populaires.
06:05Donc une forme d'inégalité.
06:06Ça, c'est factuel.
06:07C'est pas moi.
06:07Cette colère lycéenne, justement, elle est partie de la banlieue, Balibagayoko.
06:11Il y a ce sentiment, chez les lycéens que vous rencontrez, d'avoir été trop longtemps délaissés.
06:15C'est ce que vous dites en creux ?
06:16Très clairement.
06:17Très clairement, mais ils le disent.
06:19Le seul problème, c'est que justement, la marque de respect, c'est de reconnaître la légitimité de leur parole.
06:23Vous voyez ce que je veux dire ?
06:24Moi, je le mets au même niveau.
06:25Je suis un fervent défenseur de la mobilisation qui est faite, notamment sur le féminisme, notamment le violence sexuel.
06:30On commence pas par dire, non mais attendez, ce que vous dites, c'est faux.
06:33On commence par dire, oui, ce que vous dites, vous avez raison déjà.
06:35Pour commencer ensuite à dérouler le reste.
06:37Mais les lycéens, c'est pareil.
06:38Commençons par regarder leurs revendications.
06:41Parce que, je rappelle, la chronologie, c'est d'abord indignation, revendication massive-pacifique,
06:47ensuite regroupement, contagion, puisque l'État ne répond pas,
06:50et ensuite embrasement quasiment, je veux dire, sur l'ensemble quasiment du territoire de France.
06:54C'est comme ça, la logique.
06:55Donc, ne faisons pas comme si l'État avait répondu tout de suite.
06:58L'État n'a pas répondu tout de suite.
06:59La réponse immédiate aurait été de dire, ok, très bien.
07:01On ouvre des discussions, les proviseurs recevaient les collectifs lycéens.
07:03Et ces discussions, elles se font d'habitude dans le cadre des instances lycéennes, Baliba Kayoko.
07:07Mais quel proviseur a ouvert des instances de discussion ?
07:09Ils n'ont pas eu l'autorisation ?
07:11Personne.
07:12Est-ce que l'État a pris la responsabilité de dire, ok, très bien,
07:14on réunit l'ensemble de ces collectifs lycéens qui revendiquent ?
07:17Non.
07:17Ils ont attendu, en fin de compte, l'embrasement, pour ensuite venir chercher des coupables.
07:21C'est une forme de lâcheté, très clairement, d'aller dire, oui, c'est la France insoumise.
07:24Oui, moi, j'assume d'être du côté de mes habitants.
07:27Et les lycéens sont mes habitants.
07:28Alors, justement, vous parlez de la France insoumise.
07:29Jean-Luc Mélenchon appelle à accompagner la mobilisation d'aujourd'hui,
07:32qu'il qualifie comme un point de départ avant une autre mobilisation, le 17 octobre prochain.
07:37Vous espérez quoi de cette convergence des luttes ?
07:38Parce qu'entre ceux qui réclament une baisse du prix de l'essence,
07:42les Gilets jaunes, dont on parle d'un retour le 17 octobre,
07:45et ces élèves qui veulent des emplois du temps plus allégés,
07:47moins de profs absents, les mots d'ordre sont quand même très différents ?
07:50Oui, mais l'indignation est la même.
07:52L'indignation est la même, le sentiment de déclassement est le même.
07:56C'est-à-dire l'idée de considérer qu'en fin de compte,
07:58il y a des moyens pour les ultra-riches de ce pays,
08:00et en revanche, pour tous les autres,
08:03la réponse, elle est uniquement dans la mobilisation,
08:05en espérant avoir quelque chose.
08:06C'est ça le sujet, en fin de compte.
08:07Donc, la convergence des luttes, elle est nécessaire.
08:09Elle est nécessaire de manière pacifique,
08:10elle est nécessaire pour espérer que l'État entende, en fait, ces messages-là.
08:14Et j'observe quand même que dans le cadre du budget qui va être en préparation,
08:18c'est 54 milliards de coupes à nouveau.
08:20Donc moi, je crains que les récidivistes confirment à nouveau
08:23qu'ils n'ont rien compris, et avec des coupes importantes,
08:25y compris dans les politiques publiques.
08:26Merci Balibagayoko.
08:27Maire LFI de Saint-Denis, vous restez, s'il vous plaît,
08:30dans un instant, vous êtes dans l'œil de Philippe Cavrivière.
08:32A tout de suite sur RTL.