00:03Un invité avec nous tous les midis pour décrypter les enjeux de la séance en cours,
00:09Pierre-Yves Dugas, vous êtes notre correspondant américain, vous êtes avec nous tous les jeudis.
00:12Bonjour Pierre-Yves.
00:15Bonjour Pauline.
00:16Bon, je suis allée très vite sur mon introduction parce que j'ai failli m'étouffer, Pierre-Yves,
00:20mais ça tombe bien, comme ça vous allez avoir le libre cours pour nous expliquer la décision
00:24de la réserve fédérale américaine, Pierre-Yves.
00:26Vous avez suivi attentivement la communication de Kevin Walsh hier soir
00:30et il s'avère qu'il a dit des choses intéressantes lors de sa conférence de presse
00:34sur l'impact des taux d'intérêt sur l'intelligence artificielle notamment, Pierre-Yves.
00:39Oui, j'ai trouvé que Kevin Walsh n'avait pas été très explicite dans sa manière de justifier son attentisme,
00:49l'attentisme du comité monétaire de la réserve fédérale à l'exception de deux voix dissidentes.
00:56J'ai trouvé qu'il avait en revanche été très habile dans sa manière de rester fidèle à son engagement
01:02de ne pas faire de forward guidance, de ne pas télégraphier les décisions des prochaines réunions,
01:10tout en tout de même laissant entendre qu'on ne se trompait probablement pas beaucoup
01:15en anticipant que lors de la prochaine réunion telle qu'elle est programmée, le 9 décembre,
01:23vraisemblablement le comité monétaire va majorer à nouveau de 0,25% le taux des Fed funds.
01:29Il a précisé essentiellement que beaucoup d'informations vont tomber entre la date d'hier et le 9 décembre,
01:39notamment des statistiques sur l'inflation, mais aussi les résultats des élections de mi-mandat.
01:47Il ne l'a pas dit, mais c'est ce que tout le monde a compris.
01:51Et peut-être le facteur que l'on appelle poliment géopolitique le plus important,
01:57à savoir reprise ou non des bombardements américains, voire israéliens,
02:01sur l'Iran, avec l'impact que cela peut avoir sur la flambée des cours de l'énergie.
02:06Donc, tant que la Fed ne sait pas trop où elle mettra les pieds sur ces questions-là,
02:12elle choisit l'attentisme.
02:15Très intéressant.
02:16En revanche, j'ai trouvé son dégagement sur une question qui taraude beaucoup d'observateurs de la Fed
02:25depuis des mois, à savoir, est-ce que les taux d'intérêt, finalement, ne sont pas un mauvais outil
02:31pour freiner l'inflation, dans la mesure où cette inflation, elle est tirée essentiellement par une demande qui est très
02:37forte
02:38et qui provient en grande partie du boom des dépenses d'investissement dans le secteur de l'intelligence artificielle.
02:47Kevin Walsh, je pense que cette explication-là est simpliste et trompeuse.
02:53et l'AIC nous expliquait ses arguments.
02:58Premier argument, nous assistons à un élargissement du boom de l'investissement aux États-Unis.
03:03Ce n'est pas que l'intelligence artificielle qui tire la croissance.
03:08C'est d'abord aussi, bien sûr, la consommation.
03:12Mais il y a d'autres secteurs industriels américains qui sont en forte croissance
03:18et qui topent ce qu'on appelle en franglais les CAPEX, capital expenditures,
03:24les dépenses d'investissement des entreprises.
03:26J'ai fouillé un petit peu grâce aux moyens techniques à ma disposition
03:30et j'ai vu qu'effectivement, dans un certain nombre de secteurs industriels,
03:36comme la distribution et la génération électrique,
03:39il faut bien alimenter l'intelligence artificielle,
03:42mais aussi la robotique, dans le secteur des semi-conducteurs,
03:48avec tout le mouvement de rapatriement sur le sol américain de la production de semi-conducteurs,
03:54pas uniquement pour l'industrie d'ailleurs de l'intelligence artificielle,
03:58mais aussi pour l'industrie automobile, pour l'industrie informatique tout court,
04:02dans le secteur de l'aéronautique, à commencer par celui de la défense,
04:06les investissements sont importants.
04:08Donc, ne pas penser que toute la croissance est tirée uniquement par l'intelligence artificielle
04:14et que ce secteur serait, d'une certaine manière, immunisé contre les hausses de taux.
04:18Pourquoi ? Parce que les rendements à moyen et long terme vont être tellement élevés,
04:23tels qu'on nous les présente, que peu importe le coût du capital à l'instant T.
04:2823 secteurs en expansion aux États-Unis dans le secteur,
04:33pardon, 23 mois consécutifs d'expansion dans le secteur manufacturier américain,
04:38et en septembre, dans l'indice ISM, qui suit les 18 sous-secteurs manufacturiers,
04:45on a 12 de ces 18 qui sont en croissance.
04:49Et puis, il note que lors de la décision de la réserve fédérale au mois de septembre
04:55de majorer le taux des Fed funds,
04:59le marché a commencé à être beaucoup plus discriminant dans sa manière d'allouer le capital
05:04et que les secteurs les plus fragiles de l'IA,
05:07ceux qu'on appelle du « neoclard », ont davantage souffert,
05:11Paul Weave, bien sûr, a défrayé la chronique, mais ce n'est pas que là.
05:16Beaucoup d'instruments de dette, beaucoup d'obligations,
05:20notamment celles émises par Oracle, ont beaucoup souffert,
05:24parce que le marché obligataire commence à regarder de plus près
05:28ce qui se passe dans le secteur de l'intelligence artificielle.
05:32Et puis, dernier argument en filigrane,
05:35Kevin Walsh ne nous a pas dit, mais on sentait qu'il le pensait très fort,
05:41qu'il faut aller prudemment dans la majoration de taux
05:44parce que des secteurs qui, eux, sont, on le sait,
05:49très dépendants directement et rapidement des taux d'intérêt
05:53vont être fragilisés si on majore ces taux trop vite,
05:56alors qu'ils ne jouent pas un rôle dans l'inflation.
05:59On parle de l'immobilier, on parle des PME, par exemple,
06:03immobilier à la fois résidentiel et immobilier commercial.
06:07Donc, c'est une explication de l'attentisme de la Fed hier
06:12et c'est un moyen habile de nous faire patienter jusqu'au 9 décembre.
06:17Oui, une décision qui était largement attendue,
06:19Pierre-Yves, par le marché.
06:21Si on revient juste un tout petit peu plus en détail
06:24sur cette décision monétaire, vous avez mentionné l'inflation, etc.
06:28Moi, la question que je me pose, c'est plutôt sur ce cycle de hausse des taux,
06:33si on peut appeler ça un cycle, Pierre-Yves.
06:35On attend donc, vous l'avez dit, une hausse probablement le 9 décembre
06:40et après, Kevin Walsh, il n'a pas exclu dès les premiers mois de 2027
06:46de remonter ces taux.
06:48Qu'est-ce qu'on attend concrètement pour l'année prochaine, Pierre-Yves ?
06:51J'ai envie de dire que Kevin Walsh a joué un joker hier.
06:55Il sait qu'il a une réputation solide.
07:00Il n'y a pas beaucoup de gens qui ont quitté un poste de gouverneur
07:03de la Réserve fédérale parce qu'il n'était pas d'accord
07:05avec la politique d'assouplissement quantitatif.
07:08C'est ce qu'il a fait après la grande crise financière.
07:11Et il joue sur sa réputation de hawk, de faucon,
07:17pour nous faire patienter un petit peu.
07:20Il a répété trois ou quatre fois, notre objectif, c'est un retour à 2%.
07:27Il est hors de question que nous nuancions ou que nous procédions
07:32à une dilution de cet objectif de 2%.
07:35Nous allons ramener l'inflation à 2%.
07:39On va attendre la décision du mois de décembre,
07:43mais je ne serais pas du tout surpris si la conjoncture américaine
07:46continue d'être aussi solide et plus solide que prévu
07:49que la Réserve fédérale majeure à nouveau l'an prochain
07:54une ou deux fois encore le taux des FedFans.
07:59Elle peut le faire parce qu'elle a un double mandat.
08:02Quel est ce double mandat qui lui a été imposé par le Congrès ?
08:05Le plein emploi et la stabilité des prix.
08:08Côté plein emploi, ils sont relativement tranquilles pour le moment
08:11parce qu'il a cité plusieurs manières de mesurer le plein emploi
08:15et toutes ces mesures montrent que le problème du chômage aux Etats-Unis
08:20est très largement contenu pour le moment.
08:23Donc, il se concentre sur l'inflation.
08:25On joue son joker fin octobre,
08:29mais il y aura des cartes à jouer en décembre
08:32et peut-être également en février.
08:33Oui, c'est sûr, affaire à suivre.
08:35On va suivre évidemment, puis ça arrive,
08:36ces décisions monétaires à venir
08:39du côté de la réserve fédérale américaine.
08:42Vous parliez de conjoncture.
08:42Justement, cet après-midi, on attend les chiffres
08:45de la croissance américaine,
08:47les premiers chiffres pour le troisième trimestre
08:50auquel on sera attentif.
08:51Un autre sujet, Pierre-Yves,
08:53des signes inattendus de réduction de l'engagement
08:55des petits porteurs dans les échanges boursiers
08:58ces dernières semaines.
08:59Que se passe-t-il, Pierre-Yves ?
09:02Je suis étonné, parce que vous vous souvenez,
09:05on a eu cette extraordinaire introduction
09:06en bourse de SpaceX.
09:08Bien sûr.
09:08Elon Musk avait réservé
09:10quelques 30% des actions
09:13pour les investisseurs individuels,
09:15c'est-à-dire trois fois plus que la norme
09:17des introductions en bourse.
09:19Et on s'aperçoit que depuis le milieu de l'été,
09:21selon Goldman Sachs,
09:23qui mesure ça très bien,
09:25la participation des investisseurs individuels
09:28au volume de trading
09:30a considérablement chuté,
09:31une baisse de 20%.
09:32Et même si l'on prend encore
09:34pour point de référence
09:36la fin 2025,
09:38une baisse de 40%.
09:40Les investisseurs individuels
09:43au cours des dernières semaines
09:44n'ont représenté plus que 9% du volume.
09:46C'était 15% fin 2025.
09:49Alors, deux facteurs au moins évidents
09:51sont en jeu.
09:52D'abord, on sait qu'historiquement,
09:53il y a une forte corrélation
09:54entre le moral des consommateurs
09:56et l'euphorie des traders.
10:02Or, le moral des Américains a plongé
10:04avec l'envolée des prix de l'énergie.
10:06Et du coup, les boursicoteurs,
10:08je n'aime pas trop ce terme,
10:10les boursicoteurs se sont calmés
10:12parce qu'on sait qu'historiquement,
10:13les deux choses sont très corrélées.
10:15Et puis, il y a la hausse du prix de l'énergie
10:16qui a certes déprimé les Américains
10:18et donc les boursicoteurs,
10:19mais qui a pris du pouvoir d'achat
10:21qui fait que probablement,
10:23le petit investisseur individuel
10:25a moins d'argent à mettre en risque
10:26tous les jours qu'il n'en avait
10:27du temps où le pétrole était meilleur marché.
10:30On observe en même temps,
10:32et là, je trouve que c'est assez surprenant,
10:36un engouement des ménages américains
10:39pour les sites de Paris sur Internet,
10:42Paris sur les résultats sportifs,
10:44Paris sur les événements liés à la guerre
10:48au Proche-Orient, Paris sur les élections,
10:50au Brésil, en Allemagne, aux États-Unis, bien entendu.
10:53Et il y a probablement une population de boursicoteurs
10:57qui jouaient à la bourse au lieu d'adopter
10:59une attitude d'investisseur
11:01et qui maintenant s'amuse sur les sites de Paris
11:05et a quitté la bourse pour aller dans le véritable casino.
11:10Ça n'est pas anodin parce qu'à la marge,
11:14ça affecte la liquidité.
11:16Et puis, rappelons-le, on est aux États-Unis,
11:18on n'est pas en France.
11:2042% des ménages américains
11:24détiennent directement les actions
11:26qui sont cotées en bourse aux États-Unis.
11:29C'est beaucoup.
11:31Oui, c'est beaucoup, Pierre-Yves.
11:34Merci beaucoup pour ces précisions.
11:37Pierre-Yves Dugas, vous êtes notre correspondant américain.
11:39dans Smart Bourse.
11:41Merci d'avoir été avec nous.
11:42On se retrouve jeudi prochain,
11:44Pierre-Yves, pour un nouveau point à date
11:46de la situation aux États-Unis
11:47après les élections de mi-mandat.
11:50Merci à tous de nous avoir suivis.
11:52On se retrouve ce soir en direct à 17h30 sur Bsmart.
11:54Sous-titrage Société Radio-Canada
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