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Mercredi 28 octobre 2026, retrouvez Bertille Mazari (Cofondatrice et directrice générale, Lasuite.coop) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.
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00:03On continue notre série indépendance tech et si c'était le moment de basculer vers une solution française parce que
00:09oui il y a des alternatives, on le prouve régulièrement dans cette émission.
00:12Aujourd'hui autour de la table nous avons Quentin Adam qui est avec nous, bonjour Quentin, le cofondateur président directeur
00:18général de Clever Cloud et Bertie Madari, bonjour.
00:20Quentin, cofondatrice, directrice générale de la suite PointCop. La suite PointCop c'est une coopérative comme le PointCop l'indique
00:28qui met en avant une suite numérique alternative à ce que font les géants américains mais qui repose, alors dites
00:37-moi si je me trompe, sur la suite développée par la direction du numérique de l'État ?
00:42Exactement, en fait il y a 3-4 ans la direction interne ministérielle du numérique a développé une suite à
00:48destination des agents publics, cette suite est en open source, elle repose sur des briques entièrement open source et en
00:53fait nous on a vu l'opportunité de logiciels qui ont été développés avec de l'argent public pour les
01:00agents publics de reprendre le code public et de pouvoir le proposer et l'adresser à toutes les entités, organisations
01:05et personnes qui ne peuvent pas en bénéficier directement par l'administration publique donc par l'État.
01:09Mais qu'est-ce qui vous a motivé au départ ? Pourquoi avoir choisi la suite ? Il y a
01:13eu plein d'initiatives, il y a plein d'autres suites numériques alternatives.
01:17Oui, il y en a déjà plein mais en fait nous ce qui nous a intéressé c'est déjà le
01:22fait que les outils soient esthétiquement jolis et très fonctionnels, c'est-à-dire qu'on est dans un numérique
01:27open source qui donne envie, donc l'UX et les fonctionnalités pour les utilisateurs finaux est accessible, est agréable et
01:34désirable, pour nous c'était important.
01:36Un deuxième élément c'était aussi le fait que chacune des briques puisse être aussi interopérable et puisse être modulaire,
01:42c'est-à-dire qu'on puisse intégrer différentes briques dans cette suite et la composer selon nous ce que
01:47l'on souhaitons faire.
01:50Et aussi potentiellement avec un enjeu européen parce qu'il y a aussi une collaboration européenne qui se fait au
01:57sein de l'État et d'autres États dont l'Allemagne ou les Pays-Bas par exemple.
02:01Et en fait avoir cette dimension européenne de collaboration et de construction d'un commun numérique nous intéresse aussi.
02:09Ok, il y a qui derrière cette coopérative ?
02:11Oui, on est plusieurs entités, il n'y a pas que moi heureusement.
02:14Et quel type de profil ?
02:16Oui, alors moi je ne suis pas technique, il y a beaucoup de personnes au niveau technique, en fait la
02:20coopérative est construite sur plusieurs coopératives qui fournissent des services, qui sont opératrices de services.
02:26Et en fait on a par exemple une coopérative qui s'appelle Indyusters qui est composée de personnes très tech,
02:32donc de développeurs et développeuses mais aussi d'hébergeurs infogérants et qui s'occupe de la maintenance, du support, des
02:38montées de versions, des logiciels.
02:40On a aussi une coopérative qui s'appelle YAL qui s'occupe de développement spécifiquement, c'est des développeurs et
02:45développeuses qui s'occupent du développement.
02:47Mais on a aussi toute une archipel d'autres coopératives et entreprises, pas seulement et exclusivement des coopératives, qui proposent
02:55des prestations de services d'accompagnement et de facilitation au change management, à l'adoption et à la formation.
03:01Parce qu'en fait au sein de la suite.coop, on sait que l'outil ne fait pas tout et
03:05que pour qu'une organisation puisse changer d'outil et effectivement engager une migration et faciliter une adoption, il faut
03:11que l'humain, en fait nous sommes humains et nous sommes les utilisateurs finaux des outils, puissent être embarqués facilement
03:17dans cette nouvelle transformation des usages.
03:20Et donc du coup, on propose de l'accompagnement dès la conception, en fait la stratégie de migration, aussi pour
03:27l'adoption, c'est-à-dire dans quels services est-ce qu'on va d'abord faire les migrations, quels
03:31outils est-ce qu'on va d'abord aussi mettre en avant au sein des équipes, comment est-ce qu
03:36'on rend fiers les équipes de changer d'outil, de se réapproprier des usages numériques qui ne sont pas GAFAM.
03:43Tout ça, vous le monétisez j'imagine ?
03:44On le monétise, oui.
03:45Ces services ?
03:46Oui, oui, on le monétise.
03:47Alors, c'est pas l'ensemble de nos services, de nos produits qui sont open source, l'ensemble des services
03:51qu'on propose sont aussi en open source, c'est-à-dire que toute notre méthodologie va être au fur
03:55et à mesure documentée et rendue accessible.
03:57Par contre, les prestations humaines, en fait, restent monétisables parce qu'on travaille, et on fait un travail d'infogérance,
04:04on fait un travail de développement, un travail d'accompagnement qui est effectivement marchant.
04:08Quentin, qu'est-ce que vous pensez de cette initiative ?
04:11Nous, on est des hébergeurs de...
04:16Comment vous voyez ça ?
04:17Nous, on est des hébergeurs de la suite depuis le début, on essaie de collaborer.
04:22Moi, j'ai un rapport avec ces projets-là que je définirais comme étant, je trouve ça positif que ça
04:29exige.
04:29Je pense que c'est important que l'État soit acteur de l'open.
04:34Après, je pense qu'on a un problème qui est quel est le lien qu'on fait avec des éditeurs,
04:38et surtout des gros éditeurs capables de rivaliser.
04:41Une boîte comme Google, c'est une boîte qui fait 140 000 personnes, je crois.
04:46On ne peut pas rivaliser en disant, la nuit, les mecs vont faire des commits open source, et le jour,
04:52ils vont faire de la formation.
04:56Le numérique américain prend 147 milliards tous les ans aux Européens.
05:02Je pense qu'on pourrait mettre des budgets suffisants pour permettre de faire des logiciels de bonne qualité, surtout avec
05:08l'accélération de l'intelligence artificielle,
05:11sans que ce soit des budgets réellement impactants, et ça permettrait de combler les vides fonctionnelles qu'il y a.
05:18Et aujourd'hui, je trouve que c'est un peu compliqué d'avoir une approche qui est de dire, l
05:23'État va tout faire tout seul, ce qui a été longtemps l'approche de la DINUM.
05:26Donc Stéphanie Chahir est partie, et aujourd'hui, il y a une vraie discussion possible entre le secteur privé et
05:33le secteur public.
05:34Mais je pense que les ponts de collaboration ont encore besoin de se monter, puisqu'il y a besoin de
05:37changer de braquet là-dessus.
05:39Et surtout, ce serait bien qu'on mette les vrais besoins.
05:45Juste pour faire réagir Berthi, il n'y a pas du tout de lien aujourd'hui avec la DINUM sur
05:50la suite .com,
05:51et c'est une manière finalement d'optimiser ce travail qui a été réalisé par la direction interministérielle du numérique.
05:59Exactement. En fait, c'est le privé aussi qui rencontre le public, et pour nous, c'est une manière de
06:04construire aussi un acteur tiers, ce qui est le commun.
06:07En fait, pour nous, le public a dépensé, a investi de l'argent depuis 4 ans.
06:12Nous en investissons, et en fait, il n'y a pas que nous, il y a aussi d'autres acteurs
06:16au sein de l'Union Européenne
06:17qui déploient aussi cette suite et qui contribuent aussi à cette suite.
06:20Et en fait, pour rebondir sur le terme de « on va faire former la journée et développer en open
06:25source la nuit »,
06:26effectivement, il y a le développement de l'intelligence artificielle, mais aussi, il y a un autre paradigme pour nous
06:30qu'on défend,
06:30c'est le fait que dans l'open source, le fait qu'on ouvre le code et qu'on ouvre
06:34la contribution à un multitude d'acteurs,
06:36ça permet aussi l'innovation.
06:38C'est-à-dire qu'on n'est pas dans une entreprise unilatérale qui va décider comment est-ce que
06:44l'innovation
06:44et comment est-ce qu'on va faire évoluer nos usages au quotidien.
06:48En fait, c'est une forme de réappropriation de notre numérique,
06:52mais aussi, si on a plusieurs cerveaux, une multiplicité, une multitude de personnalités qui contribuent directement,
06:58alors ça peut aussi engager une multitude d'innovations et une autre forme d'innovation qui n'est pas unilatérale.
07:04Mais il y a quand même aujourd'hui cette confrontation avec l'écosystème,
07:08qui est open source aussi, existant, avec des éditeurs français, européens,
07:15et cette concurrence qui s'installe entre des outils qu'on appelle des communs
07:20et des outils qui sont managés par des éditeurs.
07:23Je pense qu'il y a surtout un enjeu, pour moi il y a surtout un enjeu de business model
07:27et de vision.
07:30Le problème il est, si on veut avoir les meilleurs, les meilleurs aujourd'hui coûtent cher.
07:34Les gens qui gèrent par exemple chez Clever Cloud ont réécrit nos propres systèmes de bases de données
07:38pour matcher les offres d'un Google Spanner, d'un Amazon Athena, etc.
07:44Donc des choses assez lourdes.
07:45La personne qui chez nous dirige cette équipe-là s'est vue offrir il y a quelques années,
07:50et est restée chez Clever Cloud parce que c'était un engagement,
07:53mais s'est vue offrir le poste de direction d'Oracle, la DB Oracle,
07:57petite DB dont personne n'a jamais entendu parler.
07:59Vous imaginez bien que ça allait avec un très très gros salaire,
08:02qu'il n'a pas pris, qu'il a préféré rester en France.
08:05Qu'est-ce que vous lui avez donné en face alors ?
08:07Qu'est-ce que vous lui avez proposé ?
08:08Ce que je lui ai proposé c'est qu'on fasse le numérique humaniste pertinent lié aux valeurs européennes.
08:14C'est difficile pour nous de vivre dans un dossier où de l'autre côté on va nous dire
08:19oui mais nous on utilisera vos logiciels s'ils sont complètement ouverts et gratuits.
08:24Parce que c'est ça qui me dérange des fois dans l'attitude parfois étatique, c'est le « et
08:28gratuit ».
08:28Il faut payer à un moment les bons développeurs.
08:32Et moi la discussion que j'ai souvent c'est de me dire
08:34oui on ne pourra pas vous acheter le logiciel,
08:37par contre on peut vous mettre des contributeurs.
08:40C'est génial mec, mais va me chercher deux freelances et fais-les-moi bosser.
08:45Ça n'a rien à voir avec les gens que moi je recrute
08:46qui sont des experts mondiaux, internationaux reconnus, qui font un travail.
08:51Et c'est là où je demande un peu des fois à l'écosystème
08:55de demander aux pouvoirs publics ou aux grosses entreprises d'admettre les choses.
09:00Quand vous êtes capable de dépenser 40 millions par an chez Microsoft,
09:04le budget pour faire la suite, il n'est pas à 150 000 euros.
09:09Il y a un moment où il faut être rationnel.
09:11Vous voulez qu'on puisse reprendre de la souveraineté technologique,
09:14il faut y accorder des budgets et il faut permettre à des gens talentueux
09:19de travailler dans ces contextes-là, je pense.
09:21Il y a un business model sur la COP ?
09:23Oui, mais je vais le dire autrement.
09:27Tu as les moyens de tes ambitions ?
09:29On les trouve, oui.
09:30Non, tu as les moyens de tes ambitions.
09:32Il vous demande combien de développeurs pourraient être capables
09:34de faire la version full native en Android de la COP ?
09:37En fait, on ne parle pas juste de la coopérative de la suite.coop.
09:40Pour moi, c'est l'écosystème.
09:41Tu vois ce que je veux dire ?
09:44Ce que j'essaye de...
09:45J'entends que tu n'as pas envie de le dire en étant poli, mais...
09:48Non, mais c'est là que je n'ai pas envie de le dire.
09:49Si tu avais 40 développeurs de plus...
09:51Un projet qui est unique à la suite.coop, en fait,
09:54c'est qu'il y a une communauté qui est en train de se construire...
09:56Que toi, tu ne l'es pas, que personne n'a eu le budget pour le faire,
09:58reste un problème.
09:59Le budget, Quentin, c'est un autre sujet,
10:01parce que le budget, il faudrait évaluer
10:02combien a coûté le développement de la suite au sein de la DINUM,
10:06parce que vous, vous récupérez quelque chose
10:07qui a déjà profité d'un budget,
10:10moi, j'aimerais bien le connaître,
10:11mais qui devait être...
10:12Et c'est tout l'enjeu.
10:14Quand la DINUM te dit
10:15on a réglé le problème de la visioconférence
10:17et on a sauvé PharaZoom
10:20parce qu'on a développé Vizio.
10:22Oui.
10:23Enfin, Vizio, ça repose sur LiveKit.
10:25LiveKit, c'est 120 millions d'investissements par OpenAI.
10:28Ce n'est pas le sujet de Bertie, aujourd'hui.
10:30C'est ça que je veux dire.
10:31Je voulais juste rebondir sur ta question, Delphine,
10:34sur le fait qu'il y avait effectivement
10:36d'autres intégrateurs et d'autres éditeurs de logiciels
10:38et là, est-ce qu'on est en concurrence ou pas ?
10:39En fait, pour moi, ce n'est pas forcément de la concurrence,
10:42déjà parce qu'il y a de la coopération qui se fait
10:43pour pouvoir favoriser l'interopérabilité entre les outils,
10:46donc l'ensemble de nos outils open source
10:49qui puissent se communiquer ensemble,
10:50qui a une réversibilité des données
10:52et une communication entre eux.
10:54Mais il y a aussi une autre dimension
10:56qui est, on parle de souveraineté,
10:59la souveraineté, c'est aussi avoir le choix
11:00et avoir une seule brique,
11:02une seule solution qui est alternative.
11:04C'est super, déjà, une alternative,
11:06mais une seule, ce n'est pas avoir le choix.
11:07Le choix, c'est d'être en tant que client,
11:09en tant qu'organisation, pouvoir me dire
11:11« Ok, j'ai le choix entre les mastodontes du numérique,
11:15mais j'ai aussi le choix entre cette suite,
11:17cette suite, cette suite.
11:17Et comment est-ce que je vais faire mon meilleur choix
11:19de manière la plus éclairée
11:20et qu'est-ce qui va correspondre à mon modèle ? »
11:21Alors justement,
11:22parce qu'on arrive à la fin de l'émission.
11:26Quentin, on n'a pas parlé de Clever Cloud,
11:27ce n'est pas possible.
11:28Parce qu'on a le même sujet sur le cloud.
11:30Aujourd'hui, on commence à avoir du choix.
11:32C'est bien, non ?
11:32On commence à avoir du choix en France
11:33sur des fournisseurs de cloud.
11:35On commence à avoir du choix.
11:36Après, on a encore à combler un périmètre fonctionnel.
11:40Et c'est pour ça qu'il faut...
11:42Ce que j'explique en permanence sur l'ensemble des outils,
11:44que ce soit sur de la collaboration ou du cloud,
11:46c'est le problème des grosses structurations,
11:49c'est qu'elles vont prendre un prestataire américain
11:52et ensuite te dire
11:53« Vous n'êtes pas capable de prendre tous mes usages. »
11:55C'est une erreur de direction industrielle que de faire ça.
11:58Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est varier
12:01et avoir plusieurs fournisseurs,
12:02pouvoir jouer sur ces fournisseurs,
12:04en avoir des locaux, en avoir des internationaux,
12:06et être capable comme ça,
12:07que petit à petit, on monte en courbe.
12:09Et ce qu'on a fait cette année,
12:11on a sorti beaucoup de nouveaux produits chez Clever
12:13parce qu'on avait des clients
12:14qui nous les demandaient
12:15et qui nous mettaient en face les produits d'Amazon
12:17et qui disaient « Est-ce que vous pouvez faire celui-là ? »
12:20« Les chiffres en service, celui-là. »
12:22Et donc du coup, on vous finance celui-là.
12:23Et ça, c'est quelque chose qui va permettre
12:25de faire croître l'écosystème
12:27et on commence à avoir effectivement un vrai choix.
12:29Mais c'est parce qu'en fait,
12:29il y a enfin de la diversification des modèles d'achat.
12:32Merci beaucoup à tous les deux.
12:34C'est passé très vite.
12:34On s'est emballé.
12:35C'est très vite.
12:36Merci, Quentin Adam,
12:37le CIO de Clever Cloud et Bertie Mazari.
12:40Merci aussi, cofondatrice dg de la suite.com.
12:43Merci à tous de nous suivre sur Bsmart.
12:45Et je vous dis à demain.
12:46Sous-titrage Société Radio-Canada