00:00Avec vous ce matin, Sébastien Krebs, chef du service politique d'RMC.
00:04Les crises s'enchaînent, la mobilisation des lycéens, les violences du 17 octobre,
00:09l'attentat de Trappes et dans ce contexte, un duel s'installe pour la présidentielle bien sûr.
00:13Le Pen Mélenchon.
00:14Oui, ce scénario de second tour qui encore récemment paraît être hypothétique
00:18et désormais le seul envisagé par les instituts de sondage
00:22et les crises qui se superposent ne font que le renforcer.
00:26Et quel que soit leur concurrent du premier tour, si on votait dimanche,
00:29il n'y aurait pas beaucoup de suspense.
00:31Tout indique qu'ils se retrouveraient face à face.
00:33Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, tous deux consolident leur base
00:37à mesure que le pays se tend, lui, en incarnant la lutte, elle, le retour à l'ordre.
00:42Et ils bénéficient de l'actualité ?
00:43Oui, en tout cas, ils savent s'en saisir pour installer leur match
00:47et clairement, cela résonne chez les Français.
00:49Les colères s'agrègent, celles des lycéens, des étudiants, des fonctionnaires,
00:53plus largement de tous ceux qui sont confrontés à la vie chère
00:56et s'y ajoutent maintenant, après l'attentat de Trappes,
00:59celles de tous ceux qui subissent les discours racistes.
01:02Les Français sont indignés, ils veulent du changement
01:05et se tournent finalement vers les seuls qui leur semblent capables
01:08de renverser la table, c'est-à-dire les plus radicaux.
01:12Les deux extrêmes du spectre politique finissent par incarner
01:15les seules réponses audibles face au dégagisme
01:18parce qu'ils n'ont jamais gouverné, on ne les a jamais essayés.
01:21Et peu importe si les promesses sont réalistes, chacun son bouc émissaire.
01:23Les étrangers, les riches, les policiers, les médias, les juges,
01:27les deux jouent le peuple contre le système.
01:29Au risque, bien sûr, de cliver encore plus la société, Sébastien.
01:32Et au risque que la brutalité des discours ne se traduise en violence bien réelle,
01:36ce qu'on observe déjà lorsque des militants de l'ultra-droite
01:39s'infiltrent dans les cortèges pour en découdre,
01:41lorsque de l'autre côté, le RN est contraint de se bunkeriser pour tenir meetings
01:45et que Raphaël Glucksmann se dit harcelé dès qu'il sort faire campagne.
01:50Enfin, lorsque des journalistes, notamment ceux de BFM,
01:52sont empêchés de travailler, agressés dans les rassemblements
01:55et que Jean-Luc Mélenchon les invective lui-même devant les caméras.
01:59La perspective d'aller aux urnes dans quelques mois
02:02devrait fournir un exutoire, devrait canaliser ces tensions.
02:05Ça n'est absolument pas le cas.
02:07Ambiance nauséabonde, dénoncée hier à l'Assemblée
02:10le Premier ministre Sébastien Lecornu.
02:12Aucune forme d'union nationale, ni après les pillages,
02:15ni face à l'attentat raciste de Trappes.
02:17Emmanuel Macron en fait lui-même le constat.
02:19Il n'est pas normal à six mois d'une présidentielle
02:21que le pays, dit-il, soit dans un tel état d'ébullition.
02:26Terrible constat d'échec pour celui qui avait promis de tout faire
02:29pour qu'il n'y ait plus aucune raison de voter pour les extrêmes.
02:32Et dans ce contexte entre Mélenchon et Le Pen, personne n'émerge ?
02:35Tout ce qui n'est pas radical est devenu clairement inaudible.
02:38Les candidats du bloc central dévissent.
02:40Edouard Philippe garde l'avantage sur Gabriel Attal
02:42mais sans susciter beaucoup d'attrait.
02:45Tous les deux lestés par leur étiquette macroniste.
02:47À gauche, Raphaël Glucksmann a bénéficié d'un petit effet primaire
02:51mais loin d'être spectaculaire.
02:53Et à droite, Bruno Retailleau est maintenant concurrencé par David Lysnard.
02:56Bref, la multiplication des candidatures tire tout le monde vers le bas
02:59et beaucoup de Français ne les voient même plus dans le paysage.
03:03Pourtant, il y a bien une place à prendre, continuent d'espérer les macronistes
03:07comme cet ancien ministre qui me disait en tentant de se rassurer
03:11qu'il existe bien un ni-ni, ni Mélenchon, ni Le Pen
03:15au sein d'une forme de majorité silencieuse des Français
03:18qui cherchent et espèrent encore qu'on leur proposera, je cite,
03:22une bouée de sauvetage.
03:23Dans l'opinion, le rejet des extrêmes reste effectivement plus puissant
03:27que celui du bloc central.
03:28Alors, faut-il aller vers une primaire du centre pour tenter de faire émerger
03:32une troisième voie ?
03:33Cette piste revient dans les conversations.
03:36On entend que Gabriel Attal réfléchit à une initiative.
03:38Pour l'instant, la porte est fermée côté Édouard Philippe.
03:41Il reste moins de six mois pour tenter de déjouer ce scénario écrit d'avance.
03:45Merci Sébastien Krebs, chef du service politique d'RNC.