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  • il y a 2 jours
Elle est une figure emblématique des médias, connue pour sa participation à « Frou-Frou », co-fondatrice de « DS magazine » et ancienne directrice du mensuel engagé Marie Claire. Mais un jour, elle a eu besoin de faire plus, d'agir et non plus seulement de relayer les malheurs du monde. C'est vers le Cambodge qu'elle s'est tournée et vers l'instruction des petites filles défavorisées. En 2006, elle crée l'ONG « Toutes à l'école » et l'établissement « Happy Chandara », petite structure devenue Campus qui peut s'enorgueillir d'avoir instruit, soigné, et accompagné des milliers d'enfants. Quel bilan 20 ans après ? Est-ce si simple de passer des rédactions parisiennes au combat humanitaire ? Quels sont ses nouveaux objectifs ? Tina Kieffer est l'invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard. Année de Production :

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Transcription
00:04Musique
00:23Notre invité n'aime pas la facilité
00:26et ce n'est ni la paresse ni le fatalisme qui ont guidé sa vie.
00:30Après le journalisme, après la télé, après la légèreté de Froufrou
00:33et l'engagement féministe de Marie-Claire,
00:36elle a tout quitté pour monter une ONG.
00:38Elle a déplacé des montagnes pour donner une instruction
00:41aux petites filles défavorisées du Cambodge.
00:44Grâce à elle, des milliers de jeunes femmes se sont libérées par le savoir.
00:48L'association, c'est tout à l'école.
00:50Son établissement s'appelle Apichandara et il a 20 ans.
00:54Petite structure devenue campus qui peut s'enorgueillir d'avoir instruit,
00:58éduquée, soignée et accompagnée des milliers d'enfants.
01:02Certaines d'entre elles sont des femmes aujourd'hui
01:04et elles sont déjà en train de changer le visage économique,
01:06culturel et social de leur pays.
01:08Un pays marqué par les guerres, les massacres
01:11et la dictature des Khmer Rouges à l'origine d'un génocide
01:14qui a tué plus d'un million et demi de personnes.
01:16Agir sur l'avenir d'un pays,
01:18agir sur l'avenir de milliers de femmes,
01:20après avoir agi sur les représentations de la femme
01:23en une des magazines,
01:25le parcours est atypique mais n'est-il pas cohérent au fond ?
01:29De quoi est-elle le plus fière ?
01:30Posons-lui toutes ces questions.
01:32Bienvenue dans Un Monde, un Regard, bienvenue Tina Kieffer.
01:34Merci d'avoir accepté notre invitation ici au Sénat.
01:37Vous savez que vous avez peut-être, peut-être,
01:39formé les ministres cambodgiennes de demain.
01:41Vous en avez conscience, vous vous le dites parfois ?
01:43C'est un peu un espoir.
01:44Peut-être pas des ministres,
01:45mais tout au moins l'idée c'était d'apporter des discussions
01:47à ces petites filles pour qu'elles aient des postes de décision plus tard
01:50et qu'elles fassent bouger les lignes.
01:52Mais comme vous dites ça,
01:53là j'ai appris que j'en ai une qui est rentrée
01:55au ministère des Affaires étrangères comme diplomate à Ptompen.
01:58C'est ce que j'allais vous demander,
02:00qu'est-ce qu'elles font aujourd'hui,
02:01ces jeunes filles qui sont rentrées dans le premier établissement il y a 20 ans ?
02:04Parce qu'en fait elles ont démarré au CP,
02:05donc on les accompagne jusqu'au bac.
02:07Après on a deux foyers sur Ptompen,
02:09on les accompagne après à l'université et en post-bac.
02:12Donc on en a qui sont profs.
02:14Vous savez que sur le campus,
02:16sur nos 360 salariés,
02:17on a plus de 60 anciennes élèves
02:20qui sont profs,
02:21qui bossent au RH,
02:22qui bossent sur les services finances.
02:25Donc voilà.
02:26Mais c'est pour ça que quand je dis
02:26qu'elles vont peut-être changer le visage économique et social du pays,
02:29ce n'est pas en l'air.
02:30Mais c'est pour ça que dès le début,
02:32j'ai voulu qu'on leur donne des cours de,
02:34ce que j'appelais les cours de valeur,
02:36c'est-à-dire qu'on leur transmette des valeurs
02:38sur l'égalité des genres,
02:39sur le civisme,
02:41sur l'environnement.
02:42Très important,
02:42ça fait 10 ans que vraiment on engage les jeunes là-bas
02:46sur l'environnement.
02:47Et c'est parce qu'elles sont nourries de ça justement
02:49qu'elles ont envie d'aider leur pays, bien sûr.
02:51– Vous vous dites parfois que vous êtes en train
02:53de changer le cours de tout un pays,
02:55pas seulement les destins personnels
02:57et individuels de ces jeunes femmes,
02:59mais le destin d'un pays.
03:01– Alors je ne pense pas quand même.
03:02– Non, vous n'allez pas jusque-là.
03:03– Après, il faudrait que, parmi elles,
03:06il y en ait une ou deux, effectivement,
03:10qui montent dans l'organigramme politique,
03:13on va dire,
03:14et puis qui fassent vraiment bouger les choses,
03:16parce qu'il y a plein de choses, évidemment.
03:17Alors c'est un pays qui s'est énormément amélioré en 20 ans.
03:20Moi, quand j'ai découvert le Cambodge,
03:21on sentait encore le sigmat des Khmers rouges,
03:23qui ont massacré tous les intellectuels.
03:24Il y avait encore la prostitution des petites filles
03:26de façon très importante.
03:28Enfin, c'était vraiment…
03:29Et les écoles, il y avait les gamins,
03:32enfin les filles surtout,
03:33allaient très peu à l'école,
03:34ils étaient 60 par classe,
03:36ça débordait.
03:37Et surtout, il y avait très peu de profs.
03:39Héritage des Khmers rouges.
03:40On avait du mal à trouver des profs.
03:41Et d'ailleurs, au début, on a eu du mal,
03:43on a fait beaucoup de formations internes.
03:45Aujourd'hui, quand même, le Cambodge a bougé,
03:47mais il reste beaucoup, beaucoup de choses à faire.
03:48Donc effectivement,
03:49je pense que ça passe aussi par les femmes.
03:51C'est comme l'environnement.
03:52Je pense que les femmes vont jouer
03:55vraiment un rôle clé sur cette problématique.
03:57D'ailleurs, elles sont présentes beaucoup dans les ONG.
04:00Et puis, je crois qu'il y a quelque chose
04:01qui nous touche, nous.
04:03On porte la vie, on porte le monde.
04:05Je ne suis pourtant pas une essentialiste,
04:07mais je le crois.
04:08Et c'est pour ça que je suis aussi à fond
04:10sur l'environnement,
04:11parce que c'est une cause qui me touche.
04:12On va revenir d'ailleurs sur votre histoire personnelle
04:14avec ce pays.
04:15Mais effectivement, je vais quand même rappeler
04:15pour les gens qui nous écoutent,
04:16l'histoire du Cambodge.
04:18À partir du 17 avril 1975,
04:20jour de la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges,
04:22le pays est ravagé par cinq années de guerre civile.
04:25Les Khmers rouges, dirigés par Pol Pot,
04:27qui sont un mouvement politique et militaire
04:29ultra-nationaliste,
04:30qui prenait un communisme radical.
04:32Ils considèrent que le peuple doit être débarrassé
04:35de tout ce qui incarne à leurs yeux,
04:36le capitalisme.
04:37Donc effectivement, ils massacrent les enseignants,
04:39les médecins, les infirmières, ingénieurs,
04:42artistes et toute personne
04:43qui, de près ou de loin,
04:45sait quelque chose, est lettré ou éduqué.
04:48Y avoir créé une école,
04:49en lisant ça, je me suis dit que c'était quand même
04:51un acte politique extrêmement fort.
04:53Vous en aviez conscience ?
04:54– Alors, je trouvais que c'était bien
04:56que ça se passe au Cambodge,
04:57parce que d'abord, au Cambodge,
04:58on n'a pas de frein au niveau religieux,
04:59ni au niveau des traditions.
05:01Si les petites filles vont moins à l'école,
05:03si les petites filles, effectivement,
05:05se retrouvent dans des conditions extrêmement précaires,
05:07c'est plus pour des raisons économiques,
05:09c'est parce que la famille a besoin
05:10que la gamine soit là, à aider.
05:12Et ce n'est pas pour des raisons de tradition
05:16qu'on va l'enfermer dans la cuisine.
05:18– Donc, vous avez dit que c'était possible.
05:19– Donc, je sais que je n'allais pas avoir de frein.
05:21Donc, ça, c'était très important.
05:22En même temps, j'ai été touchée, effectivement,
05:23par l'histoire de ce pays,
05:25parce qu'effectivement, à l'époque,
05:27vous vous rendez compte que sous les Khmer rouges,
05:28il suffisait d'avoir des lunettes pour être exécuté,
05:31de porter des lunettes.
05:32On regardait l'intérieur des mains
05:33et si elles n'étaient pas caleuses,
05:35ça voulait dire que vous étiez un intellectuel.
05:36Donc, c'était particulièrement intéressant
05:39de travailler dans un pays comme le Cambodge.
05:42En plus, les Cambodgiens sont vraiment un peuple…
05:44Alors, on a du mal à…
05:45C'est très, très compliqué, le peuple cambodgiens,
05:47parce que quand on voit ce qui s'est passé,
05:48c'est effrayant.
05:49Il y a quand même une partie de la population
05:51qui a massacré l'autre.
05:52Et quand vous y retournez,
05:54des décennies plus tard que moi, il y a 20 ans,
05:56je n'ai perçu de ce peuple
05:58qu'une extrême douceur et une extrême gentillesse
06:03et beaucoup de dignité, beaucoup de sourire.
06:06C'est-à-dire que vous allez dans les bidonvilles,
06:08on ne va pas venir vous harceler,
06:10on va vous proposer une banane,
06:12de vous asseoir, et c'est assez étonnant.
06:14Pas des virs de vengeance entre eux ?
06:15Alors, c'est ça qui est le plus incroyable
06:17dans l'histoire des Khmer Rouges,
06:18c'est que, bon, on sait que ça n'a jamais rien donné,
06:22le tribunal des Khmer Rouges,
06:24mais au niveau du peuple,
06:25ils ont décidé de passer l'éponge après.
06:28C'est incroyable.
06:29La directrice du campus Apichon d'Arab me disait,
06:32dans ma rue,
06:33enfin, elle me disait il y a quelques années,
06:34je pense qu'il est mort maintenant,
06:35je vois passer l'homme qui a tué ma famille.
06:39Et ça, je n'ai jamais compris
06:41comment ce peuple ne s'est pas révolté après.
06:44Ils m'ont expliqué, non,
06:45parce que je crois qu'ils ont été traumatisés,
06:47d'une part, donc peut-être...
06:49Et puis, il faut tourner la page,
06:51il faut avancer.
06:52Mais c'est assez unique.
06:54Et vous, votre histoire,
06:55elle commence comment avec le Cambodge ?
06:57Pourquoi vous allez là-bas ?
06:58Je crois qu'il y a un coup de foudre
06:59pour une petite fille, déjà.
07:00Oui, alors, ce n'était pas du tout prévu.
07:01Mais alors, pas du tout,
07:02moi, j'étais effectivement dans la presse.
07:05Voilà, je dirigeais le magazine Marie-Claire.
07:07Et puis, je veux au Cambodge,
07:09j'avais quatre enfants à l'époque,
07:11deux de mes enfants,
07:12et mon mari de l'époque, leur père.
07:13Et puis, effectivement,
07:14on décide d'aller porter des vêtements
07:16dans un orphelinat.
07:17Et en arrivant dans cet orphelinat,
07:19je discute avec le médecin,
07:20on se balade dans le jardin,
07:22si on peut appeler ça un jardin.
07:23Et puis, je vois une petite fille,
07:25à peu près 3-4 ans,
07:26qui pleure sur un banc,
07:27mais à chaudes larmes.
07:28Donc, évidemment, je m'approche,
07:30je la prends dans mes bras.
07:31Et je suis restée là-bas,
07:32parce que je devais déjeuner là-bas.
07:33Et toute la journée,
07:34elle est restée collée à moi.
07:35Et en même temps,
07:36elle ne voulait pas me regarder.
07:37Comme si elle avait peur
07:39de tisser un lien
07:40et d'être déçue,
07:41parce que je vais partir.
07:42Mais elle était accrochée à moi.
07:43Alors, évidemment,
07:44j'étais dans tous les états.
07:45Votre cœur fondé.
07:46Donc, voilà,
07:47qui est cette petite fille.
07:48Alors, ils vont regarder.
07:49Toi, oui,
07:49elle vient d'arriver,
07:50d'un orphelinat qui a fermé.
07:52Ils n'arrivaient pas
07:52à trouver son nom.
07:54Elle vivait,
07:55elle avait un petit bâton
07:56pour se défendre.
07:57Elle ne répondait pas à son prénom.
07:58Apparemment,
07:59on ne l'avait pas appelée
07:59par son prénom.
08:00Donc, moi,
08:01je suis partie de là-bas
08:01complètement bouleversée.
08:02Et puis, j'ai dit,
08:03oh, mais ça,
08:03elle est tellement triste,
08:04cette petite fille.
08:05Elle pleurait beaucoup.
08:07La adoption était fermée
08:08avec la France.
08:08J'ai dit,
08:09il faut absolument...
08:10Vous voyez,
08:10avec les Italiens.
08:11Il y avait pas mal d'Italiens.
08:13Et puis,
08:14on va se balader ailleurs
08:15dans le Cambodge.
08:15Je rappelle quand même
08:16pour avoir des nouvelles.
08:18Et le médecin malin me dit,
08:19oui, oui, je vais voir et tout.
08:20Mais vous devriez repasser
08:21quand vous venez prendre
08:22votre avion à Phnom Penh.
08:22Donc, on repasse et tout.
08:23Et là, je me suis dit,
08:24ce n'est pas possible.
08:25Il faut que je la sorte de là.
08:26Et donc, je suis rentrée.
08:27Je lui ai même fait la promesse
08:28à l'oreille.
08:28Je lui ai dit,
08:29j'ai envie de chercher.
08:30Et donc, je suis rentrée en France.
08:31Et puis, un matin,
08:31j'allais à Marécage
08:32sur ma voiture.
08:33Et le téléphone sonne.
08:34C'était le médecin
08:36qui me dit,
08:36écoute, ta petite fille
08:37a un problème de santé réel.
08:39Et donc, on peut lui avoir
08:40un visa médical.
08:42Et donc, il y a un médecin
08:43d'humanitaire de France
08:44qui vient faire une mission.
08:46Si tu veux,
08:47tu es tutrice
08:48pour la faire voir en France.
08:49Et puis,
08:50après, on ne veut pas le savoir.
08:51Donc, j'ai été la chercher
08:52cinq mois après
08:54avec un visa médical
08:55le six mois.
08:55Et vous l'adopterez.
08:56Elle deviendra votre fille.
08:57Et bien sûr,
08:57elle est toujours là.
08:58Elle est votre fille.
08:58Elle est à Duplex.
09:00Elle est à Jean-Dessou.
09:00Elle a 24 ans.
09:01Vous revenez aussi
09:01avec l'idée
09:02de créer cette école.
09:04Et là, vous essayez
09:05de convaincre les équipes
09:05de Marie-Claire d'ailleurs
09:06de s'engager avec vous.
09:07Ça a été facile ?
09:08Des gens ont douté ?
09:09Vous avez douté ?
09:10Non, non, du tout.
09:11Du tout.
09:12Alors, c'est vrai
09:12que quand je suis revenue
09:13cinq mois plus tard
09:14pour la chercher
09:15et que je me suis baladée
09:16dans les rues de Pnampin
09:17avec cette petite fille,
09:18je me souviens,
09:18je lui avais mis
09:18les vêtements de sa sœur
09:19parce que j'ai une fille
09:20qui a exactement le même âge
09:21donc qui avait 3-4 ans à l'époque.
09:23Donc, je lui ai mis ses vêtements,
09:24j'ai coupé les cheveux
09:25qui étaient complètement abîmés,
09:26etc.
09:27Et d'un seul coup,
09:28c'était une autre petite fille.
09:29Et je voyais
09:29toutes les petites filles
09:30qui m'endiaient
09:31avec des bébés dans les bras
09:32en haillons
09:33comme elle était
09:34quelques mois avant.
09:35Je me suis dit
09:36que ce n'était pas possible.
09:37Et j'ai eu une chance,
09:38il y a eu un alignement
09:39de planète incroyable.
09:40C'est que j'ai rencontré
09:40une Cambodgienne
09:41d'un certain âge.
09:42Je lui disais
09:43qu'il faudrait ici
09:43faire une école.
09:45Ces petites filles
09:45il faut qu'elles aillent
09:45à l'école.
09:46Voilà, ça évite
09:47la prostitution, etc.
09:48Elle me dit
09:48écoute,
09:49si tu fais une école,
09:50je viens d'acheter un terrain,
09:51je te passe la moitié,
09:533600 mètres carrés,
09:54si ça marche,
09:55tu m'embrousseras plus tard.
09:56Et donc,
09:56je suis repartie du Cambodge
09:57avec ma petite
09:58et l'école dans la tête.
09:59Et deux ans après,
10:00l'école voyait le jour.
10:02Tout à fait.
10:0292 petites filles
10:03qui ont fait leur rentrée
10:04en 2006.
10:06C'est ça.
10:07Vous vous souvenez
10:07de ce moment ?
10:08Bien sûr.
10:09Je me souviens très très bien
10:10du moment où le portail
10:11s'est arrivé.
10:12Il y avait donc
10:1392 petites filles
10:14donc c'est parti
10:15d'un terrain vague
10:16donc j'ai fait construire
10:16les bâtiments, etc.
10:18Et puis elles sont arrivées
10:19et je me souviens
10:20que dans ma tête,
10:20parce qu'il se trouve
10:21que c'était le jour
10:21pour l'anniversaire,
10:22c'était un peu un hasard
10:23et je me suis dit
10:24bon anniversaire,
10:25ma vieille.
10:26C'est un 7 novembre.
10:27C'est un 7 novembre.
10:28Ce qui est frappant
10:29quand on regarde
10:29les 20 années
10:30qui ont suivi cette rentrée,
10:32c'est que cette école
10:32ne s'est jamais arrêtée
10:33de grandir.
10:34Aujourd'hui,
10:35c'est une maternelle,
10:36une primaire,
10:37un collège,
10:37un lycée,
10:38un centre médico-social,
10:39une ferme agro-écologique,
10:46je me suis même demandé
10:46si ce n'était pas addictif
10:48au fond,
10:50de travailler dans l'humanitaire
10:51comme ça.
10:51Est-ce qu'on ne peut pas
10:52toujours continuer
10:52parce qu'en fait,
10:53c'est sans fin ?
10:54Alors, je dis toujours
10:54que l'humanitaire,
10:55on y met le doigt,
10:56on y met l'épaule.
10:57Ça, c'est vrai.
10:58Et puis, vous savez,
10:58la nature horreur du vide,
11:00il y a tellement de choses
11:00à faire pour que
11:01ces petites filles avancent,
11:03pour qu'on ait effectivement
11:04ensuite 100% de réussite
11:05au bac,
11:06qu'elles aillent à l'université,
11:07ce qui se passe.
11:08Ce qui est très, très important,
11:09c'est de ne pas être
11:10que sur l'instruction.
11:11C'est d'avoir une approche
11:12holistique,
11:13c'est-à-dire le médico-social,
11:14l'aide à la communauté,
11:16les internats pour les petites filles
11:17qui sont violentées
11:18dans leur famille.
11:19Donc, à chaque fois
11:20que vous avancez,
11:20vous vous rendez compte
11:21qu'il faut rajouter quelque chose.
11:22Vous levez au voile
11:23sur un autre problème.
11:24Exactement.
11:25Et comme j'ai des équipes
11:26formidables là-bas,
11:27franchement,
11:27au début,
11:27ce n'était pas évident,
11:28mais vraiment,
11:29j'ai une équipe formidable,
11:30ils sont hyper actifs,
11:31ils sont très fiers,
11:32ils sont des Cambodgiens.
11:33Ils sont super fiers
11:34par rapport à leur histoire aussi.
11:37Donc, du coup,
11:38ça avance.
11:38Mais vous le disiez,
11:39vous étiez aussi à Marie-Claire,
11:40vous étiez une femme de pouvoir,
11:41vous étiez puissante,
11:42il a fallu sacrifier des choses
11:44quand vous quittez tout
11:45pour monter seulement,
11:46enfin,
11:46vous consacrer à 100%
11:47à cette activité.
11:48Et vous dites,
11:50alors,
11:50moins d'argent,
11:51mais plus heureuse,
11:51vous dites,
11:52si je pense être
11:52beaucoup moins rigolote
11:53qu'il y a quelques années,
11:55psychologiquement,
11:55je ne me sens plus légère.
11:56Qu'est-ce que ça vous a apporté
11:57dans votre vie ?
11:58Alors, c'est vrai
11:59que quand je dis
11:59que je me sens plus légère,
12:00c'est que,
12:01c'est vrai que la détresse
12:02des enfants
12:02a toujours été un poids,
12:03que j'avais en permanence,
12:04alors je sais qu'elle existe toujours,
12:06mais le fait de mettre
12:06mon énergie
12:08sur ces petites filles
12:09et ces jeunes filles,
12:11ça allège beaucoup.
12:12Parce que je sais que,
12:13quand j'étais à Marie-Claire,
12:14on dénonçait beaucoup
12:15toutes les injustices,
12:16c'était un peu
12:17le rôle de ce journal engagé,
12:19et j'avais un peu
12:19de frustration.
12:20Parce que je voyais passer
12:21des sujets
12:22sur les crimes d'honneur,
12:23enfin, que des horreurs,
12:23vous voyez ce qui se passe
12:24en ce moment en Afghanistan.
12:26Et en même temps,
12:27au bout d'un moment,
12:28je me suis dit,
12:28bon,
12:28et puis zappé de ça
12:31à la mode,
12:32vous voyez,
12:32j'étais dans deux mondes
12:34en même temps,
12:34et c'est un peu
12:35schizophrène en fait.
12:36Ça ne vous suffisait plus,
12:37vous aviez l'impression
12:38que c'était un peu superficiel,
12:40qu'il fallait être dans l'action ?
12:42Oui,
12:42alors avant Marie-Claire,
12:44moi j'avais fondé un journal
12:45qui s'appelle,
12:45un magazine féminin
12:46qui s'appelle DS,
12:47deux sociétés,
12:47qui est extrêmement sociétal
12:48et très engagé.
12:50Donc j'avais déjà
12:51cette envie quand même
12:52d'essayer de faire bouger
12:53à mon petit niveau,
12:54de faire bouger les choses.
12:55Donc c'est d'ailleurs
12:56pour ça que Marie-Claire
12:57m'a appelée,
12:58c'est parce que j'avais
12:58ce côté engagé.
13:00Et puis bon,
13:00avec Marie-Claire,
13:01on fait bouger les choses,
13:02bien sûr,
13:02c'est un journal puissant,
13:03mais vous avez toujours
13:04une frustration.
13:05Et puis moi,
13:06j'aime les enfants,
13:07voilà,
13:07d'une façon peut-être
13:08un peu excessive.
13:10Donc il y a eu un moment
13:10où j'ai vraiment eu envie
13:11de m'engager.
13:12Et pourquoi seulement
13:13les petites filles ?
13:13Ça a pu vous être reproché,
13:14ça ?
13:15On a pu vous dire
13:15pourquoi seulement les filles
13:16et les garçons
13:17dans tout ça ?
13:17Alors les petites filles,
13:18c'est simple,
13:19quand on regarde d'abord
13:20tous les enfants
13:21qui sont scolarisés
13:21dans le monde,
13:22on sait bien qu'il y a
13:23beaucoup moins de petites filles.
13:24On sait qu'elles sont
13:25beaucoup plus vulnérables aussi,
13:26sans le savoir,
13:27et qu'une petite fille,
13:29c'est une mère en puissance.
13:30Si elle instruite,
13:31elle va transmettre
13:31à la génération suivante.
13:32Il a fallu être subtil,
13:33j'imagine,
13:34avec les parents
13:34pour les convaincre
13:35de leur enlever
13:36une personne qui allait
13:37peut-être aider
13:38et rapporter des sous.
13:39Là, finalement,
13:40elles allaient s'instruire.
13:41Comment on convainc
13:41des parents
13:41pour qui l'instruction
13:43n'est pas forcément
13:44très importante ?
13:45Alors c'est simple,
13:46c'est que,
13:46comme on savait très bien
13:47qu'il y aurait un manque
13:47à gagner parce que
13:48la petite ne travaillerait plus,
13:49on a dit aux familles
13:50si elle vient à l'école,
13:51on va vous donner
13:52des paniers alimentaires
13:53pour compenser
13:53le manque à gagner.
13:55Par contre,
13:55il faut de l'assiduité,
13:57sinon, on arrête.
13:59Et je peux vous dire
14:00qu'il y a une assiduité
14:00à Pichon d'Ara
14:01qui est bien plus aidée
14:01qu'en France.
14:03Et puis rapidement,
14:04vous savez,
14:05pour eux,
14:05ce n'est pas important
14:06et c'est important
14:06parce qu'ils connaissent
14:07leur histoire
14:07et c'est ce qui s'est passé
14:08sous les cuillères rouges.
14:10J'ai déjà des grands-parents
14:11et j'ai des grands-parents
14:12qui ont connu cette époque
14:13et qui pleuraient d'émotion
14:15à la rentrée des classes
14:16parce que,
14:17voilà,
14:17et c'est vrai
14:18que j'ai des élèves
14:19qui font médecine,
14:19j'ai des élèves
14:20qui sont profs,
14:21etc.
14:22Ils ont été massacrés
14:23sous les cuillères rouges.
14:24Donc,
14:24pour les familles,
14:25c'est très important,
14:26au contraire.
14:26Et c'est difficile
14:27de trouver des mécènes ?
14:29C'est très difficile.
14:31Alors,
14:31c'était plus facile au début
14:32parce que d'abord,
14:33il y avait moins de causes.
14:33On était dans un monde
14:34qui était moins,
14:35alors,
14:35qui n'allait pas bien
14:36mais en ce moment,
14:37quand même,
14:38on est un peu dans
14:38un certain paroxyde,
14:39on va dire,
14:40un certain excès.
14:41Donc,
14:42c'est difficile.
14:42Il y a beaucoup,
14:43beaucoup de causes actuellement.
14:45Ce qui est important,
14:46c'est d'être quand même connu.
14:48Le capital de notoriété
14:49d'ONG est important.
14:50Ah oui,
14:50ça vous dit
14:50toujours ça.
14:51à donner toujours
14:52pour les grandes ONG
14:53parce qu'ils connaissent le nom.
14:55Donc,
14:55c'est très important.
14:56C'est très important aussi
14:57d'être transparent.
14:58Nous,
14:59on a le label
15:00du comité de la Charte
15:00du Don en Confiance,
15:01par exemple,
15:02qui,
15:02après le commissaire au compte,
15:06marrainer par des particuliers,
15:08on leur ouvre les portes.
15:09On a une centaine
15:09de paramarraines
15:10qui viennent chaque année
15:11au Cambodge
15:12rencontrer leur fillelle
15:13et là,
15:14ils discutent avec les profs.
15:15Donc,
15:15voilà.
15:15Ça,
15:16ça vous aide
15:16à lever des fonds.
15:17Mais c'est difficile.
15:18C'est vrai que c'est difficile.
15:19Et si vous deviez
15:20remonter une école quelque part,
15:21vous choisiriez
15:22quel pays ce serait-il ?
15:23Alors déjà,
15:23il faudrait que je trouve
15:24les fonds
15:24parce que souvent,
15:25on m'a dit,
15:25bah alors,
15:26combien d'écoles maintenant ?
15:27J'ai malheur déjà.
15:28Il faut déjà trouver...
15:29Il y aurait un pays
15:29qui...
15:30les fonds.
15:30Alors,
15:31soit je continue
15:32sur le Cambodge,
15:32je pense que je continue
15:34sur le Cambodge
15:34parce que c'est peut-être
15:35pas un levier suffisant
15:36et je suis peut-être
15:38aventurière,
15:39mais je suis raisonnable.
15:40Et donc,
15:42je sais,
15:43je connais ce peuple,
15:44voilà,
15:44j'ai des repères
15:45et je ne veux pas lancer
15:47un truc que je ne pourrais
15:48pas maîtriser,
15:49surtout que j'ai 20 ans de plus.
15:51Voilà.
15:51Donc,
15:52je pense que je continuerai
15:53sur le Cambodge,
15:53sauf si j'ai la possibilité
15:56parce que je connais
15:57des personnes,
15:58etc.
15:58d'aller ailleurs.
15:58J'aime bien l'Afghanistan,
16:00on y pense tous,
16:01ces pays-là,
16:01on y pense tous.
16:02Ah oui,
16:02l'Afghanistan.
16:03C'est malheureusement...
16:04C'est ça qui est
16:05terriblement douloureux
16:06d'ailleurs avec ces pays,
16:07c'est qu'on est
16:07totalement impuissants,
16:09totalement impuissants.
16:09Mais c'est à l'Afghanistan
16:10que vous pensez.
16:11C'est ce qui se passe
16:12de plus tragique en ce moment.
16:13Les femmes qui sont
16:14mûrées,
16:15c'est...
16:15Tina Kieffer,
16:16dans cette émission,
16:17on aime bien creuser
16:17le passé de nos invités
16:18pour comprendre un peu
16:19qui ils sont
16:20et j'ai décidé
16:20de le faire avec une archive
16:21que je vais lire
16:22et décrire
16:23pour les gens
16:23qui nous écoutent.
16:24Vous avez trouvé ça ?
16:25Mais moi,
16:25je vais la décrire.
16:26Il s'agit d'une page
16:27de Télé 7 jours
16:28au sujet du film
16:29« Êtes-vous fiancée
16:30à un marin grec
16:31ou à un pilote de ligne
16:32de Jean Aurel
16:33sorti en 1970
16:34avec de très grands acteurs
16:36comme Jean-Yann,
16:37Françoise Fabien,
16:39Francis Blanche
16:39ou encore Nicole Calfant ? »
16:41Un film dans lequel
16:41vous avez joué enfant.
16:43D'ailleurs,
16:43on vous voit.
16:43Je suis l'attitude
16:44de Jean-Yann
16:45et de Françoise Fabien.
16:46Vous étiez Cathy,
16:46je crois que vous aviez
16:4710-11 ans à l'époque.
16:48Comment êtes-vous
16:49arrivée dans cette aventure ?
16:51En fait,
16:51à l'époque,
16:52je faisais des photos de mode
16:53comme mon frère.
16:55Et donc,
16:55en fait,
16:55des photos de mode,
16:56parfois,
16:56on vous demande
16:57de passer des castings
16:58et donc,
16:58je me suis retrouvée
16:58dans cette aventure
16:59et je pense qu'elle a été
17:00assez bénéfique,
17:01cette aventure
17:02parce que ça m'a donné
17:03un petit peu l'idée
17:04que tout était possible.
17:05C'est quand même assez incroyable
17:06à 11 ans
17:07de se retrouver sur un plateau.
17:08Moi,
17:08je n'étais pas du tout
17:09dans ce milieu-là
17:09et mes parents
17:09n'étaient pas dans ce milieu-là.
17:11Et donc,
17:11ça vous met un truc
17:12que tout est possible
17:12dans la vie.
17:13Ah, c'est ça que vous en retenez ?
17:14Oui.
17:14Ah, c'est intéressant.
17:15Ah, bah oui,
17:15parce que,
17:15franchement,
17:16je ne pensais pas.
17:17Je n'imagine pas une seconde.
17:19C'était un autre monde pour moi
17:20et d'un seul coup,
17:21je me retrouve là
17:21puis ça se passe plutôt bien.
17:23Je me dis,
17:23bah finalement,
17:24peut-être que dans la vie,
17:24tout est possible.
17:25Voilà,
17:25donc ça a été positif.
17:27Alors après,
17:28j'ai arrêté
17:28parce que mes parents
17:29voulaient quand même
17:30je rentrais vraiment au collège
17:32donc ils ont voulu après
17:33que...
17:33Mais c'est un bon souvenir pour vous
17:34parce que je lisais la critique
17:35de Télé 7 jours.
17:36Bon, elle n'est pas terrible.
17:37L'intrigue passe partout
17:38n'a guère d'intérêt
17:39mais on peut prendre
17:39un certain plaisir
17:40au numéro comique
17:41de Jean-Yann et de Francis Blanche.
17:42Donc,
17:42ce n'était pas le chef-d'oeuvre
17:43de l'année.
17:43C'est assez drôle.
17:44Mais pour vous,
17:45c'était un bon souvenir ?
17:46Humainement,
17:46c'était quelque chose d'agréable ?
17:47Jean-Yann est un homme
17:48absolument adorable,
17:49je me souviens.
17:50C'était vraiment une expérience.
17:51Je lisais que vous étiez
17:52quand même une enfant rêveuse
17:53qui aimait l'art,
17:55qui dessinait beaucoup
17:56un sens artistique
17:57qui, peut-être,
17:58de votre père
17:59qui lui-même
17:59était un publicitaire.
18:00Alors, lui,
18:00il était plus publicitaire
18:01mais c'est vrai
18:02qu'il était forcément créatif.
18:04Effectivement,
18:04il avait monté,
18:05à l'époque,
18:06justement,
18:06si on parle de Jean-Yann,
18:07de tout le monde
18:07il est beau,
18:08tout le monde est gentil.
18:09C'était vraiment
18:09les agences de pub
18:10des années 70,
18:11vous savez,
18:12un peu caricaturales
18:13et je me souviens,
18:14il avait son agence de pub
18:15à la défense
18:16et c'était vraiment
18:17le Jean-Yann de ce film.
18:19Et oui,
18:20mais ma mère aussi,
18:20ma mère écrivait.
18:21Alors,
18:21ma mère n'a pas du tout
18:22fait d'études,
18:22je pense qu'il y a
18:23de résonance aussi
18:23avec mon engagement
18:25parce qu'elle vient
18:25d'un milieu
18:25extrêmement défavorisé
18:27mais elle écrivait beaucoup
18:28et elle écrivait très bien.
18:30Donc, je pense que,
18:31voilà,
18:32c'est intéressant
18:33parce que de votre mère,
18:34j'ai lu que vous reteniez
18:34aussi sa générosité.
18:36Vous dites,
18:36dans ma jeunesse,
18:37elle a été tellement bouleversée
18:38par un clochard
18:39en bas de chez elle
18:40qu'elle lui a donné
18:40le costume tout neuf
18:41de mon père.
18:43Alors,
18:43on sait d'où vient
18:44votre engagement humanitaire aussi.
18:47Ça vient d'elle ?
18:47Il n'avait pas possé d'ailleurs.
18:49C'est vrai ?
18:50Non, parce qu'en fait,
18:51c'était son premier mari
18:51et ils n'avaient pas
18:53beaucoup d'argent.
18:54Ils essayaient de les ramer,
18:55ils s'étaient achetés
18:56un beau costume.
18:57Effectivement,
18:58il n'a pas du tout apprécié.
19:00Oui,
19:01plus de ma mère
19:02que de mon père,
19:02c'est ça.
19:02Mon père était plus
19:03sur sa famille.
19:04Ma mère était plus
19:05ouverte aux autres.
19:06Et dans l'empathie,
19:07j'imagine,
19:07vous trouvez que ce monde
19:08a besoin d'empathie ?
19:09C'est évident.
19:10Et moi,
19:11ce qui m'inquiète beaucoup
19:12par rapport aux gamins
19:13et par rapport
19:14aux réseaux sociaux,
19:15il y a des trucs très bien
19:16dans les réseaux sociaux,
19:17bien sûr,
19:17mais je trouve vraiment
19:19ce qui est dangereux,
19:19c'est par rapport à l'empathie.
19:21C'est qu'on voit
19:21tellement d'horreurs.
19:22Moi, je vois,
19:22quand je scrolle sur Insta
19:23et vous voyez
19:25ces jeunes qui se font pendre
19:26en Iran,
19:27c'est épouvantable.
19:28Et en même temps,
19:29vous voyez,
19:29pour un jean,
19:30tout est mis au même niveau.
19:31On ne voit que des horreurs
19:33et on est anesthésié.
19:34Et je me dis
19:35que pour les gamins
19:35qui grandissent avec ça,
19:37ça tue l'empathie.
19:38Je me souviens
19:39qu'enfants,
19:40on n'avait pas accès
19:40à tout ça.
19:41Et je me souviens
19:42d'un Paris Match
19:42qui parlait d'un autocar
19:44qui avait volé
19:44avec des enfants.
19:45J'avais fait des cauchemars
19:46pendant une semaine
19:47parce qu'on n'était pas habitués
19:48à être confrontés à ça.
19:50Et je pense
19:50qu'on sous-estime
19:52l'impact
19:53de cette information
19:55trash à outrance.
19:56Enfin,
19:57quand je dis trash,
19:57ce n'est pas forcément trash,
19:58c'est aussi de la dénonciation
20:00sur les jeunes.
20:01Je pense que ça les endort.
20:02On est désensibilisés.
20:03Oui, complètement.
20:04À la lueur de celle
20:05que vous êtes aujourd'hui,
20:06quel conseil donneriez-vous
20:07à la petite fille
20:07que vous étiez ?
20:08Qu'est-ce que vous lui diriez
20:09avant qu'elle ne se lance
20:09dans la vie ?
20:11Vas-y,
20:12ça va bien se passer.
20:14Ça va bien se passer.
20:15Ne change rien.
20:17Suis ton instinct
20:17parce que je n'ai pas été...
20:19Je me suis barrée
20:20après le bac
20:20de chez mes parents.
20:22J'ai fait pas mal de conneries.
20:23Mais je pense
20:24que ces conneries
20:24m'ont fait du bien.
20:25Voilà, ça m'a appris
20:26plein de choses.
20:28Et non, non.
20:30À un moment,
20:30je me suis dit
20:31que c'était quand même dommage.
20:31J'aurais pu faire des études,
20:32etc.
20:33Puis finalement,
20:34j'étais tellement rattrapée
20:34sur le tas.
20:35Je me dis,
20:35non, finalement,
20:36c'était bien de faire des conneries.
20:36Et la télé,
20:37vous y arrivez comment ?
20:38Alors, comment j'arrivais à la télé ?
20:40Ah oui, alors,
20:40j'étais à l'époque,
20:40j'étais à Cosmo,
20:42Cosmopolitane.
20:43Donc, j'étais journaliste
20:44depuis un petit bout de temps là-bas.
20:45Et puis, il y a Ardisson
20:46qui a monté Froufou.
20:47Il a été très malin,
20:48le bougre.
20:49Pourquoi ?
20:49Il savait que les conférences
20:51de rédaction de Froufou
20:53étaient assez drôles,
20:54assez impertinentes.
20:55C'était le ton du Cosmo
20:56de l'époque qui était assez...
20:58Il s'est dit,
20:59comme c'est des filles
20:59qui écrivent dans cette rédaction,
21:01je vais faire venir des filles
21:02de Cosmo.
21:03Comme ça,
21:03elles vont bien décrire
21:04leur chronique.
21:05Donc, Joël Goron,
21:06Laurence Cochet et moi,
21:07on s'est retrouvés
21:08avec Christine Bravo
21:10et Sonia Dubois.
21:11Et on s'est lancés comme ça.
21:12Je me souviens,
21:13on n'avait même pas eu de répète.
21:14Et ça,
21:15le premier a cartonné.
21:16Et donc, du coup,
21:16on s'est retrouvés...
21:17Moi, j'étais avec mes copines,
21:18donc je rigolais bien.
21:19Et là, c'était parti
21:19et ça vous a donné la notoriété
21:21qui vous a tellement aidée après.
21:23Et qui m'a permis
21:23beaucoup aussi pour...
21:24Marie-Claire,
21:25et ma notoriété
21:26m'a énormément permis
21:27de pouvoir après
21:32J'ai des photos à vous proposer,
21:33Tina Kieffer.
21:34Ça fait partie des rituels
21:35de cette émission.
21:36La première, la voici.
21:36C'est la une
21:37d'un tout nouveau magazine.
21:38Vous avez donc a priori
21:39entendu parler.
21:40Tout à fait.
21:4120 ans plus tard,
21:42imaginé par Delphine Plisson,
21:43rédactrice en chef du magazine,
21:44son ambition, je cite,
21:46faire un trimestriel
21:47destiné aux femmes
21:47de plus de 40 ans
21:48qui ne parlent pas d'âge
21:50et ne nous conditionnent pas
21:51à notre statut hormonal.
21:53C'est vrai qu'il y avait
21:53quelque chose à faire.
21:54Ah, j'ai pensé
21:56depuis un bout de temps
21:56mais c'est sûr
21:56que je n'avais pas le temps
21:57de le faire.
21:57Je pense qu'elle a pris
21:58un créneau qui est
21:59hyper important
22:00et qu'elle l'a très bien pris.
22:02J'ai lu deux papiers
22:02ce week-end dedans.
22:04C'est très bien écrit.
22:05C'est drôle.
22:05Ça ne se pond pas au sérieux.
22:06Il n'y a pas d'injonction
22:08parce que moi,
22:08je ne supporte pas
22:09les magazines féminins
22:09qui vous disent
22:10on va toutes porter
22:11la jupe de Céline Dion.
22:13Non, non, moi,
22:13je n'ai pas envie
22:14de porter la jupe de Céline Dion.
22:15Laissez-moi tranquille.
22:16Donc, il n'y a pas du tout
22:16d'injonction.
22:17Elle est maligne
22:18parce qu'il y a peu de photos.
22:20C'est très dessiné.
22:22Donc, du coup,
22:23on n'est pas confronté.
22:24Elle n'est pas obligée
22:25de photoshopper ni rien.
22:28Franchement,
22:28je le trouve hyper malin.
22:29Même le titre.
22:2920 ans plus tard,
22:30c'est vachement bien.
22:30Parce que nous,
22:31quand on est jeune,
22:31on avait le magazine 20 ans.
22:33Donc, c'est très très malin.
22:34Et là, on a à la une
22:35Élodie Boucher
22:35et ce titre,
22:36La vie, c'est maintenant.
22:37Oui, c'est sûr.
22:38En pensez-vous.
22:39Ah bah oui.
22:40Ça s'accélère de plus en plus
22:41donc on a intérêt
22:42à vraiment en profiter maintenant.
22:43Je confirme.
22:45J'ai une deuxième photo
22:46à vous proposer.
22:48Autre registre,
22:48mais toujours une femme.
22:49Il s'agit de l'actrice
22:50Sydney Sweeney
22:51qui a déclenché
22:52une très vive polémique
22:53en posant nue
22:54dans un spot
22:55pour un site
22:56de Paris sportif.
22:57On la découvre
22:59assise sur un panier de basket
23:01avec des ballons de foot
23:02devant la poitrine
23:03répétant le mot sport
23:04plus de 15 fois
23:06ce qui a
23:07ulcéré les sportives,
23:09le monde des sportives
23:10qui ont dénoncé
23:11la sexualisation
23:12de leur corps
23:12et qui vient un peu casser
23:14le combat qu'elles mènent
23:15pour l'image
23:15des athlètes féminines.
23:17Qu'en pense
23:17l'ancienne patronne de Marie
23:18Claire ?
23:18C'est une pub
23:19effectivement anachronique.
23:21Le problème,
23:21c'est toujours pareil,
23:22c'est d'utiliser la nudité
23:23pour quelque chose
23:24qui n'a pas de rapport.
23:25J'ai entendu parler
23:26de cette histoire,
23:27je ne l'ai pas suivi de près.
23:28Je ne sais pas comment
23:29elle explique ce choix.
23:31Je ne sais pas
23:31si cette fille est engagée
23:32ou pas.
23:32Est-ce que c'est un truc
23:33à l'envers ?
23:34Comme vous avez
23:34des mouvements de féministes
23:36qui sont très provocatrices.
23:39Vous savez,
23:40je ne sais pas,
23:40je ne connais pas le...
23:41Mais c'est vrai
23:42que ce n'est pas très malin
23:44parce que les gens
23:44prennent son premier degré.
23:45Vous dites anachronique,
23:46c'est intéressant.
23:47Pourquoi ?
23:47Parce que ça ne correspond pas
23:48du tout à l'époque
23:49dans laquelle on vit.
23:50On a décidé enfin
23:51qu'on allait peut-être essayer
23:52de ne pas toujours
23:53associer les femmes
23:55à leur corps
23:56et à leur sexualité.
23:58Donc ça,
23:58c'est totalement anachronique.
24:00Vous avez l'impression
24:00qu'on progresse
24:01sur ces questions-là ?
24:03Je pense qu'on progresse
24:04quand même sur le respect.
24:05On progresse,
24:06on voit bien en ce moment,
24:07il y a le mouvement MeToo.
24:08Parfois,
24:09ça peut paraître excessif
24:10mais c'est très utile.
24:12Je veux dire,
24:12on ne fait pas
24:12de la révolution
24:13avec des roses,
24:13comme on dit.
24:15Je pense que ça fait bouger
24:16les choses
24:16et je pense que moi,
24:17je connais beaucoup d'hommes
24:18autour de moi
24:18qui sont effarés
24:19d'entendre les chiffres
24:21des violences commises
24:22par les hommes
24:22parce qu'avant,
24:23ils n'avaient pas forcément
24:24accès à ça.
24:25On en parlait surtout
24:25dans les magazines féminins.
24:27Maintenant,
24:27c'est un débat public
24:29et je connais plein d'hommes
24:30qui sont choqués.
24:32Je veux dire,
24:33moi, je pense qu'il y a,
24:34évidemment,
24:35il y a un vrai problème
24:36avec beaucoup d'hommes.
24:37Il y a des hommes
24:38aussi exceptionnels.
24:39Moi, j'ai eu de la chance
24:40toujours du bois.
24:41J'ai rencontré toujours
24:42des hommes qui étaient vraiment...
24:44Aucun problème, quoi.
24:45La révolution est en marche, quoi.
24:47Je pense que la révolution
24:48est en marche, absolument.
24:49Maintenant, il ne faut pas lâcher,
24:52il ne faut pas tout mélanger,
24:54il ne faut pas aller dans l'excès.
24:55J'étais extrêmement choquée
24:56par les féministes
24:57qui sont mises à se montrer
24:58sur un sable
24:59avec un voile sur la tête.
25:00Mais mon Dieu,
25:01mais comment desservir la cause
25:03mieux qu'en faisant ça ?
25:05C'est totalement aberrant.
25:06Donc, il faut toujours
25:07faire attention aux curseurs.
25:08Mais il faut continuer.
25:10Une dernière photo.
25:11Cette fois, on est en Ukraine.
25:12Les livres et manuels scolaires
25:14manquent à cause des frappes russes.
25:16Avant la rentrée scolaire,
25:17Moscou n'a cessé de viser
25:19spécifiquement des maisons d'édition
25:20et les imprimeries.
25:22Du coup, 12 millions de livres
25:23ont été détruits
25:24et ils ont manqué
25:25pour la rentrée des enfants,
25:26justement, en Ukraine.
25:28Décidément, la guerre frappe
25:30exactement là où, effectivement,
25:32elle peut détruire une population.
25:33Bien sûr.
25:34Et puis, quand on veut
25:34affaiblir l'ennemi,
25:36la première chose,
25:36c'est de couper la connaissance.
25:38C'est pour ça, d'ailleurs,
25:39que souvent, les dictatures
25:40ne veulent pas que les femmes
25:41aillent à l'école.
25:42Parce que quand les femmes
25:43sont instruites,
25:43elles peuvent faire bouger
25:44les choses, justement.
25:46Donc, c'est vraiment
25:46un signe de dictature,
25:49les femmes qui sont privées d'école.
25:51Donc, là, c'est exactement ça.
25:53Bien sûr, ils les privent de tout.
25:54Mais ils tapent sur la culture,
25:56ils tapent sur le savoir.
25:57Et ils savent ce qu'ils font.
25:58Et puis, ça y est,
25:58pour nous faire réagir, bien sûr.
26:00J'ai une dernière question
26:00qui est en lien
26:01avec le décor qui nous entoure,
26:02Tina Kieffer.
26:03Nous sommes entourés
26:04de quatre statues
26:05qui représentent chacune une vertu.
26:06Il y a la sagesse,
26:08la prudence,
26:09la justice
26:10et l'éloquence.
26:11Est-ce qu'il y a une
26:12de ces vertus
26:12qui vous parle particulièrement,
26:14qui vous caractérise peut-être,
26:15ou en tout cas,
26:16que vous avez envie de défendre ?
26:18Sagesse, prudence,
26:18justice, éloquence.
26:20Justice.
26:20Justice.
26:21Justice, mais je pense
26:22que c'est plus facile
26:23de faire avancer la justice
26:24quand on a l'éloquence.
26:25Ah, voilà.
26:26Donc, les deux.
26:27Les deux.
26:28Éloquence et justice.
26:29Comme vous.
26:30Eh bien, on s'arrêtera là-dessus.
26:31Merci infiniment
26:32d'avoir fait cet entretien
26:33avec nous.
26:34Merci à vous
26:34d'avoir partagé ce moment
26:35et merci de nous avoir suivis
26:37comme chaque semaine.
26:38Émission à retrouver en replay
26:39sur publicsena.fr
26:40mais aussi en podcast,
26:41vous le savez maintenant.
26:42Merci beaucoup,
26:42à bientôt.
26:43Sous-titrage Société Radio-Canada
26:46Sous-titrage Société Radio-Canada

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