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C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :
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00:10Bonjour à tous très heureuse de vous accompagner pour ce nouveau numéro de c'est pas si loin elle
00:14est docteur en sociologie en martinique autrice féministe engagé nadia chonville est notre invité
00:20aujourd'hui ensemble on reviendra sur les actus de la semaine évidemment à commencer par la
00:25mobilisation lycéenne des milliers d'élèves de france et d'outre-mer continue de dénoncer leurs
00:30conditions de travail mobilisation entre sitting pacifique et forte tension quelle réponse à cette
00:37colère qu'elle issue aussi le regard de notre invité à suivre la loi intégrale contre les
00:43violences sexistes et sexuelles adopté mardi à l'assemblée nationale à cette occasion nous
00:49nous sommes rendus en guadeloupe l'un des départements les plus touchés par ces vss départements ou
00:54surtout silence et tabou prime encore sur la parole enfin nous nous sommes également arrêtés cette
01:00semaine sur cette histoire assez méconnue celle des libres de couleurs dans les colonies françaises
01:04esclavagistes hommes femmes et enfants métis libres pas égaux face aux blancs parfois coupables
01:10également on en reparle ensemble avec notre invité
01:18bonjour madia chanville bonjour je suis ravie de vous accueillir sur le plateau de c'est pas si
01:22loin docteur en sociologie donc autrice féministe vous avez aussi enseigné l'histoire géo au lycée
01:28chelcher en martinique jusqu'à l'an dernier quel est le fil qui relie tout cela qui relie toutes vos
01:34facettes
01:34je pense que l'écriture féministe quand même à l'écriture et le féminisme je suis une autrice je le
01:40suis depuis que je suis toute petite et je pense que c'est la ligne c'est ma ligne de
01:45vie et après les
01:47idées les valeurs se sont se sont installés sur cette ligne de vie et les convictions les luttes
01:54sociales la lutte pour l'égalité pour les droits humains m'a effectivement amené à toutes sortes
01:59d'écriture qui me ramène toujours à la question féministe en tout cas votre regard d'ancienne prof
02:03de lycée nous intéressera d'autant plus pour l'actu du moment on y reviendra vous définissez en
02:09tout cas comme une intellectuelle féministe être féministe en martinique est ce que c'est mener les
02:14mêmes combats qu'ailleurs où se confronter peut-être à une histoire singulière à clairement c'est
02:18singulier c'est singulier dans tous les endroits du monde évidemment on va retrouver un système
02:23patriarcal dans l'essentiel de de des civilisations humaines actuellement mais le
02:30patriarcat c'est c'est un système de domination qui est extrêmement plastique qui va s'adapter
02:35au temps et qui va s'adapter aux espaces et aux cultures et donc on ne peut pas penser le
02:40féminisme
02:41on ne peut pas penser l'égalité des droits entre les hommes et les femmes on ne peut pas penser
02:46tout
02:46cela de la même manière en europe en asie en afrique de l'ouest en aux antilles ou même
02:53dans l'océan indien dans chaque territoire dans chaque espace il faut penser écrire discuter
02:58construire ensemble des stratégies cohérentes pour atteindre cet objectif le patriarcat un
03:04système qui s'adapte c'est glaçant quand on entend ça en fait mais c'est ce qui se passe
03:07et
03:08je crois que c'est important de mettre les mots dans les dans les temps que nous connaissons
03:11aujourd'hui et dans les heures qui viennent dans les prochaines années oui clairement qu'est ce qui
03:15dans votre enfance nadia chanville dans votre adolescence peut-être vous a donné envie
03:19de comprendre nos sociétés puis de vous engager je crois que c'est le regard que je posais sur le
03:24monde et qui est peut-être lié aussi au fait d'écrire c'est à dire que l'écriture elle
03:27passe par
03:28l'observation aussi on est écrivaine parce que d'abord on est une grande lectrice je lisais
03:34beaucoup et j'observais le monde autour de moi j'en étais friande et c'est ce qui m'a
03:39aussi amené à être
03:39sociologue l'envie d'entendre d'écouter de transcrire de transcrire le monde de le lire et de le
03:45transcrire à travers un prisme particulier qui est le mien et qui est celui d'une martiniquaise
03:49donc c'est ça qui m'a qui m'a amené à cette pensée et qui m'a amené après
03:53à faire les études et
03:54les écrits que j'ai pu faire par la suite dans cette émission que vous connaissez bien pour y avoir
03:58pris par un nombre incalculable de fleurs on cherche aussi à comprendre parce que les outre-mer racontent de la
04:04france est ce que vous avez un regard une approche particulière sur cette réflexion sur ce que nous
04:09apportons à la france et bien nous avons toujours apporté quelque chose à la france parce que c'était
04:14le projet quand on a été colonisé c'était pas de de faire du bien aux gens qui vivaient là
04:19bien
04:19au contraire la plupart ont été massacrés et c'était d'apporter de la richesse à la france que nos
04:26territoires apportent de la richesse à la france que nos corps déplacés là apportent de la richesse à la
04:31france nous ne sommes nous n'existons en fait en tant qu'entité dans l'espace français à l'origine
04:38que pour apporter quelque chose à la france donc maintenant je crois que ce qu'il faut penser
04:43aujourd'hui ce qu'il faut construire c'est comment est ce que nous pouvons apporter quelque chose aux
04:48populations françaises qui vivent dans ces territoires c'est à dire que ça aujourd'hui apporter quelque
04:54chose à la france doit aussi nous concerner nous devons trouver encore le cas je crois que c'est ce
05:01que
05:01nous souhaitons oui qui a certainement un souhait réciproque mais qu'il ya une telle habitude parce
05:07qu'on ne se remet pas comme ça en claquant des doigts de temps de siècles de colonisation il faut
05:14le
05:14penser et c'est là que la recherche comme la recherche en sociologie mais dans toutes les
05:18matières en histoire tous ces travaux de recherche sont essentiels pour éclairer pour qu'on n'ait pas
05:24l'impression que ce sont des choses qui ne nous concernent plus il faut avoir l'humilité de
05:27comprendre qu'on doit qu'elles doivent résonner avec nos décisions contemporaines
05:31allez on revient aux actus de la semaine sur lesquelles vous avez souhaité rebondir difficile
05:35de dire si le mouvement lycéen se poursuivra après les vacances de la toussaint qui débute ce
05:40vendredi à l'exception de quelques territoires ultramarins depuis de longues semaines en tout
05:44cas outre-mer comme hexagone des milliers d'élèves protestent pour réclamer plus de
05:48professeurs de meilleurs emplois du temps des classes adaptées au climat aussi regardez cet extrait
05:53nous on prend plutôt le parti du pacifisme et pas de bloquer et si on se mobilise aujourd'hui
05:59c'est pour un peu mettre notre pierre à l'édifice entre guillemets de ce mouvement qui est
06:04d'envergure nationale et qui c'est inédit les outre-mer participent désormais à ce mouvement là
06:11donc c'est une sorte de ras-le-bol qu'on ressent également ici face à nos conditions et face
06:16à la
06:16condition également de nos enseignants et on se mobilise pour ces revendications là c'est vrai que
06:21nous ici à la réunion ben nous nous nous sommes un petit peu isolés mais après s'il n'y
06:27a pas de
06:27mobilisation comme ça pour nous faire entendre ben on va pas se faire entendre donc les enfants
06:31obligés passer par la grève ben pour faire aussi entendre d'autres mécontentement j'ai 11 enfants et
06:37ça fait plus d'une vingtaine d'années que je suis représentant depuis la maternelle jusqu'au lycée
06:43et effectivement si aujourd'hui il ya des choses qui qu'ils se fassent pas et ben il y aura
06:49des
06:49répercussions pour ce qui vont arriver demain c'est tout à fait normal qu'ils défendent leurs
06:54droits la grève c'est pas cassé brisé brûlé la grève s'est manifesté son mécontentement mais nous
07:01peuvent faire lire dans le calme ce sont des territoires historiquement qui sont relativement
07:08quitté 30 très agricoles assez pauvre on va dire avec des populations précarisées il ya cette
07:15dynamique urbaine c'est des territoires qui sont un peu délaissés historiquement et ça il ya aussi
07:20ce sentiment qui a été intériorisé par bon par les élèves qui sont un petit peu la dernière
07:26roue du carrosse quoi ou la cinquième roue du carrosse et justement il faut leur redonner confiance
07:31et ça passe aussi par une reconnaissance institutionnelle à son niveau là je rappelle que vous avez enseigné l'histoire
07:39Géo Nadia Chonville en martinique au lycée qu'est ce que vous reconnaissez de l'expérience de vos propres élèves
07:44ou de la
07:44vôtre peut-être des élèves dans la bouche de ce que vous entendez aujourd'hui ah oui moi j'ai
07:49enseigné depuis
07:51depuis que je suis rentrée en martinique et j'ai enseigné en fait j'ai passé en tout je crois
07:56à 12 ou 13 ans à enseigner à la fac puis au lycée
07:59chez le cher et effectivement mais je revois là les revendications qui sont portées depuis un moment
08:06parce qu'il y en a eu des mouvements lycéens ce n'est pas nouveau il y en a eu
08:09des mouvements lycéens rien
08:10qu'en martinique régulièrement je pense à des mouvements aussi dans le nord atlantique dans des
08:16lycées où on demandait plus de moyens que ce soit sur le bâti mais que ce soit aussi sur les
08:20absences
08:20d'enseignants sur des problèmes aussi sur des problèmes sanitaires on s'est beaucoup plaint de la
08:27question de la canicule et ici et c'est un sujet majeur mais en fait le réchauffement climatique il a
08:33lieu partout et ce n'est pas parce que nous sommes pour beaucoup noirs et que nous vivons sous les
08:37tropiques que nous ne sommes pas sensibles au fait qu'il ya une différence entre 28 et 34 degrés
08:43et effectivement pour nous aussi quand il ya de fortes périodes de chaleur travailler dans les
08:48salles de cours devient infernale franchement au lycée chez le cher je pense à mes collègues à mes
08:53anciens collègues qui se sont aussi mobilisés et je trouve qu'on a un peu invisibilisé la part de
08:59la mobilisation lycéenne qui a commencé en amont vraiment à Mayotte et en Guyane voilà à Mayotte
09:06en Guyane en Martinique aussi il y avait des lycées mobilisées je pense que ce qu'ils ont apporté aussi
09:11au débat est essentiel et n'a pas été assez mise en valeur en tout cas nous on n'a
09:14pas oublié d'en
09:14parler dans ces places loin de façon évidente vous insistez vous insistez Nadia Chonville sur les moyens
09:20c'est vrai que par endroits un jeune va faire des heures de voiture des heures de bus voire de
09:24pirogue je pense à la Guyane pour aller en cours ou alors on n'aura pas de bonnes conditions de
09:28travail chez lui qu'est ce que l'école devrait pouvoir lui garantir de plus je crois que l'école
09:34doit être l'espace de l'égal de la construction de l'égalité réelle et ça c'est un problème
09:39dans
09:39notre pacte républicain je crois que quand on enseigne aux anti parce que moi je suis en Martinique on a
09:47même ce sentiment qu'on ne fait pas on ne remplit pas complètement cette mission parce que les
09:53inégalités se reproduisent que invariablement c'est assez rare qu'on ait encore un système
09:59d'ascenseur social parce qu'on ne met pas les moyens quand en Martinique on a des problèmes de
10:02transport vous avez des enfants qui se lèvent à 4 heures 4h30 du matin pour aller en cours qui ont
10:09un
10:09stress incroyable à se demander est ce qu'ils vont arriver à l'heure pour passer le bac parce que
10:13les
10:13transports publics ne fonctionnent pas c'est vrai que c'est une réalité potentiellement quotidienne
10:17qui n'ont pas pu prendre une douche avant d'aller avant d'aller à l'école et qui sans
10:21parler même des
10:22jeunes femmes qui qui sont confrontés à des précarités menstruelles dans des endroits où il n'y a pas
10:27d'eau dans le lycée etc donc en fait tout ça ça a un impact sur la capacité aussi de
10:32nos élèves
10:32être dans des conditions de réussite donc les mêmes problèmes qu'à l'échelle nationale amplifiés par des
10:36problèmes structurels outre-mer finalement c'est ce que vous nous dites est ce qu'il y a aussi des
10:39besoins qui à votre avis sont invisibles je vous pose la question parce que vous contestez me semble-t-il
10:44l'idée qu'un meilleur taux d'encadrement suffise à faire que l'école se porte bien on dit quand
10:50on réclame
10:51là je parle vraiment encore saignante quand on réclame plus de quand on quand on en fait le rectorat
10:59nous dit le taux d'encadrement en martinique en guadeloupe est plus élevé qu'ailleurs donc il n'y a
11:03pas de
11:03problème on peut supprimer des postes on peut supprimer des on peut supprimer des classes il n'y a pas
11:08de
11:08problème circulaire il n'y a rien à voir mais oui mais nous nous avons des problèmes structurels et donc
11:12si on a des classes où on est à 25 élèves c'est génial et ce serait encore mieux s
11:16'il n'y en avait que 16 et puis moi je suis désolée au lycée
11:19chelcher j'ai jamais eu moins de 30 élèves dans ma classe et dans une classe à 35 degrés avec
11:23les problèmes de transport etc je pense que si on avait si on conserve le nombre de
11:28preuves que nous avons et que nous en profitons pour en faire une opportunité plutôt que de le penser comme
11:32une charge oui si la population scolaire diminue dans nos territoires du fait de problèmes démographiques que nous avons
11:38prenons-le comme l'opportunité d'aller vers cette égalité des chances gardons notre nombre d'enseignants gardons toutes nos
11:43classes nos classes répartissons-les de façon à ne pas avoir plus de 25 élèves par classe sur tous les
11:49territoires
11:49Oui puissiez-vous être entendu ma foi
11:51Allez on enchaîne avec la deuxième actu que vous avez choisie Nadia Chonville elle va poursuivre son parcours législatif mais
11:57la loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles a été adoptée en première lecture
12:01mardi par les députés mais comment être aidé et s'en sortir lorsque la parole est aussi peu libre
12:07Outre-mer ces VSS justement sont un énorme tabou nous l'avons illustré à travers un reportage en Guadeloupe ou
12:14via son association
12:14une la femme qui nous guide ne sait que trop bien à quel point ce combat est rude extrait
12:22Les rassemblements n'amènent pas beaucoup de monde parce que c'est pas dans les mœurs et que dans la
12:27culture nous sommes dans le silence la politique du silence et en faisant ce travail de longue haleine comme on
12:35dit parce que c'est enraciné on pourrait arriver à quelque chose
12:39Viens, viens me soutenir
12:42Et aujourd'hui nous sommes là pour la loi intégrale pour protéger les victimes contre les violences sexistes et sexuelles
12:49Il y a beaucoup d'articles qui sont discutés en ce moment à l'assemblée
12:53Chaque article c'est un combat en fait
12:55Et je tenais à que la Guadeloupe fasse entendre sa voix
12:58Pour que la Guadeloupe soit prise vraiment en considération dans l'ensemble de cette loi intégrale
13:04Voilà
13:06Au moins les messages sont là
13:08Nous sommes dans un archipel qui est petit
13:11Pour les victimes c'est encore plus difficile
13:13Je ne minimise pas la souffrance des victimes dans l'hexagone
13:18Mais c'est beaucoup plus complexe
13:20Parce que c'est plus petit
13:21Qu'il y a beaucoup de jugements
13:22Et que malheureusement il y a une habitude de tabou
13:25De silence
13:31La Guadeloupe est l'un des départements les plus touchés par les violences sexistes et sexuelles
13:36Sur l'archipel, 27,5% des femmes déclarent avoir subi un fait de violence intrafamiliale avant 18 ans contre
13:4417,5% dans l'hexagone
13:47Nadia Chonville, vous estimez qu'on ne peut pas comprendre les violences sexuelles aux Antilles sans regarder l'histoire de
13:52l'esclavage
13:52Alors selon vous par quel mécanisme cette histoire continue-t-elle de peser sur les rapports entre les sexes ?
13:59Simplement parce qu'on n'a rien fait pour que ça cesse de peser
14:02Il ne suffit pas de décréter que cette histoire est passée pour qu'elle soit passée
14:06Le fait est que nous sommes aux Antilles dans des territoires qui sont particuliers
14:11Parce que l'essentiel de la population est le résultat de plusieurs crimes contre l'humanité
14:15Il y a l'esclavage, il y a aussi les déportations, pas seulement d'Africains mais aussi de peuples venus
14:19d'Asie, particulièrement les Indiens
14:22Nous avons aussi le génocide des populations qui vivaient là auparavant
14:27En fait la somme de ces crimes est énorme
14:29Et les viols quasi systématiques des personnes qui ont été esclavagisées
14:36Cela fait partie aussi des grands crimes contre l'humanité
14:39Et ça, la durée que ça a eu, l'impact que ça a eu sur notre structure sociale
14:43Il faut la prendre en considération
14:45On ne peut pas juste se dire c'est trop affreux, je préfère dire qu'on passe à autre chose
14:47Non, il n'y a pas eu d'acte
14:49Par exemple, moi je pense que ce serait bien qu'il existe dans chacun de ces territoires
14:54Un endroit, un monument, un espace qui soit consacré à la question des violences sexuelles coloniales
15:00Ça nous permettrait de le penser et d'étudier aussi l'impact que ça peut avoir
15:05Ce n'est pas la seule raison, mais c'est une singularité
15:09Je me permets de vous interrompre parce que pour le montrer, en parler et l'expliquer peut-être aux jeunes
15:12générations
15:12Peut-être qu'il faudrait que ce soit documenté, est-ce que ça l'est ?
15:15Est-ce qu'il y a des travaux qui existent, des observations ?
15:17Il y a des travaux qui existent, alors ils existent beaucoup aux Etats-Unis
15:22Mais on a aussi des travaux de recherche qui ont été faits, je pense au travail de Myriam Cotias
15:25Par exemple sur les femmes pendant la période d'esclavagiste
15:29On a aussi les travaux des sociologues
15:32C'est-à-dire que nous, en tant que sociologues, quand on travaille sur ces sujets, on voit les résurgences
15:37Par exemple, je pense au travail de Stéphanie Mulot
15:39Elle a un article qui est excellent
15:41Qui est sociologue
15:42Qui est sociologue
15:42Et elle a un article qui est excellent qui s'appelle
15:44« Redevenir un homme dans un contexte post-esclavagiste et matrifocal »
15:48Et vraiment, c'est super que dans ce titre, elle ait mis ce mot-là
15:51« Post-esclavagiste »
15:52C'est-à-dire que ce n'est pas le seul critère
15:55Mais il faut le mettre, il faut le penser dans le contexte
15:58C'est un contexte que nous devons prendre en considération
16:02Pour créer des solutions adaptées à notre réalité
16:05Malgré tout, comment tenir compte de ce contexte qu'on entend, de ce poids historique
16:10Tout en rappelant bien que chaque auteur de violence est pleinement responsable de ses actes
16:15Mais évidemment, c'est-à-dire que ça n'excuse absolument rien
16:17Ça peut être utile de le rappeler quand même
16:19Oui, c'est vrai, vous avez fait parler, temps qui court, on est bien obligé
16:21Mais ça n'excuse absolument rien
16:26Quand vous dites cela, on parle du moment de la répression
16:29C'est-à-dire que quand on est face à la justice
16:30Chaque personne est absolument responsable de ses actes
16:33Et ne peut pas ignorer la gravité de l'acte
16:35Ne peut pas ignorer qu'il s'agissait d'un crime
16:37Mais là, on parle aussi de comment construire nos mécanismes de prévention
16:43Pour l'instant, si on ne fait rien
16:45On est plutôt dans une stratégie où on se dit
16:47Comment est-ce que je peux m'assurer que ma fille ne devienne pas un jour une victime
16:50Comme si c'était le fait d'être victime qui posait un problème
16:52Mais enfin, ce n'est pas être victime qui pose un problème
16:56Ce qui pose un problème, c'est d'avoir des criminels dans notre pays
16:58C'est d'avoir affaire à des bourreaux
16:59J'ai un petit souci avec cette expression-là d'ailleurs
17:01Qui revient régulièrement dans le reportage
17:04Il y a un moment où les femmes disent
17:05Oui, je ne suis plus une victime
17:09Mais comme si...
17:12C'est grave d'être une victime
17:13Est-ce que la charge de la honte
17:15Est-ce que la charge du crime
17:17Repose sur la victime ?
17:19Il y a deux choses dans ce que vous dites
17:20Parce que c'est évidemment grave d'être une victime
17:22Parce que j'imagine que quand on a subi par une violence
17:24Est-ce que c'est mauvais ?
17:25En revanche, ce n'est clairement pas à la victime
17:27De porter la charge de tout ce qu'elle a vécu
17:29C'est grave ce qu'elle a vécu
17:30Ce qu'elle a vécu est grave
17:32Mais est-ce que c'est mauvais ?
17:35Est-ce que du coup c'est une tâche
17:36Dont elle devrait se défaire
17:38Parce que ce serait une tare dans sa vie
17:40La personne qui a une tare
17:42La personne qui devrait avoir honte
17:43La personne qui doit être sanctionnée
17:46Et qui doit changer dans sa vie
17:49Pour se grandir
17:50C'est le criminel
17:51Et donc du coup
17:53Ce qui peut être important pour nous
17:56C'est évidemment de réprimer les crimes
17:58Mais aussi de se poser la question
18:00Comment nous assurons-nous
18:01Que nous ne sommes pas en train d'éduquer
18:03De futurs criminels
18:04Et donc les politiques de prévention
18:06Les stratégies de prévention
18:08Elles doivent aussi être dirigées vers les garçons
18:11Je dis ça parce que l'écrasante
18:13Presque l'essentiel des crimes sexuels
18:15Sont commis par des hommes
18:17Et donc qu'est-ce que nous mettons
18:18Est-ce que nous pouvons dépenser davantage d'énergie
18:20A nous assurer de ne pas créer
18:23De nouvelles générations de criminels
18:25Parce qu'on pourra dire à nos filles
18:27De se ranger, de s'habiller comme ci
18:29Les lycéennes d'ailleurs
18:30Il y a beaucoup de lycéennes
18:31Qui se sont mobilisés aussi
18:32Contre les injonctions de vestimentaire
18:35Et bien tout ça c'est inefficace
18:38Voilà
18:38Ça va peut-être déplacer le problème
18:40Ça ne va pas empêcher un criminel d'être un criminel
18:43Il va peut-être
18:45Il y aura des stratégies d'évitement
18:46Peut-être
18:47Mais qui ne sont pas efficaces de façon collective
18:50Ce qui est efficace de façon collective
18:52C'est de désactiver la criminalité
18:55Dans les futures générations
18:56Il est urgent de rappeler aux garçons
18:58Et aux hommes leurs responsabilités
19:00Et de le faire avec des stratégies de prévention
19:02Adaptées aux réalités de chaque territoire
19:05Pour ça il en faut des moyens
19:07En tout cas vous avez parlé d'esclavage
19:08Tout à l'heure Nadia Chanville à l'époque de l'esclavage
19:10Et on passe à la troisième thématique de la semaine
19:12Que vous avez choisie à l'époque de l'esclavage
19:14Être libre ne suffisait pas
19:16La couleur de peau déterminait encore les droits de chacun
19:19Et c'est ce que nous racontent les libres de couleur
19:21Ces personnes métissées, affranchies
19:23Ou nées libres, une histoire méconnue
19:26Et qui nous rappellent que liberté et égalité
19:28Ne vont pas toujours de pair
19:29Extrait
19:30Donc ces gens se côtoient
19:32Mais ils n'ont pas toutes les prérogatives
19:35Des libres réputés blancs
19:37Il y a des métiers qui ne leur sont pas autorisés
19:39Ils ne peuvent pas être appelés monsieur ou madame
19:42Ils ne peuvent pas être nobles
19:43Et ils payent des impôts en plus
19:45Donc ils sont soumis
19:48A ce que l'on appelle le préjugé de couleur
19:51On peut le dire, voilà
19:52Ils sont la troisième partie d'un monde fait pour deux
19:57Les libres de couleur vont rapidement être conscients
20:00Qu'ils ne pourront jamais bénéficier
20:02Et jouer complètement de leur liberté
20:04Tant que l'esclavage va exister
20:08Parmi les libres de couleur
20:10Nous avons tous un l'ouverture
20:14Et puis vous avez Cyril Bissette
20:16Il participe à une répression
20:19D'une révolte d'esclaves
20:20Au Carbet en 1822
20:22Puis il revendique les droits des libres de couleur
20:25Il est marqué au fer rouge
20:27Il est condamné
20:28Et il va devenir un abolitionniste
20:30Finalement ils vont créer un contexte politique
20:36D'affrontements, de conflits
20:38Qui va permettre aux esclaves
20:40D'obtenir l'abolition de l'esclavage
20:43L'histoire des libres de couleur
20:45Montre que c'est pas parce qu'on a une identité de couleur
20:50Qu'on a forcément un comportement associé
20:53Donc on peut être un blanc esclavagiste
20:56On peut être un libre de couleur esclavagiste
20:58On peut être un blanc abolitionniste
21:00Et on peut être un libre de couleur abolitionniste
21:02Donc voilà, c'est vraiment
21:04L'histoire des libres de couleur
21:06Permet de rentrer dans la complexité
21:08De l'histoire de l'esclavage
21:13Vous l'avez enseigné cette histoire au lycée
21:16Les libres de couleur à vos élèves en Martinique
21:18Qu'est-ce qui les surprenait le plus ?
21:20De savoir qu'il y a des Noirs
21:23Qui ont été propriétaires d'esclaves
21:25Et ça, de personnes esclavisées
21:27Et ça c'est très important
21:29Parce que ça permet d'étudier la nuance
21:30La nuance de l'histoire
21:32Et de ne pas rester sur des approches binaires
21:35Qui ne sont pas les mieux adaptées
21:37Pour comprendre le monde d'aujourd'hui
21:39Oui, mais comment expliquer malgré tout ce paradoxe
21:41Des métisses qui possédaient eux-mêmes des esclaves
21:43Subir une société raciste
21:45Et à la fois participer à cette démarche de domination
21:47Comment ça s'explique ça ?
21:48Déjà parce qu'ils vivaient dans ce monde-là
21:51C'est comprendre aussi qu'est-ce qu'un contexte
21:55Quelles sont aussi les stratégies
21:57Des groupes sociaux
21:58Parce qu'il y avait des stratégies
21:59Et des allers, des retours
22:01Et la personnalité de Bissette
22:02J'ai souvent fait mes élèves
22:03Faire des exposés sur Cyril et Bissette
22:07Justement par rapport à la complexité
22:10Du parcours de cette personnalité
22:12Qui va évoluer dans sa pensée
22:14Je dis que c'est quand même quelque chose
22:15De changer d'avis
22:17D'être confronté par la réalité
22:19À ses contradictions
22:20Et d'avancer
22:21Et de changer plusieurs fois de point de vue
22:24Ça leur permet d'avoir un regard plus nuancé
22:27Sur ce qu'est l'aventure humaine
22:28Et c'est important
22:29Pourquoi ce terme libre de couleur ?
22:31Eh bien ils sont effectivement dans un statut de liberté
22:33Mais ils sont de couleur
22:35Et ça nous ramène aussi à ce qu'était le préjugé de couleur
22:37On se rend compte qu'être esclave
22:41C'est un statut dans ce temps-là
22:44Et qu'en même temps
22:45Les libres de couleur ne seront jamais libres
22:49Complètement parce qu'ils sont de couleur
22:50Donc qu'on a réussi à construire l'idée
22:52Qu'on n'a pas juste mis des
22:54Il y a des gens en esclavage et puis il y a les autres
22:55Non, on a associé
22:57On a associé le fait d'être dominé à une couleur
23:03Et ça c'est la construction du racisme
23:04La conclusion de mon cours c'est toujours de dire aux élèves
23:07Le racisme commence avec la traite et l'esclavage
23:10Ça n'a pas toujours existé dans l'histoire de l'humanité
23:12C'est un phénomène récent mais extrêmement résistant
23:16L'histoire que nous construisons
23:17Notre histoire de caribien et caribéenne
23:19C'est la lutte contre ce racisme
23:21La lutte pour l'émancipation
23:23Et c'est aussi celle que eux et elles vont construire à leur manière
23:26C'est important l'histoire
23:27C'est important de connaître le passé pour mieux avancer
23:29On va terminer avec votre photo du jour
23:31Nadia Chonville, photo que je découvre en même temps que nos téléspectateurs
23:34La voici
23:35Est-ce que vous pouvez nous raconter de quoi il s'agit ?
23:38Oui, ça c'est le premier soir du cabaret Z
23:43Donc il y a un an
23:45J'ai fondé ce cabaret avec mes camarades
23:49HL Cher en Martinique dans la salle La Robase
23:51Et donc c'était la première fois qu'il y avait un cabaret institué en Martinique
23:57Depuis, disons, l'éruption de la montagne Pelé
23:59Il y a des artistes de cabaret en Martinique
24:01Il y en a aussi des martiniquais qui sont ici
24:04Et donc c'est un cabaret féministe
24:06C'est un cabaret où il y a des expressions queer
24:08C'est un cabaret où il y a une pensée décoloniale aussi
24:12Je peux installer aussi, c'est vrai en tant que directrice artistique
24:15Ma pensée, mes textes
24:16Mais donner aussi surtout la parole à d'autres artistes sur cette pensée
24:19Et qu'est-ce que la scène vous permet de dire, de faire entendre autrement qu'à travers vos engagements
24:24qui sont déjà nombreux ?
24:25Il y a des moments où la science, tout ce qu'on a vu ensemble
24:31L'histoire, la critique
24:34Ne permettent pas d'exprimer des choses qui viennent des profondeurs
24:37Qui viennent des profondeurs
24:39Il y a quelques jours, on a inauguré une plaque à Aimé Césaire
24:42Quand je suis dans la démarche du cabaret, ça peut paraître très loin
24:45Mais je suis très proche de ce qu'il me disait à l'époque
24:47Et de ce que je ressens quand je lis ces textes
24:49C'est que la poésie apporte à l'histoire de l'humanité quelque chose qui est très fade dans le
24:58reste
24:58Et elle apporte des solutions
25:00Elle apporte des solutions
25:01J'avais besoin et j'ai eu besoin pour faire le reste aussi
25:05D'espaces d'expression d'une certaine radicalité
25:07Et quand je dis radicalité, les gens pensent souvent à l'extrémisme et ce n'est pas ça
25:10Ça veut dire être entier
25:12C'est-à-dire que quand je suis au cabaret
25:14Et quand je construis un cabaret engagé
25:17Parce que c'est un cabaret militant
25:18Eh bien, je suis entièrement moi-même
25:21Chacun de mes artistes le sont
25:22C'est ça le cabaret
25:24Et ce sera donc le 30 octobre en Martinique
25:27Ah non, le 30 septembre, on a joué en Martinique
25:29Le 30 octobre, on est à Archipel en Guadeloupe
25:31Et début novembre à Paris
25:324 et 5 novembre au quart du temps de Paris
25:34Et je précise que la plaque dont vous parliez d'Aime Césaire
25:36Était à l'Assemblée nationale sur le ciel
25:38L'Assemblée nationale
25:38Occupée quand il était député
25:39Merci beaucoup Nadia Chanville
25:41D'être venue sur le plateau
25:42Merci à vous
25:43De votre fidélité à C'est pas si loin
25:45Replay et podcast sont à votre disposition
25:47Sur France.tv
25:48Toutes les plateformes audio
25:49A la semaine prochaine
25:50Même lieu, même heure sur France Télé