- il y a 15 heures
7 octobre 2023, le Hamas attaque Israël. En quelques heures, il assassine plus de 1100 personnes, et capture près de 250 otages. Une déflagration terrible dont le Proche-Orient subit encore les conséquences. Aux premières loges, un groupe de jeunes soldates : les tatzpitaniyot, observatrices en hébreu, qui étaient postées dans la base de Nahal Oz. Ces jeunes femmes ont été les premières à avertir de l'attaque à venir, elles ont été aussi les premières victimes du 7 octobre. 15 d'entre elles ont été tuées, 7 ont été prises en otage. À l'aide du témoignage des dernières survivantes, des familles et des spécialistes du renseignement israélien, nous allons comprendre comment cette tragédie a pu se produire. Que s'est-il passé ? Leurs avertissements ont-ils été écoutés ? Voici leur histoire... Année de Production :
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00:037 octobre 2023, le Hamas attaque Israël.
00:08En quelques heures, il assassine plus de 1100 personnes et capture près de 250 otages.
00:16Une déflagration terrible qui plonge le Proche-Orient dans une spirale toujours plus mortifère.
00:30En première ligne, un groupe de jeunes soldats, l'état de Spitaniot, observatrice ou guetteuse en hébreu,
00:37qui était postée dans la base de Nahalos, proche de Gaza.
00:41Ces jeunes femmes ont été les premières victimes du 7 octobre.
00:46Pourtant, elles avaient alerté de l'attaque à venir.
00:5115 d'entre elles ont été tuées, 7 prises en otage.
00:59A l'aide des témoignages des dernières survivantes,
01:02les familles
01:04et les spécialistes du renseignement israélien,
01:07nous allons comprendre comment cette tragédie a pu se produire.
01:14Que s'est-il passé ?
01:16Pourquoi leurs avertissements n'ont-ils pas été entendus ?
01:21Voici leur histoire.
01:36En Israël, le service militaire est une réalité incontournable de la vie citoyenne.
01:42Hommes comme femmes y sont soumis dès l'âge de 18 ans.
01:46Pour les jeunes filles, ce service dure en moyenne 2 ans.
01:51C'est un véritable rite de passage social qui façonne l'identité collective israélienne.
01:58Les jeunes soldats peuvent intégrer différentes unités.
02:01Parmi elles, l'unité des guetteuses, Tatspitaniot, en hébreu.
02:07On estime qu'il y en a environ 3000 en Israël.
02:10Ce poste est dédié aux jeunes femmes.
02:12Elles sont chargées de surveiller l'ensemble du pourtour du pays.
02:17Les frontières avec l'Égypte et la Jordanie sont globalement calmes,
02:20grâce aux accords de paix en vigueur.
02:23Au nord, les observatrices doivent rester particulièrement vigilantes face aux tensions avec le Hezbollah,
02:29qui opère depuis le Liban et parfois depuis la Syrie.
02:33Au sud, l'adversaire principal est le Hamas,
02:38actif dans la bande de Gaza,
02:39où les attaques sont fréquentes et nécessitent une vigilance permanente.
02:44L'enclave est entourée de plusieurs positions militaires israéliennes.
02:49Située à seulement 700 mètres de Gaza,
02:52Nahalos est la base la plus proche du territoire palestinien.
02:57Protégée par des dizaines de soldats,
03:00elle abrite l'unité 414 des guetteuses,
03:02chargée de repérer toute incursion.
03:08Ces observatrices ne sont pas armées.
03:11Elles se reposent sur la protection des forces présentes sur la base
03:13et surveillent, sans relâche, la frontière avec Gaza.
03:20Si je détourne mes yeux,
03:21un terroriste pourrait courir vers la clôture,
03:23poser une bombe sans que je le voie.
03:25Et c'est très dangereux.
03:29Nous observions les positions du Hamas.
03:32Notre service commençait par une vérification
03:35de chaque poste de garde ennemie.
03:37Nous devions compter le nombre d'hommes présents.
03:40Toute variation était signalée comme anormale ou pas.
03:44Nous faisons notre rapport,
03:45mais nous ignorons ce qu'il devient.
03:47Quelles conclusions en sont tirées ?
03:50Nous rapportons la situation au service de renseignement,
03:53mais on n'a pas de retour
03:55parce qu'on n'a pas l'habilitation nécessaire.
03:58C'est une relation à sens unique.
04:00On leur transmet l'information
04:02et je suppose qu'ils la traitent.
04:04Je ne sais pas trop.
04:07Le rythme est exigeant.
04:09Les guetteuses enchaînent 4 heures de service
04:12et 8 heures de permanence en uniforme,
04:1410 jours d'affilée.
04:16Les yeux rivés sur leurs écrans.
04:19Ça peut être ennuyeux,
04:21c'est pour ça que je ne suis pas seule.
04:23Je suis assise avec 4 autres filles
04:25et un commandant.
04:27Si rien ne se passe,
04:29on peut chanter, discuter,
04:31faire des blagues
04:32et c'est généralement ce qui se passe.
04:36C'est pas facile 4 heures devant un écran.
04:41C'est interdit de regarder ailleurs,
04:43mais on peut parler, rire.
04:44Et vraiment, les filles font bien le travail.
04:47Se lever chaque jour pour une nouvelle garde,
04:49c'est difficile,
04:50mais finalement, ça devient amusant et routinier.
04:54Dès leur tour de garde est terminé,
04:57leurs yeux quittent les écrans de surveillance
04:58et enchaînent avec ceux de leur téléphone.
05:02Ces filles de la génération Z
05:04mettent en scène leur quotidien sur Instagram.
05:09Issues de tous les coins du pays,
05:11l'armée les rassemble dans un étrange creuset,
05:14celui du melting pot israélien.
05:16Ici, plus qu'ailleurs,
05:18l'armée fait office de ciment national.
05:44Nous étions comme une famille les unes pour les autres.
05:47Nous étions très soudés,
05:48surtout quand on se sentait seuls.
05:51Car très souvent,
05:52la hiérarchie militaire ne nous soutenait pas.
05:54Nous avions ce sentiment
05:56que tant que nous étions ensemble,
05:58rien ne pouvait nous atteindre.
06:03Si l'ambiance est bonne,
06:05elle compense les tensions,
06:07car les dangers sont bien réels.
06:11Retour en arrière.
06:15En 2005,
06:16après 28 ans d'occupation,
06:18Israël se retire de l'enclave.
06:21Les colons sont expulsés manu militari
06:23par l'armée israélienne.
06:26Plus aucun d'entre eux ne vit à Gaza.
06:39A l'issue d'une guerre civile interpalestinienne,
06:41le Hamas prend le pouvoir à Gaza en 2007.
06:45Organisation islamique liée aux frères musulmans
06:48et soutenue par l'Iran,
06:50le mouvement jure de détruire l'État hébreu.
06:56Israël impose alors un blocus autour de Gaza
06:59pour contrôler les marchandises qui y entrent
07:01et renforce sa frontière avec de nombreuses protections.
07:06Depuis 2011,
07:08sous l'influence de Yaria Sinoir,
07:10son leader,
07:11le Hamas organise plusieurs escalades militaires.
07:14Les tirs de roquettes
07:15ou des émeutes le long de la frontière
07:17sont récurrents.
07:19Mais quelques semaines avant le 7 octobre,
07:21l'agitation à la frontière
07:23semble particulièrement explosive.
07:27Tout à coup,
07:28c'est devenu très tendu tous les jours.
07:30Le travail était très intense.
07:32On était en alerte permanente
07:33dans la salle de contrôle.
07:35Des hommes armés s'approchaient de la clôture
07:37et tentaient de tirer vers nos forces
07:39ou alors c'était des groupes
07:40qui voulaient détruire la barrière
07:41et y poser des explosifs.
07:51Il y avait des patrouilles composées
07:53de 50 ou 40 terroristes du Hamas.
07:56Des patrouilles régulières.
07:59Ils allaient du nord de Gaza
08:01au sud de Gaza
08:02et ils s'arrêtaient à chaque poste.
08:06Ils se mettaient en hauteur
08:07pour nous observer.
08:09Ça s'était déjà produit
08:11quatre ou cinq fois auparavant.
08:12ce qui était déjà très inquiétant.
08:15Et l'information aurait dû remonter
08:16très haut dans la hiérarchie.
08:18Mais ça n'a pas été le cas.
08:20Je ne sais pas pourquoi.
08:27Dans la base de Nahalos,
08:29le vendredi 6 octobre au matin,
08:31c'est la veille de la fête juive
08:32de Simchat Torah.
08:34Depuis quelques jours,
08:36la frontière est étonnamment calme.
08:38Plusieurs soldats ont pu
08:39prendre leur permission.
08:41les gaiteuses prennent leur service.
08:45Et je me souviens du calme.
08:47Il ne se passait rien.
08:49Rien du tout.
08:50Rien qui aurait pu me faire penser
08:51« Oh, il va y avoir une guerre demain matin ».
08:56Toutes se réjouissent à l'approche
08:58d'une soirée spéciale.
09:03Charaf devait fêter la fin de son service militaire.
09:06Toute la semaine,
09:07elle a préparé à fond.
09:08Elle avait apporté des cadeaux,
09:09des décorations.
09:10Elle en parlait depuis des semaines.
09:12On était toutes impatientes.
09:14Elle avait vraiment organisé
09:14un truc de folie.
09:18« Le vendredi matin,
09:20ma fille Sapir et moi
09:21sommes partis pour Nahalos
09:23pour amener toute la nourriture
09:25que nous avions préparée.
09:28À la base,
09:29plein de filles sont venues
09:30à notre rencontre.
09:31Il y en avait certaines
09:32que je ne connaissais même pas.
09:35Elles nous ont aidées
09:36à décharger les plats.
09:38Et puis,
09:39nous sommes restés un peu là,
09:40près de la voiture,
09:41à rire,
09:41à papoter,
09:42à se serrer dans les bras.
09:48Et après le dîner,
09:49comme tous les vendredis,
09:51on a chanté nos chansons.
10:00Le 6 octobre à 23h30,
10:05j'ai vu une story
10:06sur l'Instagram de Chahaf.
10:09Elle avait posté
10:10une photo du mur de ballon
10:12où il y avait écrit
10:13« The Last Disco »,
10:15le dernier disco,
10:17avec le commentaire
10:19« Dernier vendredi pour toujours ».
10:41Le 7 octobre au matin,
10:43plus de 1 000 roquettes
10:44tirées de Gaza
10:45commencent à pleuvoir sur Israël.
10:51Maya est à son poste,
10:52dans la salle de contrôle.
10:58J'ai tout de suite été surprise
11:00par le nombre de roquettes.
11:02J'étais là depuis un an,
11:04mais ça n'avait jamais été aussi intense.
11:06D'habitude,
11:07ils arrêtent de tirer
11:07au bout de 10 minutes,
11:09mais pas cette fois.
11:10Ils n'ont pas arrêté.
11:17J'étais déjà à moitié réveillée.
11:19Il y avait des explosions
11:20énormes dehors.
11:21Toute la base tremblait,
11:22c'était terrifiant.
11:24Je me suis levée,
11:26la chambre était dans le noir total.
11:29J'ai dit à Noah,
11:31tu entends ?
11:31Et on a couru vers l'abri
11:32le plus proche.
11:36Dans la base,
11:37les observatrices
11:38sont divisées en deux groupes.
11:40Comme Orim et Guidich
11:41et Noah Marciano,
11:43celles qui ne sont pas en service
11:44quittent leur dortoir
11:45et se réfugient dans l'abri.
11:48Une pièce ouverte
11:49avec de hauts murs de béton
11:50pour se protéger des roquettes.
11:53En tout,
11:54une vingtaine de filles s'y rendent.
12:00Celles en service
12:01sont devant leurs écrans
12:02dans la salle de contrôle.
12:03Une pièce stratégique,
12:05blindée et sécurisée.
12:07Des officiers
12:08et des soldats
12:09les accompagnent.
12:17Au bout de cinq minutes à peine,
12:19on commence à apercevoir
12:20les terroristes
12:21qu'on voyait patrouiller
12:21tous les jours.
12:23Et on les voit courir
12:25vers la clôture,
12:26vers la clôture.
12:27vers la frontière.
12:27vers la clôture.
12:57et être passées d'une entrée à l'autre.
13:00C'est même pas une entrée, c'est une brèche qu'ils ont faite.
13:04Et chacune laissait passer 20 à 50 terroristes qui se rendaient en Israël.
13:12Le Hamas s'attaque de toutes parts.
13:15Les kiboutts et les villages proches de Gaza sont pris d'assaut.
13:22Réfugiés dans l'abri, les filles ne savent rien de l'ampleur de l'attaque en train de se dérouler.
13:37Dans l'abri, c'était le chaos.
13:40Les filles paniquaient, les téléphones sonnaient tout le temps.
13:44Certaines avaient oublié le leur dans les chambres et ne pouvaient pas appeler leurs parents.
13:48On se prêtaient nos portables.
13:51On ne comprenait pas ce qui se passait.
13:58On a reçu un appel urgent de Noa.
14:01Elle pleurait, paniquée.
14:03Elle criait qu'il y avait des roquettes et une tentative d'intrusion sur la base.
14:08Je lui ai demandé, il y a des soldats avec vous ?
14:12Elle m'a répondu, non, tous les combattants sont dehors.
14:18On s'est dit que l'armée allait arriver bientôt et n'allait pas les laisser tomber.
14:35En même temps que l'alerte, mon téléphone sonne.
14:38C'est Charaf qui m'appelle.
14:41Maman, tu ne comprends pas.
14:43C'est le chaos ici.
14:45Je lui réponds, d'accord, il y a des alertes.
14:47Courez-vous mettre à l'abri.
14:49Elle me dit, non, c'est pas ça.
14:51C'est pas normal, ça ne s'arrête pas.
14:53Il y a une infiltration de terroriste.
14:57Moi, je me suis dit, elle dramatise, elle exagère.
15:01C'est bon, qu'est-ce qui pourrait se passer ?
15:06Et c'est tout.
15:08Nous avons raccroché.
15:16Roni faisait partie des plus anciennes dans la salle de contrôle.
15:20Elle nous a envoyé un message.
15:21« Salut maman, je t'aime.
15:25Je suis dans la salle de contrôle, tout va bien, ne t'inquiète pas. »
15:29Et Sharon, ma femme, lui a écrit « Je m'inquiète, réponds-moi. »
15:32J'ai essayé des dizaines de fois de l'appeler en visio.
15:35Elle n'a jamais répondu.
15:45À 6h45, grâce à des drones amateurs,
15:49les terroristes du Hamas neutralisent les tours de tirs automatiques
15:52et plusieurs caméras.
16:02Toujours avec leurs drones,
16:04les assaillants larguent des morquiers sur les défenseurs de la base,
16:07totalement pris au dépourvu.
16:11Pendant que ça combattait à l'entrée de notre base,
16:14il y avait 4 soldats de l'unité Golani contre 70 terroristes
16:17qui étaient arrivés bien préparés.
16:21Et 3 de nos soldats étaient en caleçon,
16:23parce qu'ils venaient de se réveiller.
16:25Ils avaient un fusil et un caleçon.
16:26C'est tout.
16:29Et ils se sont battus pendant 15 minutes,
16:32peut-être 20, ce qui est beaucoup.
16:36Mais ce sont les terroristes qui ont gagné.
16:381.
17:09On était une vingtaine de filles dans l'abri.
17:15Ils ont commencé à tirer vers nous, à lancer des grenades.
17:20La plupart des filles ont été gravement blessées.
17:26Moi aussi, j'ai été touchée à la tête.
17:30J'ai senti le sang sur mes mains, j'ai montré à Noa, elle était sous le choc.
17:35On ne comprenait pas ce qui se passait.
17:37C'était comme un silence étrange, avec de la poussière partout.
17:42Et puis ils ont lancé une autre grenade, et tiré encore dans l'abri.
17:51J'ai rappelé encore une fois Noa, et cette fois, j'ai pu la joindre.
17:56C'était calme.
17:58J'entendais aucun coup de feu, aucun pleur, ni aucun cri.
18:05Juste un silence total.
18:07Je lui ai demandé, Noa, qu'est-ce qui se passe ?
18:10Et elle a chuchoté.
18:12Maman, je dois raccrocher le téléphone.
18:14Il faut que je me taise maintenant.
18:17Et je l'ai imaginée là-bas, cachée quelque part dans l'abri, ou dans une autre pièce.
18:25Je ne voulais pas les faire prendre de risque.
18:27Alors j'ai raccroché.
18:30Je n'ai pas pu lui dire que je l'aimais, et qu'elle devait être forte.
18:38C'est tout.
18:41C'est notre dernière conversation ce matin-là.
18:49Elle m'a envoyé des messages.
18:51Maman, je t'aime.
18:53Continuez à être comme vous êtes.
18:55Continuez à voyager, à vous amuser, à profiter de la vie.
18:58Restez la famille aimante que vous êtes.
19:01Je t'aime bien, à vous aussi.
19:03Je t'aime bien, aussi.
19:04Je t'aime bien, et je t'aime bien.
19:05En tout cas, vous êtes en train de me.
19:08Je ne veux pas, mais c'est aussi...
19:12Je t'aime bien.
19:14Je t'aime bien.
19:15Je t'aime bien.
19:16Je t'aime bien.
19:19Je t'aime bien.
19:31Vers 10 heures, des dizaines d'autres terroristes pénètrent dans la base.
19:36Les renforts ne sont pas arrivés, car plus de 100 brèches ont été faites dans la frontière avec Gaza.
19:43Sahal ne sait plus où concentrer ses forces.
19:48Et puis environ 30 terroristes sont entrés dans l'abri.
19:52Ils étaient face à nous.
19:53J'ai regardé Noah, elle ne comprenait rien non plus.
19:56Elle aussi était complètement sous le choc.
20:01Et ils ont commencé à vérifier qui était encore en vie ou pas.
20:10Ils nous ont attachés si fort qu'on n'a plus senti nos doigts pendant des heures.
20:17Sur la vingtaine d'observatrices de l'abri, 7 sont encore en vie.
20:22Aux côtés de Noah et Ori se trouvent Nahama Lévy,
20:26Iri Albag,
20:28Agam Berger,
20:30Karina Arjev, allongée au sol
20:32et Danila Gilboa.
20:38J'avais une peur bleue de bouger.
20:41J'étais à moitié en uniforme, la seule en uniforme parmi les filles contre le mur.
20:46J'avais peur de ce qu'ils allaient me faire.
20:49Je croyais qu'ils allaient simplement nous exécuter.
20:51Je ne sais pas pas, je suis dérdeep.
21:02Non !
21:03Non !
21:04Non !
21:04Non !
21:05Non !
21:05Non !
21:13À 10h20,
21:15et cette sentinelle encore vivante sont sorties de force de l'abri
21:19et embarquées dans des véhicules.
21:22Direction la bande de Gaza.
21:30C'est seulement à ce moment-là que je comprends que je suis kidnappée.
21:33J'étais menottée, les mains derrière le dos.
21:35Et ces types me tiraient les cheveux, me hurlaient des insultes en arabe.
21:46On ne comprenait toujours pas qu'on allait nous emmener à Gaza.
21:51En tout cas, pour moi, ce n'était pas du tout envisageable.
21:56Et tout autour, il y avait des civils de Gaza, des femmes, des enfants,
21:59plein de gens qui criaient comme si j'étais un trophée.
22:09Vers midi, dans la base, face à l'assaut d'environ 200 terroristes,
22:14les soldats se battent jusqu'à leur dernier souffle.
22:18Les observatrices sont toujours à leur poste.
22:22Dans la salle de contrôle, il y a quelques soldats et officiers.
22:27Les terroristes, ils lancent des grenades.
22:29Et ils mettent le feu.
22:38J'avais beaucoup de mal à respirer.
22:41Et je me souviens avoir failli m'évanouir plusieurs fois.
22:44Et dans cette obscurité, une femme a crié,
22:47saute par la fenêtre de la salle de bain.
22:50Et je me suis dit, je dois le faire, quoi qu'il arrive.
22:54Je connais la salle de bain.
22:56J'étais à la base depuis un an, je sais où elle se trouve.
22:59J'ai vu de la lumière à travers la fenêtre.
23:01C'était très lumineux.
23:03Et j'ai pu enfin respirer un peu.
23:05Je suis passée par la fenêtre.
23:09Je me souviens qu'une des officiers qui m'a vue m'a aidée à descendre.
23:15Je me suis assise sous la fenêtre.
23:18Et j'attendais les autres filles.
23:21Je lui ai demandé où sont mes copines.
23:24Et elle m'a répondu, pour l'instant, tu es la seule.
23:29À la mi-journée, près de six heures après l'attaque,
23:33les forces israéliennes se sont réorganisées
23:35et commencent à reprendre progressivement possession de la base
23:38et des villages alentours.
23:42Le bilan de l'attaque du Hamas est terrifiant.
23:47Plus de 1100 morts,
23:49des femmes,
23:50enfants,
23:51vieillards,
23:52tués dans les kibbutz,
23:53les villages
23:54et sur les routes.
23:58Au festival de musique Nova,
24:01près de 350 jeunes sont assassinés.
24:04Des jeunes filles sont violées.
24:07251 otages
24:09sont emmenés à Gaza.
24:11C'est le pire échec sécuritaire
24:13depuis la création de l'État hébreu.
24:17Dans la base de Nahal-Hoz,
24:1953 militaires ont été tués.
24:24Les observatrices payent un lourd tribut.
24:2815 ont été tués.
24:307 sont otages.
24:32C'est la première fois
24:33dans l'histoire d'Israël
24:35que des soldats sont faits de prisonniers.
24:56Quand les officiers sont venus chez nous
24:58pour nous annoncer que Charaf avait été assassiné,
25:03ils nous ont demandé
25:05si nous voulions voir son corps
25:07pour l'identifier.
25:11J'ai parlé au nom de mes frères.
25:14Il n'en est pas question.
25:17Personne ne la verra ainsi.
25:22Personne ne la verra
25:23les yeux fermés,
25:26le corps changé,
25:29éteinte,
25:31car ce n'était pas elle.
25:36Aucun parent ne devrait voir
25:37son enfant comme ça.
25:41Donc, mon dernier souvenir de Charaf,
25:45ce n'est pas un corps sans vie.
25:48C'est elle,
25:50radieuse,
25:52souriante.
25:52Comme le vendredi sur la base.
25:54C'est comme ça que je veux me souvenir d'elle.
25:56Elle ne mérite pas
25:57qu'on se souvienne d'elle autrement.
26:00Parce que c'est Charaf.
26:21Pendant trois jours,
26:22on a été plongés dans le noir total.
26:26On ne savait pas ce qui se passait.
26:29Nous avions toujours
26:30nos téléphones en main.
26:32on attendait un appel de Noa.
26:36Plus tard,
26:37à travers des vidéos
26:39et des images
26:39diffusées sur Telegram,
26:41dès le premier jour,
26:42une photo de Noa est apparue.
26:48On la voit en pyjama
26:49avec sa tresse,
26:51attachée par les poignets,
26:54à côté de son amie Ori.
26:59C'est là qu'on a compris
27:00que Noa avait été enlevé.
27:05Mais à ce moment-là,
27:07on est très optimistes.
27:08On est certain qu'elle reviendra.
27:15Dès le lendemain du 7 octobre,
27:17l'offensive israélienne
27:18commence à Gaza.
27:23L'enclave est bombardée.
27:26Tzahal
27:27veut éradiquer le Hamas
27:28et retrouver les otages
27:30qui ont été répartis
27:31dans plusieurs caches.
27:41Fin octobre 2023,
27:44après 24 jours de combat,
27:46l'armée israélienne
27:47parvient à localiser Ori.
27:50Un commando la ramène en Israël.
27:57Quand je suis arrivée à la maison,
28:00je ne savais pas encore
28:01ce qui était arrivé à mes copines.
28:04Qui avait été kidnappée ?
28:06Qui était vivante ?
28:08Qu'était-il arrivé ce jour-là ?
28:10Je me revois chercher leur nom
28:12sur Google,
28:13essayer de comprendre
28:14qui était morte,
28:15qui était encore en vie.
28:18C'était découvrir une par une
28:20que plus de la moitié des filles
28:21qui étaient avec moi
28:22n'étaient plus là.
28:24C'était insupportable.
28:31Si Ori est rentrée,
28:32elle fait figure d'exception.
28:34Son amie,
28:35Noa Marciano,
28:36n'a pas eu cette chance.
28:41Début novembre 2023,
28:43l'armée israélienne
28:44découvre son corps,
28:45proche d'un hôpital de Gaza,
28:47ou elle a été assassinée.
29:03qui est rentrée,
29:07elle a été assassinée.
29:10Sous-titrage Société Radio-Canada,
29:13Chez la Médina, tu m'as dit à nous, mais nous ne m'as pas dit à nous.
29:31Eya Léchelle pensait que sa fille Roni avait été enlevée par le Hamas.
29:36Après des semaines d'identification des corps, la nouvelle tombe.
29:45Roni est restée disparue 34 jours.
29:50C'était la dernière des soldats de Tzahal à être retrouvée.
29:54L'identification a été faite uniquement par ADN.
30:01Il y a un vide immense dans la maison.
30:08Un vide laissé par une fille aînée qui n'est plus.
30:19C'est ici la base de Naralos.
30:41Ici, c'était le poste de Roni.
30:43On peut voir le clavier.
30:47Et là, c'était le poste de Maya.
30:53Quand la salle de contrôle a pris feu,
30:56en quelques minutes, la température a atteint plus de 1000 degrés.
31:04Toutes les filles de la salle de contrôle de Naralos ont été brûlées vives.
31:17Nous tous, tous les parents, nous sommes très en colère.
31:22Parce que personne ne les a écoutés.
31:29Elles savaient tout.
31:30Plusieurs mois avant, elles ont tout vu grâce aux caméras.
31:36Et elles ont écrit ce qu'il se passait de l'autre côté de la frontière.
31:43Mais personne n'a voulu les écouter.
31:48On a tout dit.
31:49On a prévenu tout le monde que quelque chose d'important allait se passer.
31:53Pas ça, mais nous savions qu'il se passerait quelque chose.
31:56On n'a pas été surpris.
31:58Je suis en colère parce qu'ils n'ont écouté personne.
32:05Une semaine avant le 7 octobre,
32:08Noah nous a dit,
32:09« Papa, après les fêtes, il y aura la guerre. »
32:14Je lui ai demandé, « Pourquoi tu dis ça ? »
32:17Et elle m'a répondu,
32:18« Papa, je t'assure, après les fêtes, la guerre commencera. »
32:26Au lendemain du 7 octobre,
32:27la société israélienne est traumatisée.
32:31Comment le plus grand pogrom depuis la Seconde Guerre mondiale a-t-il pu se produire ?
32:36Quelques semaines après le choc,
32:38les familles réclament la libération des quelques 250 otages encore détenus,
32:43dont cinq observatrices, toujours en main du Hamas.
32:50Devant le silence des autorités,
32:53Eya l'échelle s'est dressée en figure de proue
32:55et exige avec force la création d'une commission d'enquête indépendante
32:59pour comprendre les raisons de cet échec.
33:26Les Israéliens critiquent violemment leur gouvernement et leur armée.
33:31Ils étaient persuadés d'être protégés d'une telle attaque.
33:34Et pourtant, le Hamas a réussi son opération.
33:38Il a pulvérisé, un à un, les points forts de son adversaire,
33:43profitant d'erreurs stratégiques que ce dernier a accumulées
33:46en s'enfermant dans ses propres illusions.
33:53Pour comprendre comment le 7 octobre a pu se produire,
33:56il faut interroger les spécialistes du renseignement,
33:59qu'ils soient chefs de commando, ex-conseillers du Mossad,
34:02vétérans du redouté Shin Bet,
34:04l'agence de sécurité intérieure,
34:07ou agents encore en activité.
34:09Mais avant cela, il faut effectuer un retour dans le passé.
34:16Dans les années 90,
34:18alors qu'un processus de paix s'amorce
34:20entre les peuples israéliens et palestiniens,
34:22plusieurs événements viennent briser cette dynamique.
34:25Le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin,
34:28est assassiné par un extrémiste israélien.
34:32Dans le même temps,
34:34des groupes terroristes palestiniens
34:36qui refusent de reconnaître l'État hébreu
34:38multiplient les attaques.
34:40Enlèvements, attentats suicides
34:41et infiltrations meurtrières.
34:47Face à ces menaces,
34:48les israéliens exigent davantage de sécurité.
34:54Israël érige alors un mur de séparation
34:56autour de la Cisjordanie,
34:57puis de Gaza.
35:02Pour contourner ces murs,
35:04à Gaza, le Hamas creuse un vaste réseau de tunnels
35:06que l'armée israélienne tente de bloquer
35:08grâce à un mur high-tech
35:10enfoui jusqu'à 20 mètres sous terre.
35:15Faute de pouvoir passer en dessous,
35:17le Hamas attaque au-dessus.
35:19Il développe des roquettes
35:20capables d'atteindre le cœur d'Israël.
35:23En retour,
35:24l'armée israélienne met au point en 2011
35:26le dôme de fer.
35:28Un bouclier antimissile
35:30capable d'intercepter ses projectiles.
35:34En l'absence de paix,
35:36Israël mise sur la technologie
35:38pour se défendre.
35:42Bien entendu,
35:42notre confiance technologique
35:44nous a convaincus
35:44qu'on pouvait tout faire.
35:46Le dôme de fer est devenu
35:47un symbole mondial.
35:48Il nous a donné ce sentiment
35:49de sécurité face aux tirs balistiques.
35:54Puis les murs de béton,
35:55ensuite le barrage souterrain
35:56contre les tunnels.
35:58Il y avait un sentiment
35:59d'invincibilité.
36:03Pendant que les technologies
36:05défensives évoluent,
36:06le Hamas poursuit sa montée
36:08en puissance.
36:09Il se rapproche de l'Iran,
36:11bénéficie de nouveaux moyens
36:12financiers
36:13et reçoit des armements
36:14sophistiqués.
36:16Ses cibles sont clairement définies.
36:22Le Hamas a organisé
36:24un entraînement pour simuler
36:26la prise de notre base
36:27à Naralos.
36:30Cet exercice comprenait
36:31des maquettes,
36:32même des pancartes en hébreu,
36:34des reproductions de la base
36:36et des villages.
36:40Le Shinbeth le savait.
36:41C'est là que s'est manifestée
36:43une triple erreur.
36:44Le mépris de l'ennemi,
36:45l'arrogance
36:46et la suffisance.
36:48On s'est dit,
36:49c'est un petit groupe.
36:50Il ne peut pas vraiment
36:52faire de mal à Israël.
36:56Pour les Israéliens,
36:58les menaces principales
36:59se trouvent ailleurs.
37:01Au nord,
37:02le Hezbollah libanais
37:03fait peser une pression constante
37:05le long de la frontière.
37:07Plus loin,
37:08l'Iran,
37:09qui alimente le djihad mondial,
37:11promet de rayer Israël
37:13de la carte
37:13grâce à une future bombe atomique.
37:17Cette menace
37:18d'extermination annoncée
37:19entraîne une profonde inquiétude
37:21dans la société israélienne.
37:24La tension était constamment
37:25focalisée sur l'Iran,
37:27sur le nucléaire iranien.
37:28Puis, dans cet ordre-là,
37:29sur le Hezbollah au Liban,
37:31ensuite sur la Cisjordanie
37:32et ses problèmes sécuritaires majeurs,
37:35et en dernier,
37:36sur le Hamas et Gaza.
37:38Car l'idée,
37:39ce n'est pas de se demander
37:40comment on aurait pu éviter
37:41ce jour-là en particulier.
37:42C'est beaucoup plus profond.
37:44Le vrai problème,
37:45c'est l'orientation stratégique
37:46qu'a prise Israël.
37:48Une image résume bien la situation.
37:50Il y a une caricature tragique,
37:51parue juste après le 7 octobre.
37:54On y voit Bibi Netanyahou,
37:56qui présente fièrement
37:57les archives du nucléaire iranien.
37:59Un des plus grands succès
38:00du renseignement israélien.
38:03Et sous les strades,
38:04on voit Sinoar
38:05en train de creuser un tunnel.
38:09Nous étions là-haut,
38:10dans un monde à la James Bond,
38:11focalisé sur l'Iran,
38:12les opérations audacieuses.
38:14Et en dessous,
38:15quelqu'un creusait un tunnel,
38:17sous notre nez.
38:23Le haut commandement israélien
38:24s'est forgé une conviction.
38:26Le Hamas est dissuadé d'attaquer,
38:28selon la formule officielle.
38:31Les conflits passés avec Israël
38:33ont coûté cher aux Gazaouis
38:34et causé de lourdes destructions
38:36aux infrastructures du mouvement.
38:39depuis 2021,
38:41un cessez-le-feu a été négocié.
38:43Si certains groupes terroristes
38:45ne le respectent pas,
38:46le chef du Hamas,
38:48Yarkia Sinwar,
38:49semble plus pragmatique.
38:51Du moins,
38:52c'est la conception
38:52du haut commandement israélien.
38:58Tout repose sur une grille de lecture.
39:00On appelle ça une conception.
39:03Tzahal et l'État d'Israël
39:05ont bâti une hypothèse.
39:07Nous connaissons le Hamas
39:09et il n'attaquera pas
39:11parce qu'il veut rester au pouvoir à Gaza.
39:14Il sait que s'il attaque,
39:16la riposte sera telle
39:17qu'il perdra son contrôle
39:18et sa direction à Gaza.
39:23Et donc,
39:24on s'est mis à croire
39:24que peut-être,
39:25petit à petit,
39:26le Hamas allait endosser
39:28ses responsabilités,
39:29policières,
39:30économiques,
39:31civiles,
39:31et commencer à freiner
39:33les groupes plus extrêmes.
39:36Et nous,
39:36on espérait,
39:37et là,
39:38c'est une erreur
39:38qu'on peut peut-être comprendre,
39:40on espérait que le Hamas
39:41deviendrait une sorte
39:42d'État ennemi stable,
39:44avec ici et là
39:45des groupes terroristes.
39:49Confiant dans l'idée
39:50que le Hamas
39:51n'oserait pas attaquer frontalement,
39:53Israël s'est laissé piéger
39:54par sa propre illusion.
39:56Pourtant,
39:57le pays dispose
39:58d'un des meilleurs services
39:59de renseignement au monde.
40:01Il peut écouter
40:02et surveiller largement
40:03grâce à des drones,
40:04paraboles
40:04et logiciels espions.
40:06C'est ce qu'on appelle
40:07le Signal Intelligence,
40:09l'interception
40:10des signaux électromagnétiques.
40:12Mais à Gaza,
40:13une flèche manque à son arc.
40:18Malheureusement,
40:20certains chefs du Sunbet
40:22ont pensé
40:22qu'il valait mieux réduire
40:24la part des sources humaines
40:26et se reposer davantage
40:28sur les moyens techniques.
40:31C'est une erreur énorme.
40:35Un service de renseignement
40:37qui n'a pas de sources humaines
40:38ou très peu.
40:40C'est un service
40:41qui n'a pas de vie,
40:43un corps brisé.
40:45Il ne reçoit pas
40:46le vrai renseignement.
40:50Cette faiblesse
40:51du renseignement humain
40:52n'est pas la seule.
40:54Le renseignement
40:55sur les sources ouvertes,
40:57pourtant cruciales,
40:58a aussi été négligé.
40:59Car une information
41:01top secret
41:01n'est pas toujours
41:02la plus précieuse.
41:04Bien souvent,
41:05les données les plus utiles
41:07se trouvent à la vue de tous,
41:08dans les médias
41:09ou en ligne.
41:11Obsédés par le secret,
41:12les services israéliens
41:14ont ignoré
41:14ces sources dites
41:15ouvertes,
41:16pourtant accessibles à tous.
41:21Tout était là,
41:22sur la table,
41:23il suffisait de le prendre.
41:27Je parle notamment
41:28des interviews
41:29de Salah Al-Arbri,
41:31chef adjoint
41:31du bureau politique
41:32du Hamas,
41:33le numéro 2 du Hamas.
41:37Il a donné
41:38deux longues interviews
41:39en août
41:40et en septembre.
41:43Il y explique clairement
41:44qu'une décision stratégique
41:46a été prise.
41:48Faire la guerre
41:49et une guerre
41:51qui allait changer
41:52la donne
41:52en profondeur.
42:07à ma grande surprise,
42:10le renseignement israélien
42:11n'avait pas connaissance
42:12de ces interviews.
42:17Pendant qu'Israël
42:18s'enferme dans sa conception,
42:20Yaria Sinoir
42:21prépare son attaque.
42:23Son mouvement
42:23espionne les réseaux sociaux
42:24des observatrices
42:25pour connaître
42:26les recoins de la base,
42:28sa géographie
42:28ou le nombre de soldats.
42:32Pour rendre défaillant
42:33les services israéliens,
42:35Sinoir manœuvre
42:36avec habileté.
42:37Il fait mine
42:38de négocier
42:39plus de permis de travail
42:40pour que les Palestiniens
42:41de Gaza
42:41puissent travailler en Israël
42:43et discute
42:44d'une trêve longue
42:45via l'Égypte
42:46quelques semaines
42:47avant le 7 octobre.
42:52Dans le même temps,
42:53après les semaines
42:54d'agitation,
42:55la frontière
42:56avec Gaza
42:56se calme,
42:57tandis que des heures
42:58commencent
42:59en Cisjordanie.
43:02Plusieurs unités israéliennes
43:03y sont alors redéployées.
43:06Sinoir
43:06a atteint son objectif.
43:08Le front de Gaza
43:09est dégagé
43:10et les Israéliens
43:12n'imaginent pas
43:12qu'il va attaquer.
43:15Malgré tous les signaux
43:16d'alerte envoyés
43:16par les observatrices
43:17et les services
43:18de renseignement,
43:19le 7 octobre
43:20va pouvoir se dérouler.
43:28Ainsi,
43:29durant la nuit
43:29du 6 octobre,
43:30les services israéliens
43:32détectent plusieurs
43:32indices précurseurs.
43:34Les troupes du Hamas
43:35se rassemblent
43:36et à 3h30 du matin,
43:38ils installent
43:39dans leur téléphone
43:39des cartes SIM israéliennes.
43:44les services israéliens
43:45analysent la situation
43:46avec une grille de lecture
43:47totalement déconnectée
43:48et ne tirent pas
43:49le signal d'alarme.
43:51Ce genre d'événement
43:52est déjà arrivé auparavant
43:53sans qu'il n'y ait eu d'attaque.
43:59L'agenté est un officier
44:00actif du renseignement israélien.
44:03La nuit du 6 au 7 octobre,
44:05il était aux premières loges.
44:09Dans la nuit du 6 au 7,
44:11il y a eu des alertes.
44:13Les activations
44:14de cartes SIM ont augmenté.
44:15Les mouvements du Hamas aussi.
44:19Une certaine mobilisation
44:20a été repérée
44:21du côté du Hamas.
44:23Les alertes
44:24se sont succédées
44:25toute la nuit.
44:26Si bien que toute
44:27la haute hiérarchie sécuritaire
44:28s'est réunie.
44:31Quatre évaluations
44:32de la situation
44:32ont été faites
44:33par le chef
44:34du commandement sud
44:36le chef du Shinbet
44:38le chef du renseignement militaire
44:41et le chef d'état-major.
44:44Et trois hypothèses
44:46ont été émises.
44:48La plus probable,
44:49selon eux,
44:50c'était que le Hamas
44:51s'entraînait
44:51comme d'habitude.
44:55La deuxième hypothèse,
44:56c'était que le Hamas
44:57se préparait
44:58à une éventuelle attaque
44:59d'Israël contre lui.
45:01Et la troisième,
45:03c'était que le Hamas
45:04lançait une attaque.
45:06Mais personne n'y a cru.
45:08L'information était là.
45:10Mais ils l'ont
45:11interprétée de travers.
45:14Ils ont compris
45:15que quelque chose
45:16se passait,
45:16mais n'ont pas su
45:17l'interpréter.
45:18Ils ne connaissaient
45:19ni le timing
45:20ni l'ampleur dramatique
45:21du scénario.
45:22Ils ont activé
45:23les réponses standards,
45:24des unités rapides,
45:25comme en cas
45:26d'opération terroriste.
45:30les Israéliens se contentent
45:31de déclencher
45:32leur procédure de routine.
45:34Une force d'environ
45:35600 hommes
45:36est dépêchée vers Gaza.
45:38Mais c'est bien peu.
45:41À 6h30,
45:42le Hamas
45:43déclenche son assaut.
45:45Plus de 4000 terroristes
45:46pénètrent en Israël
45:47et attaquent de tous côtés.
45:50La clôture de sécurité
45:51à 2 milliards de dollars
45:53ne résiste pas.
45:56La désorganisation
45:57est telle
45:58que personne ne vient
45:58secourir les observatrices
46:00de Nahalos,
46:01tout comme des centaines
46:02d'Israéliens
46:03assassinés chez eux.
46:10Israël est surpris
46:11à tous les niveaux.
46:12Les capacités du Hamas,
46:14sa rapidité,
46:15l'ampleur de l'attaque
46:17et enfin,
46:19sa sauvagerie.
46:25Bien que ce scénario-là
46:26ait été écrit quelque part,
46:27on l'a quand même classé
46:28comme un sous-marin
46:29dans le désert.
46:30Autrement dit,
46:31un événement impossible.
46:33Entre nous,
46:34on l'appelle
46:34un signe noir.
46:36Une hypothèse
46:36qu'un agent du renseignement
46:37a peut-être déjà mentionné
46:39dans un rapport,
46:41mais qui était inconcevable
46:42dans l'esprit
46:42de la population
46:43ou de l'armée.
46:49au début de l'année 2025,
46:51après 16 mois
46:52d'une guerre meurtrière
46:53qui a dévasté Gaza
46:54et provoqué
46:55des dizaines
46:56de milliers de morts,
46:58le Hamas et Israël
46:59parviennent
46:59à un accord temporaire.
47:02Quelques otages
47:03sont libérés
47:03en échange
47:04de prisonniers palestiniens.
47:07Après plus de 475 jours
47:09de détention,
47:10le Hamas libère
47:11en deux fois
47:12les cinq observatrices
47:13de Nahalos.
47:15Akam,
47:16Nahama,
47:17Lyri,
47:18Karina et Daniela.
47:20Les membres du Hamas
47:22les forcent
47:22à saluer la caméra.
47:29En Israël,
47:30l'événement suscite
47:32une énorme émotion.
47:52C'était incroyable.
47:56Incroyable de les voir vivantes,
47:58debout, souriante
47:58et saluant.
48:00C'était tellement puissant.
48:04J'ai beaucoup pleuré
48:05parce que je ressentais
48:06un immense soulagement
48:07qu'elle rentre
48:08enfin chez elle.
48:16Depuis mon retour,
48:17mon cœur était auprès d'elle
48:19car je ressentais
48:20ce qu'elle traversait.
48:21Et je me souviens
48:22quand elles sont revenues.
48:23C'était une joie immense.
48:25J'ai eu l'impression
48:26que mon cercle
48:27se refermait enfin.
48:29J'avais vraiment
48:29attendu ce moment.
48:33Leur retour
48:34clôt un chapitre
48:36de l'histoire
48:36des observatrices.
48:40Ces libérations
48:41ne font pas oublier
48:42le cataclysme
48:42du 7 octobre.
48:45Au premier semestre
48:462025,
48:47l'armée israélienne
48:49reconnaît
48:49dans une enquête interne
48:50son échec total
48:51face à l'assaut
48:52du Hamas.
48:55Les principaux responsables
48:56de l'appareil sécuritaire
48:57israélien démissionnent.
48:59Le chef d'état-major
49:00mais aussi les chefs
49:01des agences de renseignement.
49:05Comme lors de la guerre
49:06de Kipour,
49:0750 ans plus tôt,
49:09les israéliens exigent
49:10la création d'une commission
49:11d'enquête nationale
49:12et que justice soit rendue.
49:15Sous prétexte
49:16de la guerre en cours,
49:17le premier ministre
49:18Benjamin Netanyahou
49:19refuse d'y donner suite.
49:25Faute de réaction
49:26du gouvernement,
49:27des citoyens
49:27dont Aya Léchelle,
49:29le père de Roni,
49:31ont fondé
49:31leur propre commission
49:32d'enquête civile
49:33pour auditionner
49:34des dizaines de témoins
49:35directs des événements.
49:39Cette initiative citoyenne
49:40a un objectif.
49:42Instruire un rapport
49:43sur l'échec
49:44du 7 octobre
49:44et exercer
49:46une pression publique
49:46afin d'obtenir,
49:47un jour,
49:48une commission
49:49d'enquête nationale
49:49officielle
49:51qui permettrait
49:52d'inculper
49:52les responsables.
50:02Restent
50:03des destins brisés,
50:04des familles anéanties,
50:06le désir
50:07de tourner la page
50:08et en même temps,
50:10celui de ne jamais oublier.
50:23C'est important pour moi
50:24qu'on se souvienne de Noah,
50:26de lui rendre hommage,
50:28de parler d'elle,
50:30de l'être qu'elle était,
50:32de sa personnalité
50:33et de ce qu'on a perdu.
50:44Elles sont entrées
50:45dans la mémoire
50:46collective d'Israël.
50:48Il faut comprendre
50:49que dans 50 ans,
50:50on parlera encore
50:51des observatrices.
50:54Elles étaient là,
50:55en première ligne.
50:56Elles sont vraiment
50:57devenues le symbole
50:58de ce qui s'est passé.
51:09Pour tous,
51:10elles sont un symbole.
51:12Mais pour moi,
51:13ce sont mes amis
51:14que j'ai perdu ce jour-là.
51:19Je me suis demandé
51:20mille fois
51:22comment je fais maintenant,
51:23comment je continue ma vie.
51:26Parce que ces filles,
51:27c'était des amis pour la vie.
51:29Pas juste des camarades
51:30de l'armée.
51:31Elles m'accompagnent
51:32au quotidien.
51:34J'imagine ce qu'elles auraient dit,
51:35ce qu'elles auraient fait
51:36à chaque décision
51:37que je prends.
51:40Tous mes choix
51:41deviennent un dilemme.
51:43Je doute énormément.
51:44Je n'étais pas censée
51:45vivre ça seule.
51:57À chaque commémoration
51:59de la Shoah,
52:00nous disons
52:01plus jamais ça.
52:03Mais on n'a pas tenu parole.
52:05Parce que pour moi,
52:06les survivants
52:07de cette attaque,
52:08les rescapés
52:08des enlèvements,
52:10sont comme les survivants
52:11de la Shoah.
52:11Je m'en prie,
52:11je m'en prie,
52:12je m'en prie.
52:13Je m'en prie.
52:17Je m'en prie.