00:00Vous assumez le fait que vous ne misez pas dans vos propositions sur des progrès technologiques futurs.
00:07Vous êtes sur les technologies actuelles en fait.
00:08Non, la fusion, moi je vais vous poser une question.
00:11Est-ce que là, autour de cette table, vous êtes prêts à parier toutes vos économies sur le fait que
00:13la fusion va nous sauver dans les 5 ans qui viennent ?
00:15Oui ou non ?
00:155 ans non ?
00:16Emmanuel Lechype, oui ou non ?
00:17C'est pas la bonne question.
00:18Ah bah oui, bah on en a dit qu'on innove.
00:20Emmanuel, c'est la bonne question.
00:22Non, non.
00:22Si, si, parce qu'à un moment il faut se mettre en position de responsabilité.
00:32Jean-Marc Jancovici, parmi les propositions que vous faites, parce que votre livre n'est pas qu'un livre de
00:36constats, il est aussi un livre de propositions précisément.
00:38Il y a surtout un livre de propositions.
00:39Voilà, il y a d'abord le retour au plan, c'est-à-dire l'idée aussi de prévoir précisément,
00:44comme vous dites, tout ça était parfaitement prévisible.
00:47Alors de planifier. Le problème de la liberté de déplacement des gens qui utilisent une voiture, il y a 40
00:55millions de véhicules particuliers dans ce pays.
00:57C'est pas quelque chose qui se règle en une semaine. Je veux dire, la rotation du parc de voitures,
01:02c'est 20 ans, et du reste, quand l'économie se tend, ça va être plus long que ça.
01:05La rotation des infrastructures de transport, c'est 50 ans à un siècle. La rotation du parc énergétique, c'est
01:1050 ans à un siècle.
01:12La rotation du parc de logement, c'est plus d'un siècle. Donc en fait, planifier, c'est juste prévoir
01:16à long terme. C'est rien d'autre que ça.
01:18Justement, je trouve que vous pariez beaucoup sur l'intelligence collective de la société en fonction des informations dont elle
01:23dispose.
01:24Depuis le début de cette crise des carburants, et personnellement, ça me frappe beaucoup, je ne comprends même pas pourquoi
01:27est-ce qu'on continue à rester fixé sur le prix des carburants,
01:30puisque de toute façon, la situation internationale ne va pas s'améliorer dans les mois à venir, et qu'il
01:34est assez évident que c'est un signal, vous avez été un des premiers à le dire,
01:37qu'il faut changer de modèle, que les énergies fossiles ne nous permettront pas de nous fournir en énergie suffisamment.
01:42On a reçu ici des ministres, des citoyens, des présidents de syndicats, des présidents de coopératives.
01:47Tout le monde ne parle que de comment est-ce qu'on peut faire ponctuellement baisser le prix du carburant.
01:52Donc autrement dit, on préfère...
01:52Que ce soit les baisses de taxes, les baisses de TVA, etc.
01:54On a eu ici la foire aux promesses aux inventions et à la créativité pour faire baisser le prix du
01:58carburant, mais pour deux mois.
01:59Exactement, quand on vient de le faire le Premier ministre.
02:01Et quand vous parlez électrique, mais personne ne veut en entendre parler.
02:05Alors, il y a le mondial de l'auto qui ouvre, et on voit que l'électrique, c'est quand
02:07même...
02:08À l'échelle de l'industrie automobile, oui, mais il n'y a pas un homme politique qui veut dire...
02:11Jean-Marc Jean-Claude, c'est pas le mondial de société.
02:13Alors, un, ce n'est pas tout à fait vrai.
02:15Quand on monte à l'échelle européenne, l'électrique, il est tout à fait en vogue et il est tout
02:22à fait planifié,
02:23puisqu'on a mis une obligation au constructeur de mettre sur le marché uniquement des véhicules non thermiques,
02:29j'ai envie de dire, ou non pétroliers, à partir de 2035, avec une toute petite exception, mais voilà.
02:35Le mouvement est parti également sur le camion, dont on ne parle pas assez,
02:38parce qu'on vit et survit grâce au camion, aujourd'hui, en France.
02:42Très juste.
02:44Et donc, à l'échelle européenne, ce n'est pas complètement vrai.
02:48Au niveau de la population, ce n'est pas vrai non plus, puisque en ce moment,
02:50alors, merci Trump, mais en ce moment, un véhicule sur deux qui est vendu dans ce pays est électrique.
02:55Oui.
02:56Voilà.
02:57Donc, il y a quand même une réalité autour de ça.
02:59Jean-Marc Jancomissi, j'ai une question sur les pratiques.
03:02Cela étant, je suis tout à fait d'accord avec vous,
03:04qu'aujourd'hui, le monde politique est monstrueusement court-termiste.
03:07Même à la boule.
03:08Pas aujourd'hui, il est vrai que toujours.
03:09Vous avez dit, Jean-Marc Jancomissi...
03:12Une formule que j'utilise souvent, c'est de dire,
03:13la classe politique est une très bonne représentation des électeurs avec trois ans de retard.
03:18Jean-Marc Jancomissi, vous aviez lancé cette idée
03:22qu'il fallait avoir un nombre de vols limité par vie,
03:26c'est-à-dire qu'on aurait droit à... je ne sais plus combien c'était.
03:28Ça n'a jamais été une proposition, c'est le résultat d'un calcul.
03:30Par contre, dans ce livre, on dit explicitement qu'il faut baisser le trafic aérien.
03:33C'est ça.
03:34Et baisser mécaniquement, vous l'avez dit,
03:37en effet, tout ça se base sur des chiffres,
03:39c'est-à-dire le nombre d'habitants, le nombre de vols, le nombre de...
03:41Est-ce qu'il faut aussi, clairement, aller jusqu'au bout de la logique
03:45et renoncer ou avoir un nombre de kilomètres dans une voiture thermique limité ?
03:52Alors ça, on ne le préconise pas.
03:54On pense que, je le redis, il y a 40 millions de véhicules particuliers
03:57aujourd'hui dans ce pays.
03:59La manière dont on envisage de modifier cette situation,
04:03c'est de remplacer les véhicules thermiques
04:05par un mélange de petits véhicules électriques individuels,
04:08parce qu'il y a un certain nombre de gens.
04:09Le retraité creusois...
04:11Dont je parlais dans la Creuse ?
04:12Dans la Creuse.
04:13Très beau département.
04:16Qui est à 4 kilomètres de la boulangerie.
04:18Lui, c'est évident qu'il n'a pas une station de RER
04:20qui va pousser devant chez lui demain matin.
04:22Et il n'aura même pas un bus qui va s'arrêter devant chez lui
04:24tous les quarts d'heure.
04:24Donc lui, la solution, c'est la voiture électrique ?
04:26Donc ça va rester la mobilité...
04:27Mais le problème, c'est qu'il va falloir qu'il ait les moyens de l'acheter.
04:29Ça va rester la mobilité individuelle.
04:31Alors lui, il est retraité, donc il a probablement un certain âge.
04:33Donc je pense qu'il n'aura pas trop envie de se mettre au vélo électrique.
04:36S'il avait 30 ans de moins, il pourrait le faire.
04:38À condition qu'il ait des infrastructures où il ne se fasse pas écraser par les voitures
04:41qui resteront.
04:43Mais sinon, lui, c'est évidemment le petit véhicule électrique qui est la solution.
04:47Il y a une phrase fondamentale dans ce projet.
04:52Je vais la lire.
04:53L'adhésion sociale est une condition de réussite à tout ce qu'on propose.
05:00Donc le vélo, la marche à pied, les voitures électriques, le train, remplacer nos chaudières
05:08ou fioul, très bien.
05:09Mais l'adhésion sociale, comment vous faites ?
05:12Parce que si nos responsables politiques ont toujours trois ans de retard et parlent
05:16du court terme et pas du long terme, c'est à cause de l'adhésion sociale.
05:20Comment on fait ?
05:21Alors, les deux armes auxquelles je crois, c'est l'information d'une part.
05:25Donc encore une fois, il faut que les gens comprennent dans quelle situation on est.
05:27j'insiste sur le fait que sur le pétrole aujourd'hui, la quasi-totalité de la population
05:31française est probablement persuadée que si on en cherche, on en trouve.
05:36Non mais...
05:37Attends, attends, attends, je n'ai pas répondu.
05:39Je crois.
05:41Donc à partir du moment où...
05:42L'information.
05:43Donc il y a un premier pilier qui est l'information.
05:45Et une fois qu'on a l'information, il y a un deuxième pilier auquel je crois beaucoup
05:48et c'est du reste celui qu'on est en train de mettre en œuvre en ce moment avec un
05:51commun
05:51d'accord, c'est la délibération.
05:53C'est-à-dire quand vous n'avez pas de réponse scientifique à un problème, il n'y a pas
05:56de réponse
05:57scientifique à la baisse du pétrole, c'est que des choix.
05:59La question m'a été posée de l'avion, s'il ne reste pas beaucoup de pétrole, c'est
06:03un choix de savoir si on va le mettre dans la voiture qui restera du retraité creusois
06:06ou dans un avion pour que vous puissiez partir en vacances.
06:09Ce qui est choquement dans votre projet, Jean-Marc Lankovici, c'est que moi ce qui me surprend,
06:13c'est que vous insistez beaucoup sur la demande, sur l'adhésion sociale, etc.
06:20Or il y a quand même dans l'histoire une bonne partie de cet écart entre ce qui était
06:23par exemple écologiquement nécessaire et socialement acceptable, qui a été comblé
06:27par l'innovation et la technologie.
06:28Et vous dites que concrètement, vous assumez le fait que vous ne misez pas dans vos propositions
06:36sur des progrès technologiques futurs.
06:38Je trouve que pour des ingénieurs, vous n'avez pas beaucoup foi en l'accent.
06:40Jean-Marc Lankovici.
06:43On a dit qu'il ne fallait pas faire de...
06:44C'est l'exact inverse qu'on fait en fait dans ce livre.
06:47Ce qu'on fait, c'est qu'on dit, on ramasse tout ce que la technologie et les progrès
06:50vont nous permettre d'avoir, mais quand on fait les calculs, ça ne sera pas assez
06:55pour compenser la baisse de ce qu'on avait.
06:58La baisse du pétrole, la baisse du pétrole.
06:59Vous n'êtes pas contre des innovations dans 5 ans, dans 10 ans ?
07:01Non, non, non, très peu, très peu.
07:03Vous êtes sur les technologies actuelles en fait.
07:05Non, par contre ce qu'on dit, c'est qu'on ne prend pas de pari qui ne se réalisera
07:08pas.
07:09Et la fusion, ce n'est pas un pari ?
07:10Alors justement, la fusion, moi je vais vous poser une question.
07:14Est-ce que là, autour de cette table, vous êtes prêts à parier toutes vos économies
07:16sur le fait que la fusion va nous sauver dans les 5 ans qui viennent ?
07:19Oui ou non ?
07:195 ans, non ?
07:20Emmanuel Lechype, oui ou non ?
07:22C'est la bonne question.
07:24Emmanuel, c'est la bonne question.
07:26Si, si, parce qu'à un moment, il faut se mettre en position de responsabilité.
07:30Donc, à supposer que vous soyez président de la République,
07:33je viens vous voir en vous disant la fusion va nous sauver,
07:35est-ce que vous pariez toutes vos économies là-dessus ?
07:37Non, une partie, oui.
07:38Ah, c'est déjà pas mal ?
07:39Même une partie, moi je ne les parie pas.
07:40Je serai avec lui.
07:41Ah, vous, vous ne les pariez pas ?
07:42Non.
07:42Vous, personnellement, vous ne les pariez pas ?
07:43Dans les 5 ans qui viennent ?
07:45Zéro, rien.
07:45Ah, dans les 5 ans.
07:46Et même dans les 5 ans qui viennent ?
07:47Il y a 20 ans, j'ai visité le département de la fusion à Cadarache.
07:52J'ai été reçu par le directeur du département de la fusion
07:54et qui m'a dit en rigolant, la fusion, il y a 50 ans,
07:57on disait que ça serait pendant 50 ans
07:58et dans 50 ans, on dira toujours que c'est pendant 50 ans,
08:00le directeur du département de la fusion.
08:00Donc en attendant, il va bien falloir faire des efforts.
08:02Merci beaucoup, Jean-Marc Jancovici.
08:04Allez-y, un dernier mot.
08:05Donc, non, quand vous êtes en bateau,
08:08vous faites avec les moyens du bord.
08:09Donc nous, on dit, le pari dont on est sûr
08:11qu'il peut réussir, c'est celui qui ne compte
08:13que sur les moyens du bord.
08:14Si en plus, on a des bonnes surprises
08:16et on n'est pas contre les bonnes surprises, tant mieux.
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