00:00Mathieu Bocoté, depuis hier soir, la France débat officiellement de son budget.
00:05On connaît la formule, je le disais en titre, qui tourne en ce moment,
00:08mieux vaut un mauvais budget que pas de budget du tout.
00:10La France ne risque-t-elle pas tout simplement de frapper d'ici peu
00:14et de violente manière le mur de la dette ?
00:18De se prendre le mur, quoi, pardon franchement.
00:20On est dans un moment où il y a une conscience de plus en plus radicale
00:23de la faillite non seulement des finances publiques...
00:26Martin, Stéphane, vous plaît, vous asseyez.
00:28Venez, venez, on est en direct, tout va bien.
00:31Donc, de la faillite des finances publiques, mais plus encore de tout un modèle social,
00:35de toute une manière d'organiser et de gérer la société.
00:39Alors, le point de départ de la réflexion, ce serait le suivant,
00:41le problème de la dette n'est pas qu'un problème de gestion des mauvaises finances publiques,
00:45une mauvaise gestion des finances publiques, dis-je.
00:47Ce n'est pas simplement un gouvernement ou un autre qui aurait mal géré,
00:50c'est parce qu'il y a une forme de dysfonction structurelle dans la société
00:55et la dette est la conséquence, en quelque sorte, de cette société
00:58aujourd'hui déréglée.
01:00D'ailleurs, vous le noterez, quand on parle du budget,
01:02personne ne dit que c'est le budget qui permettra de redresser la situation.
01:05C'est ça.
01:06Tout le monde dit que c'est le budget qui permettra de tenir encore quelques mois.
01:09Quand votre horizon politique en matière budgétaire,
01:11c'est quelques semaines ou quelques mois,
01:13autrement dit, être capable d'écoper un peu l'eau dans la cale du Titanic
01:16pour qu'il puisse faire quelques kilomètres de plus avant de sombrer,
01:20vous n'êtes pas dans un horizon politique lumineux.
01:22Donc ça, c'est le point de départ.
01:24J'ajoute une chose.
01:25Chaque année, la dette ne cesse d'augmenter.
01:28Elle augmente, le déficit augmente, soit dit en passant.
01:31Donc personne n'imagine la possibilité d'un déficit zéro.
01:35On imagine encore moins le remboursement de la dette.
01:37On veut simplement faire en sorte de ne pas s'effondrer trop rapidement.
01:41Gardons cela à l'esprit, comme j'aime dire.
01:43Le point de départ, qu'est-ce que c'est?
01:45Évidemment, de mon point de vue, c'est non seulement 81,
01:47le tournant socialiste, en fait, l'installation du socialisme mental en France,
01:52mais plus largement, c'est la logique de l'État-providence
01:55telle qu'elle existe partout dans le monde occidental,
01:57parce qu'à la question de la dette, pas dans la même ampleur,
01:59existe partout en Occident.
02:02Fondamentalement, la logique providentialiste,
02:03ou la logique socialiste, plus encore,
02:05disons vraiment socialiste, repose sur l'idée suivante.
02:08Les désirs sont des besoins.
02:11Les besoins engendrent des droits.
02:12Et c'est à l'État à répondre à ses droits et ses aspirations.
02:15Et puisque ses désirs, ses besoins et ses droits sont infinis,
02:19toujours l'État doit s'occuper d'une part croissante de la vie en société.
02:24Donc, arrivent toujours des revendications nouvelles.
02:26On a besoin de ça, on a besoin de ça, c'est vital, c'est essentiel.
02:29S'il vous plaît, donnez-le-moi.
02:30L'État est obligé de céder.
02:32Et une fois qu'il a cédé, il a cédé de manière irréversible.
02:35Donc, l'État ne fait qu'étendre son domaine d'influence
02:39et d'empiétement sur la vie sociale.
02:41Il y a deux conséquences très pratiques là-dedans.
02:43La société civile s'efface peu à peu.
02:45Qu'est-ce que c'est la société civile?
02:47C'est les interactions naturelles, la coopération naturelle
02:49qui vient dans une société, c'est-à-dire nous sommes des humains,
02:51nous coopérons entre nous, nous construisons des institutions
02:54pour nous soutenir les uns les autres.
02:55Et l'État dit, ce n'est pas suffisant.
02:57Je veux prendre en charge tout cela.
02:59Donc, la part de gratuité qu'il y a dans la société civile,
03:01il ne faut pas se tromper, le fait de la coopération naturelle
03:04qui n'est pas toujours tarifée,
03:05ça, on la congédie.
03:07Et qu'est-ce qu'on fait? L'État doit s'en charger.
03:09Autre élément à travers tout cela,
03:10si l'État s'occupe de tous vos besoins,
03:12c'est une logique de déresponsabilisation de l'individu.
03:15L'individu lui-même, on nous dit, ne t'en fais pas.
03:17L'argent que tu gagneras, le plus qu'il te restera,
03:19tu le prendras pour t'amuser.
03:20Mais pour tout ce qui est fondamental dans ta vie,
03:22je m'en occupe.
03:24Le résultat de cela, c'est que l'État prétend s'occuper de tout,
03:27de la crèche à l'EHPAD,
03:28du berceau au tombeau.
03:30Et il veut régler, normer la société
03:33dans toutes ses dimensions.
03:34Mais pour cela, il faut une chose.
03:36Il faut mettre en place une bureaucratie.
03:38Une bureaucratie toujours plus étendue,
03:40parce que ce qu'il y a à gérer,
03:42toujours plus, je dirais, c'est toujours plus large
03:44comme domaine.
03:45La société, je le disais, résumons ici,
03:48il faut gérer de plus en plus de choses.
03:49Donc, il faut toujours de plus en plus de bureaucrates
03:51et de plus en plus de règles qui vont nous imposer.
03:53Donc, quand vient le temps ensuite
03:55de vouloir dire qu'il faut réformer l'État,
03:57eh bien, on se dit, oui, il faut mieux gérer les dépenses,
03:59il faut mieux gérer ça, il faut mieux gérer ça.
04:00On ne voit pas qu'en fait, c'est toute la structure
04:02qui s'est mise en place au fil des décennies
04:05qui nous condamne à la faillite.
04:06Donc, de ce point de vue, on peut dire
04:07que l'État a détruit la société civile,
04:09il a handicapé l'individu,
04:11il a créé une société sans dynamisme,
04:12et aujourd'hui, c'est le mur de la dette.
04:14Sous-titrage Société Radio-Canada
04:16Sous-titrage Société Radio-Canada