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Dans son édito du 23/09/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Alors, ce qui frappe, c'est que là, on aura une séquence où tout le monde s'improvisera spécialiste en
00:04religion pour quelques jours avant de ne plus penser à cela, sauf pour tant de baptêmes ou Pâques et ainsi
00:09de suite.
00:10Donc, la bonne manière, je crois, d'aborder cette question pour y donner un plus, c'est de l'aborder
00:13à la lumière de l'histoire, c'est-à-dire la France, la question du catholicisme en France depuis un
00:18peu plus de deux siècles, comment se pose-t-elle?
00:21La France, pays catholique à l'échelle de l'histoire, ça va de soi. Qui pourrait expliquer, écrire l'histoire
00:26de France en tenant l'Église à la manière d'une institution parallèle qui n'engagerait pas fondamentalement l'histoire
00:32du pays?
00:33Mais en même temps, la France, c'est le pays du gallicanisme. C'est un pays qui refuse toute forme
00:37de théocratie. C'est le pays qui va penser la laïcité bien avant les lois de 1905, c'est-à
00:41-dire la distinction du spirituel et du temporel, l'autonomie de l'État, l'autonomie du politique.
00:47Bon, ça, on peut dire que ça va de soi. Rappeler l'histoire catholique de la France ne veut pas
00:51dire que la France ne fut que catholique. Premier élément.
00:55Deuxième élément qu'il ne faut pas oublier, c'est que la Révolution, Michel disait depuis 1905 qu'on a
00:59cherché à arracher le catholicisme de France.
01:01Il me permettra un désaccord ici, en fait, depuis la Révolution. La Révolution est fondamentalement une révolution anti-chrétienne.
01:08On peut trouver ça bien ou mal, mais on doit concevoir que la Révolution s'est pensée comme un recommencement
01:13de l'histoire à la lumière d'une révélation nouvelle.
01:18Et ces révélations sont sur le mode suivant. Un homme nouveau naît en ce monde.
01:23Ce n'est plus l'homme marqué par le péché originel, ce n'est plus l'homme abîmé qui trouvera
01:27sa rédemption par la grâce ou par la foi ou tout ça.
01:29C'est un homme qui peut atteindre la perfection sociale, une histoire qui recommencera à zéro.
01:33Les révolutionnaires vont quand même recommencer le calendrier de l'histoire humaine pendant un temps.
01:37Ils étaient originaux, ces gens. Changez les mois, changez les dates. Ils pensaient tout recommencer à zéro.
01:43Forger un homme nouveau, je l'ai dit, à partir du moment où vous pensez que l'homme ne porte
01:46pas en lui la marque du péché originel,
01:47mais vous pensez que fondamentalement, s'il est abîmé, c'est parce que la société l'a abîmé,
01:51vous êtes à un pas de dire qu'il suffirait qu'on répare l'homme pour fabriquer en fait la
01:55société parfaite, la société idéale.
01:57Et la société parfaite, c'est l'antichambre de la société policière, comme l'histoire le confirme.
02:03La société, on décroche l'homme, enfin on décroche le sens du ciel, on dit de l'homme,
02:08vous ne serez que dans la cité, que dans le monde, dans cette société parfaite, cette utopie.
02:12On a appelé cela pendant un temps, encore aujourd'hui peut-être république.
02:15La république ne s'est pas présentée comme un régime depuis plus de deux siècles.
02:18Elle s'est présentée comme une religion de substitution.
02:21Et est-ce que ce n'est pas ce qu'on entend quand aujourd'hui on préfère dire république à
02:24France?
02:24Le mot république est en fait le point d'aboutissement d'une volonté de déchristianiser la France,
02:29à tout le moins chez une partie des républicains.
02:33Par ailleurs, la France s'est vraiment déchristianisée depuis, on pourrait dire encore depuis la révolution,
02:37de plusieurs manières.
02:39Léon XIII, figure antérieure à Léon XIV, on peut penser à la figure du ralliement.
02:42Le ralliement, le moment du ralliement à la république,
02:44est un moment qui compte dans le rapport à la compréhension du fait religieux en France.
02:48La laïcité, qui était beaucoup moins de 1905,
02:50qui était beaucoup moins consensuelle que ne le dit notre ami Marc,
02:53c'est notre seul désaccord, mais quel désaccord!
02:56Donc c'est quand même une loi brutale, violente, pour réussir à arracher les racines d'un pays
03:01et le refonder sur toute autre chose.
03:03J'en profite, il ne peut pas répondre.
03:05Non, non, non, il ne peut pas répondre.
03:06Ensuite, tout au long du XXe siècle, la montée du communisme.
03:11La montée du communisme, qui est une religion de substitution.
03:14Le communisme est une religion de substitution et qui avait aussi comme volonté partout,
03:17il s'est implanté, d'arracher véritablement la possibilité même du sentiment de la foi.
03:22La Deuxième Guerre mondiale a joué un rôle immense aussi, quoi qu'on en dise,
03:25parce que c'est tellement une catastrophe à l'échelle de l'histoire,
03:27que c'est l'effondrement d'une civilisation, c'est un effondrement métaphysique.
03:30On se dit finalement qu'on ne croit plus du tout au monde qui s'est effondré devant nous,
03:34et à partir de là, on verra l'individualisme libertaire, la contre-culture,
03:37toute une série de spiritualités nouvelles qui émergeront,
03:40mais nous ne voudrons plus poursuivre la vieille civilisation chrétienne.
03:43Et Vatican II, comme dirait Philippe de Villiers, le nouveau visage de la religion réformée,
03:49quoi qu'il en soit, voilà des catholiques qui se disent
03:51« nous allons cesser de tenir tête au monde,
03:53nous allons embrasser l'époque pour être capables de la christianiser de l'intérieur.
03:57Il n'est pas certain que l'Église y soit parvenue. »
04:00Quoi qu'il en soit, de temps en temps, les Français se disent
04:03« mais nous sommes un pays catholique néanmoins, Notre-Dame, on voit, Notre-Dame arrive,
04:06et on se rappelle soudainement l'ancrage existentiel de la chose,
04:09mais on se dit plus souvent qu'autrement que c'est rendu patrimonial.
04:11Le catholicisme est patrimonial, bien souvent.
04:13Mais il y a une religion qui n'est pas le catholicisme et qui n'est pas patrimoniale en France,
04:16qui structure les mœurs et les coutumes et les habitudes des gens, c'est l'islam.
04:19Donc le catholicisme est majoritaire mais patrimonial,
04:22l'islam est minoritaire mais conquérant,
04:24voilà peut-être le portrait d'étant présent.
04:26Alors pourquoi la venue du pape Mathieu Bocoté suscite-t-elle une telle ferveur ?
04:30Alors c'est une ferveur qui n'est pas universelle mais qui est réelle.
04:33Notamment dans ce bout de France que l'on pourrait dire,
04:35je dirais à la blague la France des Yvelines mais pas que,
04:37c'est-à-dire cette France catholique qui aujourd'hui se voit,
04:39donc les catholiques de France dans ce coup, la France traditionnelle,
04:42ne se voit pas comme des catholiques en France comme il y a des bouddhistes en France
04:45et des musulmans en France.
04:47Ils disent nous sommes le noyau existentiel et spirituel de ce pays.
04:50D'ailleurs tous les signes qui laissent croire que la vieille foi pourrait renaître en leur pays
04:54s'est accueilli très positivement.
04:56On se rappelle de la visite de Jean-Paul II il y a de cela quelques décennies.
04:59Il y a aussi chez ces gens plusieurs, ce qu'on pourrait appeler la politique de l'arche.
05:02La politique de l'arche, ça consiste à dire dans ce monde où tout se décompose,
05:05nous devons conserver des principes fondamentaux,
05:08une doctrine fondamentale, une foi fondamentale, un crédo fondamental.
05:11Nous devons tenir l'essentiel parce que le monde se disloque, se décompose,
05:15mais un jour la vraie foi renaîtra et le pays renaîtra avec elle.
05:19Donc il y a cette idée qu'on guette toujours les signes qui permettent d'annoncer une renaissance.
05:23Par ailleurs, on le voit, il y a une renaissance du catholicisme aujourd'hui objective.
05:26Après, la grande sécheresse spirituelle des dernières décennies,
05:30les baptêmes des jeunes adultes aujourd'hui est un élément intéressant du paysage,
05:35le pèlerinage de Chartres.
05:36Plus largement aussi, on pourrait dire, cette idée que, je le disais,
05:40c'est la phrase de Chesterton,
05:41« L'homme qui cesse de croire en Dieu ne croit pas en rien,
05:43il se met à croire en n'importe quoi. »
05:45Mais il y a une lassitude du n'importe quoi aujourd'hui probablement.
05:48Et aussi devant l'islam, plusieurs se demandent,
05:50mais eux savent à quoi ils croient.
05:51À quoi croyons-nous de notre côté?
05:53Lorsque nous allons, faisons baptiser nos enfants,
05:56lorsque nous enterrons nos morts,
05:57lorsqu'on préfère un enterrement catholique
05:59plutôt qu'une espèce de machin bizarre avec des musiques bizarres
06:02qui sont censées donner une spiritualité nouvelle à la mort.
06:05Quand nous parlons, nous espérons un monde meilleur après coup.
06:07Quand nous allons à Pâques ou à Noël,
06:09à quoi croyons-nous?
06:10Est-ce qu'il s'agit simplement d'un résidu de spiritualité inanimé?
06:13Ou est-ce qu'il y a à travers cela quelque chose comme un désir de croire
06:17en se réappropriant les traditions qui rendaient la chose vivante?
06:22Certains veulent voir dans la visite du pape une visite aussi politique.
06:26Vous savez, un jour, les États disparaîtront,
06:29les empires disparaîtront, les cités disparaîtront
06:31et l'Église catholique va être encore là.
06:33Ça, elle est là depuis 2000 ans.
06:35Elle a survécu à toutes les formes politiques.
06:37Donc, si j'avais une forme de parier sur l'avenir,
06:40l'Église me semble être un pari raisonnable
06:42pour peu que le passé annonce un peu l'avenir.
06:44C'est d'accord, hein?
06:45Premier élément.
06:46Donc, deuxième élément, on peut se demander à quel comparer...
06:51Parce qu'il y a quelques visites du pape dans l'histoire
06:52qui ont marqué les consciences.
06:54Et là, on pourrait comparer ça, évidemment, à Jean-Paul II,
06:57qui, en France, je pense que c'est en 80,
06:58dit « France, qu'as-tu fait ton baptême, et ainsi de suite... »
07:00Oui, c'est à ce moment-là.
07:02On va finir de l'église, justement.
07:03Donc, on connaît cette formule,
07:04mais on pourrait aussi comparer ça peut-être au premier discours,
07:07premier homélie, je crois on dit,
07:09de Jean-Paul II en 78,
07:10avec son fameux « n'ayez pas peur ».
07:12« N'ayez pas peur ».
07:13Et là, c'était adressé à l'époque, notamment,
07:14au pays de l'Est, et il a joué un rôle immense.
07:16Jean-Paul II, comme figure politique, a joué un rôle immense
07:19dans ce moment de libération remarquable
07:21qui était la fin du communisme à l'Est.
07:23La question qu'on pourrait se poser aujourd'hui,
07:25c'est de quoi ne devrions-nous pas avoir peur aujourd'hui ?
07:27Que serait le « n'ayez pas peur » des temps présents ?
07:30On pourrait dire « n'ayez pas peur » devant ceux
07:32qui veulent vous intimider,
07:33« n'ayez pas peur » devant l'IA qui cherche à vous transformer
07:36en véritables animaux de compagnie de l'intelligence artificielle,
07:38« n'ayez pas peur » devant le déracinement,
07:40« n'ayez pas peur » de... »
07:41J'interprète le « n'ayez pas peur » très personnellement.
07:43Mais il y a cette idée qu'il y a une possibilité d'espérance
07:47qui consiste à dire, dans un monde brouillé,
07:49dans un monde sombre, dans un monde où l'horizon se dérobe,
07:52il est possible d'avoir quelque espérance en ce monde,
07:54l'histoire en témoigne,
07:55et le pape probablement nous y appellera d'une manière ou de l'autre.
07:58Et dernier élément,
08:00mais ça je pense que je ne parle pas ici pour les catholiques ardents
08:02qui en ne doutent jamais,
08:03mais pour le commun des mortels,
08:05qui a une foi flageolante,
08:06moi par exemple,
08:07qui ne doute aucunement
08:09de la bête meurtrie qu'est l'homme,
08:11qui ne doute pas du péché originel,
08:12mais qui doute de la possibilité de la rédemption.
08:14Autrement dit,
08:15ceux qui ont regardé assez triste sur la condition humaine,
08:17mais qui ne désespèrent pas de la possibilité de l'espérance,
08:19la visite du pape réanime quelquefois
08:21ce qu'on pourrait appeler la possibilité de la foi.
08:23C'est déjà pas mal.
08:24C'est déjà pas mal.

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