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  • il y a 10 heures
Dans son édito du 29/04/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Ce qui veut dire, soyons sérieux, que la France est le pays où l'insécurité devient le fait social premier.
00:07C'est de tous les pays européens, ce qui était vu comme la douce France, le pays le plus doux,
00:12le plus agréable,
00:13est aujourd'hui, selon la formule de Saint-Denis, un coupe-gorge.
00:17Donc, ayons ça à l'esprit.
00:192024, donc, sont les statistiques reprises par Marc Vanguard, qui viennent d'Eurostat,
00:23et qui nous dit la chose suivante, la France est le pays le plus insécuritaire d'Europe,
00:26et je dirais que s'il nous en apprend avec l'ampleur des chiffres,
00:30je pense qu'on le sait tous déjà dans notre comportement privé.
00:33Nous avons tous intégré l'idée qu'à l'extérieur de chez soi,
00:37et bien même chez soi quelques fois, vous savez, avec le home jacking, comme on dit aujourd'hui,
00:41et bien quand on sort de chez soi, le degré d'insécurité est tel qu'on a adapté nos comportements
00:46quotidiens déjà à cela.
00:48Donc, les femmes, dans leur manière de prendre le métro,
00:50à quelle heure on prend un taxi plutôt que de prendre les transports en commun,
00:53si on a un peu la...
00:54Notez même dans les comportements d'achat, c'est-à-dire, si on a un peu d'argent,
00:58on essaie de vivre dans un endroit sécuritaire,
00:59si on a un peu plus d'argent, on essaie de vivre dans un endroit sécuritaire et culturellement français,
01:04donc la France devient un privilège réservé à quelques Français dans son propre pays.
01:07Il y a quelque chose de tragique là-dedans.
01:09Quoi qu'il en soit, quoi qu'il en soit,
01:11cette impression, ce n'est pas simplement une accentuation de l'insécurité,
01:15comme s'il s'agissait d'une tendance mineure,
01:17ça devient le fait social premier, une chute,
01:19et il nous donne des chiffres Vanguard depuis 2017 à aujourd'hui
01:22qui permettent de voir l'ampleur de la chose.
01:24Premier élément, le taux d'homicide.
01:27Alors, le taux d'homicide, en France,
01:29c'est le troisième par rapport à tous les pays de l'Union européenne.
01:32Il est deux fois plus élevé qu'en Italie.
01:35Donc, il faut comprendre que le taux d'homicide est deux fois plus élevé en France qu'en Italie.
01:39Le chiffre en lui-même est frappant.
01:42Personne ne parle de ces chiffres.
01:44Personne ne parle de ces chiffres incroyables.
01:46Mais surtout, l'accélération 2017, c'est le point de repère.
01:51Donc, deuxième élément, le taux d'homicide augmente plus 21 % en France.
01:56Et c'est une tendance qui va à l'inverse de ce qui se passe ailleurs en Europe.
01:59Une Union européenne hors France, moins 11 %.
02:02Donc là, il y a de plus en plus de meurtres en France et de moins en moins ailleurs.
02:07Qu'est-ce que ça veut dire sur ce que devient le pays?
02:09On précise, soit dit sans passant, Van Gaert nous dit que ça n'a pas toujours été ainsi.
02:12Il y a dix ans encore, la France était dans la moyenne européenne du taux d'homicide.
02:17Donc, globalement, on tuait autant en France qu'ailleurs, on tuait autant ailleurs qu'en France.
02:21Et là, il y a une différenciation française qui vient de se marquer.
02:24C'est une triste singularité, triste société distincte dans les circonstances.
02:29Il va plus loin, la hausse des violences physiques non-homicide, plus de 47 %.
02:34Donc ça, c'est-à-dire, c'est un climat de violence permanente.
02:37Cette possibilité de se faire agresser en toutes circonstances, ça a augmenté.
02:40Donc, ce n'est pas que le sentiment d'insécurité dont nous parlait M. Dupond-Moretti.
02:44C'est une réalité vécue. C'est une réalité vécue existentielle, je dirais.
02:49Il nous dit, bon, on peut se réjouir, baisse le nombre de cambriolages et de vols.
02:53Très bien, mais c'est la bonne nouvelle dans le tout.
02:54C'est que tout ne va pas toujours absolument mal.
02:58Record des victimes d'attentats islamistes.
03:00Alors ça, ce n'est pas surprenant, dirais-je.
03:02La France étant la principale cible de l'islamisme en Europe,
03:05il est normal qu'elle connaisse le plus haut taux de victimes de la violence islamiste avec la Belgique, soit
03:10dit en passant.
03:11Et là, on y arrive.
03:12Quand je parle d'un sentiment d'insécurité ressenti dans sa chair,
03:16c'est que ce ne sont plus que des chiffres.
03:17Ce sont des comportements quotidiens qui se modifient parce que nous avons intériorisé ces données.
03:23Et d'autres gouvernements ont intériorisé ces données, soit dit en passant.
03:26Notamment l'Australie, mais pas que.
03:27L'Australie dit, si vous allez en France, le niveau de sécurité est à peu près équivalent à celui du
03:32Kosovo.
03:33Et là, quand on entend ça, on se dit, c'est quelque peu inquiétant.
03:36Donc, je pense que ces chiffres nous disent plus que les chiffres.
03:39Ils nous disent que quelque chose s'est brisé dans le pacte social.
03:43La promesse première de la société moderne, la sécurité, vous ne serez pas tués par votre voisin,
03:49eh bien, cette promesse n'est plus tenue par nos sociétés et par la France en particulier.
03:53Mais à l'échelle de l'histoire, Mathieu, comme vous aimez dire, est-ce vraiment étonnant?
03:58Est-ce qu'on peut aller plus loin?
03:59Nous n'avons pas déjà accepté ce retour de la violence dans nos vies?
04:03Je me ferai philosophe pour un instant.
04:05Je pense que la violence n'est pas dans une société un dérèglement.
04:08La violence est un fait originel.
04:09C'est-à-dire que la violence n'est pas le fait d'un dérèglement social.
04:12C'est le point de départ.
04:13Vous connaissez la formule de Hobbes, le philosophe, qui écrit « l'homme est un loup pour l'homme ».
04:18Je pense que si on n'a pas ça à l'esprit, si on ne pense pas que fondamentalement,
04:21l'être humain laissé à lui-même est un petit tyran carnassier qui peut égorger son prochain
04:25pour être capable de lui voler quoi que ce soit,
04:27si on oublie cela, eh bien, on ne comprend pas la bête humaine.
04:30Donc, la violence est un fait originel.
04:32La violence est un chaos originel à l'origine de chaque société.
04:35Et chaque société cherche à transcender cette violence, à la dépasser de mille manières.
04:40Par exemple, par la politique.
04:41Qu'est-ce que c'est la politique et la démocratie?
04:43C'est un pari exceptionnel.
04:44Ça consiste à dire que je vous confie le pouvoir pendant un temps
04:47parce que vous me le rendrez si je gagne les prochaines élections
04:49et nous ne nous entretuerons pas entre-temps.
04:52C'est assez exceptionnel à l'échelle de l'histoire,
04:54cette idée qu'on fait suffisamment confiance à son adversaire
04:56pour se dire « il me rendra le pouvoir si je l'emporte demain ».
04:59La politique civilisait la violence.
05:01La religion civilisait la violence.
05:02La peur de la mort est une peur absolument fondatrice chez l'être humain.
05:06La capacité à structurer les angoisses profondes
05:09par une religion intellectuellement structurée,
05:11ça calme aussi les sociétés dans ce qu'elles peuvent avoir d'apocalyptique et de destructeur.
05:16L'art, n'oublions pas de l'art, est une superbe manière
05:19de transcender justement les conflits qui habitent une société.
05:22On les met en scène sur le plan esthétique
05:23et dès lors, on détourne vers l'art, ce qui autrement pourrait aboutir au point.
05:29Dans le même état d'esprit, le sport.
05:31Je pense qu'on ne peut plus le voir avec hier soir.
05:32Le sport est un lieu de civilisation de la violence dans nos sociétés.
05:35Plutôt que de s'entretuer, plutôt que de s'égorger,
05:38bien que de temps en temps ça se passe comme ça,
05:40affrontons-nous sur un terrain,
05:41c'est-à-dire un match, celui qui l'emportera pourra triompher,
05:45l'autre pourra pleurer,
05:46mais tout ça sera ritualisé par l'économie.
05:49L'économie, c'est la bataille de tous contre tous
05:51encadrée par des règles dans une dynamique
05:52qui finit par créer de la richesse.
05:54C'est quand même pas mal.
05:55Et dans le même état d'esprit, le jeu et la fête.
05:57Ça, je pense qu'on ne doit pas l'oublier.
05:58Le jeu et la fête, c'est une manière de suspendre la violence dans une société.
06:01Comment? En disant qu'il est toujours possible de tout changer.
06:04Il est possible de relâcher la pression.
06:05Il est possible de relâcher la violence.
06:07Il est possible d'une certaine manière, avec le jeu et la fête,
06:10de ne pas basculer dans, encore une fois,
06:12la volonté chaotique originelle.
06:14Mais à quel moment, inversement, la violence revient?
06:17Parce que c'est ce qui se passe aujourd'hui.
06:18Pourquoi la violence revient-elle alors qu'elle avait été contenue?
06:21Et là, il y a quelques explications qu'on peut donner.
06:23La première, c'est ce que j'appelle l'effondrement des mœurs.
06:26L'héritage des 40, 50, 60 dernières années, qu'est-ce que c'est?
06:29On nous dit, vous devez déconstruire tout ce qui vous retient,
06:32tout ce qui vous empêche.
06:33Vous devez être fidèle à votre petit tyran intérieur.
06:35J'appelle ça comme ça.
06:36Mais dès lors, quand on pousse l'individu à consentir
06:38à tous ses caprices et tous ses désirs du moment,
06:41il peut se montrer très violent.
06:43L'adolescent perpétuel, incapable de contenir ses désirs,
06:46est fondamentalement un être violent.
06:48L'affaiblissement du régalien.
06:49Quand on n'a pas peur de la sanction,
06:51quand on n'a pas peur de la sanction,
06:53quand on décide de transgresser, de voler, d'agresser,
06:55de violer, de tuer, quand on n'a pas peur de la sanction,
06:58on se permet justement d'avoir un comportement despotique et barbare.
07:01Charlotte nous citait souvent le pédopsychiatre Maurice Berger.
07:04Il dit que le problème, quand la sanction ne vient pas immédiatement,
07:07on n'apprend pas.
07:08Il nous avait dit ça.
07:09Absolument.
07:10Donc le régalien, on peut l'apprendre dans sa chair,
07:12si l'État est sérieux dans sa politique de sanction.
07:15S'il ne l'est pas, on peut faire tout ce qu'on veut,
07:17on n'y aura jamais de punition.
07:18De la même manière, qu'est-ce qui peut expliquer la violence?
07:20Le fanatisme aujourd'hui.
07:21Ça, on peut faire le lien avec l'islamisme,
07:23mais pas qu'avec l'extrême-gauche aussi.
07:25Quand vous avez tellement raison
07:27que vous vous donnez le droit de tuer quelqu'un,
07:29de l'arrêter, de le blesser, de le scarifier,
07:31et de le mutiler, parce que vous avez raison
07:33et sa simple présence est un scandale dans votre vie,
07:36la violence à l'échelle de l'histoire,
07:37le fanatisme est un vecteur de violence
07:39et le fanatisme est le retour.
07:40Et là, on arrive évidemment aux deux questions
07:42les plus fondamentales,
07:43celles qu'on n'a jamais eu le droit de nommer
07:44pendant des années, le choc des cultures.
07:46Le fait est que quand une masse culturelle
07:48arrive chez vous, quelle qu'elle soit,
07:50les cultures à l'échelle de l'histoire se confrontent.
07:52Elles peuvent se féconder l'une l'autre,
07:53mais en dernière instance, d'abord, qui décide.
07:55Cette culture-là ou cette culture-là,
07:57quand elles sont sur le même territoire,
07:58il y a inévitablement des frictions.
08:00Et dès lors, elles se combattent brutalement,
08:02elles se combattent indirectement,
08:03mais elles se combattent, et plus encore,
08:05si ces deux cultures n'ont pas le même rapport
08:06à la violence.
08:07Prenez la culture afghane, par exemple.
08:09Je ne parle pas de tous les Afghans, évidemment,
08:11mais la culture afghane est une culture
08:12où le potentiel de violence est bien plus élevé
08:14que dans un autre.
08:15Le rapport aux femmes, le rapport à la décence,
08:17le rapport à la pudeur d'une société à l'autre
08:20n'est pas le même.
08:20Les frictions culturelles engendrent de la violence.
08:23Et j'ajouterai un dernier élément
08:25qui me semble fondamental.
08:26On doit penser la violence
08:27sur le mode du continuum.
08:28Quant à moi, je ne suis pas de ceux qui disent
08:31la violence, on doit simplement la prendre
08:32dans son expression la plus brutale,
08:33un coup de hache sur la tête.
08:34Je pense que des comportements antisociaux
08:37dans le métro,
08:38des comportements antisociaux dans le train,
08:39vous savez, des gens qui cherchent
08:40à occuper tout l'espace sonore
08:42parce qu'ils sont incapables de tolérer
08:43et de ne pas être au centre du monde
08:45en toutes circonstances.
08:45Ça commence par ça.
08:46Je crois que ça commence par ça.
08:47La malpropreté, si vous avez un déchet,
08:49vous le jetez dans la rue
08:50plutôt que de le jeter à la poubelle,
08:51tout simplement.
08:52Je pense que ça, c'est un premier signe
08:54d'une violence qui peut culminer
08:55dans de bien plus graves violences,
08:57de la malpropreté
08:58et du mauvais comportement
08:59avec l'iPhone
09:00jusqu'à la volonté
09:01de tabasser son prochain volet.
09:03Quoi qu'on en pense,
09:04il y a une continuité
09:04qu'on doit penser.
09:05Quel est le rôle du politique
09:07dans cette situation ?
09:08J'entends bien, vous dites que pas.
09:09On peut modifier,
09:10canaliser la violence
09:11par la politique,
09:12par la religion,
09:13par l'art,
09:13par le sport,
09:14par l'économie,
09:14par le jeu,
09:15par la fête.
09:16Quel est le rôle du politique
09:18pour canaliser cette violence ?
09:19Vous nous ramenez à l'essentiel ici.
09:20Je crois que le politique
09:21a été très imprudent.
09:23Le politique,
09:24depuis 40 ans,
09:2550 ans,
09:2560 ans,
09:26a oublié à quel point
09:27nos sociétés étaient fragiles,
09:29à quel point
09:29le travail de civilisation,
09:31parce que de quoi parle-t-on ici ?
09:32C'est du processus de civilisation
09:34qui prend des siècles,
09:36qui prend des décennies,
09:37des siècles à se construire.
09:38Quand on a décidé
09:39qu'on ne croyait plus
09:40au processus de civilisation,
09:42on ne croyait plus au tabou,
09:43on ne croyait plus aux mœurs,
09:44on ne croyait plus aux normes,
09:46on ne croyait plus à la décence,
09:47on ne croyait plus au savoir-vivre,
09:49on ne croyait plus
09:49à toutes ces normes
09:51intériorisées
09:52par les uns et les autres
09:53qui fait qu'on est
09:53des individus
09:54un peu moins désagréables
09:55pour notre prochain
09:56que nos prédécesseurs,
09:58eh bien,
09:58le politique,
09:58en se fichant de tout,
10:00en ne voyant que des individus,
10:01puis en faisant venir
10:02des cultures de partout,
10:03et ainsi de suite,
10:03en déconstruisant les normes,
10:05le politique était
10:06absolument imprudent.
10:07Il n'a pas compris
10:08sur quoi reposait
10:09la paix sociale,
10:10il n'a pas compris
10:11que la paix sociale
10:11et la sécurité,
10:12c'est absolument fragile,
10:14et de ce point de vue,
10:15je terminerai
10:15avec la question
10:15des politiques sécuritaires,
10:17parce que devant tout cela,
10:18j'entends la réponse
10:19de mes amis de droite.
10:20Il faudrait plus de prison,
10:21plus de gendarmes,
10:22plus de policiers,
10:23plus de bleus dans la rue,
10:24il faut toujours
10:25plus de sécurité.
10:26C'est très bien,
10:27on est favorable
10:27à la sécurité,
10:28mais une société
10:29qui n'a comme réponse
10:30à l'insécurité
10:31que des politiques sécuritaires
10:32maximalistes
10:33est une politique
10:34qui est prête,
10:34en fait,
10:34pour une société encasernée,
10:36une société dominée,
10:37une société policière.
10:39Il ne s'agit pas
10:39d'avoir des policiers
10:40partout,
10:41à tous les coins de rue,
10:41il s'agit de reconstruire
10:45et si ça dépassera
10:45le temps de notre propre vie
10:46et de nos descendants,
10:48ça prendra beaucoup de temps
10:50à reconstruire
10:50ce qui a été déconstruit.
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