- il y a 2 semaines
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Télématin reçoit Guillaume de Tonquédec pour la sortie de son livre "Ta mère et moi", et Valentin Pasquier, dessinateur judiciaire.
Télématin reçoit Guillaume de Tonquédec pour la sortie de son livre "Ta mère et moi", et Valentin Pasquier, dessinateur judiciaire.
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00:01...
00:07Vous avez vu comment on vous accueille, Guillaume de Tonquédet ?
00:10J'adore. Bonjour. Bonjour Guillaume.
00:12Est-ce que vous savez pourquoi on vous accueille sur Pierre et le Loup ?
00:15Oui, enfin je pense que je devine pourquoi.
00:17C'est parce que ça vous a beaucoup marqué, petit, en Pierre et le Loup, mais pas n'importe lequel,
00:21celui qui était avec la voix de Gérard Philippe.
00:25Et il paraît que ça a été un véritable déclic pour vous.
00:27Oui, parce que j'étais fâché avec les mots, l'orthographe, la grammaire,
00:30et tout d'un coup, d'entendre, de voir ce livre merveilleux,
00:34mais avec ces mots que je n'arrivais pas à prononcer,
00:36de les entendre lus par Gérard Philippe,
00:38et que mes yeux aient juste à suivre les mots sur la page,
00:41ça m'a réconcilié avec l'imaginaire des auteurs.
00:44C'est grâce à ma maman qui nous regarde, et à mon papa qui nous regarde ce matin.
00:47On m'embrasse.
00:48On lui mettait le disque en même temps, vous savez, le 33 tours,
00:51avec le diamant qui vient faire scratch-scratch sur le vinyle,
00:54et c'est comme ça que j'ai pu apprendre enfin les mots,
00:59apprivoiser les mots, grâce à ce disque que me faisait passer.
01:02Mais ça a marqué toute une génération.
01:04Mais vous êtes trop jeune ?
01:05Ah si, moi je l'ai écouté aussi, je m'en souviens.
01:06La clarinette, c'était le chat.
01:08Vous aussi, Emma ?
01:08Bien sûr, mais Pierre et Loulou, c'est tout dans l'enfance.
01:10Et Loïc ?
01:11Moi aussi, oui.
01:12Mais j'étais plus Club Dorothée, moi.
01:13Oui, mais bon, moi je me souviens que le violon, c'était Pierre et tout.
01:17Non, ça m'a beaucoup marquée aussi.
01:19Alors Guillaume, depuis 40 ans, vous racontez les histoires des autres,
01:23et puis pour la première fois, vous avez décidé de raconter la vôtre,
01:26l'histoire, ou plutôt celle de vos parents.
01:28Pourquoi est-ce que vous avez ressenti ce besoin ?
01:32D'un coup d'un seul ?
01:33Je pense que, j'ai toujours eu envie d'écrire,
01:36mais je me suis dit qu'il faut que le sujet me tienne à cœur,
01:37parce que ce n'est pas mon premier métier, être auteur.
01:41Et je crois que c'est une envie assez naïve de retenir mes parents
01:44un peu plus longtemps avec moi, de rendre hommage à mes parents.
01:47Ma maman, elle est atteinte d'une sclérose en plaques
01:48qui a été diagnostiquée quand elle avait 40 ans.
01:51Et mon papa est devenu, bien malgré lui, à 45 ans, son aidant.
01:54Et c'est tout ce parcours de vie.
01:56Maintenant, maman, elle a 84, papa, il a 89.
01:59Et j'ai eu envie juste de leur dire merci,
02:01de leur rendre hommage et bravo.
02:03Parce que je me suis dit, c'est extraordinaire,
02:07comment la maladie qui détruit petit à petit le corps de ma mère
02:10et comment mon père, qui devient bien malgré le bisson aidant,
02:13comment cette horreur a pu les rapprocher curieusement.
02:18Oui, parce que le thème...
02:19Et mon père m'a dit, moi je dis que je suis né d'un coup de foot
02:22qui est celui de mes parents,
02:23il m'a dit, mais j'aime encore plus ta mère aujourd'hui
02:25qu'au moment où on s'est rencontrés.
02:27C'est fou cette histoire d'amour.
02:29Franchement, l'histoire d'amour de vos parents est incroyable.
02:31Et puis, on a l'impression effectivement que vous l'avez écrit
02:34comme un journal intime,
02:35mais dont vous avez envie qu'il soit lu par vos parents
02:37comme quand on faisait ça quand on était petit.
02:39C'est pour ça que c'est une envie...
02:41Vous savez, on dit les écrits restent, les paroles s'envolent.
02:44Mais j'ai eu envie de faire ça,
02:46de faire un geste d'amour envers mes parents
02:48avec ce que je sais faire de moins mal.
02:49On parlait des mots, c'est l'usage des mots.
02:51Écrire et puis de les dire en scène,
02:53puisque ça va devenir un seul en scène dans quelques jours,
02:57mais de leur vivant.
02:58Je voulais absolument leur dire,
02:59voilà, merci, je vous aime, de votre vivant
03:01et merci pour tout ce que vous avez fait,
03:02que papa se rende compte qu'il est un héros du quotidien.
03:05Il n'a jamais parlé forcément de lui
03:06comme quelqu'un ayant réussi.
03:08Il a toujours dit, moi, ce que j'ai réussi de mieux dans ma vie,
03:10c'est mon mariage et mes enfants.
03:11Je lui dis, c'est déjà pas mal.
03:12Je suis l'un des quatre.
03:13On ne peut pas tout se dire ça.
03:14Je suis très content.
03:15Mais rends-toi compte combien tu es un héros du quotidien,
03:18ce que tu fais heure après heure,
03:19seconde après seconde auprès de maman.
03:21Donc, j'ai voulu parler de ça.
03:22On les embrasse.
03:23Donc, on les imagine là en train de nous regarder.
03:25Alors, on va en parler, bien sûr,
03:26tout au long de cette émission,
03:28de votre ouvrage, cher Guillaume.
03:30Avant ça, on va vous montrer un peu
03:32ce que pensent les Français de vous
03:33et surtout, où ils vous ont découvert.
03:36C'est pas si, il ne fait pas ça.
03:38C'est pas si, il ne fait pas ça.
03:39Il était assez marrant dans le prénom.
03:41Il est drôle.
03:42Oui.
03:44Sympathique, souriant.
03:44Un aventurier.
03:46Une certaine élégance.
03:47J'aime bien ce mec.
03:48Je trouve qu'il joue bien.
03:49De la confiance.
03:51Il est cool.
03:52Il n'est pas prétentieux.
03:53Là, récemment, on a regardé Coexister.
03:56Et franchement, on le trouve toujours aussi fun.
03:58On a du mal à le prendre au sérieux.
03:59Il a un côté très propre sur lui.
04:01Et je pense qu'il cache un petit brin de folie.
04:03J'aimerais bien être pote avec lui,
04:05avec un mec comme ça.
04:05Ouais, on a envie d'être pote.
04:07Je dirais, quand est-ce que fait pas ci,
04:10fait pas ça, ça reprend, quoi.
04:12Bah oui, quand est-ce que ça reprend ?
04:14Là, vous êtes sur France 2.
04:15C'est le moment de lancer les messages.
04:17Bah non, mais c'est surtout Bruno qui n'est plus là.
04:19Ça va être très difficile de faire sans lui.
04:20Je ne sais pas si c'est possible.
04:23Donc, à moins qu'on trouve une excellente idée
04:25que Bruno puisse réapparaître.
04:26Si vous avez une idée, regarde.
04:27Ça serait vraiment merveilleux.
04:29Avant de parler un peu plus avant de votre ouvrage,
04:32quelques chiffres sur votre carrière.
04:34Oui, et d'abord le chiffre 60.
04:36Est-ce que ça vous parle, Guillaume,
04:38ce beau chiffre rond, 60 ?
04:40C'est ce qui va m'arriver dans quelques jours, non ?
04:42Dans quelques jours, à dimanche.
04:43Je crois que vous alliez dire,
04:44c'est le nombre de films que vous avez tourné,
04:45non pas du tout, ça me ramène à mon âge.
04:47Bah oui, dans quelques jours.
04:48Vous allez fêter, je crois, dimanche.
04:50Dimanche, oui.
04:50Vos 60 ans, Guillaume.
04:52Dans ces cas-là, à chaque fois qu'on passe une dizaine,
04:53en général, c'est le moment des bilans.
04:55On regarde un petit peu en arrière.
04:56Est-ce que ça vous fait quelque chose, vous, ce cap ?
04:59Votre question est très bonne, cher Thomas.
05:01Puisque je pense que, moi, vous savez,
05:02un acteur, il vit que dans le désir des autres.
05:04Il dit toujours les mots des autres.
05:06Là, pour la première fois, je vais dire mes propres mots.
05:07Je crois que j'ai eu envie, à un moment, là, en ce moment,
05:09de poser enfin mes valises, de les ouvrir
05:11et de regarder ce qu'il y a dedans, en fait,
05:12en parlant de cette histoire intime
05:14et de m'exposer peut-être plus,
05:17mais de faire une sorte de bilan
05:19et de prendre enfin les choses en main
05:21et de dire, moi, j'ai envie d'écrire pour moi,
05:23de raconter aux gens, non pas les mots des autres,
05:25mais les miens, quoi.
05:26Donc, c'est, voilà, un bilan de la soixantaine.
05:2960 ans et 40 ans de carrière, on peut dire ça,
05:31parce que c'était il y a 40 ans que vous avez fait votre...
05:33Oh, voilà, j'ai l'impression que vous parliez de moi
05:34comme un vieux chanteur.
05:35Notre premier film.
05:36Non, c'est beau, 40 ans de carrière.
05:38Oui, c'est super.
05:39Premier film, cours privé.
05:40Et puis, on a volé Charlie Spencer de Francis Huster,
05:42donc c'était en 86.
05:4440 ans de carrière
05:45et une popularité qui explose après 40 ans
05:49grâce, on l'a vu, avec cette série-là,
05:52Fais pas ci, Fais pas ça,
05:53ce chiffre neuf,
05:54parce que c'est une série qui a duré 9 saisons,
05:5870 épisodes de Fais pas ci, Fais pas ça.
06:01C'est la série qui vous a permis, enfin,
06:03de toucher le très grand public,
06:05on peut dire des choses comme ça ?
06:06Oui, oui, oui.
06:06C'est celle qui m'a fait le plus beau des cadeaux
06:08qu'on puisse faire un acteur,
06:09c'est la popularité.
06:10Je ne remercierai jamais assez Renaud Lepic
06:13et France 2,
06:14parce qu'au départ, on remplaçait un jeu le samedi,
06:17ça ne marchait pas, honnêtement,
06:18ça n'a pas très bien marché en audience.
06:19Oui, ça ne marchait pas au début.
06:20Non, et France 2 a dit,
06:21nous, on y croit,
06:22et non seulement on vous garde,
06:23mais en plus, on va vous passer en prime time,
06:25comme on dit en France, n'est-ce pas ?
06:26Et c'est devenu le succès
06:29qu'on ne pouvait pas nous imaginer.
06:30Ce qu'on savait,
06:31c'est que c'était très très bien écrit
06:32par Anja Ferry,
06:33c'est la seule certitude qu'on avait
06:34et très bien réalisée par Pascal Chauveille.
06:36Mais c'est vrai que c'est assez rare,
06:37parce que normalement,
06:38cette série, au bout de la première saison,
06:39elle aurait dû s'arrêter,
06:40et clairement,
06:41c'était parti pour ça.
06:42Elle aurait dû s'arrêter
06:43vu les chiffres qui n'étaient pas très bons.
06:45Je crois que le jeu faisait
06:46à peu près 12% de part d'audience
06:47et nous, on est arrivé à 7-8.
06:49Donc, les chiffres parlaient pour eux,
06:52malgré nous,
06:53mais des gens y ont cru.
06:54Et le public aussi,
06:55ceux qui avaient vu,
06:56ont dit, nous,
06:57on aimerait bien que ça revienne.
06:58Et l'audace a été de se dire,
06:59cette série,
07:00plutôt que de la mettre à 19h,
07:01on va la mettre en prime time
07:02et ça va marcher.
07:03Et c'est ce qui s'est passé
07:05avec cette série.
07:06Un dernier chiffre,
07:07le 1,
07:08parce que vous avez eu
07:081 César,
07:10une grande récompense
07:11dans votre vie.
07:12Meilleur acteur dans un second rôle
07:13en 2013,
07:14c'était pour votre prestation
07:16dans Le Prénom,
07:18adapté en film
07:19après que vous ayez cartonné
07:20sur scène
07:20pendant plus d'un an
07:21à guichet fermé.
07:22Et je me dis
07:23que cette récompense
07:24a dû vous faire
07:25d'autant plus plaisir
07:26que vous aviez été nommé
07:27pour le même rôle
07:27au Molière
07:28et que vous n'avez pas eu
07:29le Molière.
07:30Non, je n'ai pas eu le Molière.
07:31Je n'ai jamais eu le Molière.
07:32Mais tout le monde pense
07:32que j'en ai déjà plusieurs,
07:33donc le job est fait.
07:35Mais celui-là,
07:36c'est la première fois
07:37que je tournais un rôle
07:38un peu important au cinéma
07:39et tout d'un coup,
07:40je suis nommé
07:41avec Valérie Ben Guigui
07:42que j'embrasse là où elle est.
07:43Pensez à vous faire dépister
07:45ces Octobre Rose
07:46pour les saints.
07:48Et pardon,
07:49ça me trombe un peu.
07:50Et il y a eu un avant-après ?
07:51Oui, clairement,
07:51un avant-après
07:52parce que c'est un cadeau
07:53extraordinaire.
07:54Moi, je viens du théâtre.
07:55Tout d'un coup,
07:56ça devient un film.
07:57On me garde pour le film
07:57parce qu'en général,
07:58on balance toute la distribution
08:00et on la remplace
08:01par part d'autres.
08:02Là, on me garde
08:03et on continue
08:04cette aventure dingue
08:05puisqu'on finit par arriver
08:06au César
08:07alors que c'est une comédie
08:08qui n'est pas forcément
08:08un genre très prisé
08:10des Césars,
08:10en tout cas à l'époque.
08:12Et on repart
08:13chacun avec notre César
08:14et avec Valérie.
08:14Donc, c'est un souvenir.
08:15Il y a un avant-après.
08:16C'est un peu comme
08:16quand on a une étoile au Michelin.
08:18On se rend compte
08:18de la différence derrière.
08:19On vous appelle beaucoup plus.
08:20Oui, bien sûr.
08:21Ça a tout changé.
08:22Ça, il ne fait pas ci,
08:23il ne fait pas ça.
08:24Alors, Guillaume,
08:25votre métier,
08:25c'est de transmettre
08:26les émotions des autres.
08:27La personne qu'on va vous présenter
08:28arrive à dessiner
08:30les émotions,
08:31les visages,
08:32les mimiques
08:32en quelques secondes.
08:34Il le fait dans un endroit
08:35où les caméras
08:35ne peuvent pas entrer.
08:36J'ai dit tout à l'heure
08:37qu'on ne pouvait pas entrer
08:38dans les salles d'audience
08:38si on peut.
08:39En revanche,
08:40les caméras ne nous montrent rien
08:42quand on est chez soi
08:42en accueil.
08:44Valentin Pasquier,
08:45dessinateur judiciaire.
08:48Bonjour Valentin,
08:48installez-vous.
08:49Bienvenue.
08:50Oh, il a son matos.
08:51Il a son matos.
08:53Valentin Pasquier,
08:53je vous présente Guillaume
08:54de Tonquedec.
08:55Ai-je besoin ?
08:56Non, non, non,
08:56je vous connaissais, oui.
08:57Bon, Valentin,
09:01vous sortez à peine
09:02du procès
09:02de Loïc Lepriol.
09:04Loïc Lepriol,
09:05il a été condamné
09:05à 26 ans de prison
09:06pour le meurtre
09:07du rugbyman
09:08Federico Arambourou.
09:09Il a fait appel.
09:11Qu'est-ce que vous savez
09:13des accusés
09:13avant d'assister
09:15à leur procès ?
09:15Est-ce que, par exemple,
09:16sur Loïc Lepriol,
09:18vous aviez
09:18quelques informations ?
09:20Sur le profil,
09:21oui,
09:21parce qu'on en a tous
09:22entendu parler,
09:23chacun en lisant la presse
09:25sur les faits
09:25au moment des faits.
09:26Donc, c'était il y a 4 ans.
09:29Et nous, en fait,
09:30en tant que dessinateurs,
09:31on n'a pas forcément...
09:33J'aime bien débarquer aussi,
09:35débarquer,
09:35c'est le mot,
09:36sur un procès
09:36sans forcément avoir
09:37d'informations,
09:38d'a priori.
09:39Je trouve qu'il y a
09:40quelque chose aussi
09:41de l'ordre de la construction.
09:43On se construit un peu
09:43une image, finalement,
09:44des accusés,
09:45quelque chose qui peut être
09:46éventuellement monstrueux
09:47ou plus ou moins monstrueux
09:48en fonction des faits
09:49qui leur sont reprochés.
09:51Et j'aime bien débarquer
09:53avec une sorte de regard neuf
09:54sur la personne
09:56et essayer d'arriver
09:57à la croquer
09:58avec le moins d'a priori possible.
10:00Alors là,
10:00quand il est arrivé,
10:01par exemple,
10:01vous devez le capter
10:02très très vite,
10:02j'imagine.
10:03Qu'est-ce qui vous a sauté
10:04aux yeux ?
10:05Alors, très très vite,
10:06on peut avoir
10:06quelques heures quand même.
10:08Je dirais,
10:09une ou deux heures,
10:10ça dépend comment
10:10se déroule l'audience.
10:11mais on se focalise
10:15déjà sur l'accusé.
10:16Là, je travaillais
10:17pour le journal de midi,
10:19donc le JT.
10:20Donc, on a quelques heures,
10:21on a jusqu'à 11 heures
10:22à peu près pour le croquer.
10:25Après, tout dépend.
10:25Quand il se présente,
10:26souvent, il se lève,
10:27ça ne peut durer
10:28que quelques secondes.
10:29Donc, on essaie
10:29de rapidement croquer
10:31la chemise
10:32et le visage,
10:33on va dire,
10:34quand il se rassoit,
10:34on peut le croquer
10:37un petit peu après.
10:38Si vous voulez,
10:39le réflexe,
10:40c'est vraiment
10:40de croquer d'abord
10:42ce qui va être
10:42le plus furtif,
10:43le plus éphémère.
10:44Là, on le sent
10:45un petit peu impassible,
10:47ému presque,
10:48parce qu'il a les joues
10:49un peu rouges et tout.
10:50C'était ça
10:50que vous vouliez transmettre,
10:52entre autres ?
10:53Oui, oui.
10:53Il avait vraiment
10:55un regard fixe,
10:56un visage assez fermé.
10:57C'est ce qu'on essaie
10:58de rendre compte aussi
10:59dans nos dessins,
11:00essayer de...
11:02On ressent des choses,
11:02nous, en tant qu'humains,
11:04en tant que dessinateurs,
11:05mais on va essayer
11:07quand même
11:09ce témoignage,
11:10le comportement
11:10que va avoir l'accusé
11:11pendant le témoignage.
11:12C'est notre rôle
11:13d'essayer de ne pas
11:14dénaturer son comportement.
11:16On a tous des façons
11:16très diverses
11:18de s'exprimer en public.
11:19Et donc,
11:20on va essayer
11:20d'être le plus représentatif
11:21de la personne,
11:22comment elle s'exprime,
11:23comment elle agit.
11:25Ça fait huit ans
11:26que vous faites ça,
11:27vous avez illustré
11:27les procès
11:28les plus marquants
11:29de ces dernières années.
11:30Il y a celui
11:30des attentats
11:31du 13 novembre,
11:32il y a celui
11:32de Nordal-Lelandais,
11:34de Samuel Paty,
11:35il y a les viols
11:35de Mazan.
11:36Est-ce qu'il y en a
11:36un qui vous a plus marqué
11:37qu'un autre ?
11:39J'ai envie
11:40de vous répondre
11:42le procès
11:43des attentats
11:44du 13 novembre
11:452015.
11:47Vous étiez
11:47à toutes les audiences ?
11:48Oui,
11:48quasiment toutes,
11:50à de rares exceptions.
11:52Ça a duré dix mois,
11:52c'était quand même
11:53une des audiences
11:54en France
11:54qui a duré
11:55le plus longtemps,
11:56un des plus longs procès.
11:58Et par sa longueur,
12:00par les témoignages
12:01des enquêteurs,
12:04même des enquêteurs
12:05qui étaient assez chevronnés
12:06et qui nous répétaient
12:07qu'ils n'avaient jamais vu ça
12:08de leur vie,
12:09de leur carrière.
12:10Les témoignages
12:11des victimes aussi,
12:12des nombreuses victimes
12:13qui sont venues déposer
12:14pendant cinq semaines,
12:15c'était vraiment
12:16quelque chose
12:16qui m'a beaucoup bouleversé
12:19parce que ce sont des gens
12:20qui, a priori,
12:22se sont trouvés là
12:22au mauvais moment,
12:24au mauvais endroit,
12:25au mauvais moment.
12:26Et on s'identifie aussi
12:28à ces gens-là
12:28qui viennent déposer,
12:30raconter un petit peu
12:30cette soirée funeste
12:31où ils étaient
12:33à une terrasse de café,
12:34à fêter un anniversaire,
12:35par exemple,
12:36et ils ont perdu un ami,
12:37un être cher.
12:38Et ces cinq semaines
12:39comme ça,
12:40oui, c'était très très fort.
12:41Oui, après,
12:42il faut vous remettre
12:43quand même.
12:43Vous avez des outils,
12:46justement,
12:47vous êtes suivi
12:47parce que c'est quand même
12:50extrêmement lourd
12:50d'assister à des procès
12:52comme ça.
12:52Oui, bien sûr.
12:54En tout cas,
12:54il ne faut pas minimiser ça.
12:56On en parle
12:57entre confrères,
12:58avec les autres journalistes
13:00qui sont habitués,
13:01qui sont rodés
13:01à tout ce qui est
13:02police-justice.
13:03on en parle
13:04entre confrères,
13:04ça c'est assez précieux.
13:05Évidemment,
13:06oui,
13:06je vois une psy aussi.
13:09J'ai des proches aussi
13:10avec qui je peux
13:11m'en ouvrir aussi.
13:12Après,
13:12le but,
13:13c'est aussi
13:13de ne pas non plus
13:14en parler trop
13:15en dehors
13:16de la salle d'audience.
13:17Moi,
13:17mes dessins,
13:18je les fais vraiment
13:19dans la salle d'audience
13:19et quand je reviens
13:20chez moi,
13:21je ne ramène jamais
13:22de devoirs à la maison.
13:24Tout est terminé,
13:25c'est scanné,
13:25c'est envoyé à la rédaction
13:26et ça me permet
13:28d'être tranquille après.
13:29Oui,
13:29c'est ça,
13:30il faut se débarrasser
13:30un petit peu symboliquement
13:32de tout ça.
13:32Pour moi,
13:33c'est un réflexe assez sain.
13:34Je sais,
13:34par exemple,
13:34vous racontez
13:35que pendant le procès
13:36du meurtre
13:37de la petite Lola,
13:38vous avez plusieurs fois
13:39vraiment été
13:40au bord des larmes.
13:42Là,
13:43comment est-ce que
13:43vous avez géré,
13:44justement ?
13:45Justement,
13:45c'est des petites esquisses
13:47que j'ai pu
13:49vous transmettre.
13:50C'est en fait
13:51la famille de Lola,
13:55la maman qui est venue
13:56déposer à la barre,
13:56ses cousins
13:58que j'ai essayé
13:58de dessiner
13:59le plus rapidement possible.
14:02C'est vraiment
14:02l'émotion
14:04qu'ils ont fait,
14:06qu'ils nous ont partagé
14:07à la barre
14:07et puis,
14:09il y a eu cet accusé
14:10aussi
14:10qui montrait
14:12très peu d'émotion,
14:15qui n'a pas vraiment,
14:16moi,
14:17qui m'a un peu laissé
14:18donner l'impression
14:18que c'était un acte
14:20sans grande justification.
14:22C'est une énorme froideur.
14:23Voilà, c'est ça.
14:23Alors,
14:24comment est-ce que vous avez...
14:24Voilà, alors là,
14:25on voit justement l'accusé
14:26et c'est ça
14:27que vous avez voulu transmettre,
14:28c'est justement
14:29cette froideur.
14:30Oui, c'est ça.
14:30Quelqu'un de vraiment
14:31assez monolithique
14:33qui ne laissait vraiment pas...
14:35Alors,
14:36on ne sait jamais,
14:38comment dire,
14:40les calmants
14:40qui peuvent prendre
14:41les gens qui sont détenus.
14:42Il y a sans doute
14:43un comportement
14:44qui peut être très passif
14:45aussi
14:47à cause des traitements
14:48médicamenteux
14:49qu'ils peuvent recevoir.
14:50Mais oui,
14:50c'est quelqu'un
14:51qui laissait très peu...
14:54Est-ce que c'est plus difficile
14:54du coup de la croquer ?
14:57Non, ça va dans le sens
14:58où elle ne bougeait pas trop.
14:59Ce n'était pas quelqu'un
15:00qui bougeait énormément.
15:02Contrairement à des avocats
15:03qui peuvent être très...
15:04qui peuvent être beaucoup gesticulés
15:05où c'est difficile
15:06de les photographier,
15:07de les figer,
15:09on va dire.
15:10Là, oui,
15:11non, en l'occurrence,
15:11c'était quelqu'un qui...
15:12expliquez votre rôle
15:12parce qu'il ne faut pas
15:13trop en rajouter non plus.
15:14Vous pouvez être tenté
15:15parce que vous vous dites
15:16« Ah oui, forcément,
15:17elle a l'air d'être coupable,
15:19vous pouvez tenter
15:19d'en rajouter dans votre dessin. »
15:21Oui, il y a une subjectivité,
15:23forcément.
15:24C'est ça.
15:24Il y a Abiyah Benkirède,
15:26du coup, cette personne.
15:26Il y a eu Salah Abdeslam
15:27aussi lors de l'attentat,
15:30le procès des attentats
15:31où c'est des gens,
15:33tous les Français,
15:34quasiment tous les Français
15:35ont entendu parler
15:35de ces faits-là,
15:38ont une idée,
15:39se font une idée
15:40de ces gens-là
15:41et c'est vrai que
15:42quand on arrive
15:43le premier matin
15:44d'un procès,
15:44à l'ouverture d'un procès
15:45et qu'on voit ces gens
15:46débarquer dans le prétoire,
15:47c'est sûr qu'humainement,
15:48ça fait bizarre.
15:50Il y a une construction médiatique,
15:51il y a quelque chose
15:51qui s'est...
15:54On craint un petit peu
15:55ces gens-là.
15:56Ce n'est pas anodin quand même.
15:57Non, non, du tout.
15:58Émotionnellement,
15:58c'est loin d'être anodin.
15:59Il faut essayer de s'en démarquer.
16:00Pour essayer de faire
16:01les meilleurs dessins,
16:01en tout cas les choses
16:02les plus neutres,
16:03il faut essayer de se démarquer.
16:04Il vous arrive de faire
16:10Oui, c'est vrai.
16:10J'ai en fait sorti
16:11des prétoires,
16:13des pêlées de justice.
16:14Moi, j'aime bien dessiner
16:15dans le train,
16:15dans les salles d'attente.
16:17Là, je n'ai pas trop eu le temps
16:18avant de rentrer en plateau
16:19mais j'aime bien avoir
16:20un carnet tout le temps sur moi
16:21et les potes en vacances,
16:24la vie en général.
16:26Ça contrebalance bien,
16:27ça nettoie, comme vous dites.
16:28Il n'y a pas que
16:28les salles d'audience.
16:30Guillaume de Tonquédac,
16:30vous avez interprété
16:32le gendarme Sesmat
16:33dans l'affaire du petit Grégory.
16:34C'était dans
16:35Une affaire française.
16:36Est-ce que vous êtes plongé
16:37dans l'affaire Grégory
16:38pour préparer ce film ?
16:39Oui, j'ai vu notamment
16:40le documentaire
16:41qui s'appelle Grégory
16:42qui était bouleversant
16:44parce qu'ils ont
16:45des images d'archives
16:46et les gens aujourd'hui
16:47et il se trouve
16:48que les hasards de la vie
16:49ont fait que j'ai rencontré
16:50Étienne Sesmat
16:51qui depuis,
16:52on a noué
16:53une relation amicale
16:54après le tournage
16:56et il me bouleverse
16:58en fait,
16:59Étienne Sesmat
17:00parce que c'est quelqu'un
17:00qui a cherché la vérité
17:02et qui continue encore
17:03aujourd'hui
17:03à chercher la vérité
17:04pour savoir
17:05qui est assassiné
17:08Grégory
17:08et je me souviens
17:09d'images d'archives
17:10notamment une
17:11qui m'a beaucoup servi
17:13où simplement
17:14avant d'entrer
17:15chez les parents
17:15puisqu'il les a vus
17:16plusieurs fois
17:18il s'essuie les pieds
17:19sur le paillasson
17:21mais il commence
17:22il est dans une situation
17:24bouleversante
17:24et il prend le temps
17:25juste de s'essuyer les pieds
17:26ça raconte tout
17:27du personnage
17:28qui est Étienne Sesmat
17:30et c'est cette délicatesse
17:31et puis aussi
17:32il m'avait dit
17:34quand il apprend
17:35aux parents
17:36la mort de Grégory
17:37ce qui m'a sauvé
17:38parce que lui-même
17:39avait fêté l'anniversaire
17:40de son propre fils
17:41la veille
17:41du meurtre
17:42ce qui m'a sauvé
17:43c'était d'avoir l'uniforme
17:44et sans le vouloir
17:46il m'a donné une indication
17:47une direction d'acteur
17:48extraordinaire
17:48comment moi
17:49je pourrais interpréter ça
17:50ce que vous dites très bien
17:52l'émotion
17:52quand on est humain
17:53ce que vous dites
17:54donc comment on va pouvoir
17:55jouer ça
17:55et ce type qui vient
17:56annoncer
17:57confirmer que l'enfant est mort
17:58à ses parents
17:59comment il fait
17:59il a dit
18:00ce qui m'a sauvé
18:00c'est l'uniforme
18:01et ça m'a donné une indication
18:02de jeu extraordinaire
18:03mais cet homme
18:04me bouleverse
18:06il continue à chercher
18:07encore aujourd'hui
18:07on sent que ce sont des rôles
18:09qui habitent longtemps
18:09et j'imagine que les procès
18:11vous habitent longtemps
18:12pour que les procès
18:12sont des rôles
18:12qui habitent longtemps
18:12et qui habitent longtemps