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  • il y a 5 jours
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Télématin reçoit Guillaume Dietsch, agrégé d'EPS et enseignant en STAPS.

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Transcription
00:00Est-ce que vous aimez courir, les filles ?
00:03Petit footing et tout ça ?
00:05Dans un moment idéal, oui.
00:06Ouais, un peu.
00:08Un peu de sport, ouais.
00:08Combien de temps ?
00:1030 minutes quand même.
00:12C'est toujours mieux que les élèves de 6e qui, eux, n'arrivent pas à courir plus de 5 minutes.
00:16En tout cas, pour la moitié d'entre eux, c'est ce qui ressort des tests d'aptitude réalisés dans les collèges en septembre dernier.
00:21Bonjour Guillaume Ditch.
00:22Bonjour.
00:22Merci d'être avec nous.
00:23Vous êtes enseignant en STAPS, agrégé d'EPS, conférencier, co-auteur de ce livre.
00:28La France n'est pas un pays de sport, point d'interrogation, aux éditions d'EPS.
00:34À 11 ans, 12 ans, ne pas courir plus de 5 minutes, est-ce que c'est inquiétant ?
00:40Oui, les chiffres sont alarmants, ça c'est clair.
00:43Je pense qu'il y a des vraies conséquences pour la santé avec une baisse des capacités cardiovasculaires.
00:49Mais plus largement, ces chiffres, là où ils sont encore plus inquiétants, c'est qu'ils révèlent des inégalités de trois ordres,
00:54en fonction d'un milieu social, en fonction du genre ou en fonction des établissements scolaires.
00:58Donc, en fonction des territoires.
01:00Alors, on va y revenir, mais c'est la première fois qu'une étude de cette ampleur est organisée.
01:03Donc, on n'avait pas vraiment de point de comparaison.
01:05Comment on peut dire que les gamins d'aujourd'hui sont moins en forme, moins sportifs que ceux d'il y a 10-15 ans ?
01:10Oui, finalement, c'était plus empirique.
01:12Les enseignants de paix sur le terrain, finalement, le ressentaient.
01:16Et là, c'est intéressant, effectivement, d'avoir ces données de grande ampleur.
01:19On a des données, quand même, au niveau international, qui révèlent ces problématiques.
01:22Alors, finalement, tout ce qui pose à côté la question de l'obésité, du surpoids,
01:26et peut-être plus largement aussi la sédentarité dans nos sociétés.
01:29Il y a d'autres critères qui ont été testés.
01:32La vitesse et la force, donc sur le saut en longueur, et la vitesse, c'est-à-dire sprint de 30 mètres.
01:38Les résultats sont un peu meilleurs, mais restent préoccupants.
01:40Donc, c'est surtout sur l'endurance.
01:42Il y a un problème, ça révèle quoi ?
01:44Ça veut dire quoi, si c'est juste un problème d'endurance ?
01:47Oui, alors, en fait, je pense qu'il y a plusieurs heures, déjà, sur les inégalités dont on parlait.
01:51Ça pose la question de l'accès aux pratiques physiques et sportives,
01:54parce qu'un enfant de 6e, il a 11 ans, donc il entre au collège.
01:57Et finalement, en France, c'est très marqué, ces inégalités, en fonction d'un milieu social et du genre.
02:01Alors, le genre, pardon, mais on va donner les chiffres.
02:0346% des garçons maîtrisent l'endurance, contre 21% des filles seulement.
02:07C'est énorme, cet écart.
02:09Oui, c'est là où c'est inquiétant.
02:10L'écart, il est encore plus inquiétant.
02:11Et en fait, ça a dit deux choses, déjà, à l'échelle de notre société.
02:15On parle beaucoup de la sédentarité.
02:17Il y a d'autres problématiques pour les parents auprès de leurs enfants.
02:20C'est l'autonomie qu'on va laisser à ces enfants.
02:22C'est les loisirs qui sont davantage à l'intérieur pour les adolescents.
02:26Pour les filles aussi, il y a un sentiment d'insécurité au niveau des espaces sportifs,
02:29qui est encore en France occupé très largement par les garçons.
02:34Donc, mis bout à bout, finalement, toutes ces problématiques,
02:36on a finalement des filles, des jeunes filles adolescentes à l'entrée au collège,
02:41qui, finalement, ont plus de difficultés au niveau physique.
02:44C'est-à-dire que de la cour d'école à l'entrée en club,
02:47l'espace aujourd'hui scolaire est quand même en majorité occupé par les garçons.
02:52Complètement.
02:53Alors, il y a des enquêtes aussi très récentes qui ont bien montré
02:55qu'au-delà de ce sentiment d'insécurité, des stéréotypes aussi autour du sport des filles et des garçons,
03:00on a un modèle sportif en France, principalement encore autour de la compétition.
03:05Et ça, ça participe au décrochage des filles, alors tous les garçons et les filles,
03:09mais principalement les filles, autour de 11-12 ans.
03:11Donc, derrière, il y a une question de société, évidemment, peut-être sur la sédentarité
03:15ou encore le temps d'écran, mais aussi, je dirais, à l'échelle du modèle sportif
03:20qui peut être repensé aujourd'hui, quand même, à l'aube du défi ou des défis du XXIe siècle.
03:25Parlons des inégalités sociales.
03:27Donc, les enfants issus d'établissements de réseaux d'éducation prioritaire
03:31ont 25% des réussites contre 43% pour ceux issus d'établissements plus favorisés.
03:37Comment on l'explique ? C'est-à-dire que pour avoir accès au sport,
03:39il faut plus d'argent, il faut s'abonner, il faut avoir des activités payantes ?
03:43Alors, il y a deux éléments.
03:44À l'école, déjà, l'EPS, c'est la discipline scolaire obligatoire,
03:48elle est dépendante des installations sportives.
03:50Donc, à partir du moment où l'établissement scolaire n'a pas accès aux mêmes installations sportives
03:54et peut proposer la même offre avec de l'escalade, du cirque, de la musculation ou de l'athlétisme,
04:00nécessairement, ça rejaillit finalement à l'école.
04:02Il y a un deuxième élément, comme vous disiez, il y a le coût, c'est clair.
04:05Il y a un coût économique et c'est le premier frein, effectivement, à l'accès au sport.
04:10Mais je vous disais aussi, sur la question du modèle, il y a une inadéquation de l'offre.
04:13C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les jeunes, ce qu'on appelle la génération Z,
04:17donc naît fin des années 90, ils n'aspirent plus à la compétition, à la performance.
04:22Ils aspirent aujourd'hui, ils sont motivés par la santé au sens large,
04:25on a parlé beaucoup de santé mentale, ou encore de plaisir,
04:28ou encore la dimension un peu esthétique.
04:29Mais là, c'est plutôt les ados au lycée, avec notamment la musculation.
04:32Donc, il y a un décalage, finalement, entre ce qu'on leur propose et leur motivation.
04:37Julien, vous êtes prof d'EPS, on parle beaucoup de la réforme des rythmes scolaires,
04:41avec cette possibilité d'ouvrir les après-midi, soit aux arts, soit au sport,
04:44sur un modèle aussi européen, je pense à l'Allemagne.
04:46Est-ce que, selon vous, ce serait une bonne solution, justement,
04:49pour ramener ce sport santé auprès de ce public ?
04:52Oui, alors, il y a deux choses.
04:54Effectivement, la question du temps, dans une journée à rallonge,
04:58avec des enfants, finalement, qui vont pratiquer un sport en fin de journée,
05:01ça, nécessairement, ça se pose au niveau biologique.
05:04Mais l'exemplement, en fait, alors, il est un peu différent,
05:07parce que ça fonctionne par l'ender, ils sont revenus aussi un peu en arrière,
05:09parce que, justement, ça a révélé des inégalités.
05:13Parce qu'à partir du moment où vous laissez la possibilité aux collectivités,
05:16qui sont les premiers financeurs en France du sport,
05:19de proposer, effectivement, de l'art, du sport, de la culture,
05:22il faut aussi avoir, derrière des éducateurs,
05:24des moyens assez conséquents en termes de politique publique.
05:26Donc, je viens de dire que, oui, dans l'idée, c'est intéressant,
05:29mais dans les faits, ça révèle surtout après des inégalités.
05:32Et je crains, à l'image de votre question, finalement,
05:34qu'entre réétablissement favorisé et plus défavorisé,
05:37finalement, ça s'accentue pour les parents qui ont la possibilité
05:40d'inscrire leur enfant à un sport, à l'éducation musicale ou encore à l'art.
05:45Si on tire un peu le fil, des enfants qui prennent du retard
05:48ou qui ne sont pas performants à l'école,
05:52ça donne des adultes en moins bonne santé.
05:54Sur la détection et les talents, on est en plein Jeux olympiques,
05:56ça veut dire aussi des athlètes de haut niveau en moins,
05:59si, encore une fois, on déroule le fil.
06:00C'est pour ça que, dans notre livre, on prend l'exemple,
06:03puisqu'on est dans les Jeux d'hiver, on prend l'exemple du modèle norvégien,
06:06qui est assez aussi intéressant, parce que le modèle norvégien
06:08assume vraiment, par le sport, un projet de société.
06:11Concrètement, jusqu'à 13 ans, en fait, il n'y a pas de compétition.
06:14Il y a une pratique en mixité, on ne les sépare pas, les filles et les garçons.
06:17Et surtout, par rapport, effectivement, éventuellement à le haut niveau plus tard,
06:21ils privilégient la multipratique.
06:22Donc, ils incitent leurs enfants et jeunes adolescents
06:25à faire plusieurs disciplines sportives,
06:27sans spécialisation précoce,
06:29pour éventuellement, plus tard, justement,
06:31éviter le décrochage et surtout,
06:32choisir une discipline sportive.
06:34Et ce qui est intéressant en Norvège,
06:36autant pour les Jeux d'hiver, mais aussi les Jeux d'été,
06:38c'est que, rapporté au nombre d'habitants, à la population,
06:41finalement, ils font partie des grandes nations sportives,
06:43la Norvège.
06:44Et donc, c'est peut-être un modèle qui pourrait inspirer aussi la France.
06:47Merci beaucoup, Guillaume Ditch.
06:48On se rend compte que, juste le sport à l'école
06:50et faire un footing de plus de 5 minutes,
06:51c'est un enjeu de santé publique,
06:53un enjeu d'avenir bien plus restreint dans le cadre scolaire.
06:58Merci.
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