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  • il y a 24 minutes
L'acteur Guillaume de Tonquédec publie « Ta mère et moi » (Stock, 10 septembre), livre intime sur la sclérose en plaques de sa mère et le quotidien de ses parents aidants. Ici, il évoque son nouvel ouvrage et son parcours de comédien, entre théâtre et souvenirs familiaux.

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Transcription
00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:07Sonia de Villers
00:08On ne peut pas réduire Guillaume de Tonquedec à son rôle de papa bourgeois dans Fais pas ci, fais pas
00:13ça,
00:13ni à son morceau de bravoure dans Le Prénom.
00:15Parce que, c'est impressionnant, il a tourné dans 40 films, 41 téléfilms et séries,
00:23et joué dans 32 pièces de théâtre.
00:25Pourtant, il n'est qu'un sur 10 millions.
00:28Un Français parmi 10 millions d'aidants.
00:31Ces femmes et ces hommes qui ont la charge de l'autre, handicapés ou malades.
00:35Et il le raconte, la sclérose en plaques de sa mère, l'Alzheimer de son père.
00:41Elle a perdu les gestes, il a perdu les mots.
00:45Tonquedec se met à nu pour dire l'amour qu'ils ont toujours eu l'un pour l'autre,
00:49et celui aussi que leur fils n'a pas toujours su leur dire, ni leur donner.
00:55Portrait numéro 179.
00:58Bonjour Guillaume de Tonquedec.
01:00Bonjour Sonia.
01:01Soyez le bienvenu sur France Inter.
01:03Ta mère et moi paraît aux éditions Stock, avec une photo de leur mariage,
01:08et je dirais que vous lui ressemblez beaucoup à lui.
01:11Oui, il ne peut pas me renier, il ne le cherche pas et moi non plus.
01:13C'est ça, parce que vraiment vous êtes son portrait craché.
01:16Alors vous allez en faire un seul en scène, à partir du 26 octobre au Théâtre de Paris,
01:22mais d'abord, c'est un livre.
01:25C'est un livre, c'est un livre, vous entendez les pages, c'est un livre.
01:28C'est-à-dire que c'est un texte qui a été écrit pour être lu, vous l'enfant,
01:32qui a eu tant de peine à lire et à apprendre à lire.
01:36Ça, ça m'émeut beaucoup.
01:39Oui, c'est vrai que je reviens de loin.
01:42J'ai raconté ça dans un autre livre, d'ailleurs, une galère noire,
01:44avec l'enseignement, les mots, une grande fâcherie avec les mots.
01:48J'étais très timide, donc au fond de la classe,
01:50on s'est aperçu très tardivement que je voyais mal, que j'étais astigmate.
01:53Moi, je pensais voir le monde normalement, puisque je n'avais que cette façon de le voir.
01:57Et puis, certainement une dyslexie,
02:00je ne sais pas exactement le mot qu'on aurait donné aujourd'hui à ce dérèglement interne.
02:06Et donc, j'ai eu beaucoup de mal avec les mots.
02:07Et j'ai tout réappris quand j'ai décidé de faire du théâtre.
02:09C'est ça, c'est ça.
02:11Et aujourd'hui, vous écrivez des livres.
02:12C'est-à-dire que vous choisissez d'abord le texte pour raconter cette histoire.
02:17Les mots et le texte, l'écrit.
02:19Oui, parce que les mots, ça donne accès à l'imaginaire, en fait.
02:23Les choses qu'on a en nous, la précision des mots
02:26et la chance qu'on a d'être français.
02:29C'est la langue des diplomates, la langue française.
02:31Elle est d'une précision, d'une richesse infinie.
02:33« Ne l'oublions pas, ne laissons pas trop les réseaux sociaux nous envahir et nous écraser
02:36et nous rendre stupides. »
02:38« Utilisons les mots de la langue française, c'est merveilleux. »
02:40Donc, pour la précision des sentiments, je trouve que les mots français sont merveilleux.
02:44Alors, sclérose en plaque, voilà, comment dire,
02:47un mot qui fait mal rien qu'à l'entendre.
02:49Il est moche.
02:50Oui, il est très moche, ce mot.
02:51Et ma maman a été diagnostiquée plutôt tardivement.
02:55Il faut savoir que c'est une maladie assez terrible
02:57qui touche deux tiers de femmes pour un tiers d'hommes.
02:59Et souvent, les femmes, au moment où elles veulent avoir des enfants,
03:02c'est-à-dire entre 25 et 35,
03:04maman, si j'ose dire, a eu de la chance dans son malheur.
03:06Elle a été diagnostiquée qu'à 40 ans.
03:07Elle avait déjà ses quatre enfants.
03:08Elle avait déjà ses quatre enfants.
03:10Vous, à ce moment-là, vous avez quel âge et vous êtes où quand vous la prenez ?
03:1422 ans.
03:15Et je viens de sortir du conservatoire de Paris.
03:17et je répète ma première pièce à Montpellier.
03:20J'appelle mes parents comme souvent pour prendre des nouvelles.
03:22Et mon père me dit, ta mère va mieux.
03:25Et je lui dis, comment ça va mieux ?
03:26Et il m'apprend qu'elle a eu et qu'elle a perdu la vue
03:29pendant quelques minutes, sans qu'on sache pourquoi.
03:32Ils ont filé à l'hôpital, c'est pas un AVC.
03:34On doit faire des examens complémentaires à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière
03:36avec un neurologue pour comprendre d'où ça vient.
03:38Et on va comprendre que c'est la sclérose en plaques
03:40quelques jours, quelques semaines plus tard.
03:42Au début, ça ne l'affole pas.
03:45C'est-à-dire que ma maman a une réaction très contradictoire qu'elle raconte.
03:49Elle dit que quand le professeur Lyon-Camp à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière
03:52lui a donné le diagnostic, elle s'est levée pour l'embrasser.
03:55Donc lui, il a été très surpris, évidemment.
03:57Elle a dit, vous comprenez, je souffre, je n'arrive pas à marcher.
04:01Personne ne me croit.
04:02On croit que je fais du chichi,
04:04que je n'ai pas envie d'aller me faire cette promenade en forêt.
04:07Alors que non, il y a vraiment quelque chose de grave qui m'arrive.
04:11Les tons quédèques, c'est la Bretagne.
04:19Mais ça, c'est le son du mariage traditionnel.
04:22Parce que vous racontez quelque chose de très joli.
04:25Elle vous a amené jusqu'à l'hôtel.
04:27Oui, elle m'a amené jusqu'à l'hôtel depuis la maison de ma future épouse jusqu'à l'église.
04:35Donc il y avait à peu près 700 mètres à faire.
04:37Et elle avait fait des crises auparavant
04:39qui l'immobilisaient de façon imprévisible et immédiate.
04:44Donc c'était un vrai pari que de faire cette marche.
04:46Et je dois dire que c'était Yves Zébault, c'était une très très belle matinée.
04:50Mais j'avais qu'une angoisse, c'est qu'une crise se produise, et elle aussi.
04:54Et elle a quand même réussi à faire cette marche jusqu'à l'église.
04:57Et ça a été sa dernière grande marche.
05:00Et si on parle de grande marche, 700 mètres, ça ne paraît pas beaucoup.
05:03Mais c'est à votre bras.
05:04C'est à mon bras.
05:06Le jour de votre mariage.
05:06Donc l'émotion était double.
05:08C'est ça.
05:09Est-ce que pour votre père, le diagnostic, la sclérose en plaques,
05:15et ce qui va s'en suivre, signifie le renoncement, signifie le sacrifice ?
05:21C'est ce que j'ai cru longtemps.
05:22J'ai cru longtemps que mon père sacrifiait sa vie,
05:24qu'il passait à côté de la sienne.
05:26C'est ce que j'ai fouillé dans ce livre.
05:29J'ai fouillé avec lui parce qu'ils m'ont donné le raccord
05:32pour que j'écrive leur histoire.
05:34Et je me suis interrogé, moi, le fils.
05:36Je me suis dit, mais pourquoi ?
05:37Est-ce que tu ne passes pas à côté de ta vie ?
05:39Et en fait, non.
05:40Je me suis rendu compte que c'était la plus grande preuve d'amour.
05:44Mais il n'a même pas réfléchi.
05:45Il n'y a même pas de réflexion.
05:47Il faut que je le fasse, c'est ma femme.
05:49C'était immédiat pour lui.
05:51Et ça l'est toujours.
05:52Je n'ai jamais vu mon père craquer.
05:54Et je dois dire que c'est un couple.
05:55En fait, c'est ce que je raconte aussi dans ce livre.
05:57Une fois que j'ai fini de l'écrire et que je l'ai relu,
05:59je raconte une histoire d'amour.
06:00La plus grande histoire d'amour qui m'a été donnée de voir,
06:02c'est celle de mes parents.
06:03Oui.
06:03Et Mathieu Lindon avait publié un livre il y a quelques années.
06:08Et ce livre portait un titre magnifique.
06:11Ce qu'aimer veut dire.
06:12Et réellement, ce que Patrick de Tonquédec fait pour Marie-Christine,
06:19la manière dont il l'accompagne naturellement
06:22et dont il reste profondément tendre, bienveillant et soudé,
06:25c'est ça.
06:26C'est ce qu'aimer veut dire.
06:27Oui.
06:27Oui, c'est un couple qui m'émerveille.
06:33Et moi, c'est un fils aussi qui voit ses parents diminuer,
06:38qui est paniqué par ça et qui se dit l'un des seuls intérêts,
06:43ou peut-être le seul de la maladie,
06:44j'ai dit à ma mère, c'est de pouvoir te dire je t'aime
06:46parce qu'on sait que la mort va arriver.
06:49On le sait pour nous tous.
06:50Mais là, on a peut-être le temps de dire ces mots-là.
06:53Et puis, c'est de se rendre compte que la maladie m'a piqué mes parents.
06:57En fait, elle m'a volé mes parents.
06:58Elle m'a volé une partie de notre vie.
06:59Ce n'est pas le projet.
07:00Quand mes parents se sont dit oui l'un à l'autre pour la vie,
07:03ce n'est pas le projet que la maladie s'envite dedans.
07:05Ils étaient fous amoureux.
07:06Ils étaient fous amoureux.
07:06Et ce qui est extraordinaire, c'est qu'ils le sont toujours.
07:08Et que mon père m'a dit,
07:09j'aime plus ta mère qu'au jour de notre mariage.
07:12Et Dieu sait s'il l'aimait déjà.
07:13Donc, cette épreuve les a grandi, a grandi leur amour.
07:16Votre mère en fauteuil roulant,
07:19pourtant, Guillaume de Tonquedec,
07:20ça a été au départ insupportable.
07:22Et vous l'écrivez avec beaucoup d'honnêteté
07:24et beaucoup de franchise.
07:25Tout simplement, vous ne supportez pas les handicapés.
07:28Ils vous font honte.
07:30Il y a ce mot de honte
07:32qui surgit sous votre plume au départ.
07:34Oui, je dis j'ai honte de voir ma mère en fauteuil roulant.
07:36Et j'ajoute, j'ai honte d'être vue
07:38à côté d'elle dans la rue.
07:40Parce que c'est la vérité.
07:43Je me suis dit,
07:45si je veux parler de ça,
07:46il faut que je sois honnête,
07:47que j'agisse comme un honnête homme,
07:49que j'essaye de dire vraiment ce que ça me fait.
07:50Qu'on puisse, que d'autres aidants
07:52ou d'autres gens qui traversent les mêmes situations
07:55puissent se reconnaître.
07:56Parce que plus j'irai à l'intime,
07:57plus je vais toucher l'universel.
07:59Quelle que soit la maladie ou l'angoisse qu'on a,
08:01ça peut être aussi un enfant qui est malade.
08:03Et que le parent devienne l'aidant de son propre enfant.
08:06Quelle que soit la situation,
08:07il faut que les gens puissent se reconnaître.
08:08Il faut que je sois honnête.
08:09Parce que dire la maladie, c'est moche.
08:10Voir quelqu'un qu'on aime souffrir, c'est difficile.
08:13Tout le monde le sait.
08:14Mais de raconter de l'intérieur ce que ça fait,
08:15avec tous les sentiments contradictoires,
08:17dont la colère,
08:18dont le déni, dont la honte,
08:20dont l'envie de fuir de temps en temps.
08:23De fuir, de fuir.
08:25Quand un acteur enchaîne les pièces de théâtre
08:27et les tournages de cinéma,
08:29que faut-il en conclure, Guillaume de Tonquedec ?
08:31C'est qu'il est mieux sur scène que chez lui ?
08:34Oui, alors c'est très contradictoire.
08:36Parce que mes parents m'ont toujours encouragé
08:37dans cette vocation.
08:39Mais ça m'a bien arrangé
08:41tout au moment, au début de la maladie
08:43et de l'annonce du diagnostic,
08:45de ne pas aller trop voir ma mère diminuer.
08:47Mais ça m'arrangeait bien de dire
08:48« Mais là, je t'appelle, je suis sur un tournage,
08:50je ne sais pas où.
08:51Là, non, je ne pourrais pas venir à ton anniversaire
08:53parce que je suis en pleine répétition. »
08:54« Va voir ta mère, elle n'attend que ça.
08:56Assume, prends ta part, connard. »
08:58Oui, c'est ce que j'ai écrit.
09:00Parce que c'est vrai.
09:01Moi, j'ai mis beaucoup de temps,
09:02je voulais raconter ça aussi,
09:03beaucoup de temps à essayer de comprendre.
09:04Mais mon frère et mes sœurs
09:06ont pris plus vite leur part.
09:08Et bravo et merci à eux.
09:10Moi, il m'a fallu du temps.
09:11Et je dis, je me suis pensé aux aidants,
09:14je me suis dit
09:14« Soyez un peu sympa avec vous-même.
09:17Ce n'est pas un rôle auquel on s'attend.
09:19Et soyez un peu indulgent avec vous-même
09:21et protégez-vous, faites-vous du bien aussi
09:23pour d'autant mieux accompagner la personne en difficulté. »
09:26Ça, c'est vous sur scène.
09:27Le soir, vous recevez ce fameux César
09:31pour votre rôle dans le prénom.
09:32On m'a dit surtout
09:33« Ne remercie pas ta famille, tes amis et tout.
09:36Tout le monde s'en fout et c'est super ringard. »
09:39Donc, permettez-moi d'assumer ma ringardise ce soir.
09:42Je salue ma famille et j'embrasse mes amis.
09:44Je les serre contre mon cœur.
09:45Je décerne ce César.
09:47Je le dédie à ma femme et à nos trois enfants.
09:50Enfin, je finirai en citant Louis Jouvet.
09:53« Il ne faut jamais ignorer la loi essentielle de la chance
09:57qui veut qu'on lui fasse confiance,
09:59qu'on lui sourit et qu'on l'espère. »
10:02Ce César, c'est vraiment la cerise sur le gâteau de la prune.
10:05Merci.
10:07Parce que c'est un César
10:08et en plus, c'est un gigantesque succès en salle.
10:11Le prénom, oui.
10:12Le prénom, évidemment.
10:14C'est aussi l'occasion pour vous, Guillaume de Tonquedec,
10:17puisque c'est un exercice de sincérité,
10:19de se demander pourquoi vous êtes allé chercher
10:22de l'amour à tout prix sous les projecteurs,
10:24sous les vivas du public,
10:26sur les tapis rouges,
10:28auprès des journalistes et des critiques.
10:31Oui, c'est vrai.
10:32Moi, je suis un ancien timide.
10:34Je disais, le timide, il n'a qu'une envie.
10:37C'est très contradictoire.
10:38Il n'a qu'une envie, c'est qu'on le regarde.
10:39Il a envie de pouvoir émouvoir,
10:41faire rire comme n'importe qui, en fait.
10:44Et ça commence par ses copains.
10:45Et surtout, moi, je me suis aperçu
10:47que c'était mes parents, mon premier public.
10:49En regardant la télévision, je les voyais émus,
10:52rire face à cette petite boîte.
10:53Je me suis dit, mais si je pouvais être dedans ?
10:54C'est l'enfant qui s'est raconté ça.
10:55Si je pouvais être dans cette boîte
10:59et procurer ça à mes parents, ce serait génial.
11:01Mais c'est quand même un supplément d'amour
11:02qui vient combler quelque chose.
11:04Oui, il y a clairement une recherche,
11:07un besoin d'amour.
11:08Je le dis dans le bouquin.
11:08J'aimerais que mon père me dise,
11:09papa, je lui ai demandé,
11:10est-ce que tu peux me dire je t'aime ?
11:12Et lui, avec toute sa pudeur,
11:14sa retenue magnifique,
11:15m'a dit, mais ça se ressent,
11:17ça ne se dit pas.
11:18J'ai appris depuis que la seule personne
11:19à qui il le dit, c'est ma maman.
11:21Mais je lui ai dit, mais dis-le-moi.
11:22Et il a refusé.
11:23Je lui ai dit, mais ta pudeur me détruit.
11:25J'ai écrit dans le livre.
11:26Et puis j'ai fini par comprendre
11:27qu'en fait, je sais que j'ai été aimé
11:30par mes parents.
11:31Il faut en effet le ressentir.
11:33Et je dis à la fin du livre,
11:35ta pudeur me suffit.
11:36C'est-à-dire que c'est tellement rayonnant.
11:39Il rayonne tellement d'amour.
11:40Mais c'est le besoin viscéral
11:41d'entendre mon père me dire je t'aime.
11:43Voilà, avant qu'il ne disparaisse.
11:44Et pourtant, ce père n'est pas
11:46un père écrasant.
11:48Pas du tout.
11:49Ce n'est pas quelqu'un
11:49qui vous remplit de complexe.
11:51Ce n'est pas quelqu'un
11:52qui a réussi au point de vous étouffer.
11:55Ce n'est pas quelqu'un
11:56à qui vous avez besoin de prouver.
11:57C'est plutôt l'inverse.
11:58Et ce qui est une figure de père
12:00assez rare en littérature,
12:01Guillaume de Tonquedec,
12:02c'est un homme assez modeste,
12:05assez humble,
12:06et qui ne parle pas de lui
12:08comme un homme qui a réussi.
12:10Et vous, vous dites
12:11que vous avez été pétri d'entrave,
12:13de peur de l'écraser,
12:14de peur de le dépasser.
12:16Oui, c'est vrai.
12:17Mon père a toujours...
12:19Il ne s'est jamais glorifié professionnellement.
12:21Il a créé plusieurs boîtes.
12:22Ça n'a pas toujours été des succès.
12:24La dernière boîte,
12:26il y a eu des trahisons en interne.
12:27Ça a été difficile.
12:28Des procès, des choses comme ça.
12:29Il n'a pas...
12:30Bon, ça n'a pas été facile.
12:32Il me disait,
12:33un peu avant que je me mette
12:34à écrire ce livre,
12:35la seule chose que j'ai réussie,
12:36c'est mon mariage et mes enfants.
12:37Je lui ai dit,
12:38écoute, c'est déjà pas mal.
12:39Et d'autant que je suis un de ces enfants-là,
12:41donc je te remercie.
12:42Mais j'ai toujours eu peur, moi,
12:44d'oser réussir mieux que mon père
12:46dans ma partie.
12:47C'est très bizarre.
12:47Donc, ça veut dire
12:47que vous vous êtes un peu sabordé ?
12:49Oui, au début.
12:50Que vous vous êtes empêché ?
12:51Je me suis sabordé au début,
12:52très très clairement, oui.
12:53Il y avait une envie folle
12:56de réussir,
12:56d'avoir les premiers rôles.
12:57Et une trouille folle,
12:58c'était qu'on me les confie.
12:59De pouvoir...
13:00Vous avez des souvenirs
13:01de face à face
13:02avec des réalisateurs
13:03ou des producteurs
13:04où vous vous êtes clairement
13:05tiré une balle dans le pied ?
13:06Agneska Hollande
13:06qui prépare un film
13:07qui s'appelle Europa, Europa.
13:08J'en parle dans le livre.
13:09Je n'ai pas cité son nom.
13:11Mais elle cherchait
13:12son rôle principal.
13:13Et moi, j'ai tout fait
13:13pour me saborder.
13:14Je répondais par monosyllabes.
13:16C'était Margot Capelier,
13:17immense directrice de casting,
13:18qui m'a présenté.
13:19Elle a essayé de me sauver
13:20à la fin.
13:21And do you speak English ?
13:22Yes, I do.
13:22Ça a été la seule chose que j'ai dit.
13:23Et Agneska s'est retournée vers moi.
13:25Elle a dit
13:25vous ne ferez pas le rôle.
13:26C'est très courageux
13:27qu'elle dise en direct
13:28que ce n'est pas vous
13:28qu'il l'aurait.
13:29Et elle a dit à Margot Capelier
13:30tu comprends,
13:31j'ai besoin que celui
13:31qui jouera le rôle
13:32sache en rentrant
13:33que c'est lui.
13:34C'est une phrase géniale
13:36pour chacun d'entre nous
13:37si on a envie
13:38de réussir quelque chose.
13:39Et j'ai longtemps médité
13:40cette phrase.
13:40Et c'est à partir de là
13:41que j'ai pu reconstruire
13:42le mécanisme
13:43de cette autodestruction
13:44et comprendre
13:45que ça venait peut-être
13:46certainement de mon lien
13:47avec mon père.
13:47Et il m'a fait
13:48le plus beau des cadeaux
13:49quand je lui ai enfin dit
13:50bon, j'ai besoin de te parler de ça.
13:52Il m'a dit
13:53ta grand-mère,
13:54c'est-à-dire sa maman
13:55aurait été fière de toi
13:56parce que c'était
13:57l'artiste de la famille
13:58elle dessinait,
13:58elle n'en a pas fait son métier.
13:59Donc ça m'a profondément touchée.
14:01C'était un sésame.
14:01Il m'a dit
14:02vas-y en gros.
14:03Et quand on écrit
14:04l'histoire de ses parents
14:07est-ce que
14:08d'une certaine manière
14:09on se l'approprie
14:10par rapport à vos frères
14:12et sœurs ?
14:13Est-ce qu'on leur vole
14:14la vedette ?
14:14Est-ce qu'on leur vole
14:15les mots ?
14:15Est-ce qu'on leur vole
14:16le récit ?
14:17Est-ce qu'on se met
14:17encore une fois en avant
14:19vous Guillaume
14:20par rapport aux autres ?
14:21C'est sûr
14:21parce que
14:23vous l'avez dit
14:24moi j'ai envie
14:25d'être sous la lumière
14:26de briller
14:27d'être applaudi
14:27etc.
14:28Et en même temps
14:28je me déteste pour ça
14:30parce que je suis moins disponible
14:31pour mes parents
14:31et je me déteste un peu aussi
14:33vis-à-vis de mes frères et sœurs
14:34parce que je prends
14:35je prends de la place
14:36mes parents parlent souvent de moi
14:38il faut aller à la première
14:39il faut
14:41parler de ça
14:42lire le dernier article
14:43etc.
14:43Et c'est difficile aussi
14:45certainement
14:46pour mes frères et sœurs
14:47il y a aussi
14:47certainement
14:48de la fierté
14:49mais aussi
14:50une part d'écrasement
14:51et un besoin
14:52d'exister pour eux
14:53donc certainement
14:54je le dis dans le livre
14:55je sais
14:55c'est ma façon
14:55de faire
14:56de provoquer de l'amour
14:58et d'en chercher
14:59égoïste peut-être
15:00ou maladroite
15:01mais sincère
15:02Je voudrais qu'on réécoute
15:04un petit bout de Renaud Lepic
15:05et je voudrais qu'on se demande
15:06qui serait Renaud Lepic
15:07aujourd'hui
15:07parce qu'en fait
15:08Renaud Lepic n'est plus
15:09depuis dix ans
15:09Est-ce que demain
15:11tu pourras poser
15:12une journée de RTT ?
15:13Pour demain
15:13ben non évidemment
15:14Est-ce qu'exceptionnellement
15:15tu pourrais ?
15:18Fabienne tu oublies
15:18dans le secteur
15:19de la robinetterie
15:20on a besoin
15:20que tout le monde
15:21soit sur le pont
15:21Est-ce que je dois
15:22te le rappeler
15:22mais je suis quand même
15:23numéro deux
15:24de chez Binet
15:24bordel !
15:25Mais tout le monde
15:26l'oublie dans cette maison
15:26ou quoi ?
15:27Je suis numéro deux !
15:29Merde !
15:30Renaud Lepic
15:31dans Fais pas ci
15:31Fais pas ça
15:32la série
15:33s'est arrêtée
15:34il y a dix ans
15:34même si elle est
15:35très très très présente
15:36encore dans la mémoire
15:37de tous les français
15:38ça a été un public colossal
15:39et ça a été une aventure géniale
15:41Fais pas ci
15:41Fais pas ça
15:42sur France 2
15:43je me suis posé
15:45la question
15:45ces deux familles
15:46les Lepic et les Boulets
15:47donc les Lepic
15:48c'est ces cadres
15:49un peu coincés
15:50un peu cathos
15:51qui habitent à Sèvres
15:52et puis les Boulets
15:52c'est cette famille Bobo
15:54qui habite en face
15:55en 2027
15:56est-ce qu'ils arriveraient
15:57encore à se parler ?
15:59Est-ce qu'ils arriveraient
16:00encore à débattre ?
16:01Ah c'est une super question
16:02parce que le débat
16:03est un peu mort en France
16:04c'est comme les réseaux sociaux
16:06c'est like et dislike
16:07c'est j'aime j'aime pas
16:08c'est ça
16:09je trouve que le débat
16:10est en train d'être
16:11on nous confisque le débat
16:12on ne peut plus parler
16:13alors qu'il n'y a rien
16:14de plus beau
16:14que d'essayer de convaincre
16:16son adversaire par les mots
16:17encore une fois
16:17la langue française
16:18et vive le débat
16:19et certainement
16:20que ce serait très intéressant
16:21de refaire un fait
16:22parce qu'il ne fait pas ça
16:22parce que moi je me suis dit
16:23les enfants Boulets
16:24je suis sûre
16:25qu'ils votent Mélenchon
16:26Madame Boulets
16:27elle doit voter Tondelier
16:28un truc comme ça
16:29Monsieur Boulets
16:31il doit voter Glucksmann
16:32et alors chez les Lepic
16:33à votre avis
16:33on voterait quoi ?
16:34Chez les Lepic
16:35on se baladerait
16:37entre Edouard Philippe
16:38et Retailleau
16:38ce serait plutôt
16:39Edouard Philippe
16:40je pense
16:40chez les Lepic
16:41chez les Lepic
16:42et puis il y aurait
16:42des discussions
16:43sur la droite
16:45un peu plus dure
16:46vers quoi faut-il aller
16:48ce serait extrêmement drôle
16:49ça serait extrêmement drôle
16:51c'est exactement
16:52ce que je me suis dit
16:52pour finir sur quelque chose
16:54de très joyeux
16:55je voudrais que vous racontiez
16:56Guillaume de Tonquedec
16:57cette scène incroyable
16:59c'est Marie-Christine
17:00de Tonquedec
17:01votre maman
17:02au marché
17:03parce que c'est vraiment génial
17:05oui c'est une scène
17:06qui a vraiment eu lieu
17:08maman maintenant
17:09elle se déplace
17:10quasiment plus
17:10et elle a pourtant
17:11eu une rage de dents
17:12comme tout un chacun
17:13comme nous tous
17:13sauf que déplacer ma mère
17:14est juste impossible
17:16donc
17:17parce qu'elle souffre trop
17:19donc on a quand même réussi
17:21à prendre un rendez-vous
17:21avec une ambulance
17:22on est allé chez le dentiste
17:23et elle était plutôt
17:23très contente
17:24alors les antidouleurs
17:25ont fait leur effet
17:26mais elle était plutôt contente
17:27de sortir enfin
17:28de chez elle
17:29de prendre un peu l'air
17:30et on est arrivé
17:31avec 50 minutes d'avance
17:32il y avait le marché
17:33qui est sa sortie quotidienne
17:35favorite
17:36parce qu'elle retrouve
17:37les gens
17:37que tout le monde la connaît
17:38tout le monde la connaît
17:40tout le monde la connaît
17:40elle donne sa carte bleue
17:42à tous les commerçants
17:43qui connaissent son code
17:44ils ont son code
17:45parce que ça va plus vite
17:46et moi j'étais halluciné
17:47la première fois que j'ai vu ça
17:48j'ai essayé
17:48il va falloir surveiller les comptes
17:49mais surtout
17:50j'ai dit à maman
17:51allons au marché
17:52donc elle est arrivée
17:53avec l'ambulance
17:53je suis allé chercher
17:54tous les amis commerçants
17:56qui avaient l'habitude
17:57de la voir
17:58j'en ai expliqué
17:58l'improbable visite
17:59ils sont tous venus
18:01autour de l'ambulance
18:02et c'est devenu
18:02le dernier salon
18:03où l'on cause
18:04ils ont vu ma mère alité
18:05j'ai vu l'émotion dans leurs yeux
18:06sans qu'ils ne l'expriment
18:08tout de suite
18:08et ça a été extraordinaire
18:10ils l'ont embrassé chaleureusement
18:11il y a eu un échange
18:13vraiment bouleversant
18:13et puis chacun est reparti
18:15à ses devoirs
18:17à ses activités
18:18mais ce moment a été fou
18:20qui n'était pas du tout prévu
18:21tout ce qu'aime ma mère
18:22c'est-à-dire le contact
18:23avec les autres
18:24ce rayonnement
18:25qu'elle peut continuer à avoir
18:26parce qu'elle est toujours
18:27contente d'être là
18:28et même diminuée
18:29toujours avec mon papa
18:30toujours ensemble
18:31et c'est ça qui est important
18:33Et c'est vous qui leur avez lu
18:34le livre
18:35je leur ai lu le livre
18:37parce qu'on ne peut plus tenir
18:38un livre dans ses mains
18:38et je leur ai dit
18:39ils vont le recevoir ensemble
18:40j'ai lu le track de ma vie
18:41Sonia
18:41parce que
18:43vous savez la définition
18:44d'un comédien
18:45c'est un hypocrite
18:45parce qu'il ne dit pas
18:46ce qu'il pense
18:47puisqu'il utilise les mots
18:47des autres
18:48là ce sont bien les miens
18:49et j'ai assumé de tout lire
18:51je vais éviter certaines phrases
18:52certains passages
18:52non j'ai tout lu
18:53et ils m'ont dit
18:55c'est ta vision de notre histoire
18:57elle t'appartient
18:58mais merci de l'avoir fait
18:59parce qu'on a découvert
19:00des choses que tu ne nous avais
19:02jamais dites
19:02merci de les avoir partagées
19:03avec nous
19:04merci de les partager
19:05avec les autres
19:05et je ne changerai pas
19:06une virgule
19:07a conclu mon père
19:08Stock
19:08ça paraît chez Stock
19:10ta mère et moi
19:11Guillaume de Tonquedec
19:12merci Guillaume
19:12merci à vous
19:13merci d'avoir regardé cette vidéo
19:13merci d'avoir regardé cette vidéo
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