- il y a 9 heures
L'Humatch, c'est une question d'actualité, deux invités et un débat de fond, arguments contre arguments. À moins d'un an de la présidentielle et des législatives de 2027, une question cruciale se pose : où la gauche doit-elle ou peut-elle aller chercher les voix qui lui manquent pour gagner ? Si les candidats ne manquent pas à gauche, les stratégies non plus, et elles sont parfois complémentaires, parfois contradictoires…
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NewsTranscription
00:01Est-ce que la gauche, on commençait à l'évoquer, peut encore rattraper sur le fond les électeurs qui ont
00:07aujourd'hui décidé de se tourner vers le RN ?
00:10Je pense qu'il ne faut pas renoncer aux macronistes, il ne faut pas renoncer aux ruraux, il ne faut
00:14pas renoncer aux électeurs du RN.
00:17Donc il faut aussi tenir ce bout-là de la chaîne.
00:20Après, il faut être très clair, c'est très très compliqué.
00:22Parce qu'aujourd'hui, l'électorat RN, qui est à un niveau très élevé, il est hyper consolidé.
00:30C'est la caractéristique de cet électorat-là, ça n'a pas du tout toujours été le cas, c'est
00:34que c'est un électorat qui est en béton armé.
00:36Et il est très très peu, il n'est pas volatile en fait.
00:42Il est devenu, et ce qui est fascinant au moins de vue de la science politique, c'est alors même
00:46qu'il est très hétérogène,
00:47c'est-à-dire qu'en fait, alors même qu'il est traversé de contradictions sociologiques,
00:51parce qu'il y a des électeurs du Sud-Est qui ne sont pas les électeurs du Bassin-Migny et
00:56du Pas-de-Calais qui ne sont pas les électeurs du Loiret,
00:58mais ils arrivent en fait, parce qu'ils n'ont pas été au pouvoir en fait.
01:01C'est ça en fait qui les tient, parce que les contradictions du pouvoir n'ont pas fait éclater ces
01:07contradictions internes de l'électorat.
01:08C'est un électorat très consolidé.
01:10C'est à tel point un électorat consolidé, moi je suis très très frappé de ça,
01:13que le RN prend un énorme risque en étant de plus en plus à droite sur les questions socio-économiques.
01:19Ça c'est quand même très très frappant.
01:20Il y avait encore une petite ambiguïté quand même il y a quelques années sur les retraites, sur l'inflation,
01:26etc.
01:26Même sur l'assistanat.
01:28Là en fait, on a une espèce d'alignement.
01:30Ils ont un discours, mais ouvertement libéral.
01:33Ça crée une ouverture à gauche ça pour vous ?
01:35Alors, ça crée peut-être une prise.
01:38C'est-à-dire qu'effectivement, quand on a un discours sur les retraites de Bardella,
01:42qui devient un discours complètement de droite,
01:45un discours sur la taxe Zuckman, sur la fiscalité,
01:48il y a peut-être des choses à aller rogner là-dessus.
01:51Effectivement, c'est-à-dire aller faire un travail en disant,
01:54mais attendez, est-ce que...
01:55Parce qu'on sait très très bien dans les perceptions,
01:57il y a deux tiers des électeurs du RN qui considèrent que le RN est un parti social,
02:05qui défend la solidarité.
02:06Ça c'est une perception des électeurs.
02:08Est-ce que ça reste encore la principale motivation de ces électeurs-là ?
02:11Non, la motivation elle est multiple.
02:13C'est renverser le système, c'est la xénophobie.
02:16Alors souvent d'ailleurs, les deux, tout étant lié.
02:19J'ai un talent par exemple sur la xénophobie.
02:21Parce que les enquêtes le montrent.
02:22L'hystien-phorie...
02:23Mais bien sûr.
02:25Après, effectivement, la xénophobie,
02:27ce n'est pas forcément la motivation principale du RN
02:30dans le bassin maigné du Pas-de-Calais,
02:32où ils ont gagné 14 communes.
02:33Ça l'est, oui, ça l'est,
02:35mais c'est articulé avec la question sociale.
02:37On ne peut pas...
02:38Bon voilà, donc là-dessus, effectivement,
02:40il y a peut-être des contradictions à faire jouer,
02:42mais j'avoue que je suis un peu sceptique,
02:45parce que ces contradictions, elles existent depuis longtemps.
02:47Ça fait longtemps qu'on en parle.
02:49Et en fait, on a l'impression, si vous voulez,
02:51que là, beaucoup d'électeurs du RN,
02:52ils attendent le vote.
02:53Ils attendent de faire péter le système,
02:55et finalement, quoi qu'il arrive,
02:56même si Bardella, par exemple, loupe ses débats,
02:59parce qu'il y a aussi cet argument qui est de dire
03:02que le RN peut baisser parce que Bardella est incompétent,
03:05mais cet argument-là, il faut faire très attention,
03:07parce que pointer l'incompétence de Bardella,
03:10c'est aussi renforcer cette identification de victimaire
03:15qui font que les électeurs du RN, souvent,
03:18ont un problème avec l'école,
03:19ne sont pas diplômés.
03:21Donc le petit côté donneur de leçons
03:22qu'on pourrait avoir vis-à-vis de Bardella
03:24peut être très contre-productif
03:26si on veut requérir les milieux populaires, notamment.
03:29Je viens de t'apprendre sur cette question.
03:30Il y a aussi, on entend souvent,
03:32il y a un discours qui est tenu à gauche,
03:33que quand on parle de violences policières,
03:35qu'on parle d'islamophobie,
03:37ça nous fait gagner en Seine-Saint-Denis,
03:39ça fait gagner à la gauche en Seine-Saint-Denis,
03:39mais ça fait perdre en Pas-de-Calais.
03:41Bon, c'est un truc qu'on a déjà entendu.
03:43Est-ce que ça, vous le partagez aussi ?
03:45Évidemment, il y a un choix à faire,
03:47si on postule ça.
03:49Je pense que c'est compliqué de parler des deux.
03:51Après, on peut avoir une offre programmatique
03:52et moi, je ne trouve pas ça honteux
03:54d'une certaine façon de mettre en avant
03:55des thématiques qui parlent plus aux personnes
03:57que vous avez en face de vous,
03:58en porte-à-porte à un moment.
04:00Et on peut avoir dans un même programme,
04:02soyons fous, la lutte contre l'islamophobie
04:04et en même temps, le soutien aux services publics, etc.
04:07Je pense que c'est possible
04:08mais je pense que d'ailleurs, ça existe en fait
04:10sur l'offre électorale à gauche
04:12et que de fait, quand vous allez rencontrer des électeurs,
04:14vous allez mettre en avant les questions
04:16qui vont résonner avec eux.
04:17Et ça, ça a fait scandale
04:18quand Ruffin avait fait ses sorties, etc.
04:20Mais tous les candidats font ça.
04:22Au fond, quand on fait du porte-à-porte,
04:24on va mettre en avant les enjeux
04:26qui vont parler aux personnes
04:27que vous avez en face de vous.
04:28Et donc, il y a des orientations stratégiques.
04:30Et donc, ça, voilà.
04:32Après, dans les médias, évidemment,
04:33il faut le sous-peser.
04:35Alors, je me permets quand même de réagir
04:36à ce que disait Fabien Roussel dans l'extrait
04:38et qui est intéressant.
04:39Moi, je pense qu'il a raison, en fait.
04:41Je pense qu'il faut le faire.
04:42Je pense que, malheureusement,
04:44il n'y a pas grand monde qui a une capacité
04:45de le faire aujourd'hui à gauche,
04:48de faire des médias de réunions publiques
04:50et d'avoir ces forces militantes-là
04:51pour mener ce travail.
04:53En revanche, moi, je travaille beaucoup
04:54sur le monde associatif, en fait.
04:55Et il y a des choses qui se préparent
04:56de ce point de vue-là.
04:57Il y a une initiative qui s'appelle
04:58Mille et un territoire,
04:59la Fédération des centres sociaux,
05:00les MJC, les foyers ruraux
05:02qui vont mener ce travail
05:03d'éducation populaire à la base
05:05qui, là, peut peut-être porter ses fruits
05:07à certains égards.
05:08Parce qu'au fond, ces structures-là
05:09d'éducation populaire,
05:10elles ont encore une implantation
05:11auprès de gens qui sont des gens
05:13qui votent RN pour partie
05:16et qui font un travail de longue haleine.
05:17Et le monde associatif,
05:18c'est 21 millions de bénévoles
05:19et d'usagers, en fait.
05:20Les effectifs des partis politiques
05:22à gauche, aujourd'hui,
05:23c'est quelques centaines
05:23de milliers de personnes.
05:24Et donc, la capacité d'entraînement,
05:25peut-être, elle se trouvera là.
05:28Malgré tout, moi, je pense que c'est tard.
05:30Je le redis.
05:30C'est avant les présidentielles.
05:32Rémi le disait.
05:34La consolidation de l'électorat
05:37Rassemblement national est telle
05:39que ça va être difficile
05:40de les faire bouger.
05:43Et donc, il n'est pas certain
05:44qu'on y arrive.
05:44Ça ne veut pas dire
05:45qu'il ne faut pas mener
05:46ce travail à long terme.
05:47On parlait du coup
05:48de la contradiction
05:49entre différentes fractions
05:51d'électorats potentiels
05:55à gauche,
05:56entre ceux qui sont tentés
05:58par l'ERN,
05:59ceux qui vivent
06:00dans les quartiers populaires
06:02et qui sont plus souvent
06:04victimes de discriminations,
06:05racisées, etc.
06:07Est-ce qu'il peut y avoir
06:08ce trait d'union
06:11par la question sociale,
06:12les intérêts de classe communs ?
06:13Ou est-ce que, finalement,
06:14c'est un petit peu illusoire,
06:16selon vous ?
06:17Non, ça ne peut pas être illusoire.
06:19Je veux dire, concrètement,
06:20ça doit être un objectif.
06:21Et je pense que c'est possible.
06:22C'est-à-dire qu'effectivement,
06:23on l'a redit tout à l'heure,
06:24mais aujourd'hui, par exemple,
06:26prenons des questions comme...
06:28Alors, déjà, le pouvoir d'achat.
06:29Non, concrètement,
06:30il ne faut pas oublier
06:31que c'est la première préoccupation
06:33des Français,
06:33c'est-à-dire l'augmentation
06:34du pouvoir d'achat.
06:36Et c'est quand même...
06:37Ça, c'est aussi un marqueur de gauche.
06:39La gauche, ça doit être
06:40l'amélioration des conditions
06:42matérielles de vie.
06:43Donc, le pouvoir d'achat,
06:45ça concerne la femme de ménage
06:48qui vient de...
06:49je ne sais pas,
06:50d'Ile-de-France,
06:52enfin, qui est en Ile-de-France,
06:53qui prend le RER.
06:54Ça concerne la caissière rurale.
06:58Enfin, ça concerne l'ouvrier,
06:59enfin, voilà.
06:59Donc, si on met en avant...
07:01Enfin, ça,
07:02c'est quand même fédérateur, quoi.
07:04Le logement,
07:05le logement,
07:06les services publics...
07:07Enfin, voilà.
07:08Moi, je ne suis pas du tout...
07:10On ne doit pas renoncer
07:12à gauche
07:13à l'idée
07:14de rassembler
07:15autour de mots d'ordre
07:17socio-économiques
07:19généraux
07:20l'égalité.
07:20L'égalité,
07:21les discriminations,
07:23c'est une question
07:23d'égalité.
07:25Bon, et donc,
07:26l'égalité,
07:27je suis désolé,
07:28ce n'est pas très original
07:29de dire ça,
07:29mais parler d'égalité
07:31sous toutes ses formes,
07:33c'est quand même
07:33un discours
07:34qui est, à même,
07:35à mon avis,
07:35de fédérer large.
07:38Voilà.
07:38C'est intéressant
07:39que le Parti Socialiste
07:39ait plutôt mis le mot d'ordre
07:40de liberté, en fait,
07:41dans son dernier programme
07:42qui est sorti
07:43il y a quelques semaines.
07:46Oui,
07:46mais après,
07:47pour te porter un peu
07:48la contradiction,
07:49Clémence Guettet,
07:49elle était étonnée,
07:50elle a trouvé
07:50qu'il y avait beaucoup d'idées
07:51qui piquaient
07:52à la France Insoumise,
07:52aux OPS.
07:53Je pense qu'il faut
07:55défendre la liberté,
07:55c'est pas la question.
07:56Oui, mais concrètement,
07:58par exemple,
07:58il faut être clair,
07:59par rapport à cette question
08:00des gauches et réconciliables,
08:01quand on regarde
08:02les programmes,
08:04au moins,
08:05et même Glucksmann,
08:07quand on regarde son programme,
08:08il n'est pas à droite,
08:09son programme.
08:10Il y a des convergences
08:12quand même très très fortes
08:13autour des questions
08:13socio-économiques
08:14dans l'ensemble des programmes.
08:15Le programme de Tondelier,
08:17des Verts,
08:17de LFI,
08:18du PS,
08:19quand on regarde le projet
08:20de Chloé Rydel,
08:20il est très clairement
08:21ancré à gauche.
08:22Donc ça veut dire quoi ?
08:23Ça veut dire que
08:24il y a des N,
08:26tu évoquais tout à l'heure
08:27très très fortes,
08:27mais il y a quand même
08:28beaucoup,
08:29beaucoup de convergences.
08:31Vraiment,
08:32on peut regarder ça aussi.
08:34Donc, bon,
08:35ça,
08:35ça peut créer
08:37une dynamique
08:37de rassemblement,
08:38au moins sur des mots d'ordre
08:40qui puissent unifier
08:41les catégories populaires.
08:42Attends,
08:42Non,
08:42là où je suis sceptique,
08:44au fond,
08:44c'est de penser
08:45que le rassemblement
08:46ou l'unification
08:47des classes populaires
08:48puisse advenir
08:48simplement par des discours
08:49et par des mots
08:50et par des programmes,
08:51au fond.
08:51Dans l'histoire,
08:52le travail d'unification
08:53des classes populaires,
08:54il s'est fait comment ?
08:54Il s'est fait dans les luttes.
08:55C'est pour ça que je parlais
08:56de syndicalisme,
08:57je parle de monde associatif
08:58et c'est pour ça
08:59que la disparition
08:59des effectifs
09:00des partis politiques
09:01est un drame
09:01d'une certaine façon
09:02parce que c'est ce travail
09:03militant et organisationnel
09:04qui permettrait d'eux
09:05et en fait,
09:06juste penser,
09:06en fait,
09:07il y a un truc,
09:07et moi,
09:08je suis frappé quand même
09:09quand on discute
09:10avec des élus,
09:12les élites partisanes
09:13aujourd'hui à gauche
09:14ont une appréhension
09:15très intellectualisante,
09:17discursive
09:17et sondagière presque
09:18au fond des conditions
09:19de la victoire,
09:20ce qui est très mal connaître
09:21en réalité
09:21la sociologie réelle
09:23de l'électorat
09:23et de ce qui les fait bouger
09:25et donc,
09:26ça amène à des choix stratégiques
09:27et moi,
09:28j'en reviens toujours
09:28à mes marottes
09:29mais si on ne reconstruit pas
09:30une infrastructure
09:32organisationnelle puissante
09:33à gauche,
09:34c'est mort
09:34et même,
09:34j'irais plus loin,
09:35si jamais,
09:35par miracle,
09:36quelqu'un de gauche
09:37gagnait les élections présidentielles,
09:38ça ne servira à rien
09:39si on n'a pas
09:40une infrastructure
09:41organisationnelle puissante
09:42qui permette
09:43de faire de la victoire
09:44quelque chose
09:44et le quinquennat d'Hollande,
09:47c'est aussi ça,
09:47s'il y avait eu
09:47des syndicats puissants
09:48qui avaient fait
09:49des grèves générales
09:50quand Hollande
09:50était au pouvoir,
09:51l'histoire aurait été différente
09:52et donc,
09:53c'est ça,
09:53ce travail qui est à mener,
09:55on peut discuter...
09:55Mais de ce point de vue-là,
09:56il y a une électoralisation
09:57des partis de gauche
09:59mais même de la France insoumise.
10:00La France insoumise,
10:01la France insoumise,
10:03le gazeux,
10:04le mouvement gazeux
10:04que crée la France insoumise,
10:05même si c'est renforcé
10:06ces dernières années,
10:07n'est pas propre
10:08à politiser
10:08les milieux populaires,
10:09globalement.
10:10Donc, en fait,
10:10c'est aussi parce que
10:11les partis de gauche
10:12sont obsédés
10:13par les échéances électorales
10:15de court terme.
10:16Plus les partis sont faibles,
10:17plus ils sont électoralistes.
10:18C'est ça.
10:19Du coup,
10:20le problème,
10:20effectivement,
10:20moi,
10:20je suis totalement d'accord,
10:21il faut mener un travail de fond.
10:22Alors après,
10:24Julien,
10:24soyons honnêtes,
10:25aujourd'hui,
10:27il y a beaucoup de gens
10:28qui nous écoutent
10:29qui doivent dire
10:29« Ouais, malheureusement,
10:30s'il faut retrouver beaucoup... »
10:31Parce que là,
10:32on était tellement
10:33dans l'affaiblissement
10:33des partis politiques,
10:34il y a beaucoup de gens aussi
10:35qui pensent que c'est mort
10:36les partis politiques.
10:36Bon,
10:37je pense qu'ils font
10:38une énorme erreur
10:38et qu'en fait,
10:39en gros,
10:39ce qui compte,
10:45c'est non négligeable
10:46aussi en termes de politisation.
10:47Peut-être que nous,
10:49on est un peu old school
10:50dans nos démarches,
10:51on essaie d'être
10:51un peu autocritiques
10:52parce qu'effectivement,
10:54peut-être que la politisation
10:55passe aussi
10:56par les réseaux sociaux,
10:57par ce type d'émissions
10:58que vous réalisez
10:59en essayant d'avoir
11:00des formats un peu différents.
11:02Parce que,
11:02bon,
11:03voilà,
11:04les jeunes se politisent
11:06aujourd'hui.
11:06Mais l'un n'empêche pas l'autre.
11:07On regarde l'expérience
11:08de Mamdani,
11:08par exemple.
11:09Mamdani,
11:09en fait,
11:09on ne peut pas parler,
11:10on ne peut pas dire
11:10que le Parti démocrate,
11:11c'est un parti de masse
11:12en fait à New York,
11:13donc le nouveau maire
11:14de New York.
11:14Mais il y a une infrastructure
11:16organisationnelle
11:16qui est issue
11:17de mouvements associatifs,
11:19de luttes syndicales,
11:20etc.,
11:20qui à un moment
11:20ont joué un rôle
11:21dans la campagne électorale.
11:23Et Mamdani,
11:24c'est intéressant
11:24parce qu'il a à la fois
11:25une offre politique
11:26qui est très centrée
11:27sur les services publics,
11:28le pouvoir d'achat,
11:29etc.,
11:30mais en même temps,
11:30il est très investi
11:31sur la question palestinienne,
11:32les enjeux antiracistes,
11:34etc.
11:34Alors vous me direz,
11:35c'est New York,
11:37ce n'est pas la France,
11:38mais New York
11:38qui est aussi très hétérogène
11:39en fait socialement.
11:40Il y a des classes populaires blanches
11:41qui ont très largement voté Trump
11:42en fait en 2024,
11:44etc.
11:45Et donc,
11:45bon,
11:46moi je pense qu'il y a des choses
11:46qui peuvent nous inspirer,
11:47y compris,
11:48moi je ne suis pas en train de dire
11:48qu'il faut reconstruire
11:50les partis politiques
11:51du XXe siècle,
11:52mais qu'on a besoin
11:53d'organisations puissantes,
11:54sinon de toute façon
11:55c'est mort à long terme.
11:56Et le projet de la gauche,
11:58c'est quand même d'abord
11:58le changement et l'émancipation
11:59de la classe ouvrière
12:00à long terme.
12:01J'ai une question
12:01pour prolonger un peu
12:02cette discussion
12:02parce que vous disiez
12:03on a une approche
12:04trop discursive
12:04de la question,
12:05c'est-à-dire on se pose
12:06la question de comment
12:06avoir un discours
12:07qui parle à tout le monde
12:08ou pas d'ailleurs.
12:10Moi ce qui me frappe
12:10c'est que quand on postule
12:11les bourgs et les tours
12:12ou appelons ça comme on veut
12:13les zones rurales
12:14et les zones des quartiers populaires,
12:16on postule que cette zone-là
12:17ne dialogue pas entre elles.
12:19Il y a une espèce
12:19de fracture sociale
12:20et territoriale,
12:22une étanchéité
12:23entre ces deux espaces.
12:24Est-ce que le travail de la gauche
12:25ne s'est pas aussi
12:25de faire péter
12:26ces frontières invisibles
12:28en vaillant ?
12:28D'accord,
12:29après il ne faut quand même
12:30pas non plus
12:30les négliger aujourd'hui.
12:32C'est aujourd'hui aussi,
12:34c'est vrai
12:34qu'il y a aujourd'hui
12:36plusieurs Frances.
12:37On a insisté
12:38sur ce qui peut les unifier
12:40mais c'est vrai
12:40qu'aujourd'hui,
12:41on l'a encore vu
12:42aux élections municipales,
12:43il y a aussi
12:44énormément de fractures
12:45territoriales en France,
12:47il y a des problématiques
12:49spécifiques,
12:50il y a aussi
12:50la métropolisation.
12:52Quand on regarde,
12:54parce que quand on projette
12:55aussi la gauche
12:56sur les territoires,
12:57c'est quand même
12:58très très frappant.
12:59De voir en gros
12:59il y a une dénationalisation
13:02du vote de gauche,
13:03le vote de gauche
13:04regardé aux municipales,
13:05les grandes villes
13:06sont à gauche,
13:08globalement,
13:08il n'y a pratiquement plus
13:09que les grandes villes
13:10d'ailleurs,
13:10au passage.
13:12La droite a beaucoup
13:14progressé dans les villes moyennes,
13:15on ne l'a pas beaucoup dit
13:15aux dernières élections municipales
13:16mais très clairement.
13:18Et en gros,
13:19il y a aussi
13:20du déclassement territorial
13:21partout
13:22qui produit structurellement
13:25du vote d'extrême droite.
13:26Mais vraiment,
13:26c'est-à-dire qu'en fait,
13:27en gros,
13:28et ça,
13:29c'est un énorme problème aussi.
13:31Imaginons,
13:32par exemple,
13:33imaginons que la gauche
13:34arrive au pouvoir,
13:35tu disais tout à l'heure
13:36qu'il faudrait qu'elle traite
13:37les questions
13:38d'inégalité territoriale
13:39après,
13:40sans doute,
13:41mais il y a un enjeu
13:42de l'aménagement
13:43du territoire en France
13:43aujourd'hui,
13:45parce que c'est vrai aussi
13:46que les services publics,
13:47quand dans un territoire,
13:48il n'y a plus du tout
13:48de services publics,
13:49plus de trains,
13:50plus d'écoles,
13:51plus de bars,
13:53etc.,
13:53ça devient impossible
13:56de fédérer
13:57pour la gauche.
13:59Quand finalement,
14:00le seul rapport
14:00qu'on a à la communauté nationale,
14:02c'est de regarder ces news,
14:03parce que parfois,
14:04c'est ça.
14:04Et donc,
14:05du coup,
14:05on a l'impression
14:06d'importer dans son territoire
14:07tout est imaginaire,
14:09raciste,
14:10etc.
14:10Voilà.
14:11Donc,
14:12il faut faire attention
14:13parce que les fractures territoriales,
14:14elles existent quand même
14:15énormément.
14:16il ne faut pas non plus,
14:18on peut les dépasser,
14:19mais il faut les prendre en compte
14:21et aussi,
14:22il faut avoir un discours
14:24quand même aussi
14:25qui soit adapté
14:26à certains territoires
14:27qui connaissent
14:28des problématiques spécifiques.
14:29Je pense en fait,
14:31alors t'évoquais tout à l'heure
14:31le papier de Pierre Gilbert
14:32et Clara Deville,
14:33au fond,
14:33qui montrent très bien
14:34qu'à rebours justement
14:35de cette petite musique
14:36comme quoi les aspirations
14:37de ces différents segments
14:38des classes populaires
14:39seraient irrémédiablement différents,
14:40ben non en fait.
14:41Les gens aspirent
14:42à bien des égards
14:43à des choses communes,
14:44la présence de services publics,
14:45dans les quartiers,
14:46en fait les services publics,
14:47il y en aurait besoin aussi
14:48la question du transport.
14:49Alors ça peut être la bagnole
14:51versus les transports en commun,
14:52mais il y a une aspiration aussi
14:54quand même,
14:54être une classe populaire rurale
14:56ou urbaine,
14:57c'est souvent en fait
14:58passer beaucoup de temps
14:59dans les transports.
14:59Donc il y a des aspirations
15:00de ce point de vue-là,
15:01la santé, l'école,
15:02mais la vérité,
15:03c'est qu'en fait,
15:03qui mène des luttes
15:04sur ces enjeux-là,
15:05qui rassemblent
15:06ces différentes fractions
15:07des classes populaires,
15:08personne en fait,
15:09personne n'est en capacité
15:10de le faire,
15:10un peu les syndicats,
15:11il faut le dire quand même,
15:15mais c'est faibler.
15:16Donc il y a besoin
15:17d'expérience,
15:18de vie en commun,
15:19ce qu'avait réussi
15:20à certains égards
15:21le mouvement des Gilets jaunes
15:22à un moment.
15:23Le mouvement,
15:23c'était aussi
15:25une France périurbaine
15:26et à quelques endroits
15:28en fait,
15:28des quartiers qui se rassemblaient
15:29qui se rendaient compte.
15:30Mais il n'y a pas beaucoup
15:31d'endroits pour se rendre compte
15:32qu'en fait,
15:32on n'est pas si différents.
15:33Et donc derrière,
15:34la télé,
15:35les réseaux,
15:35etc.
15:37polarisent.
15:37Mais il y a un travail
15:38organisationnel à mener,
15:39ce n'est pas impossible
15:40au regard des aspirations
15:41subjectives réelles des gens.
15:42Il y a un point
15:43qui évoquait Rémi Lefebvre
15:44sur lequel j'aurais aussi aimé
15:45vous entendre.
15:47Vous parliez d'un électorat
15:48du RN bien accroché
15:49et en même temps
15:51d'une réorientation
15:53un petit peu avec
15:53Jordan Bardella
15:54sur le plan économique
15:55puisque vous évoquiez
15:57les retraites.
15:57Marine Leutmann
15:58a elle-même d'ailleurs
15:59hier ou avant-hier
16:00parlé d'ouverture
16:02vers la capitalisation,
16:03ce qu'elle n'avait jamais fait
16:04aussi clairement.
16:05Donc quel que soit
16:06le candidat,
16:07on voit les dîners
16:08avec le MEDEF
16:09d'ailleurs se multiplier.
16:10Est-ce que
16:12ce changement-là
16:13pour vous peut participer
16:15à une possibilité
16:16pour la gauche
16:18d'aller rattraper
16:20quelques électeurs ?
16:21Moi en fait
16:22ils sont déjà
16:22dans une stratégie
16:23de second tour
16:23ce qui est intelligent.
16:25De toute façon
16:26ils sont quand même
16:26quasiment assurés
16:27d'être au deuxième tour
16:27et ils sont en train
16:28de jouer la droite,
16:30l'union des droites
16:31et le fait est
16:32que tout indique aujourd'hui
16:34on le voit très clairement
16:35par par exemple
16:35la base électorale
16:37de Zemmour
16:37qui est très bourgeoise
16:38qu'il y a un processus
16:40on pourrait dire
16:40presque de fascisation
16:42ou de radicalisation
16:43ou d'extrême droitisation
16:44d'une partie de la bourgeoisie
16:45en France
16:46alors a fortiori
16:48les personnes âgées
16:49etc.
16:50Et donc ils sont
16:51en train de basculer
16:52et très clairement
16:53c'est plutôt Bardella
16:54que Mélenchon.
16:54Voilà le discours
16:56qui est en train
16:56de s'imposer
16:58et une des réflexions
16:59qu'il faudra accueillir
17:00à un moment
17:00c'est justement
17:03ce dialogue-là
17:04et peut-être que la cible
17:05davantage que les classes
17:06populaires rurales
17:07c'est peut-être
17:08ces électeurs
17:10c'est la bourgeoisie
17:11intellectuelle de droite
17:12pour le dire comme ça
17:13qui existe peut-être un peu
17:15pour savoir
17:16s'ils préfèrent véritablement
17:17Les faire voter Mélenchon
17:18deuxième tour
17:19ça me paraît
17:19hors de portée
17:20Est-ce qu'ils sont prêts
17:21à voter Bardella ?
17:22C'est ça un peu
17:23à mon avis
17:23une des questions
17:25pour le second tour
17:26les expériences étrangères
17:28avec Mélanie
17:29par exemple
17:29ou Trump
17:30indiquent plutôt que oui
17:31en fait
17:31et donc la stratégie du RN
17:34semble pas délirante
17:35me semble-t-il
17:35en perspective
17:36en vue du second tour
17:37C'est parti !
17:43Sous-titrage Société Radio-Canada
17:46C'est parti !
17:47C'est parti !
17:48C'est parti !
17:48!
17:48C'est parti !