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  • il y a 10 minutes
Coûts de l’énergie, tensions commerciales, fiscalité… Face à une concurrence internationale accrue, comment préserver la compétitivité de l’industrie française ? Ancrage territorial, maîtrise des technologies, réponse européenne commune face aux États-Unis et à la Chine : Cyril Roger, président exécutif de Segula Technologies, et Frédéric Leriche, directeur du LIMEEP-PS à Paris-Saclay, avancent plusieurs pistes pour renforcer l’industrie française.

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00:01Générique
00:03Hausses des coûts de l'énergie, tensions commerciales, pressions fiscales, de nouveaux défis sont à relever pour la compétitivité des
00:11industriels français.
00:13Et quel jeu d'équilibre trouver ? Pour en parler, je suis ravie d'être entourée de Frédéric Leriche.
00:18Bonjour, vous nous rejoignez pour le débat éco. Vous êtes directeur du LIMEPS,
00:22le laboratoire interdisciplinaire sur les mutations des espaces économiques et politiques de Paris-Saclay.
00:28Donc on dira LIMEPS. Et Cyril Roger, vous êtes toujours avec nous, président exécutif de Cegula Technologies.
00:34Merci beaucoup.
00:36Frédéric Leriche, je me tourne vers vous tout d'abord.
00:39Donc l'industrie française, ça représente près de 10% du PIB.
00:44Ma question par rapport à la compétitivité, c'est de savoir est-ce qu'il faut nécessairement déjà travailler sur
00:51la réindustrialisation de notre pays
00:53pour plus de compétitivité ou déjà gagner en compétitivité, on pourrait le faire.
00:58Seulement avec ce pourcentage de 10% de PIB.
01:03Je crois que vous faites bien de souligner que nous sommes à 10% PIB en France, qui est représenté
01:08par l'industrie.
01:10Nous sommes au niveau de la Grèce.
01:11Qui a beaucoup baissé depuis de nombreuses années.
01:14Oui, oui, oui, tout à fait. L'Allemagne est à peu près à 19%, l'Italie à peu près à
01:1918%.
01:19Je crois que ce sont des pays... Il faut prendre ces éléments de comparaison en considération.
01:25Moi, je crois que la question de la compétitivité, en fait, elle se pose pour la France d'une manière
01:30un peu particulière,
01:31parce que nous sommes dans un modèle où on ne sait pas exactement où il faut nous positionner.
01:37Parce qu'à mon sens, je suis universitaire, j'observe les choses de l'extérieur, il y a deux stratégies
01:42industrielles possibles.
01:43Une stratégie qu'on peut résumer tout simplement par les termes de flexibilité offensive et territorialisation,
01:48qui vont ensemble, que je vais essayer d'expliquer un petit peu.
01:51Ou alors, flexibilité défensive et localisation, que je vais expliquer également.
01:56Alors, cette idée de flexibilité offensive et de territorialisation, c'est l'idée qu'on peut avoir une trajectoire de
02:02développement,
02:02et j'ai apprécié d'écouter ce que vous disiez, parce que ça va dans ce sens,
02:06qui repose sur l'innovation, l'innovation comme un facteur de compétitivité,
02:09sur la qualité des produits, sur une main-d'oeuvre qualifiée, compétente, chère, du coup.
02:18Donc, des caractéristiques un petit peu particulières pour développer l'industrie.
02:22On a des exemples. On a l'exemple, par exemple, votre entreprise, justement.
02:25Mais on a des exemples plus généraux, comme la Suisse ou l'Allemagne, par exemple.
02:29Et on sait que la main-d'oeuvre suisse ou allemande n'est pas bon marché.
02:32Oui. Mais réussissent.
02:34Mais ça réussit. En France, on a un exemple, tout simplement, à Toulouse, par exemple,
02:39autour de l'industrie aéronautique ou de l'industrie spatiale.
02:42Ce que je veux dire par là, en associant le terme territorialisation,
02:45c'est que les ressources dont une entreprise a besoin sont ancrées dans un territoire,
02:50et l'entreprise est fidèle au territoire.
02:53Parce que les ressources dont elle a besoin sont présentes.
02:56Et il y a un équilibre qui est trouvé.
02:57Et il y a un équilibre, et il y a une dynamique, un développement de gènes
03:00qui se met en marche, et ça fonctionne sur le temps long.
03:03En revanche, la flexibilité défensive, que j'associe à l'idée de localisation,
03:07c'est un peu le contraire, en quelque sorte.
03:09On réfléchit en termes de compétitivité par les coûts,
03:12en termes de produits plus ou moins banals.
03:14On ne s'intéresse pas forcément à la qualité.
03:16Ce ne sont pas forcément des produits de mauvaise qualité, mais ce n'est pas la priorité.
03:19qui est une main-d'oeuvre peu qualifiée, bon marché,
03:24et éventuellement disponible dans plusieurs endroits de l'espace géographique.
03:28Donc sur cette base-là, on est tout de suite en concurrence
03:31avec des pays comme la Turquie, le Maroc par exemple, ou la Chine aujourd'hui.
03:34Ce qui fait que dans des secteurs comme le textile par exemple,
03:37l'industrie française a été frappée de plein fouet pour ces raisons-là.
03:41Et les entreprises sont en clean, si elles le peuvent, à se délocaliser, tout simplement.
03:47Ça s'oppose ou c'est possible de faire une stratégie d'entreprise qui jouerait sur les deux tableaux ?
03:53En général, les entreprises font un choix sur un axe ou sur un autre axe.
03:57La difficulté à l'échelle française, à l'échelle du pays dans son ensemble,
04:01c'est qu'on n'a pas complètement décidé.
04:03Je crois que c'est au monde politique de faire un choix
04:05pour accompagner les entreprises dans un sens ou dans un autre,
04:10mais plutôt dans le sens de l'innovation.
04:11Oui, parce que du coup, vous correspondrez plus à la France,
04:13ce serait pour vous, si on suit votre logique,
04:15de renforcer la territorialité de chaque industrie.
04:19Oui, tout à fait.
04:21Comment est-ce que vous, justement, vous avez parlé au tout début
04:24de ces contraintes de prix de l'énergie, des concurrences, etc.
04:29Comment ça se répercute dans votre entreprise ?
04:33Comment est-ce que vous voyez peut-être l'avenir pour aller à l'encontre de ce qui est...
04:38Pour reprendre, effectivement, les propos de mon collègue,
04:42je pense que ce qui est particulier, c'est que nos clients sont submergés de contraintes.
04:49Et pourtant, ils grandissent.
04:51Et le choix qui a été fait il y a une quarantaine d'années, une cinquantaine d'années,
04:54de dire « soyons faiblesse, laissons au pays dit low cost le soin de faire des métiers industriels »
05:00est une immense erreur, car, contrairement à ce qu'on peut penser quand on n'est pas industriel,
05:05l'industrie est d'une très grande complexité, nécessite des ingénieurs de très haut niveau,
05:09et quand on perd l'industrie, peu de temps après, on perd tout le reste.
05:13Donc je pense qu'il faut recentrer, au-delà du mot « réindustrialiser »,
05:16il faut d'abord et surtout reprendre le pouvoir, la maîtrise de notre destin,
05:20en disant « c'est important d'être dans l'aéronautique, c'est important d'être dans la défense »,
05:24on l'a vu, et ce n'est pas quelque chose qu'on peut déléguer.
05:27Aujourd'hui, on parle aussi de sujets plutôt d'électronique,
05:31on a des systèmes souverains, pas souverains, mais comment en est-on arrivé là ?
05:35Comment a-t-on pu laisser à ce point dériver ces chaînes industrielles,
05:39en pensant qu'on pouvait mettre un bout en Chine, un bout aux US,
05:42et pouvoir garder la maîtrise ? Ce n'est pas le cas.
05:45Est-ce que vos clients subissent les mêmes contraintes que vous,
05:49parce que vous êtes dans l'ingénierie industrielle,
05:52est-ce que vous subissez les mêmes contraintes,
05:56et du coup, est-ce que c'est encore plus difficile pour vous de réagir ?
05:58Disons qu'on est dans le même bateau,
06:00on a les mêmes vagues qui frappent la coque,
06:03après on n'a pas les mêmes manières d'y réagir,
06:05nos modèles sont différents.
06:06Nous, notre problématique, elle a été longtemps une recherche,
06:10comme le disait effectivement Frédéric, par les coûts.
06:13Ça a donné l'Inde, ça a donné beaucoup de sujets,
06:16mais en réalité, avec le temps, on se rend compte
06:18qu'on passe d'une société de la compétence à une société du savoir.
06:22Et quand on transfère des choses low cost,
06:25on a du low cost.
06:26Aujourd'hui, on le voit, d'ailleurs, c'est une réalité en Inde ou en Chine,
06:29ce n'est plus les coûts qui dirigent les entreprises,
06:32c'est la compétitivité, la performance.
06:33Et avec l'IA, on peut être très compétitif à Mobeuge.
06:37Donc je pense qu'il faut repenser à l'industrie,
06:40et je pense là aussi, mais c'est malheureusement un peu tard,
06:43qu'il faut laisser à chacun son métier,
06:45c'est aux industriels de faire de l'industrie,
06:47et pas aux politiques, chacun son métier.
06:48– IA, technologie, c'est pour vous le principal levier de compétitivité ?
06:53– Non, ce qui est le levier principal,
06:55c'est d'être capable de maîtriser une chaîne industrielle.
06:58L'IA est un outil,
07:00et à bord, ce sont les IA, il y a différents types d'IA,
07:03et puis une IA sans un expert, un ingénieur de très haut niveau,
07:07ça peut être catastrophique.
07:08Donc en réalité, le vrai enjeu n'est pas tant de se dire
07:12IA ou pas IA, ou l'Europe, ou pas l'Europe,
07:15c'est surtout de se dire, est-ce que moi, en tant qu'industriel,
07:17j'ai des experts, des gens avec des cheveux blancs souvent,
07:21qui sont capables de faire marcher mon usine,
07:24marcher mes produits,
07:25et ces experts seront les premiers à se servir de l'IA,
07:28au profit de la performance.
07:30– Frédéric, justement, sur ces leviers de compétitivité,
07:33pour vous, est-ce qu'il y en aurait qui soient sous-estimés,
07:36est-ce qu'il y aurait des priorités ?
07:37– Oui, je vais rebondir sur ce qu'a dit Cyril,
07:40on est vraiment en phase, en fait,
07:42parce que je crois que, qu'est-ce qu'il faut faire,
07:45en fait, d'une certaine manière ?
07:47Il y a évidemment un soutien qui doit être apporté
07:49à certains secteurs stratégiques,
07:51on sous-estime la question du nucléaire, je crois,
07:54et la question de l'énergie, qui est…
07:56– Dans quel sens ?
07:57C'est-à-dire que, comme les entreprises subissent les hausses des coûts,
08:00que le nucléaire pourrait permettre…
08:02– Tout à fait, tout à fait.
08:02A fortiori, dans la situation d'aujourd'hui,
08:05avec les coûts du pétrole qui augmentent,
08:07on le voit bien dans l'actualité,
08:09donc le secteur nucléaire,
08:11l'intelligence artificielle,
08:12le ferroviaire que vous avez évoqué tout à l'heure,
08:14ou encore l'espace, l'aéronautique.
08:17Je soulignerai aussi les industries culturelles,
08:19dont on ne parle pas beaucoup,
08:20mais les industries culturelles,
08:21l'industrie cinématographique, l'audiovisuel,
08:24ce n'est pas une industrie au sens manufacturier du terme,
08:26on est d'accord,
08:26mais c'est un secteur d'exportation bénéficiaire.
08:30Dans la balance commerciale française,
08:31il y a très peu de secteurs
08:32où nous dégageons un excédent commercial.
08:34On peut rappeler que là, au moins,
08:36on a des cartes à jouer.
08:39Oui, tout à fait.
08:39Donc il y a ça,
08:40le soutien apporté à certains secteurs.
08:42Il faut réfléchir exactement à ce qu'il faut faire.
08:44C'est un soutien politique, alors ?
08:46Oui, oui.
08:46Ou des choix politiques.
08:47Réglementaires,
08:49de choix d'investissement, par exemple.
08:51De choix aussi de quelle université soutenir,
08:55quel programme de recherche soutenir.
08:56C'est de cet ordre-là.
08:57Il y a un deuxième soutien
08:58qui me paraît important à apporter.
09:01Je vais répondre à votre question tout à l'heure.
09:03Bien évidemment, je ne l'oublie pas.
09:04Mais un deuxième point
09:05qui me paraît important quand même,
09:06c'est la commande publique.
09:07On oublie l'importance de la commande publique.
09:10Parce que si on regarde...
09:12En fait, je vais le dire un peu sévèrement,
09:13mais l'État français
09:14est un très mauvais consommateur.
09:17L'État français
09:19achète 60% de ses besoins
09:21à l'étranger.
09:22C'est-à-dire que ça creuse
09:23la balance commerciale française.
09:25En Allemagne, par exemple,
09:27ils sont à 40%.
09:28La commande publique
09:29est importée à 40%.
09:31C'est-à-dire que si en France
09:32on pouvait passer...
09:33Inverser au moins la tendance.
09:34Tout à fait, inverser la tendance.
09:36C'est 15 milliards.
09:3715 milliards d'euros
09:38qui, du jour au lendemain,
09:39au lieu d'être déversés
09:40en direction d'entreprises
09:41qui sont à l'étranger,
09:43bénéficieraient aux entreprises françaises.
09:4615 milliards...
09:46Ce n'est pas négligeable.
09:47Ce n'est pas négligeable, je crois.
09:48Donc, il faut prendre ça en considération,
09:50d'autant que sur cette question
09:51de l'aide publique,
09:53les États-Unis
09:53n'ont pas attendu
09:54qu'on leur autorise
09:55le droit de faire
09:56ce qu'ils ont envie de faire
09:58sur ces questions-là.
09:59En 1933,
10:00a été voté
10:01le premier
10:02Buy American Act
10:04qui est renouvelé régulièrement.
10:06On en a entendu parler récemment.
10:08Donald Trump,
10:09Joe Biden
10:09avaient mis ça à nouveau en marche,
10:11ou avaient renouvelé
10:12cette loi.
10:13Mais surtout,
10:14en 1953,
10:16a été voté
10:16la Small Business Act
10:19qui est une loi
10:21en fait très, très importante
10:22parce qu'elle ouvre
10:23aux petites entreprises
10:25américaines,
10:26bien sûr,
10:27des marchés publics.
10:28Et donc,
10:29ça donne
10:29un point d'amorçage
10:31pour des entreprises
10:32avec une garantie
10:33qu'une partie
10:34des marchés publics
10:35leur est accordée.
10:37Et donc,
10:37c'est un point de démarrage
10:38pour des entreprises
10:40et en plus,
10:41et par la suite,
10:42ce sont des marchés
10:43qui s'étendent.
10:44Quand on dit
10:44des marchés qui s'étendent,
10:45des gains de productivité,
10:46des gains de compétitivité.
10:48Donc, ça,
10:48c'est la question
10:49de la commande publique.
10:50C'est fondamental.
10:51On l'oublie,
10:52on fait comme si c'était normal.
10:53Mais non,
10:53mais l'État français
10:54n'est pas un bon exemple.
10:55Et puis,
10:55le troisième point,
10:56je reviens plus directement
10:57à votre question
10:58parce que je pense
10:58que c'est une question
11:00fondamentale
11:00et ça rejoint
11:01ce que vous disiez,
11:01Cyril,
11:02sur l'histoire
11:04de la désindustrialisation
11:05française
11:06qui est aussi
11:07une histoire
11:07de la désindustrialisation
11:10intellectuelle,
11:11mentale,
11:11j'ai envie de dire
11:12presque morale.
11:13Nous,
11:1450 années
11:15de désindustrialisation,
11:16donc on n'y croit plus
11:17et je crois
11:18qu'il faut
11:20réinventer
11:20un imaginaire industriel.
11:22Il faut effectivement
11:23il faut y croire,
11:25il faut travailler
11:26la culture technique,
11:27la culture industrielle,
11:29la culture d'entreprise.
11:32L'industrie,
11:33elle est mal comprise,
11:34l'industrie est mal comprise,
11:35mal aimée aussi,
11:36de manière un peu caricaturale.
11:38Je suis un peu long,
11:38mais...
11:39Non, non,
11:39mais c'est vrai
11:40qu'on a souvent
11:40industrie et enjeux
11:42environnementaux,
11:43etc.
11:43Donc il y a beaucoup
11:43d'éléments
11:44alors que...
11:45Et du coup,
11:45quand une entreprise
11:48ferme,
11:49il y a des manifestants
11:50qui disent
11:50on n'est pas d'accord.
11:51Quand une entreprise
11:52ouvre,
11:52il y a des manifestants
11:53qui disent
11:53on n'est pas d'accord.
11:54On est dans une espèce
11:55de schizophrénie en France,
11:56dans notre rapport
11:57à l'industrie,
11:57qu'il va falloir
11:59prendre de face.
12:00Je voudrais juste
12:00dire un petit mot
12:01sur un chercheur américain
12:04qui s'appelle Dan Wang
12:05qui est d'origine chinoise
12:07qui a publié très récemment
12:09un livre sur la Chine
12:11et sur le succès
12:12industriel de la Chine.
12:13Et il rappelle utilement
12:14que la Chine
12:15est dirigée
12:15par des ingénieurs.
12:17Et je crois
12:17qu'en France,
12:19vous évoquez un petit peu
12:20ça finalement tout à l'heure,
12:21il y a beaucoup
12:22de politiciens,
12:22ils font très bien
12:23leur métier de politiciens,
12:24mais je crois
12:25qu'on a besoin
12:25de culture technique.
12:27Et on a besoin
12:27de culture en ingénierie,
12:29y compris dans le monde
12:30politique.
12:30Vous avez parlé
12:31justement des Etats-Unis.
12:33Là, on a vu
12:33que Xi Jinping
12:35et Donald Trump
12:36s'étaient rencontrés,
12:37ils ont créé
12:38des accords
12:39de droits de douane,
12:40notamment sur des matières
12:42premières,
12:42voies, etc.
12:43Ça, c'est des éléments
12:44qui, pour vous,
12:46sont inquiétants
12:47par rapport
12:47à la place de l'Europe
12:50et ces deux pôles
12:52Etats-Unis-Chine
12:53sur la place industrielle.
12:55Sur le point de vue
12:56purement industriel,
12:57oui, je rajouterais
12:58je suis géographe
12:59et je m'intéresse
13:00aussi à des enjeux
13:01de relations internationales
13:02et géopolitiques.
13:03Il y a aussi la Russie
13:05qui rentre dans l'équation
13:06sur des thématiques
13:06un peu différentes.
13:08Mais pour répondre
13:09directement à votre question,
13:10oui, l'Europe
13:11doit se réveiller
13:12pour devenir
13:13une puissance
13:16géopolitique.
13:17et qui dit puissance géopolitique,
13:20il faut donc mettre en place
13:21une stratégie.
13:22Au cœur de la stratégie,
13:23c'est l'industrie.
13:25Sur cette base-là,
13:26il me semble que l'Europe
13:27a des cartes à jouer.
13:29Encore faut-il
13:30qu'elle en ait envie
13:31pour plager un petit peu
13:32Raymond Aron
13:33qui disait quelque chose
13:34de cet ordre-là.
13:35En termes de protection,
13:36d'abord,
13:37c'est-à-dire
13:38qu'il y a un débat
13:38sur l'automobile électrique
13:39que vous maîtrisez bien
13:41ce débat,
13:42sur l'automobile électrique
13:43en 1834,
13:45je reviens un petit peu
13:46en arrière,
13:46mais en 1834,
13:48les États allemands
13:49ont instauré
13:50ce qui s'appelle
13:50la Zollverein,
13:52c'est-à-dire
13:52un marché commun
13:54avec une protection douanière.
13:56Ça a marché.
13:57L'objectif,
13:58c'était de se protéger
14:00contre l'industrie britannique.
14:02Au début du 19e siècle,
14:03l'industrie la plus puissante,
14:04c'est l'industrie britannique,
14:05bien évidemment.
14:06Et l'industrie naissante,
14:07c'est un concept
14:08en géographie économique,
14:09le concept
14:09d'industrie naissante.
14:11L'industrie naissante
14:12en Allemagne,
14:12il faut la protéger.
14:13Aujourd'hui,
14:14dans le domaine
14:15de l'industrie automobile,
14:17on est un peu
14:17dans une situation comparable.
14:18C'est-à-dire
14:19que l'industrie automobile
14:20électrique japonaise,
14:22pardon,
14:22chinoise,
14:24est extrêmement puissante.
14:25Si on ne fait rien,
14:26on va se retrouver
14:27dans une difficulté
14:28absolument colossale.
14:29Et il faut faire quelque chose.
14:30Cyril Roger,
14:31ça vous touche
14:33principalement en plus ?
14:34Bien sûr.
14:34En fait,
14:35la Chine est un exemple,
14:36d'ailleurs,
14:36c'est un peu
14:37une leçon de l'histoire,
14:38une punition de l'histoire.
14:39On a longtemps considéré
14:39qu'ils nous copiaient.
14:40Et maintenant,
14:41on essaie de voir
14:41comment on peut les copier.
14:42Mais ce que je retiens
14:44vraiment de la Chine,
14:45c'est ce darwinisme encadré.
14:47C'est-à-dire,
14:47je lance un secteur,
14:48l'automobile,
14:49je laisse les sociétés,
14:50je les aide énormément.
14:52Puis à un moment donné,
14:52j'arrête de les aider
14:53puis ils survivent les meilleurs.
14:54Et je trouve que cela a prouvé une certaine...
14:58Parce qu'on pourrait dire
15:00qu'ils sont low-cost.
15:01Non,
15:01les véhicules chinois
15:02sont de très grande qualité.
15:04Et donc,
15:05on a peut-être un peu trop...
15:07En fait,
15:07c'est le temps long.
15:08On a oublié une chose,
15:10c'est qu'on ne peut pas
15:10changer de cap
15:11tous les cinq minutes.
15:12Et les Chinois ont
15:13cet encadrement de l'industrie
15:15qui a d'autres inconvénients,
15:17mais qui,
15:18pour le coup,
15:18a un avantage.
15:19Ce que je dirais là-dessus,
15:20c'est quoi ?
15:20C'est qu'on ne peut pas
15:21à la fois avoir la tête
15:22qui dit
15:23je veux que mon pays
15:24ait pu créer plus de valeur
15:26et avoir les gens
15:27qui font une fiscalité
15:28qui poussent
15:28à la mettre à l'extérieur.
15:30Donc,
15:30tout ça,
15:30c'est une problématique
15:31de politique industrielle.
15:32On l'a connu
15:32avec le général de Gaulle
15:33qui revient beaucoup
15:34à la vôtre en ce moment.
15:35On avait la volonté,
15:37la Corée,
15:37c'est l'échebol,
15:39c'est qu'à un moment donné,
15:39l'État a dit
15:40bon,
15:40je vais être numéro un
15:41dans un domaine,
15:42le Canada pour les jeux vidéo,
15:43je vais investir.
15:44Nous,
15:45c'est un peu
15:45une politique à la gribouille.
15:47On en voit
15:47dans tous les sens,
15:48on corrige le tir
15:49à court terme
15:50en se disant
15:50on verra bien
15:51ce qui se passe.
15:52Ce n'est pas le cas
15:52des autres
15:52et je crois qu'aujourd'hui,
15:54même l'État livre
15:54nous rend des points,
15:55je crois qu'il est temps
15:56de se réveiller.
15:58Vous développez désormais
15:59dans votre feuille de route
16:00un développement
16:02à l'international.
16:03Dans quel pays
16:04justement ?
16:05La moitié du CFR
16:06est fait à l'international.
16:07On a près de 5000 collaborateurs
16:09du Canada à l'Argentine,
16:11on a plus de 1000 collaborateurs
16:12en Inde,
16:13un millier en Asie,
16:14donc oui,
16:15mais on ne l'a pas attendu
16:16parce que nos clients
16:18nous ont poussés.
16:19Ce n'est pas une politique
16:20qu'on a décidé un beau matin,
16:21c'est que dans l'équation
16:23industrielle,
16:24ne pas être en Chine,
16:25ça n'a pas de sens.
16:26Ne pas être au Maroc
16:27qui est une nation remarquable,
16:29ça n'a pas de sens.
16:30Après,
16:31la planète est devenue unique,
16:33en temps réel,
16:34on peut dialoguer
16:34avec n'importe qui,
16:35mais avec les droits de douane
16:36et puis d'autres considérations,
16:38c'est devenu du multilocal.
16:39Donc l'équation
16:40pour une entreprise
16:41de la taille de Cégula
16:42est déjà complexe,
16:43mais alors pour des PME,
16:45c'est insurmontable.
16:46Donc c'est là
16:46où les gouvernements
16:47pourraient justement
16:48faciliter ces choses-là
16:49et autant que je puisse en juger,
16:50ce n'est pas le cas aujourd'hui.
16:51Donc là,
16:52si tous les deux,
16:52vous deviez donner une priorité
16:55pour ces prochaines années,
16:57ce serait simplification
16:59donnée par le politique ?
17:02Je crois que l'échelon européen
17:04est le bon échelon
17:05en termes de politique industrielle.
17:08Encore une fois,
17:09pour rebondir sur le sujet
17:10qu'on évoquait tout à l'heure,
17:11c'est que pour faire face
17:12à la Chine et aux États-Unis,
17:14il faut faire masse.
17:15L'Europe peut faire masse,
17:17effectivement.
17:17Mais ça veut dire
17:18qu'il y a aussi un point important
17:20concernant l'Union européenne,
17:21c'est qu'il faut changer
17:22de philosophie.
17:23La philosophie de l'Union européenne
17:24jusqu'à présent,
17:25c'est stimuler la concurrence
17:26intra-européenne
17:28au nom du droit
17:30du consommateur,
17:31au nom du pouvoir d'achat
17:33du consommateur.
17:34Je crois que ça bénéficie
17:35à d'autres acteurs,
17:37dont des acteurs chinois.
17:38Et là,
17:38il faut se réveiller
17:39par rapport à ça.
17:39Et je crois que la philosophie européenne
17:41désormais doit être
17:41de favoriser l'émergence
17:43de champions européens
17:44qui vont être en capacité
17:45d'être compétitifs
17:47par rapport justement
17:48aux entreprises chinoises,
17:50américaines et autres.
17:52Vous avez parfaitement raison.
17:53Et j'ajouterais
17:54que l'Europe devrait
17:56beaucoup plus
17:58encadrer
17:58que vouloir légiférer.
18:00Je pense que dans l'industrie,
18:02personne ne sait mieux,
18:03même dans l'électrique,
18:03personne ne sait mieux
18:04que les experts de ce métier.
18:06Comment ça fonctionne ?
18:08Vouloir dire
18:08on va intervenir
18:10à tous les niveaux
18:11de la chaîne de valeur
18:12et la rendre hyper statique
18:14facilite l'arrivée des Chinois
18:16et surtout complexifie
18:17énormément
18:17pour nos entreprises.
18:19Cyril Roger,
18:19merci beaucoup.
18:20Vous êtes président exécutif
18:21de Segula Technologies.
18:23Frédéric Le Riche,
18:24directeur du LIMEPS.
18:25Merci à tous les deux
18:26pour ce débat éco
18:27et merci à vous toutes et tous
18:29de nous avoir suivis.
18:29C'était Smartéco.
18:31Merci.
18:31Sous-titrage Société Radio-Canada
18:35Sous-titrage Société Radio-Canada

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