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  • il y a 36 minutes
Sylvain Waserman, président de l'Ademe, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce mardi 29 septembre. lls sont revenus sur la réduction de 30% du budget de l'Agence de la transition écologique envisagée par le gouvernement, la sécurisation de l'usine Fibre Excellence, ainsi que sur les menaces de coupes budgétaires et de restructuration portées par les élus de droite et d'extrême droite contre l'Ademe dans le cadre du PLF 2027, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Sylvain Vazorman, bonjour !
00:02Vous êtes le patron de l'ADEME qui est l'agence de la transition écologique.
00:05Vous financez la décarbonation des collectivités et des entreprises
00:08et vous pilotez 1050 agents sur tout le territoire.
00:12Juste pour commencer, Total, hier a fait part de ses investissements
00:162 à 3% paroles dans le pétrole et le gaz jusqu'en 2035.
00:20Donc ils misent toujours assez aisément sur le fossile.
00:23Et puis d'ici 2032, 14 à 17 milliards d'investissements
00:25dont seulement 4 milliards dans le bas carbone.
00:29Vous réagissez comment ?
00:31Écoutez, Total défend ses intérêts.
00:33Aujourd'hui, la transition écologique, c'est un match
00:35entre les énergies décarbonées et les énergies fossiles.
00:37On n'y est pas.
00:39On n'y est pas encore.
00:4060% de l'énergie et du mix énergétique en France,
00:43c'est des énergies fossiles.
00:44Et d'ailleurs, n'oublions pas que les impasses sociales,
00:47les gens qui n'arrivent plus à faire leur plein pour aller travailler,
00:50les gens qui n'arrivent plus à payer leur facture de gaz,
00:52elles sont dans le monde fossile d'aujourd'hui.
00:54Et c'est pour ça qu'on parle de transition écologique.
00:56La transition écologique, c'est aussi une façon
00:58de sortir de ces impasses sociales du monde fossile d'aujourd'hui.
01:03C'est pour ça qu'il faudrait accélérer dans la transition écologique.
01:05Or, le budget sera présenté jeudi et des rumeurs de presse évoquent
01:08une réduction de 30% de votre budget, du budget de l'ADEME.
01:12À quelle sauce vous les allez être mangés ?
01:15Écoutez, chacun son job.
01:16Le Premier ministre, le gouvernement et le Parlement
01:19ont une équation budgétaire très compliquée.
01:21Mon job à moi, c'est que chaque euro qu'on nous confiera,
01:24c'est d'optimiser son impact.
01:26Vous savez pourquoi on fait tout ça ?
01:27Pourquoi est-ce que l'État a mis autant d'argent dans la transition écologique ?
01:31Parce qu'il y a une urgence, il y a bien sûr l'urgence écologique,
01:33dont les scientifiques du GIEC nous alertent depuis longtemps,
01:36mais il y a aussi une urgence économique.
01:38Il y a des entreprises aujourd'hui qui mettent la clé sous la porte
01:41parce que les prix du gaz en font fois deux
01:42et que leur processus est très dépendant des énergies fossiles.
01:46Parce que justement, elles n'ont pas amorcé cette transition-là.
01:49On voit que le fonds chaleur va baisser,
01:51que votre budget va baisser,
01:52on voit que cet été a été caniculaire.
01:54Tout ça, ce n'est pas paradoxal finalement ?
01:56Ce n'est pas justement d'une transition écologique
01:58qu'il faudrait mettre les moyens aujourd'hui ?
02:00Bien évidemment, encore une fois, l'équation budgétaire est complexe.
02:04Mais en tout cas, le fonds chaleur,
02:06l'argent qu'on met pour décarboner les entreprises
02:09et décarboner les collectivités,
02:12c'est là où il est le plus efficace.
02:13C'est dans le fonds chaleur,
02:14c'est dans des outils comme ceux,
02:15comme des politiques publiques qui sont déployés.
02:18Et puis, vous savez, l'État vient de nous confier
02:20la moitié des actions, de la mise en œuvre des actions
02:22du plan d'électrification.
02:24C'est un enjeu absolument majeur.
02:25C'est un enjeu de souveraineté pour notre pays.
02:27D'ailleurs, vous savez, on a l'impression comme ça
02:31que tout ce qu'on fait sur la transition écologique,
02:33c'est pour le climat de 2050, mais pas du tout.
02:35C'est aussi, on parle beaucoup des équations budgétaires,
02:37et vous m'en parlez à juste titre.
02:39L'an dernier, quand on regarde les intérêts de la dette
02:42dont on parle tout le temps, c'était 60 milliards d'euros.
02:44Mais il y a une hémorragie financière
02:46qui était plus importante encore.
02:48C'est les 64 milliards d'euros qu'on a dépensés
02:51pour financer le gaz et le pétrole qu'on importe.
02:54Je vais vous dire quelque chose qui va parler
02:56aux chefs d'entreprise qui nous regardent.
02:58À chaque fois qu'on lance un réseau de chaleur,
03:01avec le fonds chaleur,
03:02à chaque fois qu'une entreprise se décarbone
03:04et qu'on l'accompagne dans cette décarbonation,
03:06c'est une petite partie de ces 64 milliards d'euros
03:08d'hémorragie financière
03:10qu'on réintègre dans la chaîne de valeur française.
03:12Est-ce que ce plan d'électrification,
03:14vous pouvez promettre aux chefs d'entreprise
03:18qui nous écoutent que ça va baisser leurs factures ?
03:21Absolument.
03:22Je discutais avec le président de la Comcom de Limbre.
03:25Il y avait deux usines de papier carton
03:27à 500 mètres l'une de l'autre.
03:29L'une était restée au gaz,
03:30l'autre avait basculé aux énergies renouvelables thermiques.
03:33Il m'a dit,
03:34écoute, j'étais entendu parler de la souveraineté
03:36et du risque pour notre actif économique.
03:39Celle qui était dépendante au gaz
03:41a acheté au mauvais moment pendant deux ans
03:43ses achats de gaz.
03:45Résultat, 150 familles sur le carreau.
03:47Donc c'est ça la réalité.
03:49Notre actif économique est fragile
03:51parce qu'il est exposé aux variations incontrôlables
03:53des prix des énergies fossiles.
03:55Donc on peut regarder la transition écologique
03:57comme un sujet du climat de 2050
03:58ou même comme une urgence
04:00par rapport à ce qui s'est passé cet été.
04:01On peut le voir aussi
04:02comme une façon de protéger notre pouvoir d'achat,
04:05l'exemple que je citais tout à l'heure des impasses sociales,
04:07et protéger notre actif économique,
04:09mettre nos entreprises à l'abri
04:11de ces variations incontrôlables
04:13du prix des énergies fossiles.
04:15En même temps, vous défendez la sobriété.
04:18Ce n'est pas vécu comme une contrainte,
04:20ça, pour les entreprises ?
04:21Non, non, la sobriété.
04:23Écoutez, le président de la CAPEB,
04:24hier, le disait très très bien.
04:26La sobriété, c'est d'abord
04:29moins consommer d'énergie, en l'occurrence.
04:31Et quand une entreprise se décarbone,
04:33elle commence toujours par regarder
04:34sa chaîne énergétique,
04:36réutiliser la chaleur fatale
04:37qu'elle perdait peut-être dans son processus industriel,
04:40optimiser tout ça.
04:41Les chefs d'entreprise sont habitués
04:43à optimiser leur processus.
04:45Donc la sobriété énergétique,
04:46c'est une évidence.
04:48C'est une évidence.
04:48C'est d'abord d'essayer de travailler
04:50sur sa chaîne énergétique,
04:51d'optimiser tout ça,
04:53et bien sûr de le décarboner,
04:54par exemple avec l'électrification,
04:56qui est quand même,
04:57en plus d'être beaucoup plus stable
04:58dans le temps
04:59et à l'abri de ces variations incontrôlables des prix,
05:02elle est aussi une façon souveraine
05:04de répondre au monde géopolitique actuel
05:07qui est particulièrement anxiogène.
05:08Mais aujourd'hui,
05:09comment on concilie véritablement
05:10les objectifs de décarbonation
05:12et la compétitivité de son entreprise ?
05:14Mais en fait, on y arrive.
05:15Je vais vous dire quelque chose.
05:16On parle souvent de l'accord de Paris.
05:18On a tous entendu parler.
05:18C'était quoi l'accord de Paris ?
05:20Limité à 2 degrés.
05:21C'était comparé.
05:22C'était un nombre de tonnes de carbone à abattre.
05:25Vous savez, moi, mon métier,
05:26c'est de transformer des euros
05:27en tonnes de carbone qu'on abat.
05:28Et bien, c'était 300 millions de tonnes
05:30qu'il fallait abattre
05:31entre 1990 et 2030.
05:32Le premier tiers,
05:33on a mis 25 ans
05:35pour réussir à l'abattre.
05:36Ça nous amène en 2017.
05:38Il y a eu,
05:39avec les nouvelles politiques
05:40de décarbonation,
05:42une accélération.
05:43Le deuxième tiers,
05:44on a mis 8 ans.
05:45On est passé de 25 ans à 8 ans.
05:47Et le troisième tiers,
05:47on doit le faire en 5 ans.
05:49Donc, c'est pas comme
05:49s'il ne se passait rien.
05:50Il y a un engagement de l'État
05:52qui est très fort.
05:53Je préside un opérateur de l'État.
05:55C'est un engagement de l'État
05:56très fort aux côtés des entreprises,
05:58aux côtés des collectivités
05:59pour accélérer cette décarbonation.
06:01Donc, ce qu'on a fait en 8 ans,
06:03ce qu'on avait fait en 25 ans,
06:04ce qu'on a fait après en 8 ans,
06:05on doit le faire maintenant en 5 ans.
06:06Donc, c'est exigeant,
06:07mais c'est atteignable.
06:08C'est vrai qu'avec ces objectifs
06:09de décarbonation,
06:11quand on voit qu'il y a des produits
06:12moins dix ans qui arrivent en France,
06:14c'est tentant d'aller se délocaliser ailleurs.
06:16J'ai fait un petit tour de France,
06:1714 étapes,
06:191350 entreprises.
06:20Les chefs d'entreprise
06:21savent très bien
06:22qu'ils doivent se protéger
06:23des variations incontrôlables
06:25des prix des énergies fossiles.
06:26Il y a une urgence économique.
06:29J'ai présenté des matrices de risque
06:31à mes actionnaires.
06:32Quand un chef d'entreprise,
06:33aujourd'hui,
06:34avec un processus très carboné,
06:36présente une matrice de risque
06:37à ses actionnaires,
06:38il y a un scénario de l'inaction.
06:40Au fait, si je mets la tête dans le sable
06:41et que les prix du gaz,
06:42comme aujourd'hui,
06:43font x2,
06:44s'ils font x3 ou x4,
06:45est-ce que mon business model
06:47tient encore
06:47ou est-ce que mon entreprise
06:49est à genoux ?
06:49Et je vais vous dire,
06:50les chefs d'entreprise
06:51adorent prendre du risque,
06:51mais sur leur cœur de métier,
06:53pas sur le fait de savoir
06:54si le détroit d'Hormuz
06:56est bloqué ou pas.
06:57Alors, le gouvernement
06:58vous a confié la gestion sécuritaire
06:59de l'usine Fibre Excellence,
07:01accusée de mise en danger
07:02de l'environnement.
07:03Ça consiste en quoi ?
07:04En fait, c'est un rôle
07:05très peu connu de l'ADEME.
07:07Quand une entreprise fait faillite,
07:09le site est déclaré orphelin
07:10et l'État, heureusement,
07:11est dernier recours.
07:12Dans ce cas-là,
07:14dans des cas complexes
07:16comme celui-là,
07:16et celui-là est particulièrement complexe
07:18et menace aussi
07:18la pollution du Rhône également,
07:21dans ces cas complexes,
07:23on a à l'ADEME
07:2360 ingénieurs
07:24parmi les meilleurs de France,
07:26le préfet,
07:26avec l'accord du ministre
07:27et le ministre Lefebvre
07:28a agi très rapidement
07:29en voyant la sensibilité
07:31et l'urgence du sujet,
07:33le préfet me transfère
07:34la responsabilité pénale
07:35de gestion de cette situation
07:37et avec nos 60 ingénieurs,
07:38on met en sécurité le site
07:40et on dépollue
07:41en fonction de ce que l'État décide.
07:43Une dernière question
07:44sur l'ADEME
07:45qui est souvent menacée,
07:46que ce soit par l'ERN,
07:48par l'ELR,
07:49par le Sénat,
07:50même par l'Assemblée,
07:50il y a souvent des amendements
07:51au budget,
07:52il pourrait y en avoir
07:52même peut-être encore
07:53en 2027.
07:55Est-ce que vous vous dites
07:56oui,
07:57il faut peut-être
07:57une réorganisation
07:58entre différents services
08:00de l'État ?
08:00Il y en a beaucoup
08:00qui disent qu'il y a
08:01des doublons
08:02avec l'ADEME.
08:03Est-ce que vous pensez
08:04qu'effectivement,
08:05il y a moyen de réorganiser
08:07toute la transition écologique ?
08:08Attendez,
08:08tous les modèles sont possibles.
08:10Moi, je vais vous dire
08:10juste une chose.
08:11Je demande à ce qu'on nous juge
08:12sur nos résultats.
08:13Moi, je pilote l'ADEME
08:14comme j'ai piloté l'entreprise
08:15que j'ai dirigée
08:15pendant 8 ans,
08:16avec des indicateurs,
08:17avec une équipe dirigeante
08:19dont les parties variables
08:20dépendent de l'atteinte ou pas
08:21des résultats de l'ADEME,
08:22des résultats chiffrés,
08:23objectifs.
08:24Donc, avec 1 000 personnes,
08:27600 ingénieurs
08:28qui sont engagés,
08:29impliqués,
08:30avec une structure de coût
08:32qui est extrêmement compétitive.
08:34Et c'était encore souligné
08:36par la rapporteure au Sénat
08:37qui parlait de l'ADEME
08:38au global.
08:39Jugez-nous sur nos résultats.
08:41Moi, je dois abattre
08:42ou participer à abattre
08:441,3 million de tonnes
08:45cette année de carbone.
08:46Donc, pendant que beaucoup parlent,
08:48imaginent tout ce qui serait possible
08:49et plein de choses seraient possibles.
08:50Jugeons sur l'efficacité
08:52comme on juge
08:53tous les acteurs économiques.
08:54Merci Sylvain Vazermann
08:55d'avoir été notre invité
08:56dans le matimale
08:57de BFM Business,
08:58président de l'ADEME,
08:59l'agence de la transition écologique.
09:00C'est une interview à retrouver
09:01en podcast et en replay
09:03sur l'application BFM Business.
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