00:00Avec Sylvain Vazorman, bonjour !
00:02Vous êtes le patron de l'ADEME qui est l'agence de la transition écologique.
00:05Vous financez la décarbonation des collectivités et des entreprises
00:08et vous pilotez 1050 agents sur tout le territoire.
00:12Juste pour commencer, Total, hier a fait part de ses investissements
00:162 à 3% paroles dans le pétrole et le gaz jusqu'en 2035.
00:20Donc ils misent toujours assez aisément sur le fossile.
00:23Et puis d'ici 2032, 14 à 17 milliards d'investissements
00:25dont seulement 4 milliards dans le bas carbone.
00:29Vous réagissez comment ?
00:31Écoutez, Total défend ses intérêts.
00:33Aujourd'hui, la transition écologique, c'est un match
00:35entre les énergies décarbonées et les énergies fossiles.
00:37On n'y est pas.
00:39On n'y est pas encore.
00:4060% de l'énergie et du mix énergétique en France,
00:43c'est des énergies fossiles.
00:44Et d'ailleurs, n'oublions pas que les impasses sociales,
00:47les gens qui n'arrivent plus à faire leur plein pour aller travailler,
00:50les gens qui n'arrivent plus à payer leur facture de gaz,
00:52elles sont dans le monde fossile d'aujourd'hui.
00:54Et c'est pour ça qu'on parle de transition écologique.
00:56La transition écologique, c'est aussi une façon
00:58de sortir de ces impasses sociales du monde fossile d'aujourd'hui.
01:03C'est pour ça qu'il faudrait accélérer dans la transition écologique.
01:05Or, le budget sera présenté jeudi et des rumeurs de presse évoquent
01:08une réduction de 30% de votre budget, du budget de l'ADEME.
01:12À quelle sauce vous les allez être mangés ?
01:15Écoutez, chacun son job.
01:16Le Premier ministre, le gouvernement et le Parlement
01:19ont une équation budgétaire très compliquée.
01:21Mon job à moi, c'est que chaque euro qu'on nous confiera,
01:24c'est d'optimiser son impact.
01:26Vous savez pourquoi on fait tout ça ?
01:27Pourquoi est-ce que l'État a mis autant d'argent dans la transition écologique ?
01:31Parce qu'il y a une urgence, il y a bien sûr l'urgence écologique,
01:33dont les scientifiques du GIEC nous alertent depuis longtemps,
01:36mais il y a aussi une urgence économique.
01:38Il y a des entreprises aujourd'hui qui mettent la clé sous la porte
01:41parce que les prix du gaz en font fois deux
01:42et que leur processus est très dépendant des énergies fossiles.
01:46Parce que justement, elles n'ont pas amorcé cette transition-là.
01:49On voit que le fonds chaleur va baisser,
01:51que votre budget va baisser,
01:52on voit que cet été a été caniculaire.
01:54Tout ça, ce n'est pas paradoxal finalement ?
01:56Ce n'est pas justement d'une transition écologique
01:58qu'il faudrait mettre les moyens aujourd'hui ?
02:00Bien évidemment, encore une fois, l'équation budgétaire est complexe.
02:04Mais en tout cas, le fonds chaleur,
02:06l'argent qu'on met pour décarboner les entreprises
02:09et décarboner les collectivités,
02:12c'est là où il est le plus efficace.
02:13C'est dans le fonds chaleur,
02:14c'est dans des outils comme ceux,
02:15comme des politiques publiques qui sont déployés.
02:18Et puis, vous savez, l'État vient de nous confier
02:20la moitié des actions, de la mise en œuvre des actions
02:22du plan d'électrification.
02:24C'est un enjeu absolument majeur.
02:25C'est un enjeu de souveraineté pour notre pays.
02:27D'ailleurs, vous savez, on a l'impression comme ça
02:31que tout ce qu'on fait sur la transition écologique,
02:33c'est pour le climat de 2050, mais pas du tout.
02:35C'est aussi, on parle beaucoup des équations budgétaires,
02:37et vous m'en parlez à juste titre.
02:39L'an dernier, quand on regarde les intérêts de la dette
02:42dont on parle tout le temps, c'était 60 milliards d'euros.
02:44Mais il y a une hémorragie financière
02:46qui était plus importante encore.
02:48C'est les 64 milliards d'euros qu'on a dépensés
02:51pour financer le gaz et le pétrole qu'on importe.
02:54Je vais vous dire quelque chose qui va parler
02:56aux chefs d'entreprise qui nous regardent.
02:58À chaque fois qu'on lance un réseau de chaleur,
03:01avec le fonds chaleur,
03:02à chaque fois qu'une entreprise se décarbone
03:04et qu'on l'accompagne dans cette décarbonation,
03:06c'est une petite partie de ces 64 milliards d'euros
03:08d'hémorragie financière
03:10qu'on réintègre dans la chaîne de valeur française.
03:12Est-ce que ce plan d'électrification,
03:14vous pouvez promettre aux chefs d'entreprise
03:18qui nous écoutent que ça va baisser leurs factures ?
03:21Absolument.
03:22Je discutais avec le président de la Comcom de Limbre.
03:25Il y avait deux usines de papier carton
03:27à 500 mètres l'une de l'autre.
03:29L'une était restée au gaz,
03:30l'autre avait basculé aux énergies renouvelables thermiques.
03:33Il m'a dit,
03:34écoute, j'étais entendu parler de la souveraineté
03:36et du risque pour notre actif économique.
03:39Celle qui était dépendante au gaz
03:41a acheté au mauvais moment pendant deux ans
03:43ses achats de gaz.
03:45Résultat, 150 familles sur le carreau.
03:47Donc c'est ça la réalité.
03:49Notre actif économique est fragile
03:51parce qu'il est exposé aux variations incontrôlables
03:53des prix des énergies fossiles.
03:55Donc on peut regarder la transition écologique
03:57comme un sujet du climat de 2050
03:58ou même comme une urgence
04:00par rapport à ce qui s'est passé cet été.
04:01On peut le voir aussi
04:02comme une façon de protéger notre pouvoir d'achat,
04:05l'exemple que je citais tout à l'heure des impasses sociales,
04:07et protéger notre actif économique,
04:09mettre nos entreprises à l'abri
04:11de ces variations incontrôlables
04:13du prix des énergies fossiles.
04:15En même temps, vous défendez la sobriété.
04:18Ce n'est pas vécu comme une contrainte,
04:20ça, pour les entreprises ?
04:21Non, non, la sobriété.
04:23Écoutez, le président de la CAPEB,
04:24hier, le disait très très bien.
04:26La sobriété, c'est d'abord
04:29moins consommer d'énergie, en l'occurrence.
04:31Et quand une entreprise se décarbone,
04:33elle commence toujours par regarder
04:34sa chaîne énergétique,
04:36réutiliser la chaleur fatale
04:37qu'elle perdait peut-être dans son processus industriel,
04:40optimiser tout ça.
04:41Les chefs d'entreprise sont habitués
04:43à optimiser leur processus.
04:45Donc la sobriété énergétique,
04:46c'est une évidence.
04:48C'est une évidence.
04:48C'est d'abord d'essayer de travailler
04:50sur sa chaîne énergétique,
04:51d'optimiser tout ça,
04:53et bien sûr de le décarboner,
04:54par exemple avec l'électrification,
04:56qui est quand même,
04:57en plus d'être beaucoup plus stable
04:58dans le temps
04:59et à l'abri de ces variations incontrôlables des prix,
05:02elle est aussi une façon souveraine
05:04de répondre au monde géopolitique actuel
05:07qui est particulièrement anxiogène.
05:08Mais aujourd'hui,
05:09comment on concilie véritablement
05:10les objectifs de décarbonation
05:12et la compétitivité de son entreprise ?
05:14Mais en fait, on y arrive.
05:15Je vais vous dire quelque chose.
05:16On parle souvent de l'accord de Paris.
05:18On a tous entendu parler.
05:18C'était quoi l'accord de Paris ?
05:20Limité à 2 degrés.
05:21C'était comparé.
05:22C'était un nombre de tonnes de carbone à abattre.
05:25Vous savez, moi, mon métier,
05:26c'est de transformer des euros
05:27en tonnes de carbone qu'on abat.
05:28Et bien, c'était 300 millions de tonnes
05:30qu'il fallait abattre
05:31entre 1990 et 2030.
05:32Le premier tiers,
05:33on a mis 25 ans
05:35pour réussir à l'abattre.
05:36Ça nous amène en 2017.
05:38Il y a eu,
05:39avec les nouvelles politiques
05:40de décarbonation,
05:42une accélération.
05:43Le deuxième tiers,
05:44on a mis 8 ans.
05:45On est passé de 25 ans à 8 ans.
05:47Et le troisième tiers,
05:47on doit le faire en 5 ans.
05:49Donc, c'est pas comme
05:49s'il ne se passait rien.
05:50Il y a un engagement de l'État
05:52qui est très fort.
05:53Je préside un opérateur de l'État.
05:55C'est un engagement de l'État
05:56très fort aux côtés des entreprises,
05:58aux côtés des collectivités
05:59pour accélérer cette décarbonation.
06:01Donc, ce qu'on a fait en 8 ans,
06:03ce qu'on avait fait en 25 ans,
06:04ce qu'on a fait après en 8 ans,
06:05on doit le faire maintenant en 5 ans.
06:06Donc, c'est exigeant,
06:07mais c'est atteignable.
06:08C'est vrai qu'avec ces objectifs
06:09de décarbonation,
06:11quand on voit qu'il y a des produits
06:12moins dix ans qui arrivent en France,
06:14c'est tentant d'aller se délocaliser ailleurs.
06:16J'ai fait un petit tour de France,
06:1714 étapes,
06:191350 entreprises.
06:20Les chefs d'entreprise
06:21savent très bien
06:22qu'ils doivent se protéger
06:23des variations incontrôlables
06:25des prix des énergies fossiles.
06:26Il y a une urgence économique.
06:29J'ai présenté des matrices de risque
06:31à mes actionnaires.
06:32Quand un chef d'entreprise,
06:33aujourd'hui,
06:34avec un processus très carboné,
06:36présente une matrice de risque
06:37à ses actionnaires,
06:38il y a un scénario de l'inaction.
06:40Au fait, si je mets la tête dans le sable
06:41et que les prix du gaz,
06:42comme aujourd'hui,
06:43font x2,
06:44s'ils font x3 ou x4,
06:45est-ce que mon business model
06:47tient encore
06:47ou est-ce que mon entreprise
06:49est à genoux ?
06:49Et je vais vous dire,
06:50les chefs d'entreprise
06:51adorent prendre du risque,
06:51mais sur leur cœur de métier,
06:53pas sur le fait de savoir
06:54si le détroit d'Hormuz
06:56est bloqué ou pas.
06:57Alors, le gouvernement
06:58vous a confié la gestion sécuritaire
06:59de l'usine Fibre Excellence,
07:01accusée de mise en danger
07:02de l'environnement.
07:03Ça consiste en quoi ?
07:04En fait, c'est un rôle
07:05très peu connu de l'ADEME.
07:07Quand une entreprise fait faillite,
07:09le site est déclaré orphelin
07:10et l'État, heureusement,
07:11est dernier recours.
07:12Dans ce cas-là,
07:14dans des cas complexes
07:16comme celui-là,
07:16et celui-là est particulièrement complexe
07:18et menace aussi
07:18la pollution du Rhône également,
07:21dans ces cas complexes,
07:23on a à l'ADEME
07:2360 ingénieurs
07:24parmi les meilleurs de France,
07:26le préfet,
07:26avec l'accord du ministre
07:27et le ministre Lefebvre
07:28a agi très rapidement
07:29en voyant la sensibilité
07:31et l'urgence du sujet,
07:33le préfet me transfère
07:34la responsabilité pénale
07:35de gestion de cette situation
07:37et avec nos 60 ingénieurs,
07:38on met en sécurité le site
07:40et on dépollue
07:41en fonction de ce que l'État décide.
07:43Une dernière question
07:44sur l'ADEME
07:45qui est souvent menacée,
07:46que ce soit par l'ERN,
07:48par l'ELR,
07:49par le Sénat,
07:50même par l'Assemblée,
07:50il y a souvent des amendements
07:51au budget,
07:52il pourrait y en avoir
07:52même peut-être encore
07:53en 2027.
07:55Est-ce que vous vous dites
07:56oui,
07:57il faut peut-être
07:57une réorganisation
07:58entre différents services
08:00de l'État ?
08:00Il y en a beaucoup
08:00qui disent qu'il y a
08:01des doublons
08:02avec l'ADEME.
08:03Est-ce que vous pensez
08:04qu'effectivement,
08:05il y a moyen de réorganiser
08:07toute la transition écologique ?
08:08Attendez,
08:08tous les modèles sont possibles.
08:10Moi, je vais vous dire
08:10juste une chose.
08:11Je demande à ce qu'on nous juge
08:12sur nos résultats.
08:13Moi, je pilote l'ADEME
08:14comme j'ai piloté l'entreprise
08:15que j'ai dirigée
08:15pendant 8 ans,
08:16avec des indicateurs,
08:17avec une équipe dirigeante
08:19dont les parties variables
08:20dépendent de l'atteinte ou pas
08:21des résultats de l'ADEME,
08:22des résultats chiffrés,
08:23objectifs.
08:24Donc, avec 1 000 personnes,
08:27600 ingénieurs
08:28qui sont engagés,
08:29impliqués,
08:30avec une structure de coût
08:32qui est extrêmement compétitive.
08:34Et c'était encore souligné
08:36par la rapporteure au Sénat
08:37qui parlait de l'ADEME
08:38au global.
08:39Jugez-nous sur nos résultats.
08:41Moi, je dois abattre
08:42ou participer à abattre
08:441,3 million de tonnes
08:45cette année de carbone.
08:46Donc, pendant que beaucoup parlent,
08:48imaginent tout ce qui serait possible
08:49et plein de choses seraient possibles.
08:50Jugeons sur l'efficacité
08:52comme on juge
08:53tous les acteurs économiques.
08:54Merci Sylvain Vazermann
08:55d'avoir été notre invité
08:56dans le matimale
08:57de BFM Business,
08:58président de l'ADEME,
08:59l'agence de la transition écologique.
09:00C'est une interview à retrouver
09:01en podcast et en replay
09:03sur l'application BFM Business.
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