00:01Tech & Co, la quotidienne sur BFM Business.
00:05Voilà le retour de Tech & Co, la quotidienne, toujours à Marseille, ici à l'occasion de l'AIM qui
00:09s'est déroulée en fin de semaine dernière au Stade Vélodrome.
00:13Bien sûr, un cadre incroyable pour parler de tech et j'accueille maintenant Julie Huguet. Bonsoir Julie.
00:20Bonsoir.
00:20Vous êtes directrice de la mission French Tech. La mission French Tech qui existe depuis pas mal d'années maintenant.
00:27Vous en êtes la digne représentante. Merci de nous accorder quelques minutes ce soir.
00:31Peut-être revenir un petit peu justement sur cette mission que vous portez.
00:37Et puis après on parlera des bilans et puis de cette période de transition puisque voilà on va arriver à
00:42la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron
00:45qui a été quand même l'instigateur de la French Tech depuis le début de son arrivée au pouvoir.
00:53Comment vous définiriez l'objectif de la mission French Tech ?
00:57Déjà pour définir l'objectif de la mission French Tech, on va définir ce qu'est la French Tech.
01:00Donc la French Tech c'est ce fameux coque rouge qui est reconnu partout en France à l'international
01:04qui représente finalement les entrepreneurs de la tech.
01:07Aujourd'hui en France il y en a 18 000.
01:08Donc 18 000 entreprises partout dans les territoires qui créent de l'innovation dans des sujets qui sont ultra stratégiques.
01:15Donc l'intelligence artificielle, la cybersécurité, la robotique.
01:18Donc ce sont des entreprises qui concrètement comme par exemple Vercors crée des batteries
01:23et donc des usines en région à Grenoble, une gigafactory à Dunkerque.
01:28C'est des entreprises comme Akemia qui par exemple avec l'intelligence artificielle vont chercher des médicaments.
01:34Donc des entreprises dont on a besoin en France.
01:36Et la mission French Tech est une organisation qui est publique, qui est rattachée au ministère de l'économie et
01:42des finances
01:43et qui a pour vocation de permettre à ces entreprises d'émerger en France
01:46mais surtout de devenir de véritables champions
01:49et donc de pouvoir grandir et concurrencer les entreprises qu'on voit se développer aux Etats-Unis ou en Chine.
01:57Après toutes ces années, est-ce que vous arrivez à tirer un bilan en fait de votre action ?
02:00C'est compliqué parce que finalement sans vous, je dirais l'émergence de start-up dans la tech,
02:10ça sera arrivé finalement. Est-ce que vous arrivez à mesurer ce que vous avez fait ?
02:14Oui, alors c'est intéressant effectivement parce qu'on parle de temps long.
02:17La mission French Tech, elle a presque 15 ans maintenant.
02:20Donc elle s'inscrit vraiment dans un temps long.
02:21Au démarrage, elle a été lancée pour permettre en fait de faire émerger des entreprises tech en France,
02:27de créer tout un écosystème, attirer les investisseurs, permettre d'entourer de talents les entrepreneurs.
02:33L'attractivité française, bien sûr.
02:35C'est de l'attractivité, exactement.
02:37Et donc cette première mission, elle est réussie puisqu'en fait aujourd'hui, partout en France, on peut créer des
02:42entreprises.
02:42Par exemple, on a 18 000 start-up en France, 57% d'entre elles sont en dehors de Paris.
02:47Et donc que ce soit à Lille, à Lyon, à Grenoble, on retrouve des entreprises,
02:52notamment grâce au réseau de la French Tech, un réseau d'entrepreneurs qu'on vient labelliser,
02:57donc nous directement à la mission French Tech, qui regroupe 125 communautés,
03:01une partie en France et une partie à l'international dans 57 pays,
03:05pour aider aussi les entreprises à ouvrir de nouveaux marchés.
03:07Julie, alors si on est un peu à rebrousse-poil de ce que vous dites,
03:10et je me fais un peu l'avocat du diable pour créer le débat, justement,
03:13on se rend compte qu'aujourd'hui, la France comptabilise à peu près 2244 start-up IA,
03:18ce qui est énorme, finalement.
03:21On a quelques géants, mais peu, finalement.
03:23Et j'ai envie de vous demander, est-ce que finalement, on n'est pas très bon pour créer des
03:26start-up,
03:27mais on n'arrive pas à transformer tout ça, tous ces essais ?
03:31Alors je ne peux pas vous laisser dire ça, évidemment,
03:33parce que d'abord, en France, on a une chance inouïe.
03:36Il faut se le rappeler, on est un petit pays,
03:38et on arrive à être sur le podium face à des Américains et face à des Chinois.
03:42Donc ça, c'est quand même quelque chose qu'on retrouve dans peu de pays.
03:46Ensuite, on a des entreprises incroyables en intelligence artificielle
03:48sur l'ensemble de la chaîne de valeur.
03:50Regardez, en fait, quand je parle de chaîne de valeur,
03:53je veux dire autant des applications que les infrastructures numériques
03:56dont on a besoin pour les créer.
03:57Je prends l'exemple des data centers.
03:59On a une entreprise, par exemple, qui s'appelle Antimator.
04:01Antimator a créé des petits data centers
04:03qui, aujourd'hui, sont déployés directement chez le client en moins de 6 mois.
04:08Ça veut dire qu'on a des clients qui peuvent avoir leurs données stockées
04:10dans des data centers directement chez eux.
04:13Ça, c'est unique et c'est français.
04:14On a des entreprises comme Mistral,
04:17qui certes ne peuvent pas lever autant d'argent qu'un OpenAI, par exemple,
04:21mais qui ont réussi quand même à lever suffisamment,
04:24encore 3 milliards d'euros il y a seulement quelques semaines.
04:27Ce n'était pas possible il y a quelques années d'arriver à lever autant
04:30depuis l'Europe pour se déployer partout en Europe.
04:35Et d'ailleurs, ils sont dans plus de pays qu'en Europe
04:37puisque ils sont déjà dans 20 pays, donc Mistral.
04:39Donc, on arrive à créer des champions
04:41et on arrive aussi à avoir des applications
04:44dans des domaines qui sont clés pour les Français
04:46parce que l'intelligence artificielle, c'est intéressant
04:48si on en fait aussi quelque chose qui sert le citoyen, le français,
04:53les entreprises françaises, etc.
04:55Et donc, quand je vois des entreprises comme, par exemple,
04:57Akemia qui va utiliser l'intelligence artificielle,
05:00White Lab Genomics qui vont utiliser l'intelligence artificielle
05:03dans le domaine de la santé
05:04pour aller raccourcir les temps de recherche de médicaments
05:08ou trouver des traitements qu'on ne trouvait pas en laboratoire,
05:11eh bien, là aussi, on peut dire qu'en France,
05:14on sait développer des solutions d'intelligence artificielle
05:16qui sont utiles.
05:19Après, il y a l'argent.
05:20On est dans un moment où on sait que les difficultés financières
05:26de l'État sont là, elles sont importantes.
05:29Vous avez donné beaucoup d'argent, justement,
05:31enfin, puisque vous représentez l'État.
05:33Vous avez donné beaucoup d'argent.
05:34Il y en a moins aujourd'hui.
05:37Comment ça se passe, en fait ?
05:38C'est une difficulté ?
05:40Alors, donc, la French Tech fait surtout de l'accompagnement
05:44extra-financier, en réalité.
05:45Donc, je ne peux pas parler au nom de l'État
05:48et de la politique budgétaire envers l'innovation
05:50qui est portée et qui sera portée dans les prochaines années
05:53parce qu'on ne sait pas ce qui sera proposé
05:54typiquement par les prochains candidats.
05:56Aujourd'hui, ce que je vois, c'est que pour faire émerger
05:58des champions, il y a trois leviers.
06:00Il y a le financement, public et privé.
06:02Il y a la commande aussi, public et privé,
06:05qui est un levier qui est vraiment important.
06:08Qui a été un problème, d'ailleurs.
06:09La commande publique, ça a été pendant longtemps un problème.
06:11Et privé, en fait, je pense que la commande publique
06:13comme privée a été sous-exploitée.
06:14C'est-à-dire que demain, on peut vraiment en faire
06:16le premier levier de création des entreprises.
06:19Je prends tout le temps l'exemple de SpaceX
06:21parce que je le trouve très parlant,
06:22mais c'est 22 milliards de commandes publiques au démarrage.
06:25Si les acteurs privés et publics décident de flécher
06:28leur commande vers des startups françaises et européennes
06:30pour justement répondre à leurs besoins
06:32d'autonomie stratégique,
06:35eh bien, on va faire émerger nos champions.
06:36Et ça, c'est une demande de toutes les entreprises.
06:38Il y a 90% des entreprises qui ont identifié
06:40des dépendances dont ils veulent se passer.
06:42Donc, faire travailler des startups européennes,
06:45c'est aussi répondre à leurs besoins d'autonomie.
06:46Mais malgré tout, vous êtes là pour accompagner les talents,
06:49à créer leur entreprise, à grandir, etc.
06:53Est-ce que vous trouvez qu'on a toujours ce vivier de talents ?
06:59Est-ce que vous êtes toujours surprise
07:00de par les découvertes que vous pouvez faire ?
07:03Il y a un plateau ? Il y a un plafond de verre ?
07:06On a énormément de chance en France quand même.
07:08C'est que, déjà, quand on regarde le panorama de la tech en général,
07:11on avait des solutions très numériques au démarrage.
07:13Ces dernières années, les solutions technologiques
07:15qui sont développées sortent des laboratoires.
07:17Et en France, comme en Europe, on a des très bons laboratoires,
07:20on a des très bons chercheurs, on a parmi les meilleures écoles.
07:22Donc, on a toujours cet avantage compétitif en termes de talent.
07:25Et on voit aujourd'hui une particularité,
07:28c'est que cette tech, elle se diversifie.
07:29Donc, on a des entreprises qui se créent dans la santé,
07:32dans les green tech, dans l'industrie,
07:35ce qui n'était pas le cas dans la première vague de French Tech.
07:37Ça aussi, d'ailleurs, c'est un marqueur de succès
07:39quand on parlait de bilan tout à l'heure.
07:40Mais c'est qu'aujourd'hui, on a la capacité de créer des entreprises
07:42dans tous les secteurs.
07:44Donc, effectivement, presque 2000 startups en IA,
07:46mais on a beaucoup de deep tech, beaucoup d'industrie.
07:48Et ça, c'est essentiel.
07:51On parle juste un mot sur le financement.
07:52Vous l'avez évoqué brièvement, mais j'aimerais qu'on y revienne.
07:56Aujourd'hui, on prend une boîte comme Mistral.
07:59Elle a eu pas mal de financements étrangers,
08:01notamment américains.
08:02Est-ce que c'est plutôt positif pour vous, finalement ?
08:05Ou est-ce que dans ce temps un peu particulier, bizarre,
08:10qu'on est en train de vivre, où on parle énormément de souveraineté,
08:13il faut malgré tout protéger, en quelque sorte,
08:16l'identité française et européenne de nos talents, finalement ?
08:22Alors, en fait, les deux.
08:25C'est-à-dire qu'avoir des investisseurs étrangers n'est pas un problème
08:29tant qu'il n'y a pas de perte de contrôle du capital et de la société.
08:33Parce qu'effectivement, on a quand même un intérêt
08:34à garder nos technologies stratégiques françaises et européennes.
08:38Maintenant, pour que ces entreprises deviennent de véritables champions,
08:40il faut qu'elles aillent chercher des marchés à l'international.
08:42C'est indispensable.
08:43Le marché français reste trop petit.
08:45Donc, c'est évident qu'une entreprise qui veut se développer rapidement
08:48va devoir ouvrir de nouveaux marchés en Europe, aux États-Unis,
08:51dans d'autres pays, ce que nos entreprises font parfaitement.
08:55Donc, on a...
08:55Toutes nos startups s'ouvrent à l'international.
08:57Je pense à Blablacar dans 40 pays, Mistral dans 20 pays.
09:00Donc, c'est naturel d'aller le faire.
09:02Et pour le faire, il faut aussi des fonds et des investisseurs
09:05qui viennent des autres pays pour vous aider aussi à ouvrir ces marchés.
09:08Donc, c'est naturel d'en avoir.
09:10Maintenant, effectivement, il faut exercer une forme de soutien
09:15et s'assurer qu'il y ait autant de fonds européens
09:18que de fonds étrangers qui viennent dans nos sociétés.
09:21Et là où on a fait une véritable progression ces dernières années,
09:26c'est qu'aujourd'hui, les investisseurs suivent dans les projets
09:29qu'on appelle « late stage », c'est-à-dire les grosses levées de fonds
09:31pour financer ce fameux passage à l'échelle.
09:34Et c'est ce qui ressort d'ailleurs dans notre panorama,
09:36puisque dans les statistiques, on voit qu'en fait,
09:39la progression des investissements « late stage » sur le premier semestre 2026
09:42par rapport au premier semestre 2025 a augmenté de 77%.
09:47C'est-à-dire qu'on est allé financer vraiment de très grosses levées de fonds
09:50pour passer à l'échelle.
09:51Et c'est sans compter la levée récente de Mistral des 3 milliards d'euros.
09:55Donc, on va avoir une année record cette année en France
09:58sur le financement des sociétés en passage à l'échelle,
10:00avec notamment pas mal de fonds.
10:02Et la création du fonds européen, donc le « Europe Scale-up Fund »
10:06de 5 milliards d'euros, qui vient répondre justement à ce nouvel enjeu
10:10de passage à l'échelle et d'accompagner la progression
10:13et la montée en maturité de nos entreprises.
10:15Et qui sera partagé, j'imagine, avec tous les pays européens ?
10:17C'est partagé avec les pays européens.
10:19C'est un fonds qui est destiné à investir dans les startups européennes
10:22sur les sujets stratégiques, donc l'intelligence artificielle,
10:25le quantique, la cyber, la robotique, pour s'assurer justement
10:28que nos entreprises puissent se développer avec les bons investissements.
10:32Alors, on s'approche d'une échéance électorale majeure.
10:36Est-ce que la French Tech a vécu son temps, à votre avis ?
10:41Est-ce qu'elle doit être rebootée, réinventée, repensée, finalement, ou pas ?
10:46Alors, la French Tech, c'est la marque de tout l'écosystème français.
10:49Elle est reconnue partout.
10:50Il n'y a pas un déplacement où je vais, où on ne reconnaît pas le coq rouge,
10:52où on m'arrête en me disant « Ah, c'est la tech française ».
10:55Aucun pays n'a une marque visible, incarnée, physique.
10:59Donc, c'est évidemment une marque qui doit s'inscrire dans du temps long,
11:03puisque maintenant, on doit accompagner nos entreprises au passage à l'échelle.
11:05Donc, notre action est loin d'être terminée.
11:08La French Tech, c'est quand même une puissance économique.
11:10On parle aujourd'hui d'un million d'emplois dans les territoires,
11:13directs et indirects.
11:14Donc, c'est comme une évidence, en tout cas pour moi et pour l'écosystème,
11:19que cette action doit se prolonger.
11:22Après, est-ce qu'il faudra voir s'il y a une volonté politique à la poursuivre, en fait, cette
11:26French Tech ?
11:27Je pense que ce qu'il faut surtout s'assurer, c'est que tous les futurs candidats
11:30intègrent bien une stratégie d'innovation, puisque quand on parle de technologie...
11:34Vous suivez un petit peu, justement, les programmes des différents candidats, aujourd'hui ?
11:39Comme tous les citoyens, comme tous les entrepreneurs,
11:42on est très attentifs aux propositions qui seront faites autour des sujets d'innovation.
11:46Très bien. Merci beaucoup, Julie.
11:49Julie Huguet, directrice de la mission French Tech ici à Marseille, à l'occasion de l'AIM.
11:54Merci.
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