00:00Voici l'édito politique et Patrick Cohen. Vous revenez Patrick sur la débâcle électorale du chancelier Friedrich Merz en Allemagne.
00:07Avec cette question, face aux assauts des populistes, les droites européennes sont-elles vouées à disparaître ?
00:13Il faut d'abord mesurer la chute. La CDU a été, et depuis la guerre, le parti de centre-droit
00:19le plus puissant d'Europe.
00:20Avec Adenauer, Kohl, Merkel, ses chanceliers ont façonné l'Allemagne moderne pendant près de 50 ans.
00:26La présidente de la commission, Van der Leyen, est issue de ses rangs, mouvement à la fois conservateur, social et
00:31pro-européen.
00:32Il a longtemps servi de modèle à la démocratie chrétienne européenne.
00:36Le voir s'effondrer à 5% en Mecklenburg-Pomeranie, à 20% dans les sondages nationaux.
00:4110 points derrière cette AFD qui flirte avec les néo-nazis, c'est voir vaciller le modèle même de la
00:47droite de gouvernement européenne.
00:49C'est un modèle condamné ?
00:50C'est la conviction de la plupart des dirigeants d'extrême droite, persuadés que l'histoire souffle dans leur sens
00:54et qu'un mouvement irrépressible va balayer les vieux partis de gouvernement.
00:58Alors disons d'emblée que c'est loin d'être vrai partout.
01:00En Espagne, le parti populaire reste la première force de droite, malgré Vox.
01:05En Grèce, la nouvelle démocratie domine.
01:07Au Portugal, l'alliance démocratique gouverne.
01:10La droite a encore de beau reste.
01:11Mais en Allemagne, j'y reviens, la chef de l'AFD, Alice Weidel, répète que son mouvement a déjà remplacé
01:17la CDU
01:17en tant que grand parti populaire, tandis qu'en France, Éric Ciotti, qui a déjà fait la jonction avec l
01:23'extrême droite,
01:24affiche exactement la même ambition, siphonner ce qui reste de l'air qui n'a pas été aspiré par le
01:29macronisme.
01:30Qu'est-ce qui fragilise toutes ces formations ?
01:32Le déplacement du débat, l'économie qui structurait l'opposition gauche-droite entre État et marché,
01:36laisse place à un clivage culturel sur fond d'identité et d'immigration, ou bien système contre anti-système.
01:43L'usure du pouvoir, les droites classiques ont presque partout gouverné, les populistes encore rarement.
01:50Ajouter en Allemagne, comme ailleurs, le piège du cordon sanitaire, refuser de s'allier à l'extrême droite
01:55oblige la droite à gouverner avec la gauche et à donner à une partie de ses électeurs un sentiment de
02:00trahison.
02:00C'est le risque de la substitution quand la levée du cordon, au contraire, expose la droite au risque d
02:06'absorption ou de vassalisation par l'extrême droite.
02:08Ça veut dire qu'il n'y a aucune stratégie gagnante ?
02:10Il y a deux stratégies presque toujours perdantes, l'imitation et la coalition.
02:14L'imitation, ça a été démontré par des travaux de sciences politiques et vu notamment en Autriche.
02:19Copier les positions de la droite radicale ne fait que légitimer ses thèses et l'électeur finit par préférer l
02:25'original.
02:26Quant à la grande coalition, c'est le remède qui aggrave le mal.
02:29En Allemagne, les coalitions Merkel des années 2013-2021 coïncident avec l'enracinement de l'AFD en monopole de l
02:36'offre d'opposition.
02:37Dernière remarque qui contredit un peu les généralités qui précèdent.
02:42L'incarnation pèse lourd, les droites qui s'effondrent sont celles dont les directions se succèdent sans ligne claire et
02:48sans leader incontesté,
02:49comme les conservateurs britanniques depuis Boris Johnson ou les LR français depuis l'échec de François Fillon.
02:55En Italie, la leçon d'incarnation a été administrée par une héritière de l'extrême droite, Georgia Meloni.
03:02Elle n'a pas fait complètement disparaître la droite traditionnelle, elle en a juste pris des commandes.
03:07Merci Patrick Cohen.