00:00La grande matinale sur France Inter
00:04L'heure de votre édito politique, Patrick Cohen, la victoire de l'AFD allemande, Patrick, est-elle un signe supplémentaire
00:11d'une vague populiste inéluctable ?
00:14Vous voulez dire un phénomène qui pourrait déferler chez nous dans 7 mois ?
00:17Déjà, parler de vagues, c'est laisser entendre qu'on ne pourra pas y échapper.
00:21Hongrie, Pologne, Italie, Etats-Unis, Brésil, Argentine, Chili, demain peut-être la Grande-Bretagne, la France.
00:26Aujourd'hui, une petite région allemande qui fut déjà le cadre en mai 1932 de la première arrivée du parti
00:33nazi à la tête d'un gouvernement local.
00:35C'était à Anhalt, l'un des 15 états constitutifs de la République de Weimar, avec à l'époque 41
00:41% des voix.
00:42C'est cette histoire qui, depuis 80 ans, pèse si lourdement sur les consciences allemandes.
00:48Une histoire qui rendait, il y a seulement 10 ans, sa répétition invraisemblable et semblait faire de l'Allemagne
00:53le pays européen le plus rétif à une résurgence de l'extrême droite.
00:57Cette histoire subit aujourd'hui le plus brutal des retours de balanciers
01:00et donne le sentiment que tout peut arriver, en tout lieu et dans des pays très différents.
01:04Avec les mêmes ressorts électoraux qu'en France ?
01:06Non, justement, pas forcément.
01:08Plus on dézoome, plus on regarde la globalité du phénomène, plus les facteurs explicatifs paraissent fragiles.
01:14Bref, pas si simple.
01:16Exemple, le traditionnel, c'est la faute à Macron, si souvent entendu dans le débat français à propos de la
01:21montée du RN,
01:22comme en Allemagne aujourd'hui, la faute à Merz.
01:24Si les dirigeants nationaux ont bien été impuissants à contenir la vague,
01:28ils ne peuvent pas être comptables d'un mouvement mondial.
01:31La faute de l'Europe, l'Union européenne vécue comme un carcan.
01:34Comment expliquer alors que les Anglais, qui en sont sortis il y a presque 7 ans,
01:38continuent de faire les yeux doux au parti du Brexit ?
01:41Et que les Hongrois, en rejetant Orban en avril dernier, aient fait le mouvement inverse.
01:46Trop d'immigrés, mais le land de Sachs-Hanhalt connaît l'un des plus faibles taux d'étrangers du pays.
01:52La peur des migrants, non plus, d'après une enquête sortie des urnes,
01:55l'immigration n'a pas été un facteur déterminant du vote allemand.
01:59La porosité de l'AFD avec une partie de la droite, au contraire, le cordon sanitaire a été solidement maintenu.
02:05La respectabilité, la dédiabolisation, pas du tout.
02:08A l'inverse du rassemblement national français, plus l'AFD s'est radicalisé, extrémisé, plus il a gagné des voix.
02:15Alors il y a Jean-Luc Mélenchon qui, lui, y voit la conséquence de l'aveuglement des politiques européennes centristes.
02:21Ce qui est vrai, c'est que l'extrême droite prospère sur l'épuisement de l'alternance centre-droite, centre
02:25-gauche,
02:26voire comme en Allemagne, de leur coalition, tous pareils.
02:29Vrai aussi, en Saxe-Analte, la première motivation du vote AFD a été le refus des réformes portées par le
02:37gouvernement Mertz
02:37en matière de santé, de retraite et de dépendance.
02:40Une objection enfin, la Hongrie, j'y reviens.
02:42Le national-populisme de Orban n'a pas été défait par la gauche radicale, mais par un parti de centre
02:48-droit.
02:49Que peut-on en conclure, Patrick ?
02:51Que les percées populistes ne sont pas réductibles à une seule cause, même si le clivage identitaire et culturel est
02:57souvent déterminant.
02:58Que les dynamiques à l'œuvre n'ont rien d'uniforme et que pour la France, rien n'est écrit.
03:04Merci Patrick Cohen.