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Transcription
00:00L'heure du grand débat de la matinale a sonné et ce matin avec Quentin Lafay, nous accueillons Nora Hamadi
00:04et Raphaël Dohan.
00:05Bonjour à tous les deux.
00:06Bonjour les amis.
00:12Vendredi matin à ce même micro et dix jours après l'attentat raciste de Trappes,
00:16le maire de la ville, Ali Rabé, a proposé de rendre illégale la théorie du grand remplacement,
00:20quitte à modifier la constitution.
00:22Les écologistes ont d'ailleurs déposé dans la foulée une proposition de loi en ce sens.
00:26Pour rappel, cette théorie popularisée par Renaud Camus dans un essai éponyme
00:30affirme qu'une immigration de masse remplacerait la population blanche et chrétienne d'Europe.
00:34Cette théorie a été revendiquée par plusieurs auteurs d'attentats,
00:37comme celui de Christchurch en Nouvelle-Zélande.
00:39C'était en 2019, 51 personnes avaient été tuées.
00:42Alors faut-il, comme le propose Ali Rabé, interdire cette théorie du grand remplacement ?
00:46Raphaël Dohan, l'interdire tout simplement, c'est une bonne ou une mauvaise idée selon vous ?
00:50Je pense que c'est une mauvaise idée.
00:52Je pense que tout le monde a été évidemment choqué de l'attentat raciste qui a eu lieu à Trappes.
00:56Mais que souvent, les lois qui naissent de l'émotion et du choc ne sont pas forcément les meilleures.
01:00En l'occurrence, moi par principe, je n'aime pas qu'on réprime par la loi des idées ou des
01:05théories,
01:06quelles qu'elles soient, même quand je ne les partage pas.
01:08Je pense que la liberté d'expression, c'est aussi assumer les choses qui sont exprimées sur l'espace public
01:11et avec lesquelles on n'est pas d'accord.
01:13Mais là, en l'occurrence, ce qui me gêne le plus, c'est que le terme de grand remplacement,
01:17il est quand même très vague en réalité.
01:18Il y a ce que Renaud Camus voulait lui dire.
01:20Lui-même d'ailleurs, si vous regardez ses livres, ne dit pas toujours la même chose par cette expression-là.
01:23Et ensuite, vous avez finalement des gens qui, à la fois, croient à un complot organisé
01:29pour substituer la population française, etc.
01:32Vous avez aussi des gens qui prennent à leur compte le terme de grand remplacement.
01:36Et même chez LFI, par exemple, vous avez Jean-Luc Mélenchon qui le prend de manière un peu joueuse avec
01:40le terme
01:41pour parler de sa nouvelle France.
01:42Tout à fait différent, mais qui parle quand même du même phénomène démographique, disons.
01:45En disant qu'il y a effectivement un effet démographique de l'immigration depuis des années en France.
01:49Donc ce qui veut dire que si on condamnait l'usage de cette expression ou des idées qui vont avec,
01:55ou l'évocation, comme le dit la proposition de loi déposée par les députés écologistes,
01:58ça veut dire qu'il faut poursuivre Renaud Camus et Éric Zemmour, certes,
02:01mais aussi peut-être Jean-Luc Mélenchon et des députés LFI.
02:03Daniel Cohn-Bendit qui avait parlé de grand remplacement à Mayotte,
02:05pour critiquer l'immigration de masse à Mayotte.
02:07Et même pourquoi pas, à titre posthume, le général de Gaulle qui avait dit dans une fameuse phrase à Alain
02:12Perfitte
02:12« Il ne faut pas que Colombel et deux églises deviennent Colombel et deux mosquées. »
02:15Donc c'est quand même un débat qui, je trouve, est beaucoup trop large
02:18et qui implique beaucoup trop de tenants et d'aboutissants pour être condamné pénalement,
02:23comme le propose le maire de Trappes.
02:24Même si la proposition d'Ali Rabbe n'était certainement pas une introduction sémantique stricto sensu,
02:29il ne voulait pas interdire l'expression grand remplacement,
02:32mais les idées sous-jacentes que cette théorie diffusait.
02:35Juste une chose, je crois que si, dans ce cas-là, on a déjà des lois qui condamnent justement la
02:39situation à l'immigration.
02:39Et Renaud Camus a d'ailleurs déjà été condamné sur cette base-là.
02:42Nora Maggi.
02:43Alors, j'entends la volonté de la part d'Ali Rabbe et des écologistes, notamment,
02:48et de Génération, de vouloir marquer aussi, d'un saut, un peu la bascule historique
02:54de cet attentat raciste à Trappes, notamment quand, par ailleurs, et vous en discutiez,
03:00Quentin l'a fait tout à l'heure avec Prisca Thévenot, il n'y a pas eu même de représentant
03:04du gouvernement
03:05au rassemblement de vendredi, ce qui symboliquement, en fait, est extrêmement fort,
03:09par l'indécence, en fait, que ça recouvre de ne pas avoir un représentant du gouvernement en place
03:14auprès des populations qui se sentent aujourd'hui visées.
03:18Pour autant, est-ce que ça fonctionnerait ?
03:20On voit bien que le racisme est un délit.
03:21Est-ce que, pour autant, on ne dégueule pas, pardon, pour cette expression à 8h25,
03:26de propos racistes matin, midi et soir, notamment quand on allume la télévision ou certaines radios ?
03:31Et c'est bien là le sujet.
03:32Il ne suffira pas d'une loi, et on le sait bien.
03:35Je passe moi-même ma vie à signaler des propos racistes qui me visent,
03:39que ce soit sur les réseaux sociaux ou, par ailleurs, par courrier, par des gens
03:43qui m'écrivent avec leur adresse, parfois sur LinkedIn,
03:47etc., on a les identités, je dépose des plaintes, je signale à Pharos.
03:51Qu'est-ce qui se passe ? Absolument rien. Rien.
03:54C'est-à-dire que déjà, si nous étions en capacité d'appliquer les lois concernant le racisme,
04:00faisant en sorte que, par exemple, les discriminations au logement, à l'emploi,
04:04quand SOS Racisme fait du testing et pointe des entreprises, pointe des établissements,
04:09est-ce qu'on est aujourd'hui capable ?
04:11Je vous coupe, pardonnez-moi Nora, ce que dit Alir Abbé aussi en voulant interdire
04:17cette théorie du grand remplacement, c'est évidemment qu'elle véhicule le racisme,
04:22qu'elle est raciste par essence, mais aussi qu'elle armerait les esprits,
04:26que le principe même d'une théorie, c'est qu'elle viendrait inciter certaines personnes
04:31à passer à l'acte.
04:32Est-ce qu'on interdit le grand remplacement ? Est-ce que, du coup, on va encore plus loin
04:37quand Éric Zemmour nous dit que nous allons dans des formes de guerre civile ?
04:41Est-ce qu'on interdit aussi cette notion-là ? C'est-à-dire que si on arme les terroristes
04:48potentiels qui souhaitent viser les populations arabo-musulmanes ou d'Afrique subsaharienne
04:53ou de manière plus large, tout ce qui n'est pas dans un référentiel blanc judéo-chrétien,
04:58je mets ici des grands guillemets, évidemment, jusqu'où on va ? C'est-à-dire qu'on va interdire
05:05le grand remplacement, pour autant l'appel à la guerre civile en disant, et c'est quand
05:08même ce que propose et ce que ramène Éric Zemmour de manière permanente dans le débat.
05:12Éric Zemmour qui est par ailleurs condamné pour incitation à la une raciale. Pourquoi ?
05:16Et ça, je renvoie à la proposition d'Anique Jadot, qui est d'ailleurs aussi portée par
05:21Aurore Berger, ministre contre les discriminations qui elle-même, en fait, jusqu'à il y a
05:27peut valider la possibilité de débattre de ce sujet. Non, on ne va pas débattre, évidemment.
05:32Elle a corrigé son propos depuis.
05:32On ne va pas débattre de ce sujet. En revanche, interdire d'antenne des gens qui ont été
05:35condamnés, ça me paraît juste être la base. Et la proposition d'inéligibilité est
05:40aussi quelque chose qu'il faut savoir porter.
05:42On va revenir sur cette proposition, Nora Amadi. Une réaction, Raphaël Dohan ?
05:45Non, juste qu'il y a vraiment un risque de pente glissante aussi. Il y a beaucoup d'idéologies
05:49qui ont tué dans l'histoire, qui ont alimenté des actes terroristes. Genre, ce XIXe siècle,
05:53on avait beaucoup d'attentats anarchistes. Par exemple, on n'a pas interdit les idées
05:56anarchistes et on peut toujours en débattre. Donc, il y a plein... Enfin, si on commence
06:00à remonter à chaque fois qu'il y a un acte violent, un acte raciste, un acte terroriste,
06:04qu'on remonte à chaque fois à chercher le plus haut degré ou la plus haute cause idéologique
06:08de ces actes-là, on va interdire beaucoup, beaucoup de choses. Y compris, évidemment,
06:12ça a déjà été fait remarquer, le Coran lui-même. Enfin, on peut aller très, très
06:15loin dans tout ce qu'il faudrait interdire. Et je pense surtout que ce n'est pas une
06:18manière mature démocratiquement de fonctionner. C'est-à-dire que pour moi, la lutte contre...
06:22Qu'est-ce qu'il y a d'immature dans cette démarche ?
06:23C'est l'idée qu'en fait, on va juste interdire et couper le sifflet aux gens qui pensent
06:27mal. Alors que moi, je crois vraiment quand même, un peu à l'aspiration de Condorcet,
06:30qu'une démocratie, ça fonctionne sur l'éducation et sur l'esprit critique et sur la discussion
06:34rationnelle. Je pense que si on n'est pas capable d'essayer de convaincre les gens de
06:38ce qui est justement conforme à la raison, on ne va pas s'en sortir simplement en condamnant
06:42par la loi.
06:43Nora m'a dit, vous évoquez tout à l'heure l'idée d'empêcher des personnes qui auraient
06:49été condamnées pour incitation à la haine ou au racisme, les empêcher d'avoir accès
06:55aux micros et aux médias ? Comment ça se traduirait concrètement là ?
06:59Alors là, c'est pas très compliqué.
07:00C'est-à-dire qu'on arrête...
07:01C'est par la loi ou c'est le choix des médias ?
07:04Enfin, et on peut aussi aller plus loin par la loi.
07:08Yannick Jadot, donc sénateur écologiste de Paris, ça fait partie des propositions.
07:14Aurore Berger a aussi fait cette proposition, c'est rendre inéligibles les élus en cas
07:19d'infraction antisémite ou raciste.
07:21Allons-y, allons-y.
07:22On a quand même une responsabilité à laisser des discours de haine se répandre absolument
07:27de manière mais pornographique.
07:30Je vous le dis, matin, midi et soir, et ça ce sont des attaques réelles.
07:34Vous n'imaginez pas, moi je travaille avec des jeunes gens, des lycéens, vous n'imaginez
07:37pas la difficulté pour eux d'entendre à longueur d'antenne sur les réseaux sociaux
07:47ces attaques perpétuelles, ces discours de haine.
07:49Et ils le disent, comment est-ce qu'on peut faire République, comment est-ce qu'on peut
07:51faire Nation, quand nous on nous dit qu'en fait il faut savoir être confraternel les
07:57uns avec les autres, alors même qu'on entend dès qu'on allume la télévision ou la radio
08:01ou les réseaux sociaux, des discours de haine qui visent des populations spécifiques.
08:05Comment est-ce qu'on peut continuer de laisser faire ça ? Il y a une responsabilité médiatique,
08:10Ali Rabel rappelait, et c'est réel, c'est réel, et on a une responsabilité aussi à ne
08:15pas permettre à ceux qui portent ces discours-là d'accéder notamment à l'élection.
08:21Enfin, je pense que là aussi on a une responsabilité à ne plus laisser faire ça.
08:26Je distinguerais quand même la question de l'invitation dans les médias et la question
08:30de l'inéligibilité.
08:31Je suis très défavorable à l'idée qu'on dit aux électeurs à l'avance, pour eux,
08:35qu'ils n'ont pas le droit de voter pour quelqu'un.
08:37Ça me gêne d'un point de vue politique et démocratique.
08:39In fine, c'est le suffrage populaire dans ce cas qui doit décider sur le monde.
08:43Si quelqu'un dit des choses atroces, à la limite les électeurs sont libres de dire
08:47s'ils trouvent que c'est suffisamment atroce.
08:48Si quelqu'un pique dans la caisse, on ne lui permet pas de se présenter aux élections.
08:51Si quelqu'un dit des choses atroces, ce n'est pas grave.
08:53Mais ensuite, sur la question des médias, je trouve quand même qu'on n'est pas dans
08:57un monde où on a, comme le dit Nora, un déversement perpétuel de haine sur les médias.
09:01Je ne trouve pas ça vrai.
09:02Alors je ne sais pas ce que vous écoutez comme médias.
09:03Non, Renaud Camus n'a pas été invité depuis je ne sais pas combien d'années
09:05maintenant dans les médias.
09:06Donc il faut un peu limiter.
09:09Je suis d'accord qu'il y a des choses qui se disent et qui peuvent être condamnables.
09:12Il a pu être invité il y a quelques années sur France Culture.
09:14Il avait été, mais c'était avant, c'était quand même il y a très longtemps,
09:15il y a plus d'une dizaine d'années.
09:16Mais donc vous ne seriez pas d'accord, par exemple, comme le système belge l'a instauré,
09:21de ne pas en direct inviter des gens de l'extrême droite ?
09:24La Belgique francophone.
09:25Vous imaginez ce cordon sanitaire dans les médias ?
09:28Non, non, moi je suis très contre ça, surtout d'un point de vue politique.
09:30Et puis si on considère que le RN est d'extrême droite aujourd'hui,
09:32c'est vrai qu'il ne faut pas inviter le RN.
09:34Alors cela dit, c'est vrai qu'il y a des précédents...
09:35Donc le RN n'est pas que d'extrême droite dans votre phrase, je ne comprends pas bien.
09:38Peu importe, ce n'est pas la question.
09:39Mais on ne va pas inviter le RN aujourd'hui à la radio, à la télé.
09:41Et ça paraît totalement absurde politiquement comme décision.
09:43Mais c'est vrai qu'il y a un précédent terrible,
09:45qui est que le général de Gaulle avait été privé de radio après la guerre,
09:48pendant sa traversée du désert entre 1946 et 1958.
09:51Je trouve que c'était une très mauvaise idée.
09:53On explique d'un mot quelle est la règle, justement, en Belgique francophone.
09:57Les médias nationaux ont l'interdiction d'inviter en direct,
10:02et seulement en direct, des élus d'extrême droite.
10:06Ils peuvent en revanche diffuser leurs propos lorsque ceux-ci sont enregistrés
10:09et contextualisés, Nora Amadi, sur cette idée pour une application en France aujourd'hui.
10:16Est-ce que cela vous semble faisable, souhaitable ?
10:18Alors souhaitable, moi j'ai travaillé beaucoup avec la Belgique
10:21à l'époque où je portais les questions européennes,
10:24où je traitais de ces questions.
10:26Et il s'avère en fait que c'était plutôt, je trouve, une solution qui était bienvenue.
10:30Maintenant, est-ce qu'on serait susceptible de pouvoir le faire en France ?
10:33Il me semble compliqué, voire utopique, de permettre ce retour en arrière.
10:38En revanche, la question de la contextualisation...
10:41Est-ce que parce que le Rassemblement national est à plus de 30% dans les intentions de vote ?
10:44Déjà, et par ailleurs, parce que, en fait, désormais, puisqu'il est possible pour eux
10:50d'avoir accès au direct, d'être en débat, etc.,
10:54ça me paraît compliqué de revenir en arrière en fermant le robinet, si vous me permettez.
10:58En revanche, peut-être que c'est là aussi qu'il faut qu'on réfléchisse aux conditions
11:03dans lesquelles, en fait, cette parole est portée.
11:08Et c'est là, peut-être, qu'il y a quelque chose à faire,
11:11parce que, quand on voit, et je renvoie à ce qui s'est passé cette semaine
11:15avec nos confrères de France Info, avec Sarah Knafo,
11:18il y a aussi quelque chose d'une difficulté à contrôler une parole d'extrême droite
11:24qui a décidé d'être en meeting permanent,
11:26quitte à être dans des formes d'invectives,
11:29de prendre le contrôle d'une antenne pendant ce temps-là.
11:33Et moi, je pense que là, à cet endroit-là, c'est extrêmement problématique,
11:36parce que c'est là que les discours de haine peuvent se déverser.
11:39Quand Mme Knafo part sur une envolée de trois minutes
11:43où elle parle des martyrs français qui ont été tués
11:48par des gens qui ont des noms à consonance arabo-musulmanes,
11:52ça dit quelque chose en creux.
11:53Et ces messages subliminaux sont extrêmement bien compris.
11:56Comment est-ce qu'on lutte contre ça ?
11:58C'est bien là qu'en fait, une loi ne suffira pas
12:00et qu'il y a effectivement quelque chose d'une responsabilité
12:03à contrôler cette antenne, à contrôler cette parole,
12:05à la recontextualiser, alors même qu'on est face à des gens
12:08qui utilisent tous les espaces possibles à leur profit.
12:16Raphaël Don, importer ce cordon sanitaire médiatique
12:20depuis la Belgique francophone,
12:21c'est une idée qui n'a franchement pas de sens aujourd'hui en France ?
12:24Je pense que ça n'a pas de sens et aussi, surtout,
12:25que c'est une manière de traiter les électeurs comme des enfants
12:27qui ne seraient pas capables de décider par eux-mêmes.
12:29Je pense que l'idée qu'il faille enrober les discours
12:32de petits signaux et de petites alertes
12:35pour dire à l'électeur un peu idiot,
12:36qu'on considérait un peu idiot,
12:38attention, là c'est un discours dangereux,
12:39ça me paraît vraiment très incompatible
12:41avec l'idée qu'on doit se faire de la démocratie
12:43où les électeurs sont censés être adultes et rationnels.
12:45Merci beaucoup pour ce premier débat.
12:47On avait envie de le clore et d'ouvrir un deuxième un peu plus léger.
12:51Écoutez.
12:58Vous ne chantez pas Nora.
12:59J'avais mis exprès pour vous.
13:00Oui, il est un peu tôt pour que je chante.
13:02Il est un peu tôt, il est un peu tôt.
13:03Mais Nora s'est revenu de chanter quand même.
13:05Raphaël aussi.
13:06Raphaël, vous êtes retenu de chanter.
13:07Vous êtes très mauvais chanteur.
13:09Donc vous l'avez reconnu Alain Delon et Dalida en 1973.
13:12Alors il n'y a pas un débat pour ou contre Alain Delon et Dalida,
13:15vous l'avez bien compris.
13:16Je crois qu'on serait tous d'accord.
13:18Le 12 octobre, dans ce studio,
13:20le metteur en scène et directeur artistique Thomas Joly
13:22a annoncé le thème de son prochain spectacle.
13:24C'est Dalida.
13:24C'est un spectacle sur Dalida
13:25qui sera présenté en octobre 2027 au Dôme de Paris,
13:28avant une grande tournée en France.
13:30Donc Dalida,
13:31pendant qu'une nouvelle version de La Deux Chevaux
13:32était présentée au Salon de l'Auto.
13:34Les enfants qui redécouvrent les Tamagotchi,
13:36le petit Nicolas,
13:37on dit Tamagotchi,
13:38je ne sais jamais si on prononce le T ou pas.
13:41L'orchestre symphonique qui rejoue
13:42les génériques de Maya l'Abeille et Capitaine Femme.
13:44Retour des vinyles,
13:45des t-shirts à l'effigie de Jacques Chirac,
13:47des filtres Snapchat
13:48et en librairie,
13:48Lucky Luke, Snoopy,
13:49Gaston Lagafré apparaissent.
13:50La liste de ces objets et références du passé
13:53refont surface.
13:54Elle est très très bonne cette liste.
13:5657% des Français
13:57disent qu'ils auraient préféré naître en 1975,
13:59selon un sondage Ipsos en 2025.
14:02Alors la nostalgie,
14:03est-ce une passion triste
14:04comme le prétend Quentin l'a fait
14:06ou est-ce que c'est un facteur de communion,
14:07comme je le prétends moi ?
14:09Que raconte cette nostalgie de notre époque,
14:11Nora Amadi ?
14:11C'est peut-être parce que vous n'êtes pas née
14:13dans la même décennie.
14:14Je vous remercie de le préciser.
14:15On ne le dira pas.
14:17Alors déjà,
14:17ça dit à quel point
14:19les entreprises aujourd'hui
14:20manquent de créativité.
14:22C'est-à-dire qu'il y a quand même un sujet...
14:22Vous voyez un objet marketing.
14:24Complètement.
14:24Alors ce marketing du rétro,
14:27ça dit aussi quelque chose
14:28d'une incapacité peut-être aujourd'hui
14:31des équipes à inventer de nouveaux concepts.
14:33Ça renvoie aussi à Disney
14:35qui n'en finit plus de nous user
14:37des Marvel d'un côté
14:38et de la Reine des Neiges de l'autre.
14:41C'est du plus réemballage à chaque fois.
14:42Complètement.
14:43Donc ça, déjà, c'est quelque chose...
14:45Après, il faut quand même aller plus loin
14:46en se disant
14:47qu'est-ce que ça raconte de nous
14:48et peut-être d'une mythification
14:51d'un moment qui était sans doute
14:53peut-être plus rassurant.
14:54Moi, qui ai connu ces années 80...
14:57Voilà, exactement.
14:58C'était pas non plus la panacée.
15:00Il faut quand même se redire
15:02que c'était l'époque de la désindustrialisation.
15:05C'était le début des vagues de chômage.
15:07Là aussi, il y avait du racisme.
15:10Il y a beaucoup de choses
15:11qui depuis ont avancé.
15:12En revanche, j'aime bien cette phrase
15:13de Barbara Cassin qui dit
15:14« J'ai la nostalgie de cet hier
15:16où je pouvais croire
15:16que ce serait mieux demain. »
15:18Et c'est ça, peut-être, qu'il faut voir.
15:19C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
15:20on est peut-être dans une époque
15:22où l'anxiété est réelle,
15:24où les crises sont aujourd'hui existentielles.
15:27On a traversé encore cet été,
15:28et on le sait tous,
15:30des canicules, des incendies.
15:33Quelque chose qui fait que, voilà,
15:34on est à un endroit
15:35où véritablement,
15:36avec la montée des périls,
15:38le risque de guerre qui revient,
15:40il y a quelque chose, peut-être,
15:41d'une volonté
15:42de revenir à une époque doudou,
15:44fantasmée,
15:45notamment chez les plus jeunes,
15:46qui me disent, moi,
15:47quand je travaille avec eux,
15:48mais c'était comment
15:48quand il n'y avait pas de portable ?
15:50Eh bien, c'était pas mal, en fait.
15:51C'était finalement
15:52le rapport à l'ennui
15:53quand on était dans le RER
15:54et qu'on regardait passer les paysages.
15:56Il y avait peut-être quelque chose de mieux.
15:58Et c'est peut-être ça
15:58dont ils ont envie.
15:59C'est ça, Raphaël Doron,
16:00la nostalgie, c'est l'avenir fermé.
16:02C'est la raison pour laquelle
16:03on se tourne vers le passé ?
16:04Ça peut être un peu ça
16:05dans certaines époques.
16:06Mais je pense qu'il ne faut pas oublier non plus
16:08que la nostalgie,
16:08ça peut être en fait très fertile
16:09et très créatif.
16:11Moi, j'ai toujours pensé
16:11que les époques les plus nouvelles
16:18et les plus claires de tout ça,
16:19c'est la Révolution française.
16:20On pourrait se dire
16:21que la Révolution française,
16:21c'est vraiment l'inauguration
16:23d'un monde nouveau
16:23qui tranche radicalement
16:24avec l'ancien régime,
16:25par définition.
16:26Mais en fait, quand vous regardez,
16:27tous les révolutionnaires
16:28sont de grands, grands fans
16:29nostalgiques de l'Antiquité.
16:31En fait, Saint-Just,
16:32il veut redevenir un Romain
16:33ou un Spartiate.
16:34Il dit même
16:34« Le monde est vide depuis les Romains ».
16:36Saint-Just, c'est un énorme nostalgique
16:38geek de l'Antiquité romaine.
16:39Ne serait-ce que le rapport au droit,
16:40c'est une passion pour le droit romain.
16:41Et ils s'habillent même comme ça.
16:49dans lequel on vit,
16:50qui est née de la Révolution française,
16:51qui a été si radicalement nouveau,
16:52en fait, vient d'une sorte
16:53de nostalgie terrible
16:54pour une époque
16:55qu'évidemment,
16:55il n'avait pas connue.
16:55C'était 2000 ans avant.
16:57Vous voulez dire quelque chose ?
16:57Allez-y, Quentin.
16:58J'étais en train de me demander
16:59si j'avais changé d'avis.
17:00Finalement, c'est peut-être
17:00pas une passion triste.
17:01C'est pas une passion triste ?
17:02Vous avez raison.
17:02Mais peut-être que c'était aussi l'époque
17:04où on se disait
17:04que la politique pouvait
17:05encore quelque chose.
17:06Oui, c'est peut-être ça.
17:07C'est ça que ça raconte aussi, peut-être.
17:09Je peux raconter des coulisses quand même ?
17:10Vous m'avez convaincu
17:11qu'on ne pouvait pas être nostalgique
17:12d'une époque qu'on n'avait jamais connue.
17:14Raphaël, il vient de vous démontrer le contraire.
17:16Absolument.
17:16Il vous a convaincu ?
17:18Il m'a convaincu.
17:18Maintenant, on l'attend en toche
17:19quand on l'a fait la semaine prochaine.
17:22Merci pour ce débat
17:23et à la semaine prochaine tous les deux.

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