00:00C'est l'édito politique Patrick Cohen à l'aube d'une nouvelle semaine de mobilisation.
00:05La crise lycéenne, cette agitation incontrôlable.
00:08C'est un embrasement sans précédent de ce genre et de cette ampleur depuis l'automne 90.
00:13Que personne n'avait vu venir et que personne ne sait éteindre.
00:17Un mouvement d'autant plus difficile à appréhender qu'il est souvent réduit à des généralités
00:20ou les formules à l'emporte-pièce.
00:22Et donc non, tous les lycéens de France ne revendiquent pas.
00:26Tous ceux qui revendiquent ne bloquent pas leur lycée.
00:28Tous les bloqueurs ne sont pas des casseurs ou des incendiaires.
00:31Tous les incendiaires, tous les agresseurs de proviseurs ou de policiers ne sont pas lycéens, loin de là.
00:36Et toutes ces mobilisations n'ont pas LFI pour origine.
00:40C'est prêté un très grand pouvoir à Jean-Luc Mélenchon que de le considérer comme celui qui tire toutes
00:44les ficelles.
00:45Même si des députés insoumis ont bel et bien soufflé sur les braises.
00:48Alors évidemment, une fois qu'on a dit ça...
00:50On n'a rien résolu.
00:51Mais comment expliquer ce déchaînement de violence ?
00:54On va esquisser ici quelques hypothèses sur la base de reportages et de remontées de terrain.
00:57D'abord le rituel du blocus qui, avec ses rassemblements aux portes des établissements,
01:02devient le point de rendez-vous de groupuscules d'émeutiers.
01:04Les blocus créent naturellement des occasions d'affrontement.
01:08Ensuite la violence, gratuite, sauvage, avec agression physique,
01:13tir de mortier, incendie de bâtiment qui se répand de crise en crise,
01:16chaque fois plus fort, qui semble se banaliser depuis les émeutes qui ont suivi la mort du jeune Naël
01:21à l'été 2023 dans une partie de la jeunesse urbaine.
01:24Enfin les réseaux sociaux qui, par millions de vues sur TikTok et Snapchat,
01:29produisent du mimétisme et de la surenchère d'un lycée à l'autre
01:33où l'on se tire la bourre à coups de vidéos en flamme.
01:35Face à cela, pas de porte-parole, peu d'encadrement, pas de services d'ordre.
01:40Les organisations lycéennes n'ont que peu de prise sur une base
01:43qui a de réelles raisons de se plaindre.
01:45Ça veut dire que la colère est légitime ?
01:47Le Premier ministre vient de le reconnaître, par écrit,
01:49en ouvrant cinq chantiers pour répondre à la mobilisation,
01:53cours non assurés, faute de remplacement,
01:55locaux dégradés et inadaptés aux fortes chaleurs,
01:57journées trop longues,
01:58orientation perçue via parcours sup comme injuste et arbitraire,
02:02absence d'écoute des lycéens et de leurs représentants.
02:05C'est un pas, dit Matignon.
02:07Nous ne voulons pas traiter des slogans, mais des vrais problèmes,
02:10ceux du quotidien des lycéens.
02:12Pour autant, Sébastien Lecornu semble ne pas se faire d'illusions
02:15sur l'effet immédiat de sa propre initiative.
02:18En conclusion de sa missive, il écrit ainsi,
02:20« La confiance se rétablira lorsque chacun pourra constater
02:24ce qui change dans son lycée. »
02:27En attendant ce retour de confiance,
02:29quel peut être l'effet politique de cette crise ?
02:31Elle alourdit un climat déjà accablant pour l'exécutif en général
02:35et Emmanuel Macron en particulier.
02:37sa fin de quinquennat qui se voit reprocher à la fois
02:41le délabrement de l'école et l'incapacité à tenir la rue
02:44et semble mettre à nouveau face à face
02:46le parti qui mobilise la jeunesse et les quartiers, LFI,
02:50et celui qui promet l'ordre sans avoir jamais eu à le maintenir,
02:54le Rassemblement National.
02:55Merci Patrick Cohen.
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