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NewsTranscription
00:00Pendant plus de dix ans, les alertes se sont accumulées dans le péri-scolaire parisien.
00:04Plus de trente situations étaient déjà étudiées dans un rapport remis à la ville en 2015,
00:09dont dix-huit pour la seule direction des affaires scolaires.
00:12Pourtant, aujourd'hui encore, plus de deux cents signalements sont examinés par la justice.
00:16Comment des familles ont-elles pu se retrouver seules face à une institution ?
00:20Qui savait ? Nous allons en parler avec Barca Zerouali, cofondatrice du collectif École MeToo.
00:25Bonjour Barca.
00:26Bonjour.
00:27Bonjour Barca Zerouali, merci d'être en direct avec nous sur Sud Radio.
00:31Nous aurons tout à l'heure, en plus, le témoignage des parents des victimes, c'est Sarah.
00:35Barca Zerouali, vous êtes cofondatrice de École MeToo.
00:39Entre les déclarations de Mme Anne Hidalgo hier devant la commission sanitariale
00:45qui parle de fâcheux entre celles de M. Emmanuel Grégoire,
00:48on les entendra, on les réécoutera pour que Sarah les écoute, M. Grégoire qui parle de ses regrets.
00:53Après, je viens de faire mon humeur à l'instant.
00:57Michael aime cinq ans de prison dont un ferme et ça se finit avec un bracelet.
01:01Donc ça veut dire qu'il est sorti, qu'il n'ira pas en prison.
01:05Vous trouvez qu'au-delà de ce qui s'est passé dans l'affaire pédocriminelle à Paris,
01:10il y a quand même un dysfonctionnement de la justice aujourd'hui sur ce dossier-là ?
01:15Oui, je pense. Alors, tout à fait.
01:18Déjà, bonjour. Je suis porte-parole de l'association MeToo École.
01:22C'est sûr que la décision qui est tombée hier avec cinq ans dont un an ferme sous bracelet,
01:27elle nous laisse sans voix.
01:29Parce que là, je vais être claire, en fait, il y a neuf enfants qui ont été reconnus victimes d
01:34'agressions sexuelles.
01:34L'auteur a lui-même reconnu les faits et a reconnu qu'il était coupable.
01:40Et la peine qu'on donne, c'est cinq ans de prison et un an de bracelet électronique tranquille sur
01:46son canapé.
01:47Quelle valeur notre justice donne-t-elle concrètement à ce qu'un enfant a subi aujourd'hui ?
01:53Et comment voulez-vous rassurer les parents aujourd'hui ? C'est catastrophique.
01:58Quand on voit le détail du jugement, le président Thierry Donard ne parle pas de circonstances atténuantes en aucun cas,
02:04mais on sent quand même qu'il essaie d'expliquer que cet homme, il y a eu des situations particulières,
02:09qu'il y a une personnalité particulière, qu'il a tenu que ça en compte,
02:12et que le tribunal n'a pas voulu être trop méchant.
02:14C'est un peu ce qu'on lit entre les lignes, c'est pour ça qu'il n'y a
02:18pas de prison ferme, si ce n'est du bracelet.
02:20Est-ce que vous estimez-vous que la gravité des faits impliquait que la sanction soit quand même plus ferme
02:25ou plus stricte ?
02:27Oui, bien sûr, la sanction aurait dû être beaucoup plus stricte.
02:30Moi, je vous parle en tant que mère, mais je vous parle aussi en tant que porte-parole de toutes
02:34les familles.
02:35J'ai énormément de mal avec le signal qui est donné.
02:39C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on peut aller toucher nos enfants,
02:43et la peine pour laquelle on peut être condamné serait, quand on reconnaît les faits,
02:50un an de prison, enfin c'est cinq ans, dont un an, avec un bracelet électronique.
02:55Que prévoit le code pénal dans sa version la plus sévère pour ce genre de crime ?
03:01Je ne suis pas experte, je ne suis pas experte, et je laisse nos avocats gérer toute cette partie-là.
03:07Mais en tout cas, ce qu'on aurait espéré et aimé, c'est qu'il aille en prison, tout simplement.
03:14Le signal envoyé, c'est la première peine ferme, prononcez-moi, quand on dit ferme, si le ferme, c'est
03:20le bracelet,
03:21c'est le premier message, c'est un message qui était très troublant, et pour les familles, et pour l
03:28'opinion publique.
03:28Or, on sait la gravité de ce dossier, Mme Hidalgo reconnaît que ça a commencé en 2014, le premier signalement.
03:35La commission d'enquête, quelle diligente, c'est 2024, il se passe dix ans, il y a un silence assourdissant,
03:41une espèce d'omerta,
03:42et là, on attend que la justice mette un terme à cette gabegie, et bien on continue dans les hésitations.
03:49Les familles réagissent comment ? On aura tout à l'heure, Sarah, les familles réagissent comment autour de vous ?
03:53Elles sont en colère, forcément, elles sont en colère.
03:57Alors oui, certes, il y a eu une condamnation, c'est la première depuis toutes les affaires sur le périscolaire
04:02parisien,
04:02sauf que, même en reconnaissant les faits, l'individu peut se balader tranquillement et faire le tour de son canapé,
04:12avec un bracelet électronique, ce n'est pas entendable, évidemment, que les familles sont consternées par tout ce qui se
04:19passe aujourd'hui.
04:20Nous, on accompagne les familles depuis printemps 2025, on ne lâche personne,
04:25et je peux vous dire qu'on travaille H24, 7 jours sur 7, pour mettre justement la pression,
04:31et faire en sorte qu'on change tout le système de l'école, mais aussi judiciaire,
04:38car quand on tousse des enfants, on parle d'enfants de 3, 4, 5, 6 ans,
04:42on ne peut pas s'entendre dire que l'individu sera avec un bracelet électronique.
04:48Franchement, ce n'est pas possible.
04:52Cette affaire a pris des allures de scandale national, par la gravité des faits, par la durée,
05:00surtout le périscolaire de la ville de Paris, ce n'est pas une petite commune isolée,
05:04c'est la capitale de la France, avec une classe politique à sa tête,
05:08dont on peut penser qu'ils sont responsables, lucides et conscients.
05:12Comment ça a pu se passer, sa dérive, elle a pu durer aussi longtemps,
05:15et on a une réponse tout à fait, presque pas dérisoire,
05:18mais enfin totalement disproportionnée, par rapport à la situation.
05:22Et on a entendu les deux responsables politiques,
05:25Anne Hidalgo qui a été maire de Paris, et puis Emmanuel Grégoire qui lui a succédé.
05:29Justement, je vais poser la question à Sarah.
05:31Bonjour Sarah, vous me recevez bien.
05:33Voilà.
05:34Hier, devant la commission d'enquête du Sénat,
05:37l'ancienne maire de Paris, Anne Hidalgo, s'est défendue.
05:40On l'écoute.
05:42Dans une administration qui compte 55 000 fonctionnaires,
05:46plusieurs trentaines de directions...
05:47Vous êtes responsable de cette administration ?
05:49Je suis tout à fait responsable, et je l'ai toujours assumé.
05:51Mais oui, là, en l'occurrence, mon administration n'a pas suivi ma consigne.
05:55Mais pourquoi ?
05:56Plus que fâcheux.
05:57Plus que fâcheux, mais mon Dieu, c'est pas bien même, hein ?
06:01C'est pas bien.
06:02On écoute maintenant Emmanuel Grégoire, qui s'est exprimé.
06:07Alors, il est le maire de Paris, c'est lui qui a succédé Anne Hidalgo.
06:09Il a bien dit, en prenant ses fonctions,
06:11ça sera mon dossier numéro un,
06:13ce scandale de la pédocriminalité dans le périscolaire.
06:16On pensait qu'il allait prendre le taureau par les cornes
06:18et prendre des initiatives courageuses.
06:20On l'écoute devant les sénateurs ce matin.
06:22Non, on n'a pas caché des pédophiles à la ville de Paris.
06:26Et je le dis avec gravité,
06:29qu'ils puissent nous en faire de pouvoir être suspectés de cela.
06:33Pour nous, politique est évidemment extrêmement dure.
06:35Vous avez recruté et couvert des pédophiles.
06:37Que nous puissions être soupçonnés de cela,
06:40mais insupportables pour des raisons que chacune et chacun ici comprendra aisément.
06:45Il venait de présenter ses profonds regrets devant la commission, devant les sénateurs.
06:51Sarah, ça vous inspire quoi ?
06:52Voilà, la réaction de Mme Anne Hidalgo et les propos d'Emmanuel Grégoire.
06:59Tout le monde se rejette la faute, en fait.
07:01Je pense que ce sont des paroles, il n'y a aucun acte derrière.
07:04Moi, j'ai été confrontée à ça avec ma fille de 4 ans,
07:08qui m'a parlé d'un animateur qu'il avait agressé au sein de l'école.
07:13Donc déjà, on est face à des institutions qui remettent en question la parole de nos enfants,
07:17puisqu'on n'a pas été cru.
07:18Donc l'information...
07:21Sarah ?
07:21Non, avec la réaction de l'école et du périscolaire,
07:24en fait, on n'a pas cru nos enfants.
07:26On nous a dit que ce n'était pas possible que l'animateur soit en relation avec ma fille.
07:31Donc on a endormi la parole de nos enfants.
07:34Et on voit bien que de toute façon, dans le process,
07:36nous, on n'a toujours pas été auditionnés.
07:38Donc ça fait 9 mois qu'on a porté plainte.
07:41J'ai aussi un copain contre l'école, pour information,
07:43pour mise en danger des enfants,
07:45puisque quand j'ai fait mon signalement,
07:46il y avait une autre famille qui avait déjà fait un signalement un mois avant
07:48sur le même animateur.
07:50Et pareil, l'enfant n'a pas été cru.
07:52Donc moi, je suis très en colère face aux institutions.
07:54Il faut quand même voir qu'on laisse nos enfants au sein de l'école.
07:57Donc nous, le matin, on les dépose, on part.
07:59Et qu'en fait, on ne sait pas ce qui se passe derrière.
08:01Donc là, c'est un animateur qui agresse ses plusieurs enfants.
08:04Et en fait, il ne se passe rien.
08:06Les hommes sont en contact de nos enfants dans les écoles.
08:11Et en fait, nos enfants sont à leur merci.
08:13On confie nos enfants à une institution qui meurt que tout représente la République,
08:17les pouvoirs publics, et on apprend ce qui s'est passé.
08:19Sarah, on suppose que ça peut être plus ancien que l'on ne pense à Anissa, justement.
08:25Qu'est-ce qu'on a comme élément sur l'ancienneté ?
08:27On prend acte, effectivement, de la déclaration toute fraîche du maire de Paris,
08:32qui dit donc qu'ils n'ont pas caché de pédophiles à la mairie.
08:36Ceci dit, des questions se posent.
08:40Au cœur des auditions, bien sûr, les violences commises contre des enfants dans le périscolaire parisien.
08:44Depuis quand ?
08:45Eh bien, la réponse, en fait, elle est accablante.
08:46C'est au plus tard, en 2014.
08:48Cette année-là, la multiplication de situations impliquant des agents municipaux
08:52conduit certaines directions à organiser la remontée des alertes.
08:56Le 5 novembre 2014, Anne Hidalgo demande une enquête à l'inspection générale de la ville.
09:02Le rapport rendu en juin 2015 n'évoque pas un danger hypothétique.
09:07Il examine plus de 30 situations de risque d'infraction sexuelle sur mineurs,
09:12réparties dans 5 directions municipales, dont 18 pour la seule direction des affaires scolaires.
09:17Certaines sont déjà qualifiées d'anciennes.
09:21Le rapport, figurez-vous, évoque même d'anciennes élèves devenues majeures au moment de l'enquête,
09:27mais qui étaient évidemment mineures lors des faits.
09:30Impossible toutefois de dater le premier cas.
09:33Les passages permettant d'identifier précisément les dossiers ont été occultés dans la version publique.
09:37Une chose est certaine, en 2014, la mairie ne découvrait pas le problème.
09:42Elle possédait déjà un historique de faits et d'alertes suffisamment graves pour déclencher une inspection.
09:4712 ans plus tard, la justice examine plus de 200 signalements.
09:50La question n'est donc plus seulement que savait la ville,
09:52mais pourquoi les recommandations formulées dès 2015 n'ont-elles pas empêché d'autres enfants de devenir à leur tour
09:58des victimes ?
09:59Sarah, vous avez certainement parlé à d'autres parents confrontés à cette même tragédie.
10:04Est-ce que vous avez, vous aussi, l'impression que le phénomène était plus ancien
10:07et qu'on l'a mis sous silence un certain temps ?
10:10Oui, mais je pense que les droits de l'enfant ne sont pas considérés en France, en fait.
10:13Je ne sais pas ce qu'ils ont lu dans la Constitution des droits de l'homme,
10:16mais les enfants sont comme des objets, en fait.
10:18On ne les croit pas, on ne les protège pas.
10:20Donc, c'est surtout ce qu'on retient.
10:22Et effectivement, quand on voit les jugements aujourd'hui,
10:24en fait, personne n'a de la prison ferme.
10:26Du coup, je me demande, en fait, la question qu'il faudrait leur poser,
10:28c'est qui va en prison aujourd'hui ?
10:30Si ce ne sont des gens qui agressent des enfants, qui va en prison, en fait ?
10:34Ou alors, l'autre cas de figure, tout à fait différent, mais tout aussi épouvantable,
10:39l'affaire Liana, on a un prédateur qui est reconnu, dont on le sait,
10:43et l'appareil de l'État, la justice et la police ne font pas leur travail.
10:47Sur Paris, vous sentez là, quand même, qu'il va y avoir des mesures qui vont être mises en place
10:50?
10:51Je m'adresse aussi à Barca Zerouali.
10:53Vous sentez qu'il va y avoir des mesures sérieuses, précises, qui vont être mises en place ?
10:58Ou vous avez un doute sur l'efficacité de la ville de Paris dans ce dossier ?
11:03Écoutez, moi, j'ai quand même l'impression qu'Emmanuel...
11:07Je voudrais juste revenir sur ce que vous aviez dit avant.
11:09On a aussi découvert, lors de cette audition,
11:13que l'ancienne maire de Paris a quand même découvert
11:16que sa propre administration n'a pas appliqué ce qu'il fallait.
11:20C'est ce qu'elle dit.
11:21Et donc, quand on est en poste...
11:24Et elle dit, à mon insu, sans me consulter,
11:26ils ont décidé de ne pas transmettre au parquet.
11:28Mais c'est tout...
11:28Je veux dire, où vous étiez au courant, et c'est grave,
11:32où vous n'étiez pas au courant, et c'est encore plus grave.
11:34Mais oui, moi, je trouve que c'est grave.
11:36Elle était quand même...
11:37Elle était maire de Paris.
11:39Elle était donc en responsabilité.
11:41Et la confiance n'exclut pas le contrôle.
11:43Elle aurait dû vérifier.
11:45C'est trop facile de se cacher derrière l'échec collectif.
11:48C'est trop pratique.
11:49Quand tout le monde parle d'échec collectif,
11:54dans ces cas-là, il n'y a plus du tout de responsable et de responsabilité individuelle.
11:59Nous, ça nous a...
12:01Franchement, on est d'une colère.
12:03D'une colère.
12:04Elle a la colère en train de se transformer en rage.
12:07C'est insupportable d'entendre ça.
12:10On a eu deux jours d'audition.
12:12Enfin, les deux jours d'audition, c'était un peu n'importe quoi.
12:16Alors, on a compris qu'il y avait 1500 pages.
12:18Mais dans les 1500 pages, est-ce qu'il y a des noms et des responsables ?
12:22Et d'ailleurs, c'est bien pour ça que MeToo École a porté plainte.
12:26Et la plainte a été déposée lundi matin.
12:29Pour revenir à ce que vous disiez par rapport à ce que la mairie était en train de faire.
12:33Bon, alors, pour le coup, ce qu'on ne peut pas enlever à Emmanuel Grégoire,
12:37c'est qu'il a dit lors de son mandat, enfin de sa prise de fonction,
12:43qu'il en ferait une priorité.
12:45Nous, on les a bien embêtés depuis le printemps de l'année.
12:48C'est clair que vous avez participé quand même à cette dynamique.
12:51Voilà, jusqu'aux élections municipales.
12:53Parce qu'on a même ressorti les tableaux avec les mesures de chacun
12:55et on a vu tous les bords politiques.
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