00:00Voici donc votre édito politique. Patrick Cohen, vous revenez sur le conflit qui a mis France Inter à l'arrêt
00:05pendant deux jours.
00:06Et que je vais tenter de résumer aussi simplement que possible.
00:08Au nom du renforcement du pluralisme, la direction a recruté un ancien journaliste du Figaro et du Point, Charles Sapin,
00:14pour assurer l'édito politique du dimanche.
00:17Au nom des principes républicains, une partie du personnel de Radio France s'oppose à ce qu'une tribune soit
00:22donnée au numéro 2 de la rédaction de Valeurs Actuelles,
00:25hebdomadaire que Sapin a rejoint en juillet.
00:27Les deux parties campent sur des symboles. Chacun peut admettre qu'une chronique hebdomadaire de 2 minutes 30 ne représente
00:33ni une garantie de pluralisme,
00:36ni une violation de ce même principe. Mais les exigences particulières attachées à l'audiovisuel public se nourrissent d'apparence
00:42et de symboles.
00:43Alors, quelle exigence ?
00:44L'impartialité, notion spécifique à l'audiovisuel public, inscrite dans la loi depuis 40 ans.
00:50Là où les chaînes privées sont tenues de faire preuve d'honnêteté, d'indépendance et de pluralisme,
00:55la loi de 86, dite loi Léotard, exige du service public ce quelque chose en plus, l'impartialité, concept explicité
01:03pour la première fois dans un rapport officiel,
01:06celui que l'ancien numéro 1 du Conseil d'État, Bruno Lasserre, a remis à l'ARCOM fin mai.
01:10Mais comment est-ce qu'on définit l'impartialité ?
01:12Comme la qualité qu'on attend des juges, des agents publics et des journalistes.
01:15L'absence de partis pris, de préjugés, de préférences ou d'idées préconçues.
01:20Ce qui implique, dit le rapport Lasserre, un pluralisme exemplaire, avec un enjeu crucial d'image et d'apparence.
01:28D'où la recommandation numéro 13, qui semble avoir guidé la direction, désigner des figures emblématiques,
01:35donnant à voir et à entendre un pluralisme effectif.
01:39Charles Sapin est donc un emblème ?
01:40Exactement, mais appartenant à un emblème contestable, valeurs actuelles.
01:45Les grévistes se tuent à le répéter, le problème ce n'est pas la droite, ce n'est pas Sapin,
01:49venu souvent à ce micro, ni le contenu de ses premières chroniques sur Inter.
01:53C'est son nouveau journal, trois fois condamné pour provocation à la haine raciale ou injure raciste,
01:58multipliant depuis 15 ans les unes injurieuses et discriminantes contre les étrangers,
02:02ces nouveaux barbares, contre les Roms, l'Overdose, Najat Vallaud-Belkacem, l'Ayatollah, etc.
02:06Une ligne en contradiction flagrante avec le cahier des missions et des charges de Radio France,
02:12lui aussi fixé par la loi, cohésion sociale, lutte contre les discriminations,
02:17promotion des valeurs d'une culture et d'un civisme partagé.
02:21Ayant dit cela, je pourrais retourner l'argument.
02:24C'est-à-dire ?
02:25Bah, on pourrait soutenir qu'un emblème n'est efficace que s'il est contesté.
02:29S'il s'agit de corriger un biais perçu, comme l'écrit le rapport Lasserre,
02:34recruter un éditorialiste dont personne ne contesterait la compatibilité avec la ligne actuelle,
02:38ne corrigerait rien du tout.
02:40Donc vous avez décidé de manier le paradoxe ?
02:42Non, plutôt de m'efforcer à l'impartialité,
02:44valeur à mes yeux bien supérieure à celle du pluralisme,
02:48qui n'est qu'un moyen, une condition de l'impartialité, mais ne la recouvre pas.
02:53Qu'est-ce que serait le pluralisme sans impartialité ?
02:58Une simple diversité d'opinions sans socle factuel commun,
03:01sans le souci d'exactitude des faits, en un mot, sans journalisme,
03:06et en une phrase, on ne construit pas l'impartialité, en additionnant des partialités.
03:12Merci Patrick Cohen.