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Après trois ans d’exil, Alla, 77 ans, retourne dans ses terres natales : l’Ukraine. Notre reporter l’a accompagné pendant les 36 heures de bus qui séparent Paris de Kiev. Récit avec Emilie Torgemen.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert et Anaïs Godard, - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Clara Grouzis pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 19 novembre dernier, les Etats-Unis ont présenté un plan de paix pour mettre fin à la guerre entre
00:17l'Ukraine et la Russie qui dure depuis plus de trois ans.
00:20Alors que les discussions se poursuivent, des Ukrainiens qui avaient sui leur pays au début du conflit en 2022 rentrent
00:27chez eux malgré les bombardements russes.
00:30A la mi-novembre, le Parisien a suivi Ala, 77 ans, réfugiée en France. Elle avait quitté en catastrophe son
00:37village et son appartement.
00:39Notre reporter au Parisien, Émilie Torgemène, a embarqué à ses côtés à bord d'un bus depuis Paris jusque chez
00:46elle.
00:47Elle nous raconte son reportage, aujourd'hui dans Codesources.
00:59Émilie Torgemène, le vendredi 14 novembre, vous embarquez dans un bus pour Kiev.
01:04Vous allez faire le trajet avec Ala, 77 ans, une Ukrainienne qui a fui son pays en février 2022 au
01:10moment de l'invasion russe et qui depuis est réfugiée en France.
01:14Elle a vécu dans plusieurs familles parisiennes et c'est la première fois qu'elle rentre dans son pays où
01:19la guerre dure toujours.
01:21Déjà, est-ce que vous pouvez nous décrire Ala ?
01:23Oui, Ala est une vieille dame, elle a un très joli visage, elle a des yeux de porcelaine vraiment bleu
01:29très clair.
01:30Elle a, depuis qu'elle vit en France, une coupe au carré sur ses cheveux blancs, elle a un sourire
01:36vraiment contagieux.
01:40Et donc ce jour-là, vous la retrouvez dans le 13e arrondissement de Paris ?
01:43Oui, c'est ça. En fait, on a réservé nos places de bus quelques jours auparavant par WhatsApp en ukrainien
01:49et en anglais.
01:50Le lieu de rendez-vous a été confirmé le matin même.
01:53On a rendez-vous sur le boulevard Vincent-Auriole sous une station de métro aérienne.
01:58On est arrivé très en avance et on a beaucoup de bagages.
02:01En l'occurrence, Ala a une énorme valise qui contient trois ans de vie parisienne,
02:06mais aussi des sacs au champ de supermarché dans lequel il y a des médicaments pour un mois et demi.
02:11C'est une personne malade, Ala, mais aussi de la nourriture pour le trajet 40 heures et puis des conserves.
02:18Donc on est très en avance.
02:19Quand enfin on va au lieu de rendez-vous, donc c'est à 9h du soir, et bien on ne
02:24trouve pas le bus.
02:25Et là, à vrai dire, c'est la panique.
02:27Et puis on est très encombré avec tous ces bagages.
02:29Donc on se met à courir partout, à envoyer des WhatsApp au chauffeur.
02:33Quelques minutes après, on retrouve le bus qui était à quelques numéros de là.
02:37Le chauffeur nous accueille avec un grand sourire en nous expliquant qu'il a juste un petit problème de stationnement.
02:41À ce moment-là, elle se sent comment, Ala, à l'idée de retourner dans son pays natal ?
02:45Elle est très stressée, à vrai dire franchement anxieuse.
02:49Elle a quitté l'Ukraine, elle a quitté son village, chose qu'elle avait à peu près jamais faite de
02:53sa vie.
02:54En février 2022, au milieu de l'invasion.
02:57C'est le moment où en fait les Russes ont marché sur Kiev.
03:00Et elle, son village, est au bord de Kiev.
03:04Et les Russes sont passés dans son village.
03:06La dernière image qu'elle a eue, c'est vraiment une image d'invasion.
03:10Donc elle a très très peur de retourner chez elle.
03:12Vous allez nous raconter ce long et fatigant périple jusqu'à Demidov, à 50 km au nord de Kiev.
03:19Vous allez aussi nous raconter comment Ala retrouve son appartement.
03:22Et ce qui a changé dans son village depuis le début de la guerre.
03:25Mais d'abord, pourquoi est-ce qu'elle a décidé de retourner en Ukraine ?
03:28Ala décide de rentrer chez elle pour plein de raisons qui lui sont propres.
03:32Mais il y a aussi une raison un peu générale.
03:34C'est que tristement, les aides aux réfugiés ukrainiens s'amenuisent.
03:38C'est le cas en France, c'est le cas dans toute l'Europe.
03:42Probablement parce qu'on avait pensé que la guerre ne durerait pas aussi longtemps.
03:45Et en plus, l'aide en France a été aussi pensée pour des actifs, surtout des activeux, puisque c'est
03:50des femmes qui sont venues se réfugier en France.
03:54Et donc l'idée, c'est de les aider et qu'elles puissent ensuite trouver un emploi, trouver un logement,
03:59s'intégrer.
03:59Le cas d'Ala est particulier, puisqu'en fait, c'est une retraitée.
04:03Donc c'est quelqu'un qui ne va pas pouvoir travailler, avoir un salaire à la hauteur du niveau de
04:08vie en France.
04:09Donc ça devient très compliqué pour elles.
04:11Ce trajet en bus, qui doit durer environ 40 heures, c'est la seule manière d'aller en Ukraine en
04:15ce moment ?
04:16Non, ce n'est pas la seule manière.
04:17Alors malheureusement, on ne peut plus faire de vol direct entre la France et l'Ukraine.
04:22L'espace aérien est fermé.
04:23Par contre, ce que font beaucoup de gens, c'est d'utiliser le rail.
04:27Pour ça, c'est assez compliqué.
04:29Il faut changer au choix en Pologne ou en Slovaquie et après se rendre en Ukraine.
04:34En réalité, moi, c'est ce que j'ai fait au retour.
04:37Mais la différence, c'est que c'est un peu plus cher et surtout plus complexe.
04:41Ala, elle a 77 ans.
04:43Donc là, le bus, on ne sait effectivement pas à quelle heure on va arriver, mais on monte dans le
04:47bus.
04:47Et à la fin, on arrive au point d'arrivée.
04:49Donc ça peut être plus long, c'est moins confortable, mais en réalité, c'est plus simple.
04:53Et combien ça coûte ?
04:54Ce trajet, c'est assez étonnant.
04:56Il coûte 140 euros.
04:57Et c'est de l'argent qu'on paye cash, de la main à la main.
05:01Nous, on l'a payé au milieu du voyage.
05:03On était au milieu de nulle part en Allemagne.
05:05La compagnie de bus nous avait expliqué qu'elle ne voulait pas nous faire payer en avance
05:09parce qu'il y avait eu pas mal d'arnaques, des gens qui s'étaient fait passer pour eux
05:12et qui avaient pris de l'argent à des réfugiés.
05:14Donc eux ne voulaient pas le faire et ils ne voulaient être payés que vraiment au dernier moment.
05:19La nuit qui précède votre départ, au moins six personnes sont mortes dans des bombardements russes à Kiev.
05:25Émilie Torgemène, qui sont les autres passagers ?
05:27Et surtout, comment ils se sentent à l'idée d'aller en Ukraine ?
05:31Au moment où on embarque sous le métro aérien parisien, on voit toutes ces familles qui sont en train de
05:36s'enlacer.
05:37On voit cette ambiance très lourde.
05:39On sent qu'effectivement les frappes massives qui ont eu lieu la nuit précédente sont dans tous les esprits.
05:46On voit un jeune homme qui embrasse sa femme qui porte un petit bébé et lui ne monte pas dans
05:52le bus.
05:52C'est assez poignant.
05:53On ne peut qu'imaginer qu'il ne veut pas retourner à la guerre.
05:57Finalement, c'est assez muet comme scène et vraiment très poignant.
06:02Et tous ces passagers, ce sont des Ukrainiens qui rentrent dans leur pays ?
06:06Oui, à l'évidence. Il n'y a absolument aucun étranger dans ce bus.
06:10Ce sont vraiment des gens qui ont tous une bonne raison de retourner dans un pays en guerre.
06:14Il faut le rappeler, là, on n'est pas sur un retour heureux à la fin de la guerre.
06:19Et ce sont tous des Ukrainiens. D'ailleurs, tout le monde ne parle qu'Ukrainiens.
06:22Ils ont tous chacun leur histoire et on sent qu'elle est lourde.
06:27Justement, Émilie Torgemène, vous traversez le Luxembourg, l'Allemagne et la Pologne.
06:31Avec ses passagers, ça vous offre l'occasion de discuter avec eux.
06:34Ils vous racontent pourquoi ils rentrent.
06:36Il y en a, par exemple, qui vont enterrer un membre de leur famille avant de revenir en France.
06:40Et puis, il y a Zoya, qui, elle, fait régulièrement ce trajet. Pourquoi ?
06:44Alors, Zoya, c'est vraiment un personnage.
06:47C'était aussi un plaisir de parler avec elle, puisque l'ambiance était très lourde dans ce bus.
06:51Elle vient du monde du théâtre.
06:53Elle a été actrice et elle est vraisemblablement metteur en scène maintenant.
06:57Elle, elle vient en France.
06:58Elle fait des allers-retours parce qu'elle a un problème de santé.
07:00Elle vient se faire soigner en France.
07:02Mais elle est très claire.
07:04Son pays, c'est l'Ukraine.
07:06Si elle doit faire des allers-retours en Europe,
07:08eh bien, c'est compliqué en ce moment parce que le pays est en guerre
07:10et c'est difficile de traverser des frontières.
07:12Mais elle retournera dans la capitale où elle vit.
07:15Ce long trajet vous offre aussi l'occasion de discuter avec Allah.
07:18Qu'est-ce qu'elle vous raconte sur sa vie avant l'invasion russe ?
07:21Eh bien, Allah, c'est un concentré de l'histoire ukrainienne.
07:25Elle me montre sur son téléphone des photos de sa ville d'origine.
07:30C'est Tchernikiv, c'est plus au nord de Kiev.
07:33Elle prend un médicament pour la thyroïde parce qu'en fait, elle fait partie des victimes de Tchernobyl.
07:39Elle parle aussi de son père qui était, raconte-t-elle, un héros de la Seconde Guerre mondiale
07:44et donc qui a participé à la prise de Berlin pour l'armée soviétique.
07:49Et donc, cette vieille femme ne comprend pas comment Vladimir Poutine peut oser attaquer ses héros de la guerre.
07:56C'est vraiment fascinant de discuter avec elle dans ce bus.
08:00Après plus de 24 heures de trajet, vous arrivez à la frontière avec l'Ukraine,
08:04dans une ville qui s'appelle Prémichel.
08:06Et là, les passagers qui ont l'habitude de faire cette route vous préviennent.
08:10Cela peut durer plusieurs heures.
08:11En fait, c'est assez étonnant, on s'insère dans une file de camions.
08:15On ne comprend pas très bien, on patiente et tout d'un coup, le bus des boîtes arrive devant la
08:20guérite des douaniers
08:21et une jeune femme, avec un bonnet où il y a écrit « poste de frontière », monte et collecte
08:27tous les papiers.
08:28Là, l'ambiance est vraiment terrible, plus personne ne parle et tout le monde est plongé dans son propre stress.
08:34Et à ce moment-là, on attend.
08:36Une demi-heure après, c'est l'hôtesse du bus qu'on a fini par connaître
08:40qui remonte avec tous les papiers des uns et des autres.
08:43Alors, tout le monde a des problèmes de papiers, ce sont des passeports, mais ils sont plus ou moins en
08:46règle.
08:47Tout le monde, c'est assez compliqué.
08:49Et au moment où on récupère enfin nos passeports, eh bien, tout le monde rigole, fait des blagues.
08:53Et c'est la première fois depuis 25 heures que tout le monde plaisante.
08:56C'est aussi à ce moment-là qu'on comprend que la pression se relâche.
09:00Et donc, vous commencez à traverser l'Ukraine.
09:02Quelle est l'ambiance à bord du bus à ce moment-là ?
09:04Il est minuit passé, donc c'est silencieux.
09:07Le bus est sombre, les lumières sont éteintes.
09:10La plupart des gens essayent de dormir.
09:12Au fur et à mesure, on sent que la tension monte.
09:15On regarde par la fenêtre.
09:16Il y a encore des lumières.
09:18Donc, ça veut dire que la zone la plus à l'ouest de l'Ukraine n'est pas sous couvre
09:21-feu.
09:22En revanche, Allah, qui est à côté de moi, on est épaule contre épaule depuis le début du voyage,
09:26est extrêmement tendue.
09:28Alors que moi, je vais m'endormir.
09:30Elle va me raconter à la fin du voyage que elle, pendant cette quarantaine d'heures,
09:34n'aura pas fermé l'œil une seconde tellement elle est stressée.
09:37Et comme les routes ne sont pas éclairées, pour des raisons de sécurité,
09:40pour ne pas être bombardée simplement,
09:42elle aura peur à chaque fois qu'on ait quitté l'autoroute.
09:45Mais ça, elle ne me le dira qu'à l'arrivée, quand je serai réveillée.
09:51Au petit matin, vous arrivez enfin à Kiev.
09:54Et Allah se rend compte que depuis son départ, beaucoup de choses ont changé.
09:57Qu'est-ce que ça lui fait de revoir la ville ?
09:59Ce qu'elle regarde d'abord, c'est même un peu avant l'arrivée dans la capitale ukrainienne,
10:03sur la route, on voit des destructions.
10:06Il y a des panneaux publicitaires géants qui sont tombés au sol.
10:11Il y a des maisons dont les toits sont effondrés.
10:14Alors, on ne sait pas s'ils ont été abandonnés ou si ça a été vraiment détruit.
10:17On ne sait pas si c'est des destructions récentes ou des destructions qui datent de 2022.
10:22Là, à chaque fois, Allah se tend, elle me dit toujours la même phrase.
10:27Elle me dit « Regarde, c'est les traces de la guerre ».
10:29Et elle va me dire ça plusieurs fois à l'approche de la capitale.
10:33Au bout de 36 heures de bus, vous vous arrêtez à Kiev,
10:36où Allah doit changer de l'argent avant de rentrer dans son village.
10:40Allah pose les pieds pour la première fois depuis trois ans, il faut imaginer ça, en Ukraine.
10:45Et elle est vraiment étourdie, éblouie aussi par la lumière.
10:50Et donc, on dit juste au revoir aux autres passagers qui, eux, filent, ils voyagent assez léger.
10:54Et on se retrouve presque tout seul dans la gare routière.
10:58Là, effectivement, il va y avoir plusieurs formalités à remplir.
11:01Et la première, c'est de trouver de l'argent.
11:03Allah n'a pas de carte bleue.
11:05Et donc, elle est partie avec des euros qu'elle avait en France.
11:10Il faut échanger de l'argent.
11:12On arrive un dimanche, ce qui ne simplifie rien.
11:14Et on n'a pas réussi à changer de l'argent en France,
11:16parce que les bureaux de change ne le proposent pas.
11:18Il n'y en a aucun dans Paris.
11:20J'avais voulu faire la même chose par sécurité aussi.
11:23On ne peut pas arriver avec de la monnaie ukrainienne.
11:27Allah appréhende son retour à Demidov.
11:29Vous nous l'avez dit, c'est d'ici qu'elle a fui en février 2022,
11:32quand les soldats russes sont arrivés aux portes de Kiev.
11:35Elle vous le raconte, ce départ précipité ?
11:37Oui, pour être honnête, elle le raconte à de nombreuses reprises.
11:40C'est un traumatisme pour Allah qui a été arraché à chez elle.
11:44Dans ce village, qui est vraiment aux portes de la capitale ukrainienne,
11:49les Russes sont arrivés dans les rues.
11:51Un obus ou un missile, ce n'est pas très clair,
11:53a traversé la fenêtre de sa chambre et a fracassé son mur.
11:56Elle a décidé de partir et de monter dans un bus
11:59pour rejoindre l'Europe et la France à un moment critique.
12:03On parle donc d'une femme qui avait près de 75 ans,
12:06qui est malade de la thyroïde, qui n'est pas très agile.
12:10Pour des raisons militaires, le pont qui rejoint son village à la capitale
12:15avait été détruit pour que l'armée russe ne puisse pas passer.
12:18Donc en fait, elle a pu partir grâce à l'aide de voisins,
12:21avec des jeunes gens qui ont pu porter son sac,
12:24l'aider à franchir la rivière.
12:26Et elle est partie avec ses papiers les plus importants
12:29pour prouver son identité, pour récupérer sa pension de retraitée,
12:34sa pension d'invalide de Tchernobyl aussi.
12:36Elle avait juste ça dans un sac plastique.
12:43Mais aujourd'hui, il n'y a plus de soldats russes dans les rues.
12:46Vous avez aussi passé quelques jours à Kiev,
12:48avant de raconter le retour d'Allah dans son village.
12:51Est-ce que vous pouvez nous décrire le quotidien des habitants de la capitale,
12:54alors qu'ils sont sous la menace constante des bombes ?
12:56La vie à Kiev est étonnante, parce que la journée,
12:59on a l'impression que c'est assez normal.
13:02On voit des jeunes mères qui promènent leurs enfants dans les parcs.
13:06On voit des hipsters qui boivent des lattés,
13:08comme ça pourrait être le cas à Paris.
13:11Mais le soir, quand la nuit tombe, la tension monte,
13:14puisqu'en fait, les attaques russes,
13:16les bombardements et les attaques de drones ont presque toute lieu la nuit.
13:20C'est une démarche de guerre psychologique.
13:23Toute la population est fatiguée,
13:25parce que lors des attaques, l'alarme retentit,
13:27et qu'on est censé aller dans les abris.
13:29D'ailleurs, ce qui est étonnant, c'est que nous, étrangers,
13:32en tout cas moi, qui ai peu l'habitude de ces zones-là,
13:35quand la sirène retentit,
13:36moi j'ai été très rapidement dans un abri antibombe,
13:40et j'ai constaté que strictement aucun de mes voisins ukrainiens n'y allait.
13:43J'ai croisé des gens avec des bouteilles qui me disent
13:45« Mais non, ça va, on a l'habitude, c'est pas une attaque importante ».
13:48Donc c'est assez impressionnant.
13:50Malgré tout, on sent vraiment une tension et une mobilisation des Ukrainiens.
13:55Oui, parce qu'en fait, les habitants, ils ont l'habitude,
13:57donc ils savent quel type de bombardement ont lieu,
14:00et s'il faut s'abriter ou non.
14:02Oui, en fait, les Ukrainiens sont devenus un peu des experts de la musique guerrière.
14:07Certains nous ont expliqué qu'on peut complètement reconnaître une attaque de drone,
14:11c'est facile, à l'oreille, ça fait le même bruit qu'une moto.
14:14En revanche, si on entend une explosion,
14:16finalement, c'est plutôt une bonne nouvelle,
14:18ça veut dire qu'on est encore vivant, que ce soit une explosion d'un obus qui touche sa cible,
14:22ou le plus souvent, une explosion de la défense aérienne qui protège,
14:27et qui protège bien la capitale.
14:29Et puis surtout, les habitants ont, pour la plupart,
14:32et ils m'ont fait télécharger la même chose,
14:35des systèmes, des applications d'alerte,
14:37qui donnent, en fait, la localisation des attaques et la direction des attaques.
14:42Donc, moi, quand j'ai paniqué pour ma première alerte antiaérienne,
14:47les personnes qui me l'ont décrypté le lendemain m'ont dit
14:50« Mais non, regarde, en fait, c'était un missile balistique,
14:52on voit bien qu'il visait Kharkiv, donc bien plus à l'est,
14:56mais comme c'est un missile balistique,
14:59théoriquement, il a un rayon d'action énorme et il peut toucher toute l'Ukraine,
15:03donc les alarmes retentissent dans toute l'Ukraine.
15:06Ce qui fait que nous, on a continué à vivre notre vie
15:08pendant que toi, tu descendais dans un abri antiaérien.
15:11Et puis, il y a aussi les coupures de courant,
15:13vous allez en vivre une avec Ala dans son logement,
15:15mais pourquoi ces coupures de courant sont aussi fréquentes ?
15:18Les coupures sont très fréquentes parce que la Russie,
15:21à l'approche de l'hiver, bombarde et cible prioritairement
15:24les sites énergétiques, les infrastructures
15:27qui produisent de l'électricité.
15:30L'idée, c'est que l'hiver en Ukraine est rigoureux,
15:33on s'en rend compte en quelques heures de coupure,
15:36l'électricité est devenue vraiment quelque chose de vital.
15:39Si on n'a plus internet, si on n'a plus de téléphone,
15:42la vie devient très compliquée pour les civils
15:44comme pour les militaires.
15:46On le disait au début de cet épisode,
15:47Émilie Torgemène vous allait accompagner
15:49à l'âge 77 ans jusqu'à son village.
15:52Elle rentre finalement dans son appartement
15:54dont elle avait précieusement gardé la clé
15:56pendant ces trois années.
15:57Alors elle, elle le savait parce qu'elle a continué
15:59de suivre tout ce qu'il se passait en Ukraine
16:01via les réseaux sociaux,
16:02mais elle le découvre à ce moment-là avec vous
16:04de ses propres yeux.
16:05Sa maison est vraiment endommagée par la guerre.
16:08Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
16:09D'abord, le mur de sa chambre a explosé,
16:12il a été frappé par un missile ou un obus.
16:15D'ailleurs, elle me le montre tout de suite
16:17quand on rentre chez elle.
16:19La fenêtre a été réparée
16:20parce qu'en fait, l'appartement est occupé
16:22par une amie de la famille,
16:24Natasha, et son fils, un adolescent.
16:26Donc la fenêtre est neuve,
16:28mais tout autour, on voit que le mur
16:30a été comme déchiqueté.
16:31C'est assez impressionnant.
16:34Cet appartement, qui est l'appartement
16:35de toute une vie,
16:37eh bien, il est jauni.
16:38Les papiers peints qui étaient fleuris
16:40sont en fait en train de se décoller, jaunes.
16:44Au sol, il y a du lino
16:45qui se désagrège en poudre
16:47parce qu'il y a eu une inondation.
16:49Et cette inondation,
16:50c'est l'armée ukrainienne
16:52qui l'a provoquée pour sauver la capitale,
16:55pour détourner l'armée russe
16:57qui fonçait sur la capitale
16:59depuis chez Allah jusqu'au palais présidentiel
17:02qui est au centre de Kiev.
17:03C'est une heure de voiture.
17:05Et ça, l'armée russe aurait pu le faire
17:07si l'armée ukrainienne
17:08n'avait pas « sacrifié » le village.
17:11Mais pour Allah,
17:12quand elle rentre chez elle,
17:13eh bien, elle rentre dans un appartement
17:15qui a été nettoyé par Natasha,
17:17qui a fait ce qu'elle a pu.
17:18Elle raconte qu'elle a ramassé
17:21des kilos et des kilos de crottes de souris.
17:23Mais quand on arrive
17:25deux ans, plus de trois ans après,
17:27eh bien, l'appartement est vraiment
17:29dans un mauvais état.
17:31Il va falloir faire des travaux.
17:32Et là, comment elle se sent à Allah
17:33de rentrer dans sa maison ?
17:35Là, c'est vraiment touchant
17:36parce qu'elle reconnaît,
17:39elle nomme presque chaque objet.
17:41On a l'impression qu'elle retrouve
17:43des vieux amis.
17:44Alors, dans la cuisine,
17:46il y a une sucrière en argent
17:48qui était un cadeau de la mère d'Allah
17:49quand elle était toute jeune fille,
17:51quand elle avait 15 ans, je crois.
17:52Elle rouvre ses placards
17:54parce qu'elle veut me montrer
17:56des photos de son père en héros de guerre.
17:58Mais finalement, elle tombe sur des bijoux
18:01et donc elle essaie de les retrouver.
18:03C'est aussi très impressionnant
18:05de voir quelqu'un qui est parti.
18:06On raconte toujours les gens qui partent
18:09en laissant tout derrière eux.
18:11Et là, c'est quelqu'un qui rentre
18:13et qui essaye de retrouver ses affaires.
18:15Trois ans après, il y a de la perte,
18:17il y a de la tristesse,
18:19il y a de l'angoisse.
18:20Tout est un peu mélangé.
18:21Vous allez ensuite accompagner Allah
18:22se balader dans son village.
18:24Elle croise des habitants
18:25qui, eux, n'ont pas bougé
18:26et qui la reconnaissent.
18:28Et puis, vous vous rendez ensemble
18:29au cimetière de Démidoff.
18:31Oui, on va au cimetière
18:32parce qu'Allah est veuve
18:33depuis des décennies.
18:36Ça n'a rien à voir avec la guerre.
18:37Et donc, elle se rend
18:38sur la tombe de son mari.
18:40Et là, elle ne peut que constater
18:43que c'est une tombe abandonnée.
18:45Au-dessus de la tombe,
18:46les herbes sont montées.
18:47Elles nous arrivent à peu près
18:48à la taille.
18:49Et donc, de manière assez pudique,
18:51Allah dit juste
18:52« Oh là là, je vais avoir du travail. »
18:54Et puis, même la stèle,
18:55la pierre tombale,
18:57est illisible.
18:58On ne voit plus rien.
18:59Et donc, c'est vraiment
19:00une tombe presque muette.
19:02Et surtout, à côté de ça,
19:03au milieu de ces tombes,
19:04de ces stèles,
19:05qui sont toutes en granit noir,
19:07ça, c'est les tombes
19:08un peu traditionnelles,
19:09on voit des croix
19:11très récentes.
19:12On regarde les dates
19:13et effectivement,
19:13ce sont des hommes
19:14et des hommes jeunes,
19:16ce sont des hommes
19:16qui sont tombés au combat.
19:18Et là,
19:19Allah a cette phrase
19:20« Quelle horreur ! »
19:21Elle est presque plus touchée
19:22par la mort de ces hommes jeunes
19:24que par la mort de son mari.
19:26Émilie,
19:26après trois jours passés avec elle,
19:28vous laissez Allah en Ukraine,
19:30vous vous allez retourner
19:31ensuite en France.
19:32Où est-ce que vous vous séparez ?
19:33On se sépare
19:34dans la ville administrative,
19:35quelque part,
19:36la plus proche,
19:37qui s'appelle Vichgorod.
19:38C'est une ville
19:39assez importante
19:41et on y va
19:41parce qu'Allah
19:42doit refaire
19:43tout un tas de papiers.
19:44C'est ça le sort
19:45des exilés.
19:46Quand on rentre chez soi,
19:48il faut se remettre
19:49à jour aussi.
19:50Et donc,
19:50elle commence par passer
19:51à la banque
19:52pour pouvoir avoir
19:53accès à son compte.
19:55Et je la laisse
19:56donc à la banque
19:57de Vichgorod
19:58juste au moment
19:58où une conseillère
19:59vient la chercher
20:00pour régler
20:00toutes ses affaires.
20:02Allah,
20:03elle prévoit
20:03de rester en Ukraine
20:04pour de bon ?
20:05Ça n'est pas certain.
20:06Allah veut essayer
20:08de rester en Ukraine.
20:09Allah veut réparer
20:11son appartement.
20:12Allah a revu
20:13et même m'a amenée
20:14sur son potager
20:16qui est un peu
20:16son paradis
20:17à elle
20:18puisqu'Allah est
20:19quelqu'un
20:20qui a vraiment
20:20la main verte
20:21et pour qui c'est important.
20:22Elle a toujours
20:23fait pousser des choses.
20:24C'est le moment
20:25où je me suis dit
20:26que peut-être
20:26elle allait réussir
20:27à s'installer en Ukraine.
20:29Mais l'Ukraine
20:30est un pays en guerre
20:31et si jamais
20:32la situation
20:33redevenait très compliquée,
20:35si jamais
20:36des soldats
20:37réarrivés
20:38aux portes
20:38de la capitale ukrainienne,
20:40Allah veut se laisser
20:41la possibilité
20:42de repartir en France
20:43et d'ailleurs
20:44une des premières choses
20:46qu'elle va faire
20:47c'est de refaire
20:48des papiers
20:49auprès de l'ambassade française
20:50en Ukraine
20:51pour avoir la possibilité
20:52peut-être
20:53de reprendre ce bus
20:54dans le sens inverse.
21:20Merci à Émilie Torgemène.
21:22Cet épisode de Codesources
21:23a été produit
21:24par Thibaut Lambert
21:25et Anaïs Godard
21:26à la réalisation
21:27Julien Moncouquiole.
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21:42Claudia Prolongeau
21:43et Damien Delseny,
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21:46vous racontent
21:47une nouvelle affaire criminelle.
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