00:00Moi, je trouve qu'en fait, il est en avance sur son temps.
00:01C'est un daft punk avant l'heure, c'est-à-dire qu'il se cache,
00:03mais sa musique restera pour toujours.
00:09Maurice Ravel, c'est l'être le plus secret,
00:13le plus fantaisiste aussi,
00:16et peut-être un des plus enfantins aussi
00:19qui m'a été donné de jouer.
00:21Maurice Ravel, je vous cherchais.
00:23Vous allez écrire la musique de mon prochain ballet.
00:26Ce qu'il me faut, c'est du charnel.
00:29De l'envoutant, de l'érotique.
00:32Au moment où on lui demande de composer en trois mois
00:36une pièce qui va devenir le boléro,
00:37il est au pire moment de sa carrière.
00:39Il est dans le trouble, le doute,
00:42il sèche complètement.
00:44Et puis va émerger cette chose-là,
00:46que lui déteste,
00:48mais qui va révolutionner la musique.
00:51Tous les sons,
00:53tous les bruits deviennent musique.
00:55Il y a quelque chose de l'ordre de la trance
00:57dans le boléro,
00:58par sa répétition,
01:00par son mécanisme.
01:01C'est l'inventeur de la boucle techno ou rap.
01:05Donc c'est ça aussi
01:06qui est tellement prodigieux dans cette ère-là.
01:08Et puis c'est vrai que le film
01:10permet de plonger dans ce qu'est
01:12la création d'une œuvre.
01:14Cher maître,
01:15votre musique m'a électrisée.
01:17Vous êtes sûr que vous ne voulez pas rejoindre la fête ?
01:19Pas moi qui va le voir,
01:20c'est Maurice Ravel.
01:21Et qui êtes-vous sinon Maurice Ravel ?
01:23Pas grand-chose, je le crains.
01:24Ce qui m'a attiré,
01:25c'est le secret de ce personnage.
01:26C'est le fait que je sorte de ce tournage
01:29sans avoir élucidé tous les mystères
01:31qu'il y a autour de lui.
01:32C'est un personnage un peu insaisissable
01:34et qui en même temps
01:34est extrêmement attachant.
01:36Il peut paraître froid au premier abord
01:38et en fait, on éprouve envers lui
01:39une sympathie profonde.
01:42Et ça, ça me bouleverse.
01:44J'ai envie d'être son ami,
01:45j'ai envie de le prendre sous mon épaule
01:47et de dire,
01:47viens, on va passer un petit peu de temps ensemble.
01:49Je me méfie un peu des biopics
01:50parce que j'ai toujours peur du côté
01:52on va faire une page Wikipédia,
01:53on va vous expliquer bien
01:55les noms de chaque personnage,
01:57bien les recontextualiser.
01:58Je trouve ça toujours un peu lourd.
02:00Il y a certains biopics,
02:01je trouve, qui échappent à ça.
02:03Je trouvais que le scénario échappait à ça.
02:05Et puis ce qui m'intéressait aussi,
02:06c'est que ce n'est pas une figure
02:07très connue, finalement,
02:08on ne connaît pas son visage
02:10ou très peu.
02:10Ça permettait aussi
02:11une interprétation plus personnelle
02:14sans avoir à obéir
02:16à une sorte de cahier des charges
02:17du bon Maurice Ravel,
02:19même si j'ai essayé
02:19de m'en rapprocher quand même,
02:21mais sans que ça soit
02:22que des atours physiques.
02:25On a eu la chance
02:25de tourner pendant trois semaines
02:27à Montfort-la-Maurie
02:28dans la maison qu'il a habité
02:29qui s'appelle Le Belvédère
02:30qui est accessible aujourd'hui au public.
02:32Et ce qui est fou,
02:33c'est que vous rentrez dans cette maison
02:34et vous repartez un siècle en arrière
02:36et vous avez tous les éléments
02:37de décoration de l'époque,
02:40les peignes de Maurice Ravel,
02:42tout est à sa place.
02:43Donc vous avez vraiment l'impression
02:44d'arriver chez lui,
02:45de sentir son âme.
02:46Et surtout, on était,
02:48par exemple,
02:48le piano sur lequel
02:49il a composé le boléro,
02:50c'est le piano que vous voyez
02:51à l'écran sur lequel je...
02:53enfin, sur lequel le personnage
02:54de Ravel compose le boléro.
02:57Donc on était là-dedans,
02:57c'était assez chargé, évidemment.
03:00On va reconnaître ton excellence.
03:02J'ai pris un an de cours
03:03pour pouvoir jouer
03:0580% à peu près
03:06des musiques
03:07qu'on entend dans le film.
03:10Mais je continue.
03:11Dès que je trouve un piano,
03:12j'aime bien m'exercer un peu.
03:14Et il y a aussi côté chef d'orchestre,
03:15un an ?
03:15Oui, ça a été 7 mois,
03:186, 7 mois de travail.
03:19C'était peut-être le travail
03:20le plus difficile,
03:21parce que je n'avais aucune connaissance
03:23de ce qu'est la direction d'orchestre.
03:25Et en fait,
03:26c'est d'une précision assez incroyable.
03:27Il y a tellement de manières
03:28de diriger un orchestre
03:29suivant la personnalité du chef
03:31qui n'était pas facile
03:33de trouver celle de Ravel
03:34parce qu'il était considéré
03:35par ses contemporains
03:36comme un très, très mauvais
03:37chef d'orchestre,
03:38très rigide, etc.
03:39Et en même temps,
03:40il ne fallait pas
03:40qu'on fasse ça à l'écran.
03:41Ça n'aurait été pas très heureux,
03:42pas très esthétique.
03:43Donc il fallait quand même
03:44trouver la manière de diriger
03:46que pourrait avoir Maurice Ravel.
03:49Ce qui est assez amusant,
03:50je revoyais les...
03:51Justement,
03:52j'en ai regardé plein.
03:54Avant, je me disais
03:55« Ah tiens, là c'est bien,
03:55là c'est moins bien.
03:56Le meilleur d'entre tous... »
03:57Le meilleur,
03:58le meilleur,
03:59c'est Louis de Funès
04:00dans la Grande Vadrouille.
04:01Cette scène est folle,
04:02mais en fait,
04:03dans ce qu'il fait,
04:03dans la direction qu'il donne,
04:04d'ailleurs il était musicien,
04:05c'était un grand pianiste,
04:06Louis de Funès.
04:07Et en fait,
04:07on voit que c'est d'une précision
04:09mais chirurgicale,
04:10c'est hallucinant ce qu'il fait,
04:11tout en exagérant, etc.
04:15Donc lui,
04:15ça a été une boussole.
04:16Je sais que ça peut paraître étrange.
04:18Après, Tarr,
04:19ce qu'elle fait,
04:19c'est assez dingue,
04:20mais alors c'est une chef
04:21très expressionniste aussi.
04:23Il y a d'autres chefs
04:23qui sont beaucoup plus rentrés.
04:26C'est assez intéressant aussi.
04:27D'ailleurs, Ravel,
04:27il fait peut-être plus partie
04:29de ce type de chef
04:31qui ne vont pas trop
04:32surexagérer le mouvement
04:33ou trop accompagner la musique.
04:36Donc ça colle vraiment
04:37la personnalité aussi du chef,
04:40la manière de diriger.