- il y a 2 ans
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01:06 Berlin, tel qu'elle aime se voir. Jeune, branché, toujours prêt à faire la fête
01:12 et peuplé d'esprits créatifs venus des quatre coins du monde.
01:16 Un mardi soir ordinaire dans le quartier ouest de Berlin.
01:20 L'acteur Lars Heidinger est à la console de mixage.
01:24 L'événement a lieu au rayon HOM du grand magasin KDV,
01:31 acronyme de Kaufhaus des Westens, le grand magasin de l'ouest.
01:36 Ce grand magasin légendaire fête sa renaissance.
01:39 Le voilà redevenu le baromètre des tendances de Berlin.
01:43 Tel est en tout cas le point de vue de Vittorio Radice.
01:47 Cet Italien a pris en 2016 la direction du plus célèbre magasin d'Allemagne.
01:52 Et il a de grands projets.
01:58 Le KDV doit être le reflet des différents styles de vie de Berlin.
02:01 Comment vivent les berlinois ? Comment s'habitent-ils ?
02:04 Que pensent-ils ? Que mangent-ils ? Que font-ils dans la journée ?
02:08 C'est ce que nous devons raconter dans ce grand magasin.
02:13 Et c'est comme ça que le KDV sera pour les berlinois un lieu dont ils pourront être fiers.
02:19 Et pour les touristes, un lieu emblématique de cette ville.
02:26 De l'Empire à la guerre froide, en passant par la République de Weimar et le nazisme,
02:30 le grand magasin de l'ouest a résisté à tous les soubresauts de l'histoire.
02:35 S'il a connu des hauts et des bas et subi de terribles dommages,
02:39 il n'en demeure pas moins le premier temple du shopping en Allemagne.
02:43 Tout amateur de luxe trouve ici son bonheur.
02:46 Sur ses 60 000 m2 de surface de vente, il propose plus d'un million d'articles.
02:54 De quoi satisfaire presque tous les désirs du consommateur et entretenir sa part du rêve.
03:00 À vrai dire, nous ne vendons rien qui répond à un réel besoin.
03:07 Ici, on trouve l'émotion, le plaisir, on prend le temps de flâner seul, en famille ou entre amis.
03:14 C'est comme un conte de fées, on oublie ses soucis, on est dans un autre monde.
03:22 Le KDV montre ce que le capitalisme peut proposer à ceux qui ont réussi,
03:27 grâce à leur labeur, à leur intelligence ou simplement parce qu'ils font partie des privilégiés.
03:32 Depuis plus de 110 ans, il propose toutes les tentations qui attisent nos envies,
03:39 qui nous incitent à entrer dans la course et à jouer des coudes pour passer avant tout le monde.
03:45 Mais ce sanctuaire du grand capital a attiré aussi plus d'un révolutionnaire.
03:49 Dans les années 1920, on y a vu Vladimir Mayakovsky, le poète préféré de la toute jeune URSS.
03:56 Après une brève harangue adressée aux prolétaires allemands, il alla y faire ses emplettes,
04:02 chaussettes en soie et lingerie fine pour sa bien-aimée.
04:06 Il a fait un grand défi pour la société, pour la société, pour la société.
04:12 Chaussettes en soie et lingerie fine pour sa bien-aimée.
04:15 Puis il visita tout le KDV avec un intérêt manifeste.
04:19 De retour à Moscou, Mayakovsky lance une campagne de publicité par le biais de son agence,
04:24 pour la promotion du goum et pour le pain, la bière et l'huile végétale de Mossolprom, avec ce slogan.
04:30 "Attention, masse laborieuse, trois fois moins cher que le beurre".
04:34 On chercherait en vin de l'huile bon marché à l'épicerie fine de KDV.
04:38 On y trouve en revanche du caviar et du champagne.
04:41 Autre des bouteilles qui valent aussi cher qu'une petite voiture.
04:44 Au sixième étage, consacré à la gastronomie,
04:50 150 cuisiniers officient dans une trentaine de bars et de restaurants.
04:54 Presque tout ce que la faune et la flore de notre planète comptent comme denrées comestibles
04:59 est proposé au palais les plus exigeants, soit quelques 35 000 produits.
05:08 Des milliers de clients déambulent chaque jour dans ce paradis du fin gourmet
05:12 pour y déjeuner, y faire leurs courses ou juste pour le plaisir des yeux.
05:16 Le sixième étage est le cœur du KDV.
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05:41 La première fois que je suis venu au KDV, c'était il y a environ 25 ans, je crois.
05:52 L'étage traiteur venait juste de rouvrir après des travaux de rénovation.
05:55 À l'époque, c'était le rayon le plus beau, le plus jeune,
05:59 celui qui apportait le plus d'innovation dans ses prestations.
06:03 Toutes ces richesses invitaient les clients à rester plus longtemps dans le magasin.
06:09 Et aujourd'hui encore, l'étage traiteur est l'orgueil du KDV.
06:14 J'ai des collègues dans le monde entier qui tous me parlent de notre espace gourmet.
06:21 Pour faire honneur à cette réputation, nous devons rester les meilleurs.
06:24 Il n'est pas question de décevoir les visiteurs.
06:27 Le client est en droit d'exiger un service qui soit à la hauteur de notre renommée.
06:34 Depuis sa prise de fonction, Vittorio Radice se focalise sur l'avenir du grand magasin de l'Ouest.
06:42 La vente est un spectacle, telle est sa devise.
06:48 Pour l'appliquer, il est prêt à investir dans les prochaines années
06:51 plusieurs centaines de millions d'euros dans la rénovation du vénérable bâtiment
06:55 proche de la station de métro Wittenbergplatz.
06:59 Cette marche vers l'avenir est en même temps un retour aux sources.
07:04 Le KDV a toujours voulu être bien plus qu'un simple point de vente.
07:10 Le fondateur du KDV s'appelle Adolf Jandorf.
07:13 Fils d'un marchand de bestiaux juif du Württemberg, il fait des études de commerce
07:19 et connaît bientôt une ascension sociale fulgurante.
07:23 Et ce n'est pas un hasard si cela se passe à Berlin, capitale de l'Europe du Nord.
07:29 Le KDV est un grand magasin de vêtements,
07:32 un grand magasin de vêtements qui est un des plus grands magasins de vêtements du monde.
07:38 Capitale de l'Empire allemand depuis 1871.
07:41 Une ville en plein essor qui se développe plus vite que les autres métropoles européennes.
07:46 On y construit des usines à tour de bras, les emplois se multiplient.
07:51 La main-d'œuvre afflue des quatre coins de l'Empire.
07:56 Berlin promet du travail et des perspectives d'enrichissement.
08:00 En l'espace de 50 ans, la ville va qu'intupler sa population.
08:06 Ces nouveaux berlinois viennent pour la plupart de la campagne.
08:09 De Mecklenburg, de la Pomeranie et de la Prusse orientale,
08:13 où ils vivaient chichement et plus ou moins en autarcie.
08:16 À présent, c'en est fini.
08:18 Berlin en fait des prolétaires et des consommateurs.
08:22 C'est une des conséquences de l'évolution de l'économie et du travail.
08:33 À partir du moment où l'on travaille à l'usine 10 heures par jour,
08:36 on n'a plus le temps de cultiver son potager,
08:38 ni de confectionner des vêtements pour toute la famille.
08:41 Ce bouleversement social est à mettre sur le compte des évolutions technologiques
08:49 et s'accompagne d'une nouvelle répartition du travail
08:52 et de nouvelles formes de consommation.
08:55 Et c'est là qu'Adolf Jandorf entre en jeu.
09:02 En 1892, à l'âge de 22 ans,
09:05 il ouvre son premier magasin sur une place de Berlin,
09:08 le Spittelmarkt,
09:10 alors qu'il est encore employé dans un égause de textiles de Hambourg.
09:13 Il n'aura pas pour autant de scrupules à faire figurer son propre nom
09:17 au-dessus de la porte d'entrée.
09:19 Berlin vit désormais au rythme des sirènes d'usine et des horloges de gare.
09:26 Où que l'on soit, on est assourdi par le bruit des chantiers de construction
09:31 et étourdi par une agitation frénétique.
09:34 Ce qui manque à ce nouveau Berlin, c'est le divertissement.
09:40 Adolf Jandorf va faire de cette lacune son fonds de commerce.
09:45 Sur des housses de coussins, le jeune commerçant fait broder en lettres calligraphiées
09:50 ces quelques mots.
09:52 Juste un petit quart d'heure.
09:54 Il appellera cela un coussin de repos
09:57 et en fera fabriquer un million d'exemplaires.
10:01 Adolf Jandorf a été décrit par ses contemporains comme un self-made man.
10:07 Nerveux, opiniâtre, tenace, un nouveau genre d'homme.
10:12 Il était d'origine très modeste, mais il avait réussi grâce à son sens des affaires.
10:17 Et désormais, il aspirait aussi à la reconnaissance sociale.
10:21 Ses grands magasins populaires ne lui rapportaient que de l'argent.
10:25 Or, ce qu'il voulait maintenant, c'était être reconnu par la bonne société.
10:29 Son grand rêve était de devenir conseiller commercial de Prusse.
10:34 En attendant, il développe son affaire.
10:37 Entre 1894 et 1906, il ouvre cinq autres grands magasins.
10:43 Quasiment un tous les deux ans.
10:45 Entre autres, un dans le centre de Berlin, Brunnenstrasse,
10:49 un dans le sud-ouest, Belle-Alliance-Strasse,
10:52 un dans le sud-est, Côte-Boussardame,
10:57 et un dans le nord-est, dans la grande avenue, Frankfurt-Ostrasse.
11:01 Au tournant du siècle, il emploie quelque 3 000 personnes.
11:06 Voici la fiche de renseignement d'Abraham Adolf Jandorf, établie par la police,
11:12 pour vérifier que ce négociant est digne de recevoir des décorations impériales.
11:17 La situation économique de l'entrepreneur juif y est décrite dans les moindres détails.
11:27 Total des actifs, 2,5 millions de marques.
11:31 Jandorf habite avec son épouse et son fils un appartement de 19 pièces
11:41 dans la très chic Tiergartenstrasse.
11:44 Mais Jandorf n'est pas le seul roi du grand magasin.
11:49 Deux autres hommes d'affaires revendiquent ce titre à Berlin.
11:55 Hermann Titz, originaire de Poznan,
11:58 et les frères Wertheim, de la région de Stralsund.
12:02 En 1897, Georg Wertheim ouvre rue de Leipzig,
12:07 une maison qui va devenir l'incarnation de cette nouvelle culture du grand magasin.
12:12 Pour ce projet, il s'inspire des beaux immeubles parisiens.
12:16 Le bâtiment, conçu par Alfred Messel,
12:20 est désormais le plus vaste des grands magasins d'Europe,
12:24 et le plus beau d'Allemagne.
12:25 On ne résistait pas à l'envie d'y entrer.
12:28 C'était ça le coup de génie, de ne pas dire aux gens "Allez-y",
12:31 mais de faire en sorte qu'ils y aillent de leur plein gré, pour voir.
12:35 C'était une véritable trouvaille que cette théâtralisation de la marchandise.
12:40 Les gens étaient éblouis par ce spectacle,
12:43 par ces gigantesques cours intérieurs où les articles étaient présentés,
12:47 par ces grands halls revêtus de marbre, avec des colonnes et des statues.
12:53 Ce qui a aussi impressionné les gens,
12:55 c'est que l'on ne s'adressait pas seulement à la clientèle la plus aisée.
12:59 Les marchandises étaient proposées de manière attractive à toutes les couches sociales.
13:05 L'investissement porte ses fruits.
13:10 Les clients affluent.
13:12 Le luxe déployé ici avec une évidente sensibilité artistique
13:17 va asseoir la renommée de cette famille de commerçants juifs.
13:22 Pour les Wertheim, et surtout pour Georg, directeur de l'établissement,
13:26 ce grand magasin devient une carte de visite
13:29 qui lui ouvre les portes des cercles les plus huppés.
13:32 L'empereur lui-même honorera de sa visite la grande maison de la Leipzigerstrasse.
13:47 Mais quel rapport entre cette histoire et le KDV ?
13:51 C'est simple.
13:53 Sans le succès des Wertheim, le grand magasin de la Tauernsinnstrasse n'existerait pas.
13:59 Des trois propriétaires de grands magasins de Berlin,
14:02 Adolf Jöndorff est celui qui passe pour vendre de la Kaamelott.
14:06 Il est vrai qu'il est devenu millionnaire grâce à ses magasins destinés aux classes les plus défavorisées.
14:13 Mais il n'a toujours pas la reconnaissance sociale dont jouissent ses concurrents, Titz et Wertheim.
14:18 Il faut que ça change.
14:21 En 1905, Jöndorff achète un vaste terrain en dehors de Berlin.
14:26 A l'époque, Schöneberg et Charlottenburg sont encore des communes autonomes de la banlieue ouest.
14:31 Mais très vite, les berlinois aisés vont être de plus en plus nombreux à s'y installer.
14:36 À l'intérieur de Berlin, il y avait des usines.
14:41 La vie était mauvaise, la santé mauvaise, c'était sale.
14:44 Donc, tous ceux qui en avaient les moyens déménageaient dans les banlieues ouest,
14:49 où le vent dominant ne charriait pas en permanence ces odeurs nauséabondes.
14:54 L'idée d'implanter là un grand magasin était judicieuse.
14:59 Depuis 1902, la Wittenbergplatz se trouve tout près de la station du métro aérien de Berlin la plus fréquentée.
15:10 Celle-ci devient en 1910 une gare de correspondance.
15:13 La Potsdamer Platz, la Leipziger Straße et la gare ferroviaire de Zollo-Gieschergarten ne sont plus qu'à quelques minutes.
15:22 Désormais parfaitement bien desservie, le nouveau grand magasin que fait construire Jöndorff en banlieue est promis à un bel avenir.
15:30 On cite souvent cette phrase d'Adolf Jöndorff, "l'emplacement c'est mon affaire".
15:37 En clair, il voulait dire "mon magasin sera tellement extraordinaire que où qu'il soit, les gens y viendront".
15:43 Et il ne s'est pas trompé. Le KDV se trouvait dans la banlieue ouest la plus chic, un quartier résidentiel, et proposait bien sûr une toute autre gamme de produits.
15:53 Dès le début, il a mis la barre très haut en se positionnant sur un créneau d'exception.
15:58 Sur le plan architectural aussi, Adolf Jöndorff innove.
16:04 Tournant le dos à l'exubérance qui prévalait jusqu'alors, il opte pour le modernisme naissant.
16:09 La façade aux formes rectilignes est en calcaire coquillé. Les ornements sont employés avec parcimonie.
16:16 La presse salue une réalisation sobre, élégante, raffinée. L'œuvre d'un connaisseur.
16:25 Sur la façade, ce n'est pas le nom du propriétaire qui apparaît, mais celui du Kaufhaus des Westens, le grand magasin de l'Ouest.
16:34 L'architecture d'un grand magasin a une importance cruciale. C'est même peut-être l'élément clé qui va le différencier d'un commerce ordinaire.
16:46 L'architecture d'un grand magasin ne peut pas être dissociée de son nom. Le nom, le lieu, les espaces forment un tout, avec bien sûr les produits et les services proposés.
16:58 Nous voulons retrouver un espace unique, typique de Berlin.
17:04 Un bâtiment divisé en plusieurs niveaux, où le mouvement et la circulation des escaliers roulants créent de l'énergie.
17:13 C'est essentiel pour un lieu qui attire chaque année 10, 15, voire 20 millions de visiteurs.
17:19 Avec son KDV, Jandorf cible une clientèle mondaine et fortunée.
17:27 Comme le montrent les affiches publicitaires grand format qui annoncent son ouverture.
17:32 Elles sont l'œuvre du graphiste austro-hongrois August Hajduk.
17:38 Aujourd'hui, le KDV essaie de renouer avec cette tradition, en organisant des événements tels que cette séance photo avec le célèbre photographe britannique John Rankin.
17:49 Cet Écossais qui a photographié Georges Clonet, Kate Moss et Madonna, Thierry Roussel et les autres,
17:55 a été un des premiers à se rendre compte de la grandeur de l'Espagne.
18:00 Il a été un des premiers à se rendre compte de la grandeur de l'Espagne.
18:05 Il a été un des premiers à se rendre compte de la grandeur de l'Espagne.
18:11 Cet Écossais qui a photographié George Clooney, Kate Moss et Madonna tire ici le portrait de berlinoise inconnue client du KDV.
18:31 C'est un énorme privilège d'être invité à photographier les berlinois. J'adore Berlin. Cette ville est vraiment vivante, extrêmement créative. J'ai rencontré ici des gens fantastiques, débordants d'énergie, superbes.
18:49 Et faire ce travail au moment où le magasin est en pleine renaissance, c'est un grand honneur pour moi.
18:58 Quelques jours plus tard, les portraits de Rankin ornent la façade du KDV. Derrière ses visages, les travaux ont commencé.
19:07 Le grand magasin n'a pas fermé ses portes, mais en coulisses, on travaille à le propulser vers l'avenir en le restructurant de l'intérieur.
19:16 Ce qui va complètement dans le sens de ce que voulait jadis son fondateur Adolf Jandorf.
19:22 De son propre chef, il se rend plusieurs fois en Angleterre pour s'inspirer du savoir-faire britannique en matière de commerce.
19:30 Résultat, en 1907, le KDV dispose d'un système de transport par tube pneumatique pour les transferts de caisses.
19:38 Un réseau de plusieurs kilomètres de long circule à travers le magasin, transportant des navettes qui contiennent les espèces destinées à la caisse centrale.
19:47 Jandorf ne lésine pas non plus sur l'éclairage. Plus de 5000 lampes à incandescence, auxquelles s'ajoutent 3000 lampes spéciales, éclairent le nouveau grand magasin.
19:59 Sa facture annuelle d'électricité équivaut à celle d'une ville de 100 000 habitants.
20:05 Le Kaufhaus des Westens est un temple du commerce ultramoderne où doit officier un personnel qualifié.
20:13 Une rareté dans le Berlin d'alors. Pour éviter que les bons vendeurs ne passent à la concurrence, les contrats de travail incluent des clauses de loyauté.
20:23 Jandorf parviendra tout de même à débaucher plus de 100 salariés de chez Wertheim pour son nouveau KDV.
20:35 C'est le prélude à toute une série de procès qui sont notifiés dans la fiche de renseignement de Jandorf, établie par la police.
20:51 Jandorf, Wertheim, Titz. Vers 1900, 80% des propriétaires de grands magasins allemands sont d'origine juive.
21:01 Et leur commerce florissant se heurte dès le début à une résistance qui a de forts accents antisémites.
21:07 Résistance qui est principalement le fait de petits commerçants, mais aussi de moyennes entreprises qui se sentent menacées par ces grandes structures de vente.
21:16 Ce n'est pas un hasard si ce sont justement des juifs qui ont fait prospérer cette nouvelle forme d'entreprise.
21:24 En tant que commerçants, ils n'étaient pas représentés dans les cercles d'affaires et les corporations locales.
21:31 Ils étaient donc obligés de trouver d'autres voies.
21:36 Avec celles du grand magasin, ils sont nombreux à avoir très bien réussi.
21:42 Et naturellement, cette doctrine antisémite a été immédiatement récupérée par les nationalistes, qui n'ont pas tardé à la mettre en œuvre.
21:54 Les quelques 100 000 juifs qui vivent alors à Berlin font pourtant tous les efforts possibles pour s'intégrer.
22:01 La plupart d'entre eux se considèrent avant tout comme des citoyens allemands.
22:06 Certains vont jusqu'à se convertir au christianisme pour être mieux acceptés socialement.
22:12 Ainsi, en 1906, le roi du grand magasin, Georg Wertheim, se fait baptiser dans l'église du souvenir.
22:19 Mais même devenu chrétien, ce multimillionnaire est la cible d'attaques antisémites.
22:27 Jandorf, lui, reste ce qu'il est, espérant que le nouveau KDV va enfin lui apporter la reconnaissance sociale qu'il appelle de ses vœux depuis si longtemps.
22:37 Un homme va l'y aider. Il s'appelle Rama V. C'est le roi de Siam.
22:44 Juste après l'inauguration du KDV, le souverain y passe deux jours entiers et achète pour 250 000 marques de marchandises.
22:53 Ce qui est étonnant, c'est qu'en 1907, un costume de marin comme celui que portent ici les fils de Rama V, coûtait seulement 5 marques.
23:04 De nos jours, au rayon enfant de KDV, on ne trouve pratiquement rien à moins de 100 euros.
23:11 Les grandes marques ont depuis longtemps jeté leur dévolu sur ce créneau.
23:15 Si le roi de Siam voulait acheter aujourd'hui un uniforme pour son rejeton, il devrait débourser plusieurs centaines d'euros.
23:23 À côté de la veste à 650 euros, on trouve aussi la veste à 15 euros.
23:33 L'important est que la veste à 650 euros et celle qui en vaut 15 soient présentées de la même façon,
23:41 emballées avec le même soin, vendues avec le même sourire et le même service.
23:47 Je fais essayer la veste à 650 euros et je fais essayer la veste à 15 euros avec la même attitude.
23:57 De telle sorte que le client ou le visiteur puisse choisir comme il le sent.
24:03 Il est temps de choisir à ton âge.
24:05 À ce jour, le Kaufhaus des Westerns de Berlin est la première adresse de Shopping People.
24:21 La maison organise régulièrement des défilés et des présentations de mode, avec stars, starlettes et pluies de flash.
24:32 L'événement cible surtout un public jeune et cosmopolite.
24:35 Sur ce podium, on donne le ton, on lance les tendances du nouveau Berlin, comme dit la direction.
24:41 Et ce n'est pas si simple à l'heure où le shopping en ligne explose.
24:46 Actuellement, c'est essentiel de faire du KDV un lieu.
24:56 Plus qu'un grand magasin, nous voulons être un lieu où les gens viennent, se rencontrent, échangent.
25:01 Un lieu où l'on vit des choses et où l'on se sent bien.
25:04 Et nous sommes certains que ce que l'on appelle le commerce stationnaire a de l'avenir, même si le mot manque de charme.
25:12 Parce que les gens viennent là où il y a du monde.
25:16 Ce concept n'est possible que si le personnel se met au diapason.
25:23 Au KDV, les employés sont le reflet de la nouvelle diversité culturelle de Berlin.
25:28 Presque tous les vendeurs et vendeuses sont issus de l'immigration.
25:32 On y parle chinois, arabe, turc, espagnol, russe.
25:38 Et face à une clientèle aussi éclectique, on ne veut pas être à la traîne en matière de style.
25:49 Toutes sortes de clients viennent acheter chez nous, peu importe ce qu'ils pensent ou ce qu'ils font.
25:53 Mais nous avons aussi des vendeurs qui viennent de tous les horizons.
25:57 Certains sont même tatoués et portent des piercings.
26:00 C'est une évolution que l'on constate dans les grands magasins en général et surtout chez nous.
26:06 Nous essayons toujours d'avoir une longueur d'avance, mais à vrai dire c'est souvent la ville qui donne le rythme et nous devons suivre.
26:16 Dans cette compétition, le KDV veut maintenant reprendre l'avantage.
26:20 D'où le choix d'un bureau d'architecte réputé pour restructurer le bâtiment.
26:25 L'OMA, le bureau d'une star de l'architecture, le néerlandais Rem Koolhaas.
26:30 C'est Ippolito Pestellini Lapparelli qui est en charge du projet.
26:36 Le KDV nous intéressait bien sûr à cause de son extraordinaire histoire.
26:43 Il a imprégné des événements historiques et politiques du Berlin du siècle passé.
26:46 Mais s'il a éveillé notre intérêt, c'est aussi parce que dans un grand magasin d'une telle dimension, on peut jouer avec l'espace de façon tout à fait exceptionnelle.
26:56 L'idée maîtresse des architectes est de diviser le magasin en quatre carrés.
27:03 Chacun aura son propre design et proposera un choix de produit destiné à attirer une clientèle très spécifique.
27:10 Ce qui nous plaisait, c'était de considérer le KDV à la fois comme une partie de Berlin et comme une ville à part entière.
27:20 Chaque carré a un caractère, un contenu et une décoration différent des trois autres.
27:25 Chacun aura aussi sa propre entrée, donc une entrée sur chacune des rues entourant l'immeuble.
27:33 L'intérêt étant d'offrir une ouverture plus large sur la ville et peut-être plus démocratique aussi, puisque l'entrée principale n'est plus le seul point d'accès au magasin.
27:43 Les clients retrouveront un espace commun à l'étage Mansardet qui sera entièrement restructuré.
27:49 Il y aura là un restaurant installé sous une verrière monumentale, qui dans l'idée offrira une vue panoramique sur toute la ville et se verra de partout.
27:58 Ce dernier étage sera libre d'accès, même aux heures de fermeture du magasin, par des ascenseurs situés à deux angles du bâtiment.
28:06 Ainsi le KDV restera accessible au public même lorsque les boutiques seront fermées et continuera à vivre y compris la nuit.
28:15 On entend ainsi rétablir un vrai dialogue entre le bâtiment et la ville, de sorte qu'il ne soit plus uniquement un local commercial ou une attraction touristique.
28:28 Le KDV a toujours été ouvert à tout le monde, mais jamais accessible à toutes les bourses.
28:34 Ça n'a pas changé. Et force est de constater que le concept architectural le plus audacieux ne peut rien y changer.
28:42 En 1918, en Allemagne, certains veulent tenter de rééquilibrer les rapports entre riches et pauvres, entre dominants et dominés.
28:56 Après quatre années de guerre, lassés du carnage, les masses populaires se soulèvent. La révolte gronde à Berlin.
29:03 L'empereur s'enfuit et devant son palais, Karl Liebknecht proclame la libre République Socialiste d'Allemagne.
29:11 Des conseils d'ouvriers et de soldats sont constitués, qui auront désormais leur mot à dire dans les casernes et les usines.
29:19 Pourtant, dans les grands magasins de la ville, chez Jandorf, Wertheim et Titz, la révolution fait long feu.
29:26 Ce qui ne marche pas dans les grands magasins berlinois finit par échouer aussi à l'échelle du pays.
29:33 Pour le moment, le soulèvement populaire n'est qu'un demi-succès. Et si la monarchie est morte, le capitalisme, lui, ne s'est jamais aussi bien porté.
29:43 Berlin, dans les années 1920.
29:48 La population atteint 4 millions d'habitants.
29:51 Après les privations de la période de guerre et les désordres sociaux, le peuple a soif de distraction.
29:58 C'est le début des années folles.
30:01 Berlin ne compte pas moins de 363 cinémas et 49 théâtres. Et ce n'est pas le public qui manque.
30:08 Dans les années 1920, les quartiers ouest deviennent le nouveau centre de la ville.
30:15 Autour du KDV fleurissent tavernes, cafés, dansings, cabarets et bordels.
30:21 Entre autres, le Monocle, un bar de travestis.
30:33 Le Kaka du bar, beaucoup plus sélect.
30:36 Et sur le Kurfürstendamm, un établissement célèbre pour ses revues de strip-tease, le Himmel und Hölle.
30:44 Le ciel et l'enfer.
30:46 Au Haus Vaterland, Siedke Fellows joue du jazz.
30:56 Et les Girls de Berlin montrent leurs jambes.
31:11 C'est aussi l'âge d'or pour le commerce de luxe.
31:14 La mode change de plus en plus vite et il faut être fortuné pour arriver à la suivre.
31:20 Wertheim, sur la Leipziger Platz, fait presque 80 millions de Reichsmark de chiffre d'affaires annuel.
31:29 Le KDV affiche lui aussi des résultats records.
31:32 Les galeries Lafayette tenteront bien de s'implanter dans ce quartier, mais les rois du Grand Magasin leur mettront des bâtons dans les roues.
31:40 En 1929, Rudolf Karstadt ouvre, sur la Hermannplatz, son premier Grand Magasin.
31:46 Un bâtiment gigantesque, spectaculaire, qui s'inspire clairement des gratte-ciels de New York.
31:52 Depuis la station de métro aménagée dans des sous-sols, des escaliers roulants permettent d'accéder directement au magasin et de monter jusqu'au sommet de ses tours à 56 mètres de haut.
32:04 Les Grands Magasins de Berlin se livrent désormais une lutte sans merci pour gagner des parts de marché.
32:10 La concurrence se fait toujours plus rude, la réclame toujours plus agressive.
32:15 Les Grands Magasins étaient constamment en concurrence.
32:20 Ils avaient même leur propre revue spécialisée, intitulée "La Vitrine", qui publiait en quelque sorte un classement des décorations des vitrines.
32:31 Et bien sûr, les décorateurs rivalisaient de talent pour inciter les clients à venir dans le magasin.
32:37 La Semaine du Blanc était un événement commercial très important.
32:42 Il avait lieu dans une période creuse, au mois de février.
32:45 C'était le moyen de faire venir les clients.
32:49 C'est Titz, installé sur l'Alexanderplatz, qui a eu l'idée de la Semaine du Blanc.
32:57 Mais ses concurrents ne tardent pas à l'imiter.
33:01 Bientôt, tous les Grands Magasins de Berlin s'affrontent à coup de rabais.
33:04 Le KDV comme les autres.
33:06 Mais à partir de 1926, cela se fera sans son fondateur.
33:12 À l'âge de 56 ans, Adolf Jandorf vend ses magasins et prend sa retraite.
33:18 Hélas, il ne profitera pas longtemps de sa fortune.
33:22 Il meurt en 1932 d'une appendicite.
33:28 Le KDV appartient désormais à l'entreprise commerciale Hermann Titz & Co.
33:32 Les nouveaux propriétaires surélèvent le bâtiment et le transforment radicalement pour le mettre au goût du jour.
33:39 L'innovation la plus spectaculaire ? Le toit terrasse.
33:45 Un espace de détente où sont installés des transats, comme sur les paquebots.
33:50 Tous les 20 ou 30 ans, un Grand Magasin doit être rajeuni, réinventé.
33:57 Parce que de nouvelles techniques sont apparues en matière de transport, d'air conditionné, d'éclairage, de circulation des marchandises, de vitrines.
34:05 Il faut modifier tout cela dans le souci d'avoir toujours un magasin moderne.
34:10 Au fond, les clients sont constamment confrontés à la nouveauté.
34:15 Nouveaux aéroports, nouveaux hôtels, nouveaux restaurants.
34:18 Alors quand ils viennent ici, ils ont envie de voir un magasin relooké.
34:24 Aujourd'hui comme hier, le KDV doit innover pour consolider sa place dans l'arène concurrentielle.
34:29 Après la chute du mur, l'Est, c'est-à-dire l'ancien centre de Berlin, est devenu le nouvel endroit branché.
34:37 Dans le Schönenfurtel, le quartier des Granges, où vivaient autrefois surtout les Juifs émigrés des pays de l'Est,
34:49 se sont installés au début des années 1990, artistes et galeries d'art.
34:54 Suivies de près par des designers et des créateurs de mode, qui à leur tour ont ouvert des boutiques.
35:01 Aujourd'hui, elles se suivent à touche-touche, attendant des clients branchés.
35:16 A deux pas de là, d'immenses centres commerciaux drainent chaque jour des milliers d'acheteurs,
35:20 séduits par leurs prix défiant toute concurrence.
35:23 Face au succès de ces nouveaux compétiteurs qui ont investi l'ancien Berlin-Est,
35:36 le PDG du KDV joue la carte de l'histoire de la maison et du charme particulier du vieil Ouest.
35:43 Je me rends souvent dans le quartier de Mitte.
35:48 Il a un caractère bien particulier.
35:54 Les touristes y vont, les berlinois y vont aussi,
36:01 mais ils ne font que passer sans vraiment participer à la vie du quartier.
36:10 Mitte a été reconstruit et il a perdu sa patine.
36:13 C'est ce petit quelque chose qui lui manque.
36:17 Il ne reste plus rien de ce que fut Berlin-Est.
36:20 Ici, à l'Ouest, c'est plus vivant, plus authentique.
36:25 Et plus riche, historiquement parlant.
36:28 A la fin des années 1920, la crise économique touche aussi l'Allemagne.
36:34 Le pouvoir d'achat s'effondre.
36:37 Les grands magasins berlinois, jusque-là si prospères,
36:40 enregistrent des pertes de plusieurs millions de marques.
36:43 A chacun son heure de gloire.
36:46 Celle des banques a sonné.
36:48 En consentant des crédits aux établissements en difficulté,
36:52 elles mettent un pied dans la place.
36:54 Le déclin économique et le chômage de masse renforcent les extrémismes politiques.
37:00 Le NSDAP, le parti nazi fondé par Hitler,
37:05 alimente le ressentiment antisémite des petits commerçants inquiets pour leur existence,
37:09 en leur promettant de torpiller les cartels des grands magasins détenus par des juifs.
37:14 Le 30 janvier 1933, Hitler devient chancelier du Reich.
37:21 Le 1er avril est organisée la première opération de boycott des commerçants,
37:26 des médecins et des avocats juifs.
37:31 Une manifestation de partisans de Hitler passe devant le KDV pour se rendre dans un parc,
37:35 le Lustgarten.
37:37 Le chef de la propagande du parti nazi y prononce un discours.
37:41 Mais le boycott ne remporte pas le succès escompté.
37:51 La majeure partie des clients continue d'accorder leur confiance aux commerçants juifs.
37:57 Et même dans les hauts rangs du NSDAP germe l'idée qu'une telle répression risque de faire du tort aux banques
38:03 qui ont prêté des millions aux dirigeants des grands magasins.
38:06 Le boycott de ces derniers est donc interrompu et les responsables de la propagande nazi font marche arrière.
38:13 Les nazis ont finalement épargné les grands magasins.
38:19 C'est l'ironie de l'histoire.
38:21 Ces magasins étaient fustigés par la propagande.
38:25 Et une fois au pouvoir, les nazis auraient très bien pu les éliminer.
38:28 Pourtant ils ne l'ont pas fait.
38:30 Ils étaient conscients des avantages économiques que représentait le commerce.
38:34 A partir de ce moment-là, ils ont lancé de nouveaux slogans laissant entendre que tout achat engendrait du travail.
38:42 Et finalement, l'idéologie nazie a légitimé l'existence de ces grands magasins qu'elle avait si ardemment combattus.
38:54 Au lieu de se focaliser sur les grands magasins, les nazis vont s'en prendre aux juifs qui en sont propriétaires,
38:59 les obligeant à quitter leur poste de direction et à céder leurs actions.
39:03 Pour ce faire, Hitler se sert des banques allemandes qui coopèrent très volontiers.
39:09 En première ligne, il y a la famille Titz qui a racheté depuis peu le KDV.
39:15 Après 1933, Hermann Titz était dans une situation financière critique.
39:24 Il a eu besoin d'un énorme crédit de 14 millions de marques.
39:27 Et ce crédit a été gelé au printemps 1933 alors qu'en fait il lui avait déjà été accordé.
39:32 Et là, les nazis eux-mêmes s'en sont mêlés.
39:37 L'affaire serait même remontée jusqu'à Hitler.
39:42 On lui a signifié que son crédit ne lui serait octroyé que moyennant une procédure dite d'arianisation immédiate.
39:51 Les commerçants et les propriétaires juifs devaient partiellement renoncer à leur situation.
39:57 Dans un premier temps, les propriétaires juifs de grands magasins doivent démissionner de leur poste de direction
40:05 et par la suite également céder leurs actions.
40:09 La direction des magasins Titz, rebaptisée Hertie, revient avec la bénédiction des nazis à un ancien vendeur de KDV.
40:18 Georg Karg.
40:20 Georg Karg n'avait pour ainsi dire pas de capital propre et on lui demandait maintenant de se porter garant pour les banques.
40:30 C'est à dire de certifier que ce crédit de 14 millions de Reichsmark serait utilisé à bon escient.
40:38 Alors qu'il n'avait pas un sou en poche, c'était un peu fort quand même.
40:45 L'arianisation qui a commencé au niveau des dirigeants descend jusqu'au plus bas échelon.
40:50 Les salariés juifs sont éliminés de tous les services de l'entreprise.
40:55 En août 1933, les premiers 500 employés non ariens sont priés de quitter les anciens magasins Titz, dont le KDV.
41:03 Nombre d'entre eux seront victimes quelques années plus tard de la politique d'extermination.
41:10 En attendant, le KDV profite du boom économique qui accompagne les premières années du gouvernement d'Hitler.
41:16 Aux Jeux Olympiques de 1936, le grand magasin de l'Ouest est fier de se présenter comme le pendant de Macy's, de Harrods et des Galeries Lafayette.
41:27 Mais cette ère de prospérité prend fin lorsque l'Allemagne précipite le coup de guerre.
41:35 Et que peu après, les bombes commencent à tomber sur Berlin.
41:38 Fin novembre 1943, la zone située autour de la station de métro Wittenbergplatz est bombardée par les alliés.
41:48 Ces images ont été tournées les jours qui ont suivi.
41:52 Le KDV, complètement détruit par les flammes.
41:56 Après la guerre, Berlin est non seulement une ville détruite, mais aussi une ville divisée.
42:02 On n'a pas fini d'évacuer les Grava à l'Est comme à l'Ouest que commence une nouvelle guerre.
42:08 Le KDV est un des plus grands magasins de l'Ouest.
42:12 Il est le plus grand magasin de l'Ouest, le plus grand magasin de l'Ouest.
42:18 On n'a pas fini d'évacuer les Grava à l'Est comme à l'Ouest que commence une nouvelle guerre.
42:22 La guerre froide.
42:24 En 1948, dans les secteurs Ouest de Berlin, le Deutschmark remplace le Reichsmark.
42:30 C'est le prélude au miracle économique allemand.
42:33 Et parmi les premiers à en tirer profit, on retrouve une vieille connaissance, Georg Karg.
42:41 Après la guerre, Georg Karg s'est associé à l'Arianiser de Wertheim et a racheté les parts de Wertheim.
42:49 De sorte qu'il est devenu le plus gros propriétaire de grands magasins de l'après-guerre.
42:54 En juillet 1950, le KDV rouvre ses portes.
43:01 Dès le premier jour, quelques 180 000 personnes s'y précipitent.
43:07 C'est l'augure d'une nouvelle heure de gloire pour le magasin de la Wittenbergplatz.
43:11 Après la partition de Berlin, ce nom de Kaufhaus des Westens, Grand Magasin de l'Ouest, prend tout son sens.
43:36 Tandis que dans le Berlin Est socialiste, on gère la pénurie, à Berlin Ouest, les vitrines regorgent de marchandises.
43:43 Celles du KDV semblent démontrer mieux que tout autre la supériorité du système capitaliste.
43:49 Pour toute personne qui visite Berlin, le KDV est un must.
43:54 Ce nom de Kaufhaus des Westens n'avait évidemment pas été calculé.
44:02 Mais le fait est qu'il était devenu emblématique de l'Eldorado de l'Ouest.
44:06 Il allait comme un gant à ce Berlin divisé par un mur.
44:09 La politique a conscience de la valeur symbolique du KDV.
44:13 En 1965, sont organisées les Semaines américaines.
44:18 Le fils de Karg, Hans Georg, admire en compagnie de l'ambassadeur de Washington, la mode d'été "Made in USA".
44:28 Et le rôle ambigu des Karg à l'époque nazie, oublié.
44:32 C'est ce genre d'amnésie qui, à la fin des années 1960, va conduire les étudiants dans la rue de Berlin Ouest.
44:41 Le fait que le pays n'ait pas tiré les leçons de son passé nazi discrédite tout le système.
44:46 Or, le KDV se pose en figure de proue de ce système.
44:51 Aux yeux des jeunes manifestants, il incarne le monde capitaliste qui n'inspire qu'à maximiser ses profits.
44:57 Des pavés volent à travers ses vitrines.
45:00 Au sein du grand magasin, cependant, on essaie de s'adapter à ce nouvel esprit contestataire.
45:10 Tout au moins en matière de mode.
45:13 Mars 1968, le défilé de mode d'une célèbre créatrice britannique, Mary Quant.
45:21 *Musique*
45:50 Un demi-siècle plus tard, ce sont encore de jeunes créateurs de mode branchés qui sont chargés d'attirer dans la vénérable maison une nouvelle clientèle.
45:58 Est invité à la Vogue Fashion Night du KDV, le Gotha de la mode en Allemagne.
46:08 Le slogan, du punk de luxe au perfect pink.
46:12 On y voit aussi Christiane Harp, la rédactrice en chef du Vogue allemand.
46:19 Elle est fan du KDV et ne s'en cache pas.
46:22 Je crois que le grand magasin allemand classique s'attachait beaucoup moins au luxe et au plaisir.
46:29 Il cherchait avant tout à satisfaire des besoins.
46:33 Le KDV ne se contente pas de satisfaire des besoins, c'est un lieu inspirant et stimulant.
46:39 Pour moi, c'est ce qui fait toute la différence entre un grand magasin et le KDV.
46:45 La rédactrice en chef du Vogue allemand est convaincue qu'à l'avenir, le KDV restera une adresse incontournable de Berlin.
46:51 Surtout maintenant qu'il a entrepris sa grande rénovation.
46:55 L'acte d'acheter aujourd'hui devrait constituer une expérience, une découverte.
47:02 Nous voyons tous énormément de choses et nous avons accès à des choses qui nous intéressent.
47:08 Dans le petit village où je suis née, on a maintenant accès au monde entier, on peut acheter les choses les plus merveilleuses.
47:13 Ce n'était pas comme ça avant et je trouve que des endroits comme celui-ci ont vocation à me faire découvrir des produits que je n'ai jamais eu l'intention d'acheter.
47:22 C'est ce qui me donnera envie d'y revenir.
47:25 Et avec son nouveau projet tel que je l'ai compris, le KDV va certainement arriver à cela.
47:31 La cure de rajeunissement prescrite par la nouvelle direction est indispensable.
47:35 Le KDV a trop longtemps dormi sur ses lauriers récoltés pendant la guerre froide.
47:40 Il fut longtemps le seul et unique temple de la consommation naissante érigée à l'ombre du mur.
47:50 Le KDV a été un lieu de réunion pour les gens qui vivaient à Berlin.
47:56 Le seul et unique temple de la consommation naissante érigée à l'ombre du mur.
48:01 Le point de rencontre de la bourgeoisie caussue des berlinois de l'Ouest.
48:06 Tranquille, raisonnable.
48:09 Dernière grande victoire, la chute du mur.
48:22 La rébellion des Allemands de l'Est contre leur État totalitaire est alimentée aussi par un désir de consommer sans limite.
48:28 En novembre 1989, les portes du soi-disant paradis s'ouvrent subitement.
48:40 Les habitants de la RDA se ruent sur le Kurfürstendamm et bien sûr dans le fameux KDV.
48:47 Le KDV a été littéralement pris d'assaut.
48:52 Des dizaines de trabants étaient garés devant le magasin, en double-file, en triple-file, peu importait.
49:10 Et les gens se sont précipités à l'intérieur et sont restés bouche bée.
49:17 Les citoyens de la RDA déliquescente seront bientôt suivis par les autres populations du bloc de l'Est qui s'effritent.
49:23 Polonais, Tchèques, Roumains, Bulgares, Russes.
49:30 Et de nos jours, ce sont les gens qui sont les plus touchés par la révolution.
49:37 Les gens qui sont les plus touchés par la révolution.
49:42 Les gens qui sont les plus touchés par la révolution.
49:46 Et de nos jours, ce sont les Chinois fortunés qui commencent à arriver en masse.
49:52 Il y a déjà longtemps que l'élite de la République populaire ne se contente plus de l'austère style Mao.
49:59 Aujourd'hui, plus une seule grande marque ne peut se passer de produits bon marché fabriqués en Chine.
50:06 Les clients péquinois le savent très bien.
50:11 Les produits fabriqués exclusivement en Europe.
50:14 Bien sûr, on constate chez eux un engouement pour les produits de luxe classiques, mais aussi pour le "made in Germany".
50:21 C'est-à-dire tout ce que produit la sidérurgie allemande.
50:25 Casserole, couteau, argenterie de qualité.
50:29 Les clients chinois sont très friands de ce genre d'articles.
50:33 Les touristes, qu'ils viennent de Pékin, Saint-Pétersbourg, Paris ou Pforzheim, représentent la moitié du chiffre d'affaires du KDV.
50:41 L'autre moitié est assurée par les berlinois eux-mêmes.
50:45 Mais l'impact de ces derniers devient difficile à calculer, compte tenu de l'offre pléthorique de magasins dans la capitale et du commerce en ligne ouvert 24h/24.
50:59 Ces acheteurs berlinois, les anciens comme les nouveaux, le KDV doit trouver le moyen de les séduire.
51:05 C'est bien là l'objectif du projet de relance.
51:09 Le KDV, c'est le magasin des berlinois.
51:17 On sait que les grands magasins ont eu de nombreux propriétaires.
51:22 Mais les véritables propriétaires d'un grand magasin, ce sont les habitants de la ville où ils se trouvent.
51:29 Ce grand magasin était déjà là à votre naissance et il y sera encore après votre mort.
51:35 Cela fait 50, 60, 70 ans qu'il existe et il existera toujours, espérons-le.
51:42 Voilà plus de 110 ans que le grand magasin de l'ouest suscite et réalise des rêves.
51:55 Le KDV de Berlin est le théâtre d'une alchimie qui transforme les marchandises en argent.
52:00 Ce spectacle, vieux comme le monde, durera aussi longtemps qu'il trouvera son public.
52:08 Le KDV est un spectacle de l'histoire.
52:12 Le KDV est un spectacle de l'histoire.
52:16 Le KDV est un spectacle de l'histoire.
52:20 Le KDV est un spectacle de l'histoire.
52:23 Le KDV est un spectacle de l'histoire.
52:26 Le KDV est un spectacle de l'histoire.
52:29 Le KDV est un spectacle de l'histoire.
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