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Croissance en berne, chômage en hausse, dette record... Alors que la BCE vient à nouveau de relever ses taux pour lutter contre l'inflation, faut-il craindre une récession ? Peut-on vraiment effacer une partie de la dette française ? Pour en parler : le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin est l'invité de Marc-Olivier Fogiel.
Regardez Face à Fogiel du 11 septembre 2026.
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00:05Et avec Marc-Olivier Fogiel à 8h15, la Banque Centrale Européenne a relevé ses taux hier et prévient que l
00:12'inflation va durer.
00:13Quelles conséquences pour une économie française déjà très fragilisée ?
00:16Ce matin, Marc-Olivier, vous recevez le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin.
00:20Bonjour Emmanuel Moulin.
00:21Bonjour Marc-Olivier Fogiel.
00:22Ça fait trois mois que vous êtes le nouveau gouverneur de la Banque de France.
00:24Vous étiez hier donc à Berlin où la BCE a décidé de relever ses taux directeurs d'un quart de
00:29point.
00:30Une décision donc qui va rendre le crédit plus cher alors que la croissance est presque à l'arrêt, que
00:35le chômage augmente, que notre dette atteint un niveau record.
00:38Est-ce qu'aujourd'hui la France économiquement est en danger Emmanuel Moulin ?
00:42Non, je ne dirais pas qu'elle est en danger mais dans une situation qui est inquiétante, qui est insatisfaisante.
00:49On a eu effectivement des prévisions de l'INSEE qui prévoient une croissance de 0,4%.
00:55Qu'est-ce qui s'est passé ?
00:56Donc revu à la baisse les prévisions de croissance.
00:58Tout à fait.
00:59Pardon, vous allez expliquer ce qui s'est passé.
01:00Mais est-ce que vous, à la BCE, vous faites les mêmes prévisions de croissance ?
01:04En fait c'est la Banque de France qui fait les prévisions de croissance pour la France.
01:08Mais il y a une particularité en fait dans la zone euro.
01:11C'est qu'il y a une singularité française.
01:13En fait la zone euro est une... aujourd'hui la situation économique c'est qu'il y a plutôt plus
01:18de croissance.
01:19On a révisé les prévisions de croissance pour la zone euro à la hausse et plus d'inflation.
01:24Et c'est une singularité française d'avoir moins de croissance et moins d'inflation.
01:29Et nous ce que nous faisons c'est nous regardons la situation de la zone euro.
01:32Nous ne regardons pas seulement la situation de la France.
01:34Et au regard de la situation de la zone euro, il nous a semblé justifier d'augmenter les taux de
01:4025 points de base.
01:42Donc on est passé de 2,25 à 2,50.
01:46C'est très modéré comme augmentation.
01:48Mais c'est aussi face à une inflation qui est bien au-delà de notre objectif.
01:51En zone euro, elle est autour de 3%.
01:54On va y venir mais vous disiez donc que la croissance était revue à la baisse. Pourquoi ?
01:59Alors, qu'est-ce qui s'est passé au premier semestre ?
02:04L'économie française, elle a subi les mêmes chocs que les autres.
02:06En particulier, la guerre au Moyen-Orient.
02:09L'augmentation du prix du pétrole, l'augmentation du prix de l'énergie, l'augmentation aujourd'hui du prix du
02:13gaz, etc.
02:14Donc ça, tout le monde le subit.
02:15Mais nous avons subi en plus deux autres chocs.
02:18Nous avons subi un choc sur la filière aéronautique.
02:20Et celle-là, elle est très importante sur Airbus au premier trimestre.
02:24Puisque Airbus n'a pas pu recevoir les moteurs pour équiper ses avions.
02:29Et donc, on a eu une très forte baisse des exportations.
02:31Ça, ça nous a freiné.
02:32Voilà, des exportations.
02:33Et puis, au deuxième trimestre, nous avons eu la canicule.
02:37Il faut savoir que...
02:38On s'échiffrait la canicule, combien elle coûte à la croissance ?
02:40À peu près 0,1% au moins.
02:42Elle a un impact sur la production agricole.
02:44Mais elle a aussi un impact sur d'autres secteurs.
02:47En particulier sur le bâtiment, sur le gros œuvre.
02:49Parce qu'effectivement, c'est difficile de faire des travaux publics.
02:52Ça coûte 0,1% de croissance.
02:52Au moins.
02:53Pardon ?
02:54C'est inédit ?
02:55En fait, ce qui est inédit, c'est l'événement climatique qu'on a vécu.
02:59De mi-juin à fin août, on a vécu 50 jours de chaleur extrême.
03:04Donc, sur 75 jours, on en a vécu 50 de chaleur extrême.
03:07Tout à l'heure, j'entendais Martial You, à 6h50, notre spécialiste écho,
03:10dire que l'Espagne, elle, est à 2,3% de croissance.
03:14La France 0,4.
03:15C'est notre voisin qui n'allait pas si bien.
03:17Qu'est-ce qui fait qu'on est si nul ?
03:20On ne fait pas les réformes ?
03:22Alors, je pense qu'il ne faut pas dire qu'on est si nul.
03:25À 0,4.
03:25Non, mais parce qu'il ne faut pas s'arrêter sur un premier semestre.
03:28Il faut regarder d'abord ce qui va se passer ensuite.
03:30Et puis, il faut regarder ce qui s'est passé avant.
03:32Et avant, en 2024 et en 2025, on a eu plus de croissance que les Allemands.
03:37Et on a eu plus de croissance que les Italiens.
03:40Et à peu près la même croissance que les grands pays de la zone euro.
03:42Mais à la fin 0,4, on est à l'arrêt, qu'est-ce qui dit ?
03:43Non, en fait, on a eu un très mauvais premier trimestre.
03:47Un mauvais deuxième trimestre.
03:49Et je pense que ça va repartir de manière modérée.
03:52Mais concrètement, est-ce qu'il dit à nos auditeurs, il faut faire des efforts ?
03:56Est-ce que le gouverneur de la Banque de France dit que ça ne repartira pas sans effort ?
04:00Et notamment, peut-être, les retraites.
04:02Alors, je ne suis pas prescriptif.
04:05Mais ce que je dis, c'est qu'effectivement, les pays qui s'en sortent bien,
04:09c'est ceux qui ont fait des réformes.
04:10Et c'est possible, les réformes.
04:14Les Espagnols, ils ont subi une crise très très grave.
04:16Et ils reçoivent aujourd'hui les dividendes des réformes qu'ils ont faites il y a une dizaine d'années.
04:21Après, les réformes qu'il faut faire, c'est au pouvoir politique de les décider.
04:24Est-ce que le gouverneur de la Banque de France est inquiet de la situation économique française ?
04:28Je pense qu'effectivement, il y a une inquiétude aujourd'hui.
04:31Parce qu'il y a des choses qu'il faut traiter.
04:34En particulier, la question des finances publiques et du déficit budgétaire.
04:37Il faut réduire le déficit budgétaire.
04:39Mais après, l'économie française, elle a des atouts.
04:42Elle a une énergie qui n'est pas chère.
04:44Elle a une économie diversifiée.
04:45On a une industrie qui repart dans des secteurs qui sont porteurs.
04:49Comme par exemple, les data centers, la défense, l'aéronautique.
04:54Inquié, mais pas totalement catastrophique.
04:58Mais je pense qu'il faut agir.
05:00Il faut agir pour relancer la croissance.
05:03Et pour réduire nos déficits publics.
05:04Pour traiter nos problèmes structurels.
05:06Relancer la croissance.
05:07Avec ce que vous avez fait hier.
05:08Relever les taux directeurs.
05:10Pour expliquer aux auditeurs.
05:11Vous rendez l'argent plus cher.
05:13Donc finalement, on consomme moins.
05:15On emprunte moins parce que c'est trop cher.
05:17Donc la demande baisse.
05:19C'est ça le pari.
05:19Et donc les prix baissent.
05:21Mais en même temps, vous plantez la croissance.
05:23Notre mandat, c'est la lutte contre l'inflation.
05:25J'ai bien compris.
05:26C'est notre mandat.
05:26A quel prix ?
05:27C'est dans les traités.
05:28A quel prix ?
05:28Et donc nous le portons et nous le conduisons.
05:32Mais ce qu'il faut voir, c'est que la zone euro est dans une situation différente.
05:38Avec une croissance plus forte.
05:39Et une inflation qui est très élevée.
05:41Mais pour la France.
05:42Mais oui, mais nous nous agissons sur la zone euro.
05:45Pas seulement sur la France.
05:46Et il y a des moments où c'est bénéfique à la France.
05:49Où là, ça peut être moins bénéfique pour notre pays.
05:54Nos auditeurs, ils vont emprunter plus cher ?
05:56Alors, si je peux me permettre.
05:58Sur les taux immobiliers.
06:00D'abord, les taux longs.
06:02Donc les taux à long terme.
06:04Ils ont augmenté bien avant notre décision.
06:06Ensuite, dans les taux à long terme.
06:08Il y a une composante qui est la crainte de l'inflation.
06:10Donc si on lutte contre l'inflation.
06:11Ça fera baisser les taux à long terme.
06:13Et enfin, je dis à vos auditeurs.
06:16Que les crédits immobiliers sont extrêmement compétitifs en France.
06:19Au mois de juillet, on était à 3,30.
06:21Mais ils ont quand même beaucoup augmenté.
06:23Ils ont certes augmenté.
06:25Mais ils sont très compétitifs.
06:28Et il faut faire jouer la concurrence entre les banques.
06:30Mais, monsieur le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin.
06:32L'inflation que vous voulez contenir, on a bien compris.
06:34Vous êtes optimiste pour la contenir ?
06:36Elle va être de combien cette année ?
06:37Les prix vont augmenter de combien après votre décision d'hier ?
06:40Alors, en zone euro, on est autour de 3%.
06:45En France, on est à peu près à 2,4% aujourd'hui.
06:49Nous pensons que nous allons revenir vers l'objectif, qui est le nôtre, de 2%, à la fin de 2027
06:55ou en 2028.
06:56En 2027-2028, on peut espérer 2% après la décision d'hier que vous soutenez.
07:02Tout à fait.
07:03La dette, la fameuse dette qui explose, 3 536 milliards d'euros au premier trimestre.
07:09On peut se dire qu'on frôle un scénario à la grecque ?
07:13Non, je ne pense pas qu'on puisse dire ça parce que notre économie est plus diversifiée, elle est plus
07:21résiliente que l'économie grecque.
07:24Mais il faut être vigilant, parce que les intérêts augmentent, la charge d'intérêt augmente.
07:30On va bientôt avoir 100 milliards en 2028 ou en 2029, 100 milliards de charges d'intérêt.
07:35C'est une fois et demi le budget de la défense et cette fois celui de la justice ?
07:38Exactement, et puis c'est le produit par exemple de l'impôt sur le revenu.
07:41Et donc, il faut réduire effectivement les déficits.
07:44Et pour cela, il faut avoir un budget.
07:46Et donc, c'est important qu'un budget soit voté d'ici la fin de l'année pour permettre de
07:51faire des économies.
07:52Si jamais les politiques, on en parle ici tous les matins, ne votent pas le budget, et notamment à des
07:56fins électorales,
07:57ça implique quoi économiquement, monsieur le gouverneur de la banque ?
07:59Ça veut dire que ça accroît l'incertitude.
08:02Je pense qu'aujourd'hui, dans un monde où il y a beaucoup d'incertitudes, on n'a pas besoin
08:06d'en rajouter.
08:07Et puis, ça ne permet pas de faire des économies qui sont nécessaires pour réduire le déficit.
08:13Je ne qualifierais pas ça de catastrophe, mais ça n'est pas une bonne chose.
08:17C'est irresponsable ?
08:19Il faut mieux avoir un budget, c'est clair.
08:21Et c'est clair, il vaut mieux avoir un budget.
08:23Et donc, aujourd'hui, aucune force politique n'a intérêt à ajouter de l'incertitude à l'incertitude.
08:29On n'a qu'à l'effacer cette dette.
08:30C'est Jean-Luc Mélenchon qui le dit.
08:31Alors, vous, vous en avez, puisque la Banque de France, dans la dette, vous en avez combien en fait ?
08:37On a à peu près 488 milliards au 30 juin.
08:40On l'efface et c'est bon, non ?
08:41Voilà, effectivement.
08:42Mais je crois que c'est une solution qui est à la fois illégale, qui est dangereuse et qui est
08:49inutile.
08:50Elle est illégale parce qu'elle est contraire au traité.
08:52On n'a pas le droit.
08:53Jean-Luc Mélenchon dit, on en sort des traités.
08:55Voilà.
08:55Mais simplement, ce sont des traités que nous avons signés, que nous avons ratifiés, qui ont été ratifiés par référendum
09:02par le peuple français.
09:03Donc, effectivement, si le point, c'est de sortir de la zone euro, parce que c'est ça que ça
09:07veut dire.
09:08Ça veut dire qu'on ne peut plus fonctionner au sein de la zone euro.
09:10La zone euro, c'est une copropriété.
09:12Donc, si on ne paye pas les charges de copropriété, les autres copropriétaires vont nous dire, les amis, vous allez
09:17sortir.
09:17Si c'est ça le point, il faut le dire.
09:20Mais je pense qu'aujourd'hui, c'est une solution qui, d'ailleurs, ne reçoit aucun écho en Europe.
09:27Aucun soutien.
09:27Non, mais de Mathieu Pigasse, qui est un banquier d'affaires, qui le soutient.
09:30Alors, vous avez dit illégale, vous l'avez expliqué.
09:31Voilà.
09:32Mais dangereuse et inutile.
09:33Elle est dangereuse parce qu'elle crée, évidemment, de l'inflation.
09:38Et puis, vous allez avoir une...
09:41En fait, ça va augmenter les taux d'intérêt.
09:44Nous n'avons jamais fait défaut depuis 1797.
09:48Et là, c'est un défaut.
09:49Ça veut dire qu'on ne paye pas la dette qu'on doit.
09:52Et donc...
09:52Mais concrètement, ça veut dire quoi pour l'auditeur qui est là ?
09:56Si moi, Marc-Olivier Fogel, je vous dois 100 euros.
09:58OK ?
09:59Si je vous dis, je ne vais pas vous les rembourser.
10:01Et je vais voir M. Jacobizine.
10:02Et je lui dis, est-ce que vous voudriez bien me prêter 100 euros ?
10:04Il va me dire, ben non, vous deviez 100 euros.
10:07Je marque Olivier Fogel, vous ne les avez pas remboursés.
10:09Et bien, ça veut dire qu'on va avoir beaucoup plus de mal à emprunter sur les marchés.
10:12On va payer des taux d'intérêt beaucoup plus forts.
10:14Et ça va être préjudiciable pour les Français.
10:16C'est inutile.
10:16Et donc, c'est dangereux.
10:18Et c'est inutile parce que vous réduisez de 500 milliards la dette de l'État.
10:23Mais vous faites un trou à la Banque de France de 500 milliards.
10:26Est-ce que franchement, on a beaucoup avancé ?
10:27Et ça ne libère pas des marges de manœuvre.
10:29Ça ne réduit pas le déficit budgétaire.
10:31Pour terminer, avant de devenir gouverneur de la Banque de France,
10:33vous avez dirigé le Trésor.
10:34Vous avez travaillé avec Bruno Le Maire, Gabriel Attal, puis Emmanuel Macron à l'Elysée.
10:37Avec le recul, est-ce que vous reconnaissez une part de responsabilité
10:39dans la situation économique que vous décrivez et qu'aujourd'hui, vous régulez ?
10:44Je pense qu'il y a une part de responsabilité dans les actions, évidemment, que chacun mène.
10:48Et moi, j'en ai fait partie comme étant conseiller de plusieurs ministres,
10:53d'un Premier ministre et d'un Président de la République.
10:55Mais après, on a eu une guerre en Ukraine, on a eu une guerre au Moyen-Orient,
11:00on a eu une canicule.
11:01Vous ne pouvez pas...
11:02Ces événements, ils ne sont pas de la responsabilité des pouvoirs publics.
11:06Il faut savoir les gérer.
11:07Mais ce sont des chocs que nous avons subi.
11:09Vous regrettez de ne pas avoir fait des réformes qui, à la hauteur de la situation économique ?
11:13Peut-être qu'on aurait pu aller plus loin.
11:15Mais il faut tenir compte aussi de la situation politique.
11:18Merci Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, d'être venu ce matin sur RTL.
11:21Merci à vous.
11:21Merci.
11:22Merci Marc-Olivier.
11:23Face à Fogiel, tous les matins, après le journal de 8h,
11:25et lundi avec une invitée exceptionnelle, Marco.
11:27On avait déjà un invité exceptionnel, Emmanuel Moulin.
11:30Oui, mais j'ai dit une invitée.
11:31Léa Salamé, c'est la première fois qu'elle prend la parole depuis la décision de son retrait.
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