00:00Et c'est la cacophonie sur une taxe à 1 milliard d'euros.
00:03Taxer l'épargne salariale, c'était une piste qui était regardée.
00:07Voilà ce que disait le ministre de l'économie hier matin.
00:09Eh bien hier soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a refermé la porte
00:12et a démenti toute décision du gouvernement en ce sens.
00:16Taxer l'épargne salariale, vous, vous êtes archi contre.
00:20Bonjour Daniel Baal, patron du crédit mutuel CIC.
00:24Vous étiez jusqu'à il y a quelques jours d'ailleurs le président aussi de la Fédération bancaire française.
00:27Les banques opposées à ce projet de taxation, pourquoi ?
00:30Je ne sais pas si les banques le sont toutes, en tout cas pour ce qui nous concerne au crédit
00:33mutuel,
00:34où nous avons une vraie politique d'épargne salariale vis-à-vis de nos propres salariés
00:38et où nous proposons également ce service à nos clients.
00:42Lorsque nous avons vu cette proposition hier matin à la une des échos,
00:48évidemment nous avons réagi.
00:49Nous pensons sincèrement que taxer aujourd'hui davantage qu'elle ne l'est déjà,
00:54parce qu'on raconte qu'il n'y a pas de taxation sur l'épargne de salariés.
00:57Oui, bien sûr, il y a d'abord CSG, CRDS,
01:01ensuite il y a un forfait social pour l'entreprise,
01:05et ensuite à la sortie il y a encore des prélèvements sociaux.
01:08Donc dire que ce n'est absolument pas taxé est faux.
01:11C'est moins taxé que les salaires ?
01:12C'est moins taxé que les salaires parce que c'est de nature différente,
01:15c'est un vrai instrument de partage de valeurs,
01:18qui peut évoluer d'une année à l'autre pour les salariés,
01:21en fonction de l'évolution des résultats tout simplement.
01:23Et ensuite c'est quand même une épargne de long terme.
01:26Elle n'est pas immédiatement disponible pour le salarié,
01:29elle est bloquée pendant 5 ans,
01:31ce qui est très vertueux parce que cela permet de réaliser des investissements de long terme.
01:35Elle est bloquée sauf dans certains cas,
01:37comme par exemple pour la naissance d'enfant,
01:39mariage ou la construction de sa résidence principale.
01:42Donc c'est vraiment une épargne extrêmement vertueuse,
01:45et rajouter de la taxation à ça,
01:47c'est encore taxer davantage.
01:49Quoi ? Bah le travail, tout simplement.
01:50Oui mais alors après, c'est toujours une question d'arbitrage.
01:53On cherche des sous, et on voit bien qu'il faudrait être naïf
01:55pour penser qu'il n'y aura pas de hausse d'impôt.
01:58Et là on se dit, c'est quand même une mesure assez juste,
02:00parce qu'en réalité, qui profite de cette épargne salariale ?
02:04Les salariés.
02:04Oui, mais les salariés, déjà les mieux lotis,
02:07ceux qui travaillent dans les très grosses entreprises,
02:09qui sont les salariés quand même,
02:11qui ont déjà les 35 heures,
02:13les comités d'entreprise de compétition, etc.
02:16Dans les petites entreprises, c'est très peu distribué.
02:18C'est vrai, et c'est bien pour cette raison
02:20que le Président de la République,
02:22depuis qu'il est au pouvoir,
02:24a cherché à développer ce principe
02:26de l'intéressement et de la participation.
02:28Le premier qu'il a mis sur la table,
02:29c'était le général de Gaulle dès 1967.
02:32Pourquoi ? Parce que justement...
02:33Ça lui a coûté son poste ?
02:34Pas 67.
02:35Bon, un petit peu plus tard.
02:37Le partage ?
02:38Je ne suis pas sûr que ce soit ça.
02:39Bon, enfin, on pourrait en débattre une autre fois.
02:41Bon, on introduira la question avec Arthur Chevalier.
02:45Non, ce que je veux surtout dire,
02:46c'est qu'on a cherché pendant ces années
02:48à ce que davantage d'entreprises
02:51entrent dans ce mécanisme de l'épargne salariale
02:54et la fiscalité, quelque part,
02:56qu'elle soit un peu incitative,
02:58c'est assez normal.
02:59Et on a le gouvernement
03:00à, pendant ces dernières années,
03:02chercher à la rendre plus incitative
03:03et là, on la taxe.
03:04C'est déjà les mieux lotis ?
03:08C'est sans doute des salariés d'entreprises
03:11qui sont socialement plutôt avancés,
03:13qui ont ce...
03:14Combien de salariés, chez vous,
03:15la touche, les banques salariales ?
03:17Chez nous, c'est la quasi-totalité des salariés.
03:19Mais c'est un choix que nous avons fait.
03:21C'est un choix.
03:22Nous, au Crédit Mutuel,
03:23au Crédit Mutuel Alliance Fédérale,
03:25le partage de la valeur
03:26est pour nous quelque chose d'essentiel.
03:28Je voudrais que Gauthier puisse intervenir.
03:28Avec les salariés,
03:30mais aussi avec la société,
03:31avec le dispositif du dividende sociétal.
03:33Donc, les deux dispositifs
03:34se complètent très, très bien.
03:36Gauthier, qui nous appelle de Reims,
03:38qui est ingénieur.
03:39Bonjour, Gauthier.
03:40Oui, bonjour.
03:40Je ne sais pas si vous touchez, vous,
03:42de l'épargne salariale.
03:43Est-ce que vous êtes salarié ?
03:44Alors, oui, je touche de l'épargne salariale.
03:47Et vous ne voulez pas qu'on y touche ?
03:49Vous ne voulez pas que le gouvernement y touche ?
03:51Le gouvernement, on y touche déjà.
03:53Parce que, quand je peux faire un déblocage,
03:56j'ai les prélèvements sociaux
03:59à hauteur de 6,6%
04:00de ce que j'ai eu en plus-value.
04:05Allô ?
04:05Oui, oui, ce n'est pas rien.
04:06Ce n'est pas rien du tout.
04:07Voilà, donc ça fait quand même des sacrées sommes.
04:10Et contrairement à ce que dit Manu,
04:11aujourd'hui, je suis dans une grande boîte,
04:13j'ai de l'épargne salariale.
04:14Mais avant, j'étais dans une petite boîte
04:16et j'avais aussi de l'épargne salariale.
04:17Ça n'a rien à voir avec la taxe de la société.
04:18Ce qui est une minorité.
04:20Sur les moins de 50 salariés,
04:21il n'y a que 20% des entreprises
04:23qui distribuent l'épargne salariale.
04:24OK.
04:25Et moi, mon salaire,
04:26il est en compétition avec mes collègues
04:28qui sont polonais ou espagnols.
04:32Et on m'explique que je ne peux pas avoir
04:34les mêmes augmentations qu'eux
04:35parce que moi, j'ai de l'épargne salariale.
04:38Oui, donc si en plus, on vous y touche derrière,
04:40vous diriez que vous vous êtes fait de vouloir avoir.
04:41Voilà, déjà qu'à la fin,
04:43on a grosso modo le même salaire
04:45parce que dans les grands groupes,
04:46on parle de total cash
04:47qu'on touche en rémunération.
04:50En fait, le total cash,
04:51il descendrait largement
04:52si on applique en plus
04:53tout ce qui est déjà prélèvement
04:55qu'il y a déjà comme sur ma fiche de paye.
04:57Gauthier, je voudrais que Daniel Baal puisse réagir.
04:59Non, mais je comprends très bien
05:00ce que dit votre auditeur.
05:02Rappelons également que cet épargne salariale
05:05est souvent un complément pour la retraite.
05:07Pour beaucoup de nos salariés,
05:09ça sert également à ça.
05:10Lorsqu'on connaît les débats
05:11qu'il y a aujourd'hui sur la retraite,
05:13le fait d'avoir effectivement ce dispositif
05:17est également vertueux.
05:18Et j'insiste sur un point.
05:19C'est déjà une forme de capitalisation en fait.
05:21D'une certaine manière,
05:22en plus, les sommes sont utilisées
05:24pour des investissements de long terme.
05:26On parle régulièrement de flécher l'épargne.
05:29Là, on a une manière de flécher l'épargne
05:31et souvent de flécher l'épargne
05:33en plus sur des investissements
05:35à caractère durable.
05:37Donc vraiment, dire que c'est une épargne
05:40très vertueuse,
05:41je crois qu'on ne le redira jamais assez.
05:43J'espère que le gouvernement
05:45et que le propos du chef du gouvernement
05:46d'hier soir met un terme à ce débat.
05:48Je rappelle qu'il avait déjà été mis sur la table
05:50il y a quelques mois.
05:51Donc ce n'était pas juste par hasard.
05:52Mais il faut arrêter de vouloir
05:54systématiquement taxer le travail.
05:55Honnêtement, c'est-à-dire
05:56c'est une manière de taxer le travail.
05:58Oui, c'est taxer le travail.
05:59Et le travail est déjà très taxé en France.
06:01Ces prélèvements sont déjà très importants
06:03sur les salariés et sur les entreprises.
06:05Ce n'était pas vraiment nécessaire
06:06de mettre encore cette couche supplémentaire.
06:08J'aimerais vous entendre aussi
06:09sur les fraudes bancaires
06:10qu'on a dit par manipulation.
06:12C'est-à-dire, effectivement,
06:13quand on se fait avoir,
06:14quand on se trompe
06:16ou quand on accepte, effectivement,
06:18tous ces SMS que l'on reçoit.
06:20Elles sont en hausse,
06:21ces fraudes de 34% en 2025.
06:24Comment on fait pour lutter ?
06:26D'abord, les banques font
06:27des campagnes de sensibilisation
06:29très importantes.
06:29La Fédération bancaire française
06:31également en réalise.
06:32Dès qu'on ouvre son appli,
06:33maintenant, on reçoit, effectivement,
06:34une sorte d'alerte,
06:36disant, attention, soyez vigilants.
06:37Exactement.
06:38Lorsqu'on veut faire un virement,
06:39lorsqu'on veut autoriser un prélèvement,
06:40lorsqu'on veut faire un paiement
06:41à distance,
06:43on a suffisamment d'alerte.
06:44Mais alors, pourquoi est-ce que ça augmente
06:45à ce point ?
06:46Ce n'est pas suffisant
06:47parce qu'un certain nombre
06:48de nos clients
06:49se font encore avoir.
06:51Moi, je vais vous dire,
06:51aujourd'hui, les banques
06:52ont fait leurs efforts.
06:54Il faut également que,
06:55du point de vue pénal,
06:57on apporte les sanctions nécessaires.
06:58Et il y a un point
07:00qui n'est pas couvert aujourd'hui
07:01en angle mort,
07:02ce sont les plateformes numériques.
07:04Les plateformes numériques
07:06qui, aujourd'hui,
07:07facilitent la diffusion massive
07:10d'offres frauduleuses.
07:12Or, on sait que les plus grosses...
07:13Vous parlez de quoi ?
07:14Vous parlez d'Instagram,
07:14de tout ça,
07:15qui, en fait...
07:16Les placements mirobolants,
07:18etc.
07:18Au bout de trois clics,
07:19on vous propose...
07:19Qui trouvent des revenus,
07:20qui trouvent du chiffre d'affaires
07:21en mettant en avant
07:23des offres qui, juste,
07:24ne peuvent pas être réalistes.
07:25Et ils le savent ?
07:26Bien évidemment.
07:28En tout cas,
07:28si elles ne le savent pas,
07:29c'est qu'elles ne cherchent pas
07:30à savoir.
07:30Il y a une forme de complicité
07:32de ces plateformes.
07:34Au moins par omission.
07:35Au moins une complicité
07:36par omission.
07:37Mais quand il s'agit de perdre...
07:38Vraient-ils les obliger
07:39à vérifier davantage ?
07:40Absolument.
07:41Je veux dire,
07:42une banque,
07:42un assureur,
07:44beaucoup d'intermédiaires
07:45ont des obligations
07:46de vérification
07:47des opérations
07:48qu'elles réalisent,
07:49très fortes.
07:50Pourquoi les plateformes numériques
07:51n'auraient pas
07:52ces mêmes obligations ?
07:53Merci, Daniel Baal,
07:54d'avoir répondu
07:54à nos questions ce matin.
07:56Vous êtes le patron
07:56du Crédit Mutuel CIC.
07:58Merci aussi à Gauthier.
07:59Ça faisait très, très longtemps
08:00que je ne vous avais pas entendu,
08:01Gauthier.
08:01Tout va bien ?
08:03Oui, c'était la première fois.
08:04La première fois avec moi ?
08:05J'avais l'impression
08:06de vous avoir déjà entendu
08:06sur l'antenne une autre fois.
08:07Mais en tout cas,
08:08merci de votre témoignage.
08:10N'hésitez pas,
08:10maintenant que vous avez poussé la porte.
08:11Moi, je suis d'accord avec Gauthier.
08:12Vous avez bien raison.
08:13Vous avez bien.
08:14Un bord de taxer le travail,
08:15ça suffit.
08:16Arthur est d'accord avec vous, Gauthier.
08:17Merci.