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  • il y a 14 heures
Tous les matins à 7h42, l'invité qui fait l'actualité. Un acteur incontournable, un expert renseigné... 10 minutes d'interview sans concession avec Apolline de Malherbe et les témoignages des auditeurs de RMC au 3216.

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Transcription
00:00Contraste, il y a une semaine, jour pour jour, le couple présidentiel était au concert de Céline Dion
00:04à la veille d'un mouvement social qui a frappé le pays, par son ampleur bien sûr, mais aussi par
00:09ses violences,
00:10par la casse, les pillages et l'ultra-gauche venu pour en découdre.
00:13Comment un président élu, pour faire barrage aux extrêmes, termine-t-il ces deux quinquennats dans une France aussi fracturée
00:18?
00:18Gérard Davé, Fabrice Lhomme, bonjour.
00:20Bonjour.
00:21Vous êtes grand reporter au journal Le Monde.
00:23Depuis les dernières années du mandat de Nicolas Sarkozy, vous êtes devenu des chroniqueurs au long cours des mandats présidentiels.
00:28Sarko m'a tué, le traître et le néant.
00:30Ou bien sûr, un président ne devrait pas dire ça, qui est presque devenu une expression courante.
00:34Vous avez marqué de vos enquêtes la fin des trois quinquennats précédents.
00:38La convergence des colères, des manifestations aux revendications multiples, un pouvoir débordé, cette rage même, c'est une fin de
00:45règne ?
00:46Oui, c'est assez fascinant.
00:48Vous parliez tout à l'heure d'Emmanuel Macron, qu'on a aperçu au concert de Céline Dion la veille
00:52des émeutes.
00:54Ça fait penser, sans tomber dans la caricature, à Louis XVI qui réparait ses mécanismes d'horlogerie en 1789.
01:01Bonjour Arthur Chevalier, écoute attentivement.
01:02Pendant que le peuple mourait de faim.
01:05Il y a un côté fin de règne, puis il y a un côté aussi déconnexion ultime.
01:09Il est allé au-delà de ce qu'on pensait qu'il irait.
01:11Alors vous publiez « Le complot contre la France ».
01:13C'est chez Flammarion, une enquête sur la déferlante d'extrême droite dans les milieux financiers et médiatiques notamment.
01:19Et j'ouvre le livre, je passe la dédicace que vous m'adressez, parce que par honnêteté pour nos auditeurs,
01:24je tiens à préciser que je fais partie des témoins que vous avez interrogés.
01:27On est 300, ça fait du monde.
01:29Mais dès la première page, vous parlez du vide laissé par dix années de macronisme.
01:34Est-ce que c'est sur ce vide que prospèrent les extrêmes ?
01:37Oui, exactement.
01:38C'est pour ça qu'on a fait ce livre.
01:40En réalité, on avait fait il y a cinq ans « Le traître et le néant »
01:43qui revenaient, on va dire, sur l'ascension d'Emmanuel Macron, sur ses débuts, sur son premier mandat.
01:48Et puis on concluait sur le fait qu'on ne voyait pas trop bien où il allait,
01:52ou plutôt où il allait sans doute dans le décor.
01:54Les faits nous ont donné raison plus qu'on l'imaginait.
01:57Et on a voulu raconter ce qui s'était passé, notamment dans ce deuxième mandat,
02:02c'est-à-dire ce que vous disiez, cette espèce de vide qui est un vide idéologique,
02:05dans le sens où Macron n'a jamais réussi à construire un parti,
02:08n'a jamais réussi à faire comprendre où il voulait emmener la France,
02:12et également un vide, on va dire, social, moral,
02:15qui profite, c'est toujours vrai dans l'histoire, aux extrêmes.
02:18En l'occurrence, surtout à l'extrême droite,
02:20mais aussi à la gauche radicale qu'on voit dans les rues aujourd'hui.
02:23Bien sûr, les sondages, je donne les deux pour l'instant, c'est le scénario que donnent les sondages.
02:26Alors je voudrais qu'on revienne au 7 mai 2017, soirée électorale, barrage républicain.
02:30Emmanuel Macron bat Marine Le Pen une première fois.
02:33Rappelons son serment.
02:34– Je protégerai la République, mais je ferai tout durant les cinq années qui viennent
02:40pour qu'il n'ait plus aucune raison de voter pour les extrêmes.
02:45– Est-ce que vous diriez que c'est un échec ou que ça n'a pas marché ?
02:48– C'est un échec, mais éventuellement un échec volontaire.
02:51Je m'explique, en 2012, en 2017 même, elle est à 21% je crois au premier tour,
02:57en 2012 elle était à 17% je crois, aujourd'hui elle est donnée à 38% au premier tour.
03:03Il s'est passé quelque chose.
03:04Ce quelque chose, il y a aussi le fait qu'Emmanuel Macron a passé son temps à jouer avec les
03:09institutions,
03:10et également avec les humeurs des Français.
03:13Il a prospéré.
03:14– Il a joué avec le feu en réalité, et qu'il a une responsabilité directe dans cette profession.
03:18– Total, ça a commencé, on a noté par exemple un point de bascule important,
03:21qui était l'interview donnée par Emmanuel Macron au magazine Valeurs Actuelles, d'extrême droite, en 2019,
03:27où il parle d'immigration.
03:29Ça, ça a beaucoup choqué dans son coin, et il envoyait des signaux qui étaient quand même…
03:32– Dans son coin, y compris auprès de ses conseillers, c'est un trauma que vous racontez.
03:36– Oui, il y a eu des larmes à l'Elysée, et nous avons l'ex-ministre de la Culture,
03:39Rima Abdulmalak,
03:40qui nous explique que concrètement ça a été vraiment pour elle un point de bascule.
03:43Et puis il y a aussi, évidemment, la dissolution, et là on a des gens qui nous expliquent très clairement,
03:47des proches de Macron, qui nous expliquent très clairement que dans son esprit,
03:50il était fort possible qu'il ait voulu mettre l'ERN au pouvoir.
03:53– C'est François Patria, que vous citez, qui est décédé depuis.
03:57– L'idée de mettre l'ERN au pouvoir pour revenir plus fort derrière.
03:59– Oui, son en droit de nous dire que 2032 est son réel objectif.
04:02– Arthur Chevalier.
04:03– Oui, je vous trouve assez injuste, parce que dans les faits, la montée des extrêmes droites,
04:07en l'occurrence en Europe, elle est quand même massive, et au contraire,
04:10factuellement, Emmanuel Macron est un des derniers dirigeants, on va dire,
04:13sociodémocrates, pardon pour cette expression un peu valise,
04:16à avoir battu l'extrême droite.
04:18Chronologiquement, c'est le cas avec tout ce qu'en Allemagne,
04:22bon, pardon, tout ce qu'en Pologne, en Allemagne,
04:24Merch a gagné, mais enfin il est dans une situation délicate,
04:26et tous les landers tombent entre les mains de l'extrême droite, les uns après les autres.
04:30Est-ce qu'au contraire, si on regarde le contexte européen,
04:33est-ce qu'au contraire Emmanuel Macron n'a pas plutôt été factuellement un barrage ?
04:36Il a battu Marine Le Pen deux fois, elle est en passe de remporter la prochaine élection présidentielle,
04:40et qui sommes-nous pour dire que le responsable, c'est lui,
04:43et pas une conjoncture qui touche tout le vieux continent, et peut-être l'Occident d'ailleurs ?
04:46Il y a un contexte, il y a un climat qui n'est pas seulement français,
04:51qui n'est pas seulement européen, qui est mondial.
04:52Il y a une montée des populismes, personne ne va contester ça,
04:54et on n'est pas en train de dire que Macron a créé l'extrême droite en France, évidemment non.
04:59En revanche, on le rappelait, il y a une promesse qu'il a faite,
05:02c'est l'inverse qui s'est produit.
05:03Il a dit qu'il aurait reculé les extrêmes, et il les a fait prospérer.
05:06Et nous, ce qu'on dit, c'est que, même s'il y a un contexte,
05:09il ne faut pas être fataliste, on ne va pas se dire,
05:12ah ben l'extrême droite progresse partout, donc il n'y a rien à faire.
05:14Il y avait sans doute d'autres choses à faire,
05:16et nous, encore une fois, on pense qu'il a joué avec le feu,
05:18de deux manières, d'une part, en ne tenant pas un certain nombre de promesses
05:21qu'il avait faites, et qui étaient très fortes.
05:24Une des promesses principales d'Emmanuel Macron, je pense,
05:26c'était le recul des inégalités, il l'avait dit,
05:28les inégalités de destin, et ça, c'est très important pour les Français.
05:32L'INSEE fait une étude, une évaluation des inégalités,
05:36annuellement, depuis 1996, ça fait 30 ans qu'on fait ça.
05:39Sa dernière étude conclut que les inégalités n'ont jamais été aussi fortes,
05:42en France, depuis 30 ans, jamais.
05:44C'est un exemple parmi d'autres.
05:46Je me permets, sur ce terrain-là, parce que,
05:49vous allez avoir des procès en gauchisme,
05:50vous dites que Jean-Luc Mélenchon aussi, il profite de tout ce bazar-là,
05:54ça lui va très bien aussi pour prospérer.
05:55Mais totalement, c'est bien pour ça qu'on essaye, dans ce livre,
05:58d'embrasser le paysage politique français en entier.
06:03La gauche radicale, en l'occurrence Jean-Luc Mélenchon,
06:05non seulement souffle sur les braises,
06:07mais fait tout pour se retrouver en face-à-face avec l'extrême droite.
06:10La fin théorisée et assumée, d'ailleurs, par le camp macroniste,
06:14des partis classiques, qui étaient à bout de souffle,
06:15LR, le PS, etc.
06:17Oui, mais au lieu de construire,
06:19ils ont déconstruit, tout simplement.
06:21On a des pages assez saisissantes dans le livre de Rosine Bachelot à Marc Ferracci,
06:26l'ancien ministre de l'Industrie,
06:28qui explique de manière très claire
06:29que rien n'a été conçu par Emmanuel Macron
06:32parce qu'il ne construit pas autour de lui,
06:33parce qu'il refuse de s'entourer de gens
06:36qui pourraient éventuellement, à un moment donné,
06:38faire la succession classique d'un président à un autre.
06:41Et finalement, je me pose la question, en vous écoutant,
06:44qu'est-ce qu'on va retenir d'Emmanuel Macron ?
06:46Vous parlez d'échec volontaire de faire monter l'extrême-droite.
06:48Moi, je peux mettre en avant aussi la question financière.
06:51On parlait de lui comme étant le Mozart de la finance.
06:53On en est aujourd'hui avec un taux d'emprunt qui augmente,
06:56une dette qui explose, une croissance en berne.
06:58On va sûrement être déclassé au niveau des agences de notation.
07:01Que va-t-on retenir ?
07:03Alors, le Mozart de la finance,
07:04nous, on ne s'est jamais risqué là-dessus.
07:06– Oui, ce n'est pas lui qui s'est autoproclamé.
07:07– Alors, il ne s'est pas autoproclamé.
07:08– C'est à l'époque où il était banquier d'affaires,
07:10il n'était pas le président de la jeunesse.
07:12– Mais au-delà de ça, c'est vrai qu'il reste une dette abyssale,
07:16des déficits abyssaux.
07:18Effectivement, il s'est passé quelque chose d'absolument catastrophique
07:21sur le plan économique.
07:22Ce qu'il restera, et ce n'est pas nous qui le disons,
07:24c'est nos nombreux interlocuteurs,
07:26il restera la vision européenne,
07:27il restera le fait qu'il a mené une politique étrangère
07:30qui tient à peu près la route.
07:32Jacques Attali, je crois, appelle ça le trésor national
07:34que les présidents se passent de l'un à l'autre,
07:36c'est la gestion des affaires extérieures.
07:38Dans ce domaine-là, il ne l'a pas failli, a priori.
07:41– Alors, une nuance quand même,
07:42depuis la dissolution depuis deux ans, Emmanuel Macron,
07:44il y a des mots qui sont apparus dans son vocabulaire,
07:46il y a une ligne directrice sur la République,
07:49sur la bienveillance, sur l'humanisme qui sont apparus.
07:51Dès qu'il a pu agir, essentiellement dans des séquences
07:54internationales ou commémoratives,
07:56il a insisté là-dessus.
07:57Je voudrais vous citer juste des mots qu'il a employés
08:00et qui, d'ailleurs, représentent bien quelque chose
08:01qui contredit un petit peu le jeu qu'il a pu jouer
08:03avec l'extrême droite,
08:04quatre jours avant la panthéonisation de Robert Badinter,
08:07dans un entretien au point, j'avoue, que j'avais réalisé.
08:11La déshumanisation, c'est-à-dire le mal,
08:12toutes ces choses qui reviennent en ce moment,
08:13c'est ce que combat la République,
08:14qui doit incarner la bienveillance.
08:17Tout le discours sur la panthéonisation de Badinter
08:18était taxé là-dessus.
08:19Marc Bloch, même chose.
08:22Est-ce qu'il n'a pas procédé aussi à une clarification
08:24vis-à-vis de l'extrême droite
08:25pendant ces deux dernières années ?
08:26– Alors, je ne sais pas si c'est le terme que je pourrais…
08:28– Bien sûr, il n'y a pas de problème,
08:29mais je ne sais pas si c'est le terme de clarification.
08:32Je pense surtout qu'il s'est rendu compte, tardivement,
08:35que ce qu'on a décrit précédemment,
08:36c'est-à-dire qu'il avait joué une sorte de jeu dangereux
08:38en croyant pouvant manipuler, instrumentaliser l'extrême droite,
08:41ne fonctionnait pas et même se retournait contre lui.
08:44Donc il a pris conscience qu'il fallait
08:45qu'il soit beaucoup plus clair, on va dire, par rapport à ça,
08:48et que l'extrême droite était tout simplement un danger.
08:50Mais je pense que c'est venu trop tard.
08:52– La Russie est un tournant aussi.
08:53Parce que quand il a vu l'alliance
08:54entre les partis de l'extrême droite et la Russie,
08:58il a tous été dans sa tête aussi de ce point de vue-là.
08:59– Alors l'enjeu finalement, c'est le débat public,
09:00et c'est vrai que ce matin, on vous a invité
09:02pour parler de la situation du pays aussi,
09:05dans quel état on est, et du président de la République.
09:07Le livre ne parle pas que de ça, bien sûr.
09:09Ça précède Emmanuel Macron finalement.
09:10Je voudrais vous faire écouter Dominique de Villepin.
09:13J'allais me coucher hier soir, j'allume BFM TV,
09:1522h34, il est en train de débattre avec Marion Maréchal.
09:18– Vous avez gagné la bataille du récit dans notre pays.
09:22Vous êtes, vous et le parti que vous soutenez,
09:24aux portes de l'Élysée.
09:25– Les idées du RN, d'une droite traditionnelle catholique,
09:29de Vincent Bolloré, il faudrait quand même le citer,
09:30dans cette interview, c'est plus le cœur du livre
09:33qu'Emmanuel Macron d'ailleurs.
09:35Ils ont imposé leur récit finalement.
09:36– Oui, ils l'ont imposé.
09:38C'est un fil rouge, Vincent Bolloré, dans ce livre,
09:41parce qu'on raconte effectivement,
09:43de 2021 jusqu'à 2027,
09:46on essaie d'expliquer ce qui est en train de se passer.
09:48D'ailleurs, le livre se termine par cette phrase,
09:50un complot, ça peut parfois aboutir à une guerre,
09:53et on n'en est pas si loin.
09:56– De quoi ? De la guerre civile ?
09:58– On n'en est pas si loin.
09:59– Les images d'hier, enfin de la semaine dernière,
10:02ça devient effectivement assez tendu,
10:05c'est le moins qu'on puisse dire.
10:06Et on a le sentiment, nous, effectivement,
10:09que l'extrême droite a prospéré sur ce néant
10:13qui a été enfanté par le règne de Macron,
10:15et que cette extrême droite,
10:17elle est également propulsée par un empire médiatique
10:20qui en tire les bénéfices à bas bruit.
10:22Donc, effectivement, tous les ingrédients
10:24d'une espèce de fournaise sont réunis.
10:26– Alors, vous avez lu la dernière phrase du livre.
10:29Je voulais revenir sur la dernière phrase du livre précédent,
10:31puisque vous la reprenez.
10:33« Fin du premier quinquennat, le traître est le néant.
10:34En politique plus qu'ailleurs,
10:35le vide a rarement vocation à le rester
10:37et finit généralement par être rempli par les extrêmes. »
10:39Il n'y a rien qui vous rende optimiste aujourd'hui ?
10:41– Ce qui peut nous rendre optimistes,
10:43c'est ce que vous disiez précédemment
10:45concernant Emmanuel Macron,
10:46c'est-à-dire une prise de conscience.
10:47Et nous, ce livre, il est un peu fait pour ça aussi.
10:50On n'est pas lanceurs d'alerte,
10:51mais en revanche, on est là pour éveiller les consciences,
10:53pour instruire, informer,
10:55parce qu'on pense qu'il s'est passé des choses dans le pays
10:57que tout le monde a vues,
10:58que tout le monde a connues,
10:59que tout le monde a commentées,
11:00mais il s'en est passé d'autres
11:01qui sont restées, j'allais dire, souterraines,
11:04qui ont été soit dissimulées,
11:05soit qu'on ne s'y est pas trop intéressés.
11:07Et je pense que nous, comme un puzzle,
11:09on a réuni toutes les pièces
11:10pour donner à voir ce qu'est la France aujourd'hui,
11:12pourquoi elle en est là,
11:13et pourquoi, évidemment, il est encore temps
11:15pour les Républicains
11:17de réagir, tout simplement.
11:21Merci beaucoup.
11:21Gérard Davé, Fabrice Lhomme,
11:23vous êtes grand reporter au journal Le Monde
11:24et si on aime la politique, l'économie,
11:26les médias comme nos auditeurs,
11:28vous étiez venu pour les précédents livres d'ailleurs sur RMC,
11:30« Lisons complot contre la France »,
11:32complot de puissances économiques, médiatiques et financières
11:35pour permettre l'avènement d'une extrême droite française.
11:36C'est chez Flammarion Enquête, c'est votre thèse.
11:38Merci d'être venu m'expliquer.
11:40Merci.
11:40Je vais vous raconter la fin de mandat,
11:42ce que dit la fin de mandat d'Emmanuel Macron en ce moment.

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