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  • il y a 2 mois
Éric Chenut, président de la Fédération nationale de la Mutualité Française, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce lundi 7 septembre. Ils sont revenus sur l’augmentation du plafond de la franchise médicale, ainsi que sur la diminution du remboursement des soins dentaires et de certains médicaments, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le Grand Entretien, c'est avec Éric Chenu. Bonjour et merci d'être avec nous ce matin.
00:04Vous êtes président de la Fédération Nationale de la Mutualité Française.
00:07Alors le déficit de la sécurité sociale dépassera les 23 milliards cette année.
00:11Pour le réduire, le gouvernement a décidé d'augmenter le plafond des franchises médicales à 140 euros
00:17et puis de moins rembourser les soins dentaires, certains médicaments.
00:20C'est un transfert de charges donc de la Sécu vers les mutuelles.
00:24Vont-elles absorber la différence ?
00:26Alors sur les transferts, sur ce qu'on appelle les tickets modérateurs,
00:31c'est-à-dire ce que l'assurance maladie ne rembourse plus, comme vous venez de le dire,
00:35sur les soins dentaires, ça sera 50% de la facture qui sera prise en charge par les complémentaires santé.
00:42Sur un certain nombre de classes de médicaments, ça sera 95% de la facture du médicament
00:48puisque l'assurance maladie ne les remboursera plus qu'à 5%.
00:51Est-ce qu'on peut encore parler de tickets modérateurs quand les mutuelles vont rembourser 95% ?
00:57Je ne le crois pas.
00:58Donc ça veut dire que c'est un changement complet de logique sans qu'il y ait eu de débat
01:02véritable avec le Parlement,
01:04ce qui est quand même un vrai problème.
01:07Ce sont des décrets qui sont passés un peu en catimini.
01:10C'est ce que vous dénoncez cet été ?
01:11Ce sont des décrets qui ont été pris au cours de l'été.
01:14Vous étiez au courant ?
01:15Oui, on en a discuté avec le gouvernement, avec les services du Premier ministre, le ministère de la Santé.
01:23Nous, on a fait un certain nombre de propositions alternatives
01:26parce que transférer de la dépense, taxer, augmenter les franchises et les participations forfaitaires
01:32ne nous semblent pas à la hauteur de l'enjeu.
01:34Vous l'avez dit, 23 milliards de déficit de la branche de l'assurance maladie,
01:38alors que nous ne sommes pas en chômage de masse, on n'est pas en crise économique et financière,
01:42on n'est pas en crise sanitaire, donc il n'y a pas de raison objective qu'on soit à
01:46ce niveau de déficit.
01:47Vous ne nous avez pas dit si il est mutuel.
01:48Nous, on pense qu'il faut des réformes de fonds qui participent de la régulation de la dynamique des dépenses
01:55de santé,
01:55c'est-à-dire travailler avec les prescripteurs, avec les professionnels de santé pour mieux prescrire
01:59à partir de référentiels déterminés par les sociétés savantes.
02:03La prévention, bien sûr, la lutte contre la fraude,
02:05qui coûte quand même plus de 4 milliards chaque année à l'assurance maladie
02:09et également aux complémentaires santé.
02:11Et puis, réinterroger quand même,
02:14est-ce qu'il est bien logique et normal que nos cotisations
02:18servent à financer les rendements
02:21de certains fonds de pension étrangers,
02:23d'actionnaires à Miami ou en Australia ?
02:26Ma question, Éric Chenu, c'était de savoir
02:28qui allait payer la facture.
02:29Est-ce que les mutuelles vont absorber ce surplus
02:32ou est-ce que vous allez augmenter les cotisations pour les assurés ?
02:35Il n'y a pas d'argent magique dans les mutuelles.
02:38Les chiffres du ministère de la Santé le montrent.
02:41On est tout juste à l'équilibre les bonnes années
02:43et quelquefois même en déficit.
02:45On a l'obligation réglementaire d'être à l'équilibre.
02:49C'est les règles européennes sur le champ de l'assurance.
02:51Ça veut dire que tout sera reporté sur les assurés dans la totalité ?
02:55Mécaniquement, le milliard et demi de prestations
02:58de l'assurance maladie qui sont transférées
03:00aux complémentaires santé,
03:02on devra trouver un équilibre.
03:05Et d'ailleurs, ce milliard et demi...
03:06Ça veut dire quoi un équilibre ?
03:07Il va falloir arriver à aller chercher sur les cotisations.
03:13Ce milliard et demi ?
03:14Ce milliard et demi.
03:15Et même, ça sera un peu plus qu'un milliard et demi,
03:17ce sera un milliard sept.
03:18Parce que quand un milliard et demi est transféré,
03:23en fait, il y a un milliard sept à payer
03:25parce qu'il y a aussi 210 millions de taxes en plus.
03:28Vous avez estimé l'augmentation en moyenne par Français ?
03:31Non, pour l'instant,
03:32parce qu'on n'a pas encore toutes les informations.
03:35Parce que ça, ce sont les informations que nous avons
03:37sur les soins de ville.
03:38Et on attend le texte budgétaire
03:40qui sera présenté fin septembre sur le Parlement
03:44pour être certain qu'il n'y ait pas d'autres mesures
03:48notamment sur l'hôpital
03:49comme certaines rumeurs le laissent entendre.
03:52Vous, vous critiquez aussi ce déremboursement de médicaments.
03:55Donc, ils seront moins pris en charge à 5%
03:58au lieu de 15%.
03:58Mais finalement, s'il n'y a pas de service médical rendu
04:01ou s'il est faible,
04:03est-ce que c'est normal que la Sécurité sociale couvre cela ?
04:06Et si le service médical rendu n'existe pas
04:11ou s'il est trop faible
04:12et qu'il y a des alternatives thérapeutiques,
04:13dans ce cas, il faut prescrire autre chose.
04:15En fait, c'est là où il y a une incohérence.
04:18Soit un médicament, il est utile,
04:20il est prescrit et remboursé.
04:22Soit il n'est pas utile et il ne faut pas le prescrire.
04:24Et pour nous, c'est sur ces sujets-là
04:27qu'il faut travailler.
04:28On a, ces dernières années,
04:31une évolution de la dépense de santé
04:33qui évolue de 5% par an,
04:35entre 4,5 et 5% par an.
04:37La croissance du pays, c'est à peine 1%.
04:39Donc, on voit bien qu'il y a une problématique qui se pose.
04:42Et donc, il faut qu'on ait un débat de fond
04:45à l'occasion de ces discussions budgétaires,
04:48mais plus largement à l'occasion de la future présidentielle,
04:51pour voir comment, dans les années qui viennent,
04:53compte tenu de l'évolution démographique du pays,
04:55on peut faire face à ces besoins-là.
04:57Est-ce qu'il faut aussi avoir un langage de vérité
05:00et dire au français qu'il faut peut-être un peu plus de sobriété
05:02aussi en matière de consommation de médicaments ?
05:05Consommation de médicaments, d'actes d'imagerie, etc.
05:08C'est-à-dire qu'il faut aller au juste soin.
05:11Et c'est pour ça que nous, on plaide pour un travail
05:13avec les professionnels de santé, avec les sociétés savantes.
05:17On ne veut pas que ce soit l'État, l'assurance maladie,
05:21ni même nous qui disions ce qui doit être fait,
05:23mais bien les professionnels de santé eux-mêmes,
05:26qui, dans un colloque à organiser,
05:31puissent déterminer, en fonction des connaissances
05:33scientifiques médicales du moment,
05:35voilà le bon standard de prise en charge.
05:37Ça nous semble être absolument essentiel
05:40de pouvoir harmoniser cela.
05:41Pour les médicaments qui sont déremboursés,
05:43les prix sont libres.
05:44Est-ce que ça veut dire qu'il faut s'attendre
05:45à des hausses sur les prix,
05:48comme un médicament comme le Spasson, par exemple ?
05:50Alors, là, il n'y aura pas d'évolution tarifaire
05:54parce qu'il y aura toujours 5% pris en charge
05:58par l'assurance maladie.
05:59Donc, on ne va pas passer à du prix complètement libre.
06:02Mais on va quand même se retrouver dans un truc assez aberrant.
06:05Si vous prenez l'exemple du Spasson,
06:07c'est que les quelques centimes
06:08que remboursera l'assurance maladie
06:11seront mis au regard qu'il y aura 1 euro
06:14par boîte de médicaments non remboursés.
06:18Donc, c'est quand même plus important
06:21que ce qui sera remboursé par l'assurance maladie
06:23et que le coût de gestion de l'assurance maladie
06:26sera probablement supérieur à ce qu'elle va rembourser.
06:28Est-ce qu'on va vers un système à deux vitesses
06:30dans la médecine ?
06:32La question, c'est est-ce qu'il n'est pas déjà là ?
06:36Et la vraie difficulté, pourquoi on s'est opposé, nous,
06:39à l'évolution des plafonds non remboursés
06:41par l'assurance maladie et par les complémentaires santé ?
06:44Les franchises, nous n'avons pas le droit de les rembourser.
06:46C'est la loi qui impose cela.
06:49Donc, ce plafond annuel va passer de 100 euros
06:52à 140 euros pour les assurés sociaux,
06:55les plus malades, ceux qui ont des affections longue durée,
06:58souvent les plus âgés.
07:00Nous, ça nous semble injuste
07:02parce que c'est une remise en cause
07:04de l'universalisme, de la prise en charge
07:06de la santé dans notre pays
07:08où on cotise selon ses moyens,
07:10on reçoit selon ses besoins
07:11et malheureusement, pour ces personnes-là
07:13qui ne font pas exprès d'être malades,
07:17elles ont une pathologie souvent lourde,
07:19eh bien, elles vont en être de leur poche.
07:22C'est une approche un peu lacanienne de la santé
07:24comme si, pour être responsable,
07:26il fallait payer.
07:27Merci, Éric,
07:28d'avoir été avec nous ce matin.
07:29Dernier élément, si vous me le permettez,
07:32quelques secondes,
07:33c'est quand même alerter nos concitoyens
07:35sur le fait que 16% de ce qu'ils payent
07:38à une mutuelle,
07:40ce sont des taxes.
07:42Cette année, c'est 7,5 milliards de taxes
07:44payées sur le champ de la complémentaire santé.
07:48Ça ne nous semble pas être la bonne manière
07:50de financer l'assurance maladie.
07:52Il y a 20 ans, cet axe, c'était 300 millions par an.
07:55Maintenant, c'est 7,5 milliards.
07:57Il faut absolument qu'on en arrête.
07:58dans le débat de la présidentielle.
08:01Merci, Éric Chenu, d'avoir été avec nous ce matin,
08:03président de la Fédération nationale
08:05de la mutualité française.
08:06C'est une interview à retrouver en podcast
08:08et en replay sur le site BFM Business.
08:11BFM Business.

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