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  • il y a 30 minutes
Le gouvernement veut mettre à contribution les mutuelles de santé pour réduire le déficit de la Sécurité sociale. Éric Chenut, président de la Fédération nationale de la Mutualité française, s'inquiète des répercussions sur les adhérents.

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Transcription
00:00Il est 6h21, le gouvernement veut réduire d'un tiers le déficit de la sécurité sociale.
00:05Il lui faut trouver entre 6 et 7 milliards d'euros d'économie dans le budget de l'an prochain.
00:09Et pour cela, il demande notamment aux mutuelles de faire un effort
00:13qui elles-mêmes menace de le répercuter sur les cotisations des assurés.
00:17Devrons-nous payer toujours plus pour les assurances santé ?
00:20C'est la question du jour. Bonjour Eric Chenu.
00:22Bonjour Mathine Munoz.
00:23Vous êtes le président de la Mutualité française,
00:25c'est la fédération qui agroupe la grande majorité des mutuelles de santé.
00:29Le budget de la sécurité sociale sera examiné dans un mois.
00:32Un avant-projet a déjà été transmis au Conseil d'État.
00:35Est-ce que vous avez eu la confirmation que vous serez mis à contribution ?
00:37Est-ce que le gouvernement vous a prévenu ?
00:39On est déjà mis à contribution sur les décisions de transfert qui ont été faites,
00:45sur le champ du dentaire, sur un certain nombre de classes de médicaments
00:47qui vont être remboursées désormais plus qu'à 5%.
00:52Et puis sur les dispositifs médicaux, sur les transports,
00:55pour plus d'un milliard et demi. Donc c'est déjà considérable.
00:57Ça, ça a été décidé par décret et ça entrera en vigueur à partir de janvier.
01:01Au 1er janvier 2027.
01:03Juste pour qu'on mesure, d'habitude quand il y a des mesures de transfert,
01:07c'est 500 millions. Cette année c'est 1,5 milliard, c'est-à-dire c'est 3 fois plus.
01:11Donc l'effort qui va être demandé aux assurés sociaux,
01:13aux adhérents des mutuelles, va être sans précédent.
01:17Mais est-ce que vous savez si dans le PLFSS,
01:20le projet de loi de finances de la sécurité sociale,
01:23il y aura d'autres transferts comme ça, de certains remboursements ?
01:26Est-ce que vous êtes mis dans la boucle ? Est-ce que le gouvernement, les ministres vous parlent ?
01:29À ce stade, non, on n'est pas mis dans la boucle.
01:31Par contre, on a quelques rumeurs qui circulent,
01:34je ne sais pas si elles sont fondées ou pas,
01:36qu'il pourrait y avoir de nouveaux transferts sur le champ de l'hospitalisation.
01:40Et pour le moment, donc ce milliard et demi d'euros d'efforts qu'on vous demande,
01:43est-ce que vous pouvez l'absorber financièrement ?
01:45Ou est-ce que forcément vous allez être répercuté sur les assurés ?
01:48Les cotisations que nous appelons permettent de financer les prestations,
01:52de les gérer, et on est tout juste à l'équilibre.
01:55Donc avec un milliard et demi qui est demandé,
01:58il y aura forcément un impact sur les cotisations.
02:01Aujourd'hui, je ne sais pas dire de quel montant,
02:03parce que ça dépendra également s'il y a des mesures complémentaires.
02:05Et c'est une des raisons pour lesquelles nous demandons aux parlementaires,
02:09qui ont la capacité de le décider,
02:12de moduler le niveau de taxes.
02:14Alors ce n'est pas des taxes sur les mutuelles,
02:16c'est des taxes sur les cotisations que vous payez en tant qu'assurés sociaux.
02:19Et aujourd'hui, dans notre pays, ces taxes, c'est 16,15%.
02:24Juste pour qu'on mesure les choses,
02:27en Italie c'est 2,5%, en Allemagne c'est 0%.
02:30Donc la santé, elle est taxée comme un produit de luxe.
02:36Donc vous souhaiteriez qu'elle passe à combien cette taxe ?
02:38Nous on pense que la santé c'est un bien essentiel,
02:41et donc il faudrait qu'elle soit taxée au maximum au niveau des biens essentiels,
02:45c'est-à-dire au maximum à 5,5%.
02:47Et vous incitez d'ailleurs les Français à interpeller indirectement leurs députés ou leurs sénateurs.
02:51Vous avez même préparé une lettre qu'on trouve sur votre site, une lettre type...
02:54En deux clics, sur mutualité.fr, effectivement,
02:57les assurés sociaux, les adhérents peuvent se mobiliser,
03:00s'engager et adresser cette lettre aux députés, aux sénateurs.
03:05Qui dans la classe politique vous semble le plus à l'écoute et disposé à vous suivre ?
03:09En tout cas, là depuis une dizaine de jours, on a beaucoup de parlementaires qui nous répondent,
03:15qui nous écrivent en nous disant qu'effectivement ils sont bien conscients,
03:18parce qu'ils sont interpellés eux-mêmes en circonscription par nos concitoyens.
03:24Les sujets de santé, les sujets d'accessibilité aux soins sont une des préoccupations majeures.
03:30Et ils voient bien, surtout, les parlementaires qui n'ont pas été associés aux arbitrages qui ont été rendus cet
03:36été,
03:36que c'est un tour de passe-passe comptable.
03:39Transférer une dépense de l'assurance maladie vers les complémentaires santé ne règle rien.
03:44Si on ne travaille pas sur la prévention, si on ne travaille pas sur la pertinence des prescriptions
03:48avec les médecins pour éviter des soins redondants,
03:52si on ne lutte pas plus efficacement contre la fraude...
03:53Ça veut dire qu'il y a des médecins qui ne sont pas sérieux, pas professionnels ?
03:56C'est pas une question de sérieux ou pas.
03:58C'est une question qu'il y a des actes qui sont redondants quelquefois,
04:03parce qu'ils vont être prescrits par un médecin et puis aussi par un autre.
04:07C'est parce qu'on n'utilise pas suffisamment mon espace de santé.
04:11Et donc c'est comment on travaille avec l'ensemble des prescripteurs
04:14pour éviter ces soins redondants.
04:17Et c'est ces sujets-là qui nous semblent importants,
04:19parce que si on veut que demain notre système tienne,
04:23reste soutenable et surtout solidaire,
04:26eh bien on a besoin de travailler sur tous ces leviers-là.
04:28Mais là pour le moment, le déficit de la sécurité sociale doit atteindre,
04:31dépasser les 23 milliards cette année.
04:35Là ça ne va pas suffire la prévention pour trouver 23 milliards.
04:37Quelles autres mesures, quelles autres solutions suggérez-vous ?
04:40Comment on peut contenir les dépenses de santé ?
04:42Évidemment qu'on voit...
04:45Mais justement, le montant du déficit qui se creuse d'année en année
04:48montre que cette méthode de juste transférer de la dépense
04:52n'est pas à la hauteur des enjeux.
04:54Il y a un rapport sénatorial qui montre
04:57qu'il y a entre 50 et 70 milliards de dépenses que l'on pourrait éviter.
05:03Donc on pense quand même que là, il y a un travail à faire.
05:06Si on harmonisait les prescriptions à partir de référentiels
05:10déterminés par les médecins, par les sachants eux-mêmes,
05:13on pourrait économiser 15 à 20 milliards d'euros par an.
05:17C'est ces sujets-là que nous, on souhaite mettre sur la table.
05:19Et je sais que vous aimeriez aussi qu'on regarde un peu du côté des fonds de pension américains.
05:24Oui.
05:25Expliquez-moi ça.
05:26Depuis une quinzaine d'années, on a des fonds de pension américains ou australiens aussi,
05:32on ne va pas être qu'américains, en tout cas de fonds de pension étrangers,
05:35des fonds spéculatifs qui investissent dans notre système de santé,
05:38sur la biologie, sur l'imagerie et la radiologie,
05:43sur les cliniques, sur les centres de santé,
05:45et qui captent de la valeur au détriment de l'intérêt général,
05:48sur la qualité des soins, sur la démultiplication d'actes inutiles.
05:54Est-ce que nos cotisations sociales sont là pour aller renflouer
05:57des fonds de pension étrangers spéculatifs ?
06:00Je ne le crois pas.
06:02Et là aussi, les parlementaires se sont saisis de ce sujet-là.
06:05Il y a un très bon rapport sénatorial 2024.
06:08Il faudrait encadrer ces excès,
06:11parce que ce n'est pas pour cela qu'on paye notre sécurité sociale.
06:15Éric Chenu, président de la Mutualité française.
06:18Vous étiez l'invité du 5-7 en direct dans ce studio.
06:21Merci beaucoup, bonne journée.
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