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Le tournant date de 1997. Cette année-là, la sortie en salle de trois films – Sept ans au Tibet de Jean-Jacques Annaud, Kundun de Martin Scorsese et Red Corner de Jon Avnet – suscite la réprobation du gouvernement chinois. Pékin dénonce la mauvaise image de la Chine véhiculée par ces productions, place les studios concernés sur une liste noire et menace d'exclure de son gigantesque marché les films qui ne lui conviendraient pas. À Hollywood, le message est reçu cinq sur cinq… En quelques années, l'usine à rêve se met au pas de la censure chinoise : finis certains sujets sensibles tels que le Tibet, le Dalaï-Lama ou Taïwan ; finis les thrillers avec de méchants Chinois ; finis les personnages LGBTQIA+… Les scénarios sont caviardés, les scènes coupées, principalement dans les versions chinoises, comme pour Iron Man 3 (2013), mais aussi parfois dans la version originale, à l’instar de Looper (2012). L'usine à rêves ne fait pas que s'autocensurer : elle laisse aussi tomber l'une de ses plus grandes stars, Richard Gere, parce que son engagement pour les droits humains et pour un Tibet libre déplaisait à Pékin… En 2020, l’association Pen America, qui lutte pour défendre la liberté d’expression aux États-Unis, a publié un rapport très complet sur la manière dont la censure chinoise a influencé la réalisation et la distribution de plusieurs films américains. Son auteur, James Tagger, témoigne dans ce documentaire aux côtés de plusieurs acteurs de l'industrie du cinéma – le journaliste spécialisé Erich Schwartzel, le producteur Chris Fenton, le scénariste Jeremy Passmore…

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00:10Hollywood, c'est bien connu et fidèle à ses héros.
00:15Quiconque a figuré jeune en haut de l'affiche a toutes les chances d'obtenir des rôles honorables dans des
00:20blockbusters ou des séries jusqu'à un âge avancé.
00:23Du moins, s'il s'agit d'un homme.
00:31Il y a pourtant au moins une exception à la règle, et pas des moindres, Richard Gire.
00:37On l'a connu en Officier et Gentleman ou en American Gigolo, avant qu'il ne forme le couple de
00:43cinéma le plus glamour des années 1990 avec Julia Roberts dans Pretty Woman.
00:57Mais voilà une vingtaine d'années qu'il n'a pas tourné dans une grosse production, restant cantonné aux films
01:02indépendants ou aux séries étrangères.
01:05Et à en croire les spécialistes de Hollywood, tout ça, c'est la faute de la Chine.
01:14C'est un fait. Il a longtemps été un acteur de premier plan à Hollywood, jusqu'à ce que les
01:24autorités chinoises déclarent expressément
01:27« Si vous travaillez avec lui, attention, il y aura des représailles. »
01:37Richard Gire lui-même estime que ça a grandement contribué à l'éloigner des rôles importants.
01:46Comment est-ce possible ?
01:48La Chine est une dictature qui bafoue les droits de l'homme, réprime les voix dissidentes, emprisonne ses opposants
01:55et interne dans des camps les membres de minorités ethniques, comme les Ouïghours.
02:00Un tel régime est-il vraiment en mesure d'empêcher les puissants studios de Hollywood de faire tourner l'une
02:05de leurs stars préférées ?
02:08Oui.
02:09Oui.
02:11Oui.
02:12Oui.
02:14Eh bien oui.
02:15Oui.
02:17On ne critique pas la Chine impunément.
02:21C'est un censeur gouvernemental qui regarde par-dessus votre épaule pour s'assurer que vos scénarios donnent une bonne
02:28image d'un État totalitaire.
02:48Longtemps, les relations entre Pékin et Hollywood ont été quasi inexistantes.
02:53Entre les années 1950 et 1980, le seul film américain qui sort dans les salles chinoises est le sel de
03:00la terre.
03:00Un drame social relatant le combat d'ouvriers en grève face à une compagnie minière aux méthodes inhumaines.
03:11Le film va dans le sens de la propagande officielle chinoise anticapitaliste.
03:16Sorti en plein macartisme, il est d'ailleurs placé sur liste noire aux États-Unis pour soupçon d'affinités communistes.
03:27À cette exception près, les deux pays s'ignorent cordialement en matière cinématographique.
03:37Dans le sillage de la révolution communiste, les films hollywoodiens ne cadraient pas avec l'idée que se faisait Mao
03:44Tse-tung de ce que son peuple devait prendre en exemple.
03:48Pendant plusieurs décennies, le marché chinois est resté comme la face cachée de la Lune.
03:53Hollywood n'y exportait aucun film.
03:59En 1986, huit ans après sa sortie mondiale, le Superman incarné par Christopher Reeve prend son envol sur les écrans
04:07chinois.
04:11Au bout d'un mois seulement, le film est retiré de l'affiche.
04:15Les autorités le décrivent comme une drogue que s'administre la classe capitaliste pour oublier ses vrais problèmes.
04:26Il faut attendre le début des années 1990 pour que les distributeurs chinois puissent importer régulièrement des longs métrages américains,
04:34en guise de récompense, lorsqu'ils respectent le quota de films de propagande.
04:39C'est ainsi que le fugitif débarque dans les salles chinoises.
04:45Le fugitif est le docteur Richard Kimball.
04:51S'il passe la censure, c'est sans doute parce que le personnage joué par Harrison Ford
04:56est traqué par un groupe pharmaceutique criminel et victime d'une justice américaine arbitraire.
05:02Il reste que la Chine devient à cette époque un vrai marché pour Hollywood, quoique modeste.
05:08Mais dès 1997, les relations se tendent.
05:12Cette année-là, les studios américains sortent coup sur coup trois films sur des sujets extrêmement sensibles.
05:26Deux de ces films sont très proches.
05:29Et ils sont d'ailleurs tous deux l'œuvre de Majors américaine.
05:32Sept ans au Tibet, produit par Sony,
05:36et Kundun de Disney.
05:38Le premier raconte la jeunesse du Dalai Lama.
05:45Et c'est aussi le thème du second.
05:52Kundun met également en scène l'invasion du Tibet indépendant par les troupes chinoises.
05:57La robe bordeaux des moines bouddhistes doit céder devant le drapeau rouge de la révolution communiste.
06:02Mais à Pékin, la lecture des événements est tout autre.
06:12La Chine estime avoir libéré le Tibet dans les années 1950.
06:15C'est ce que prétend sa propagande.
06:18Et le régime intervient d'une main de fer dans cette région, qui n'a d'autonome que le nom.
06:24L'espace public est surveillé, les monastères sont contrôlés,
06:27les enfants tibétains doivent apprendre le chinois,
06:29et l'école leur enseigne très peu de choses sur la langue, la culture ou la religion tibétaine.
06:36C'est dans ce contexte que sort le troisième film, produit par l'AMGM.
06:43Red Corner, avec Richard Gere, déjà engagé à l'époque en faveur du Tibet.
06:52Il s'agit d'une sorte de drame judiciaire.
06:55Il met en lumière la corruption au sein de la justice chinoise,
06:58qui n'en sort pas vraiment grandi.
07:02C'est un festival d'horreur à la chinoise de deux heures.
07:12Là encore, ce n'est pas le genre d'histoire que les autorités de Pékin voulaient voir circuler dans le
07:17monde.
07:18Même en l'absence de sorties en Chine,
07:21elles savaient que ces films influenceraient l'image du pays auprès des publics étrangers.
07:29L'administration d'État de la radio, du cinéma et de la télévision réagit officiellement.
07:35Les trois studios hollywoodiens se voient notifier par courrier leur inscription sur liste noire
07:39en raison de ces films, qui, ouvrez les guillemets,
07:43s'en prennent à la Chine avec l'intention de lui nuire.
07:54Les autorités chinoises ont décrété que non seulement ces films ne seront pas distribués en Chine,
07:59mais qu'on punirait les studios les ayant produits, ainsi que toutes les personnes impliquées.
08:08Le message était clair.
08:10C'était un avertissement pour Hollywood.
08:14Si vous travaillez sur un film qui déplait au pouvoir chinois,
08:20il ne suffira pas de dire « mais le film suivant n'a rien à voir, passons l'éponge ».
08:24Une sanction collective sera appliquée à tous les participants.
08:29Sony est une multinationale qui entretient des liens étroits avec le tissu économique chinois
08:35pour ses activités de production et ses achats de matières premières.
08:39Sa branche, électronique grand public, se trouve soudain menacée.
08:44Quant au groupe Disney, il est engagé dans des négociations de longue haleine
08:48en vue d'ouvrir un parc d'attractions à Shanghai.
08:51C'est un projet de grande envergure qui est remis en question.
08:56Le PDG de Disney s'est rendu en Chine pour s'excuser d'avoir coproduit l'un des films en
09:00cause.
09:03En revanche, l'un des participants n'a aucune intention de faire profil bas.
09:08Richard Gere,
09:10à l'époque, Richard Gere critique ouvertement le régime chinois
09:14et ne cache pas son soutien au Dalaï Lama.
09:18La dynamique qui se met en place devient donc presque comique.
09:23Le studio qui a sorti Red Corner rétro-pédale
09:26dans l'espoir de limiter les mesures de rétorsion du régime chinois.
09:32Mais au même moment,
09:34Richard Gere donne une série de conférences de presse
09:37où il n'hésite pas à mettre de l'huile sur le feu.
09:41Il affirme que c'est un film courageux,
09:43que la Chine veut censurer
09:45et qui révèle au grand jour un système dont beaucoup d'Américains ignorent tout.
09:53Aucun de ces trois longs métrages ne sera un succès au box-office.
09:56Il faut préciser que les studios n'investiront pas dans leur promotion
10:00échaudés par la réaction de Pékin.
10:02À la fin de Red Corner,
10:04le personnage de Richard Gere se retrouve seul dans la rue,
10:07au milieu des passants indifférents.
10:09Une scène lourde de sens, malgré elle.
10:13Red Corner est le grain de sable qui fait dérailler la carrière de Richard Gere.
10:25Dans les années qui suivent,
10:27le marché chinois du cinéma connaît un essor fulgurant.
10:31Un nombre croissant d'agents et d'intermédiaires
10:33font la navette entre Hollywood et Pékin.
10:37Mais les relations restent compliquées.
10:44Prenons Titanic.
10:46Énorme succès mondial de la fin des années 1990.
10:50Leonardo DiCaprio y incarne un artiste d'origine modeste,
10:54tandis que Kate Winslet joue le rôle d'une jeune femme de la haute société.
11:00L'intrigue prend clairement position contre la classe bourgeoise.
11:03Mais le film ne sera distribué en Chine
11:05qu'après suppression d'un plan montrant l'actrice principale seint nue.
11:18Les studios peinent souvent à comprendre la logique de la censure chinoise.
11:23Le film pour enfants, Babe, le cochon dans la ville,
11:25est ainsi recalé par ce qu'il met en scène des animaux qui parlent.
11:36Si le principe est autorisé dans les dessins animés,
11:39il ne l'est pas dans les œuvres d'apparence réalistes.
11:44Les histoires de fantômes posent également problème.
11:48Warner Brothers passe de longues années
11:50à tenter d'exporter en Chine l'adaptation du roman de Stephen King,
11:54ça.
11:58La première fois que le film a été retoqué,
12:02la Warner a supposé que c'était en raison de sa violence.
12:09Ils ont coupé quelques scènes gores
12:12et envoyé une deuxième mouture.
12:15Elle a également été refusée.
12:18Alors ils se sont dit que c'était peut-être parce que le personnage du clown tueur était une sorte
12:23d'esprit,
12:23un être paranormal.
12:25Par conséquent, le film enfreignait la règle interdisant les fantômes.
12:30Ils ont présenté une troisième version,
12:33précédée d'un carton qui expliquait que le clown tueur était en réalité un extraterrestre,
12:38en espérant rendre de cette façon le sujet plus acceptable.
12:42Mais le film n'a quand même pas été accepté.
12:44Ça montre l'absurdité du processus.
12:47Le petit jeu des devinettes
12:49et les concessions auxquelles est prête la direction des studios
12:51concernant les films aux gros enjeux financiers.
12:58Si la Chine ne communique aucune liste officielle
13:01de thèmes ou d'éléments de récits interdits ou indésirables,
13:04certains sont bien connus.
13:10Il y a ce qu'on appelle les trois T,
13:12Tibet, Taïwan et Tiananmen.
13:14L'île démocratique de Taïwan est considérée par le pouvoir central
13:18comme un territoire chinois.
13:20Elle est régulièrement qualifiée de province dissidente.
13:24Et la réunification, comme l'appelle la propagande,
13:27est l'objectif déclaré de Xi Jinping.
13:31Tiananmen est le nom de la porte de la paix céleste à Pékin.
13:35C'est là qu'en 1989, le régime a réprimé dans le sang
13:38des manifestations étudiantes qui réclamaient la démocratie et l'état de droit.
13:51Il s'agit d'un épisode hypersensible.
13:54On ne parle pas du 4 juin 1989.
13:56La date même est censurée sur les réseaux sociaux,
13:59y compris quand on essaie de contourner le problème de façon inventive
14:03en écrivant 35 mai à la place de 4 juin.
14:07« Dans mon travail quotidien de journaliste ici,
14:12je me rends compte que tous les sujets peuvent devenir sensibles aux yeux du gouvernement. »
14:20Autre ressort narratif inacceptable en Chine,
14:23un criminel qui reste impuni.
14:26Ainsi, Fight Club se termine normalement sur l'explosion d'une série de gratte-ciels.
14:30A la place, les spectateurs chinois découvrent un texte qui leur raconte une nouvelle fin.
14:36La police a la situation en main, les bombes ont été découvertes à temps
14:40et l'anti-héros du film a été placé en asile psychiatrique.
14:49« Par déduction, ce qui revient toujours dans les critiques adressées aux films étrangers,
14:54c'est qu'ils ne doivent surtout pas exercer une influence délétère.
14:59Il faut préserver la santé mentale de la jeunesse.
15:03Le parti communiste se pose ainsi en protecteur.
15:08C'est comme un marché entre le parti et la population.
15:12Ne vous mêlez pas de politique,
15:14laissez-nous faire, on s'occupe de tout. »
15:33Le parti communiste
15:34Dans la série des « Men in Black »,
15:36l'un des accessoires essentiels utilisés par les agents
15:40quand un civil a aperçu un extraterrestre
15:43est un petit objet de la taille d'un stylo
15:46qui leur permet d'effacer ce souvenir de la mémoire d'un témoin.
15:50Le censeur chinois a admis le film
15:52à la condition que ce gadget soit supprimé.
15:57Quand on y réfléchit deux secondes,
15:59il est vrai que pour un régime comme celui de la Chine populaire,
16:02un tel outil présente un peu trop de ressemblances avec la réalité.
16:08Il ne faudrait pas que le public s'imagine
16:10qu'on pourrait supprimer certains de ses souvenirs.
16:18Les voyages dans le temps sont une autre pierre d'achoppement.
16:22« Pékin aimerait bien dicter l'avenir
16:26et maîtriser ce récit prospectif vis-à-vis du reste du monde.
16:30Le régime veut aussi contrôler ce qui se dit de son passé
16:34pour que le reste de la planète
16:35assimile une version flatteuse de l'histoire chinoise.
16:40Les films et autres histoires de voyages dans le temps
16:43venant de l'Occident sont donc interdits en Chine.
16:55Ici, l'homosexualité a été dépénalisée en 1997.
17:00Mais sous l'ère de Xi Jinping,
17:02on constate un retour de la répression
17:04à l'encontre des personnes LGBT+.
17:08En 2023, par exemple,
17:10on a vu fermer un important centre à Pékin
17:12qui militait pour les droits des LGBT
17:14et leur offrait un soutien.
17:18Certains services de rencontres gays
17:19sont retirés des boutiques d'application, par exemple.
17:23Et on voit monter un discours selon lequel
17:26il ne faudrait surtout pas perturber
17:27l'ordre public ou la morale.
17:30Les rôles et les représentations de genre
17:32restent très traditionnels.
17:35Les spectateurs chinois n'apprendront donc jamais
17:38que le magicien Dumbledore aime les hommes.
17:52C'est deux petites répliques.
17:56Le studio a admis les avoir coupées
17:58et a déclaré.
17:59Il le fallait pour respecter les lois locales.
18:01Mais ça ne change rien à l'intrigue.
18:04Ça pose quand même une question.
18:06Est-ce que cet élément de scénario
18:08a été réduit à deux répliques
18:09pour qu'il soit facile de le supprimer
18:12au moment d'exporter le film vers la Chine ?
18:16On en vient à se demander
18:17si les scénaristes ne reçoivent pas
18:19des instructions pour imaginer
18:21des scènes queer
18:22que l'on peut au choix
18:23supprimer ou conserver.
18:27Oui, on peut dire que ça ne change pas l'histoire.
18:31Mais on a enlevé un élément
18:33de l'identité des personnages
18:34qui aurait été important
18:35pour une partie des spectateurs.
18:38Ce que j'en retiens,
18:39c'est qu'on supprime ainsi
18:40la possibilité de proposer des modèles.
18:43Il ne faut surtout pas
18:44que de jeunes spectateurs
18:45puissent s'identifier à un tel personnage.
18:47Les autorités chinoises y tiennent beaucoup.
19:00Dans Alien Covenant de Ridley Scott,
19:03il a même fallu couper un baiser
19:04entre deux androïdes masculins.
19:06Des machines donc,
19:08incarnées toutes les deux
19:08par le même acteur,
19:10Michael Fassbender.
19:12Alors que de l'avis général,
19:14la scène témoigne surtout
19:15du narcissisme du personnage.
19:26La question de la représentation
19:28est importante pour moi.
19:30En tant que personne non-binaire,
19:33c'est un sujet auquel je laisse
19:35davantage de place
19:36dans les films que je produis.
19:38À l'adolescence,
19:40je n'avais aucune figure
19:41d'identification de près ou de loin.
19:44Dans le cinéma de Hong Kong,
19:46un personnage queer,
19:48camp ou gay
19:49finissait toujours mal.
19:54Soit c'était le méchant,
19:56soit il mourait
19:57avant la fin du film.
20:01Et c'est dévastateur
20:02pour le jeune public
20:03de ne pas se voir à l'écran.
20:07De ne pas se voir au cinéma.
20:11Quand on ne peut pas se voir
20:12dans un miroir,
20:14on a l'impression d'être un monstre.
20:16Surtout quand on est jeune et gay,
20:18lesbienne ou trans,
20:19dans une société et une culture
20:21qui rejettent ses identités.
20:26On finit par intérioriser l'idée
20:28qu'on n'est pas normal.
20:31La représentation dans la culture populaire
20:33peut littéralement être une question
20:34de vie ou de mort.
20:36Ce n'est pas une métaphore.
20:38Il suffit de regarder
20:39les taux de suicide
20:40chez les jeunes LGBTQ+.
21:02Pour Hollywood,
21:04l'autocensure n'est pas une inconnue.
21:05C'est au milieu des années 1930
21:07que les studios ont commencé
21:09à l'appliquer
21:09pour éviter la censure extérieure.
21:27Les milieux conservateurs
21:29en particulier s'inquiétaient.
21:33Le cinéma hollywoodien
21:34faisait la promotion des gangsters,
21:36des voyous et de l'oisiveté
21:38au lieu de transmettre aux enfants
21:40des valeurs respectables.
21:45Craignant la création
21:47d'une autorité de censure nationale,
21:49les studios de cinéma
21:50préfèrent prendre les devants
21:51et s'organiser.
21:53En 1922,
21:55ils choisissent à leur tête
21:56un poids lourd du parti républicain,
21:58Will Hayes.
22:00Le futur de la motion picture
22:03est de l'autocensure
22:05comme tout le temps.
22:06« Exercising an immeasurable influence on the ideas and the ideals, the customs and the costumes, the hopes and the
22:21ambitions of countless men, women and children. »
22:34« Le code Hayes constituait une forme d'autorégulation. C'était une idée de génie. Dans la plupart des grands
22:43pays, France, Allemagne, Japon ou Royaume-Uni, il y avait une commission de censure rattachée au gouvernement.
22:52Mais aux États-Unis, on n'a jamais choisi cette voie. On aurait pu, parce qu'une décision de la
22:59Cour suprême de 1915 a établi que le cinéma ne relevait pas du premier amendement de la Constitution,
23:05celui qui garantit la liberté d'expression pour la presse et les publications imprimées. Un amendement précieux.
23:12Mais en 1915, la Cour suprême a jugé qu'il ne s'appliquait pas au film. Le cinéma étant une
23:19activité commerciale, on peut le réglementer,
23:21tout comme on légifère sur la composition des produits à base de viande qui circulent d'un État à un
23:27autre. »
23:33Le code Hayes, établi avec l'appui du Vatican, a instauré des règles quasi-religieuses dans la production cinématographique.
23:42On ne pouvait pas montrer un couple marié qui dormait dans le même lit.
23:50En cas de scène d'accouchement, la mère devait endurer l'épreuve avec le sourire.
23:56Bien sûr, la violence, le sexe et les grossièretés étaient également exclues.
24:03Mais il y avait d'autres principes et lignes directrices, plutôt d'ordre moral, que Hollywood a dû respecter pendant
24:09plusieurs décennies.
24:14« Ça a très bien marché pendant environ 25 ans.
24:19Hollywood s'autorégulait pour éviter le risque d'une censure de Washington et les pressions des catholiques.
24:26Les studios pouvaient ainsi engranger des bénéfices non-stop en profitant de leur monopole. »
24:34Dans les années 1930, l'Allemagne nazie dépêche un envoyé spécial à Los Angeles,
24:39le diplomate Georg Gisling.
24:44« Il lisait la presse spécialisée et avait des informateurs dans les studios.
24:50Dès qu'il entendait parler d'un film en préparation à Hollywood qui évoquait son pays,
24:55Georg Gisling se manifestait pour s'assurer que l'œuvre ne risquait pas de donner une image défavorable de l
25:01'Allemagne nazie. »
25:04C'est précisément le code Hayes adopté par les studios qui permet à l'envoyé de Berlin de faire censurer
25:10les films à la source.
25:15« Le code de production prévoyait l'obligation de traiter avec respect les peuples, les traditions ou encore le drapeau
25:23des nations étrangères.
25:29Si Georg Gisling signalait qu'un film était anti-allemand ou anti-nazi,
25:35les studios se penchaient sur son cas.
25:38Et généralement, le projet était enterré. »
25:45Les nazis jouent sur deux tableaux.
25:47Ils influencent directement le contenu des longs-métrages produits à Hollywood
25:50et au besoin, ils obtiennent des versions modifiées des films pour le marché allemand.
25:55De sorte que pratiquement tous les cinémas du monde
25:58diffusent une image de l'Allemagne conforme à l'idéologie nazie.
26:08Il existe une expression chinoise pour illustrer cette stratégie.
26:12Emprunter le bateau d'un autre pour naviguer sur l'océan.
26:21De nos jours, le président Xi Jinping insiste ouvertement sur l'importance de ce type de propagande extérieure,
26:27exhortant les uns et les autres à être, ouvrez les guillemets, de bons narrateurs de la Chine.
26:37« Il ne faut pas qu'on puisse identifier clairement que l'ordre vient de Pékin.
26:41Il faut que ça passe par d'autres canaux, d'autres plateformes,
26:44qui diffuseront des contenus approuvés par les autorités chinoises. »
26:49« Il ne s'agit pas simplement d'amener les studios hollywoodiens à gommer ce qui peut déplaire à Pékin.
26:56Il faut les pousser à ajouter des éléments favorables ou flatteurs pour la Chine.
27:04« Et le but est qu'il donne une bonne image, non seulement du pays, mais aussi de son régime.
27:18»
27:23Retour à la fin des années 2000, quand tout à coup, le modèle économique des studios hollywoodiens vacille.
27:31« On ne se rend pas compte aujourd'hui, mais à l'époque, les DVD se vendaient très bien
27:36et assuraient des marges importantes.
27:41Même quand un film faisait un flop en salle,
27:44on pouvait le rentabiliser en commercialisant le DVD dans la grande distribution
27:49avec un bénéfice suffisant pour rattraper le tout. »
27:53« Mais la montée en puissance de la location à distance, puis l'explosion du streaming,
27:58vont assécher le marché de la vente de DVD en quelques années. »
28:03« On passe d'un monde où les gens font la queue pendant des heures pour acheter un DVD le
28:08jour de sa sortie
28:09à un monde où ce support ne vaut plus rien.
28:13C'est une source de revenus qui se tarie au moment même
28:16où le marché chinois se développe et devient un nouveau débouché.
28:20On comprend que les décideurs du cinéma aient rapidement changé leur fusil d'épaule
28:24et se soient mis à courtiser la Chine,
28:27non seulement par appât du gain,
28:29mais aussi pour compenser cette perte de recette. »
28:34« Dans ce temps, Richard Gere continue à œuvrer pour la cause tibétaine,
28:38ici dans les Simpsons, où il se double lui-même. »
28:43« L'acteur reste persona non grata sur les plateaux de tournage. »
28:52« Un directeur de casting d'un grand studio m'a confié
28:55« On ne m'a jamais expressément interdit de faire appel à Richard Gere,
28:59mais on savait que si on le choisissait pour un rôle secondaire
29:02dans un film d'action ou de super-héros,
29:05cette production pouvait ne pas sortir en Chine.
29:07Alors pourquoi prendre le risque ? »
29:12« Le problème, c'est que même si un film donné n'a pas vocation
29:15à être distribué en Chine,
29:17il peut empêcher d'autres productions d'accéder à ce marché.
29:23Or, aucun des projets où jour y chargire n'est visible dans ce pays
29:27en raison de ses prises de position sur le Tibet
29:29et sur les droits de l'homme.
29:43Et rien n'échappe à la vigilance des autorités de Pékin.
29:56Disney est connu pour être le studio des princesses
29:59et des super-héros Marvel,
30:01mais il possède aussi Searchlight Pictures,
30:04une filiale de la Fox,
30:05qui produit des films comme « Pauvre créature » sorti en 2023.
30:13Donc des œuvres d'art et essais,
30:15pas vraiment tout public.
30:20Mais comme l'entreprise fait partie du groupe Disney,
30:24si Searchlight décide de sortir un film
30:27qui déplaît aux autorités chinoises,
30:30c'est peut-être Disneyland Shanghai qui va en pâtir.
30:36Cet énorme parc d'attractions risque de se retrouver dans la tourmente
30:41parce qu'un film a 10 ou 15 millions de dollars
30:43à contrarier quelqu'un d'influent à Pékin.
31:03L'aube rouge, dans sa première version,
31:06est un film de 1984,
31:08un pur produit des années Reagan
31:10qui raconte l'invasion des États-Unis par l'URSS.
31:13De jeunes Américains vont s'y opposer
31:16par des actions de sabotage et de guérilla.
31:27Dans les années 2010,
31:29le studio MGM décide d'en produire un remake.
31:32Problème, entre-temps, l'Union soviétique a disparu.
31:41Mon supérieur a organisé une réunion par téléphone
31:44avec les producteurs.
31:45J'ai tout de suite demandé
31:47« Qui est le méchant ? »
31:51La réponse n'était pas évidente
31:52parce que l'Union soviétique n'existait plus.
31:55Elle s'était effondrée.
31:58L'un des producteurs a répondu
32:00« On pense à la Chine. »
32:02Je me suis dit « Bon, d'accord. »
32:07Comme son modèle,
32:08le remake commence par une invasion de parachutistes.
32:11Encore plus impressionnante
32:12grâce aux effets spéciaux numériques.
32:31J'avais envie d'écrire un film spéculatif
32:35en me demandant
32:36« Et si une telle chose nous arrivait à nous ? »
32:40Ce qui m'intéressait, c'était ce sentiment-là.
32:42L'identité de l'envahisseur
32:44ou ses motivations m'importaient moins.
32:46La justification était de toute façon
32:48un peu ridicule dans le premier film.
32:51Ça ne me préoccupait pas trop au départ.
32:58Doté d'un budget de 65 millions de dollars,
33:00le film comporte quelques scènes d'action spectaculaires.
33:12Le film était bouclé
33:13avec la Chine en ennemi.
33:16Quand soudain...
33:18Quand les autorités chinoises
33:20ont eu vent de l'intrigue,
33:22elles ont fait savoir dans les médias officiels
33:24que si le film sortait en l'état,
33:27ça allait poser un vrai problème
33:28entre les deux pays.
33:33En plus du reste,
33:34la MGM,
33:35qui avait produit le film,
33:37a entamé une procédure de faillite
33:39et a commencé à chercher un repreneur.
33:47Or, les candidats au rachat
33:48n'avaient qu'une crainte,
33:50que Pékin les empêche
33:52d'exporter d'autres œuvres en Chine
33:53s'ils commercialisaient le film
33:55tel quel aux États-Unis.
34:02En imaginant le pire,
34:04si un studio sortait l'Aubrouge,
34:07même en se limitant au territoire américain,
34:09il risquait ensuite
34:10de ne pas pouvoir distribuer
34:12un James Bond sur le marché chinois.
34:17Ça a eu des répercussions
34:18jusqu'à mon niveau,
34:20puisqu'il a fallu trouver
34:21comment réécrire le méchant
34:22pour que ce ne soit plus la Chine.
34:25c'est devenu la Corée du Nord,
34:28ce qui est assez ridicule.
34:35Ils ont confié le produit fini
34:37à une société de post-production californienne.
34:42Pour un million de dollars,
34:44cette histoire d'invasion
34:45des États-Unis par la Chine
34:47est devenue une histoire
34:48d'invasion des États-Unis
34:50par la Corée du Nord.
34:58Le moindre drapeau,
34:59le moindre insigne,
35:01la moindre évocation de la Chine
35:03a été modifiée
35:04en référence à la Corée du Nord.
35:15Le plus bizarre dans tout ça,
35:17c'est que le passage
35:18de l'un à l'autre
35:19s'est fait très facilement.
35:23On en arrive à faire
35:24de l'autocensure par anticipation.
35:27Quand l'aube rouge a été écrite
35:28et au moment du tournage,
35:30personne n'y avait vu
35:31un problème potentiel.
35:33Les producteurs étaient contents,
35:34d'autant que le film
35:35semblait réaliste
35:36compte tenu
35:37de la situation géopolitique.
35:38Une invasion chinoise
35:40semblait plausible.
35:41Donc, le projet a continué
35:43jusqu'à ce que la Chine
35:44découvre son existence.
35:46Et là,
35:47il a fallu tout réadapter
35:49à la Corée du Nord.
35:52Après l'aube rouge,
35:54plus question de faire de la Chine
35:56le méchant dans une grosse production.
35:58Plus personne ne voulait revivre
36:00cet épisode.
36:01Et Hollywood s'est mis des œillères.
36:19Désormais,
36:20pour éviter de nouveaux incidents ruineux,
36:22les équipes des studios
36:23communiquent souvent en amont
36:24avec les senseurs chinois.
36:26C'est parfois une vraie collaboration
36:28qui s'instaure,
36:29comme pour le film de science-fiction
36:31loupeur.
36:40C'était un projet de film
36:44vraiment intéressant,
36:45avec Bruce Willis en star
36:46et Joseph Gordon-Levitt à ses côtés.
36:50Dans le scénario de départ,
36:52de jeunes malfrats
36:52comme le personnage
36:53de Joseph Gordon-Levitt
36:55prévoyaient de prendre
36:56leur retraite en France
36:5740 ans plus tard.
37:04En cours de route,
37:05on s'est dit que ce monde utopique
37:07où tout le monde voulait s'installer
37:09dans le futur
37:10pourrait aussi bien être la Chine.
37:12On a présenté l'idée
37:13aux autorités chinoises
37:14et elles ont adoré.
37:18Dans le film,
37:20un personnage dit au protagoniste
37:21« Je viens du futur,
37:23va plutôt en Chine ».
37:24Il n'y a pas plus clair.
37:34« Je viens du futur,
37:36tu devrais aller en Chine ».
37:38Ça a plu au public.
37:40C'est une réplique amusante
37:41et qui s'insère bien
37:42dans l'intrigue.
37:45Si le personnage
37:46était parti s'installer
37:47à Paris
37:47plutôt qu'à Shanghai,
37:49ça n'aurait rien changé
37:50à la qualité du film.
37:52Le souci,
37:53c'est que la personne
37:55qui décide
37:55qu'une production
37:56peut ou non sortir en Chine
37:57est un haut fonctionnaire
37:58gouvernemental.
38:01Plus précisément,
38:02un représentant
38:03du parti communiste chinois
38:04qui doit veiller
38:06à ce que son organisation
38:07apparaisse
38:07sous un jour favorable.
38:09La propagande
38:10fait partie de son travail.
38:13Il doit faire en sorte
38:14que les fictions
38:14distribuées en Chine
38:15reflètent
38:16une certaine idéologie.
38:19Et c'est comme ça
38:20qu'on en vient
38:21à insérer
38:21des éléments politiques
38:22à mesure que le projet avance.
38:26Ces ajouts
38:27ne viennent pas
38:28de n'importe où,
38:28mais d'un pays immense
38:30et d'un régime autoritaire
38:31aux multiples ramifications.
38:33C'est ça
38:34le cœur du problème.
38:49En Chine,
38:51le marché du 7e art
38:52poursuit son expansion
38:53et Hollywood se montre
38:55aux petits soins
38:55pour ce client prometteur.
38:57Au point d'ajouter
38:58à la demande
38:59des personnages
39:00dans ces blockbusters.
39:07Iron Man 3
39:08dans la copie
39:09d'Iron Man 3
39:10distribuée en Chine,
39:12il y a un passage curieux
39:13où des médecins chinois
39:14tombés du ciel
39:15sauvent la vie
39:16du héros.
39:18Cette scène
39:19n'existe que
39:20dans la version chinoise
39:21et elle arrive
39:22comme un cheveu
39:22sur la soupe.
39:24Même les spectateurs
39:25sur place
39:25se sont interrogés
39:26d'où sortent
39:28ces acteurs chinois
39:28très connus ?
39:29Pourquoi on ne les revoit
39:30pas dans le film ?
39:34Il faut savoir
39:34que des responsables
39:35politiques
39:36avaient été invités
39:37à assister au tournage.
39:42L'ironie de l'histoire,
39:44c'est qu'on parle là
39:45de grands blockbusters épiques
39:46qui racontent
39:47le triomphe du bien
39:48sur le mal.
39:49Et c'est justement
39:50pour ces films
39:51que les studios
39:52doivent veiller
39:52à surtout ne pas déplaire
39:54aux représentants de Pékin.
40:17pour Transformers,
40:18l'âge de l'extinction,
40:20le studio s'est plié en quatre.
40:23Il a embauché
40:23des acteurs chinois
40:25situé un tiers
40:26de l'action en Chine
40:27et inséré
40:28des placements
40:29de produits chinois,
40:30notamment des protéines
40:31en poudre.
40:46Tout a été fait
40:48pour appuyer l'idée
40:48d'une coproduction
40:49sino-américaine.
40:52Transformers est à ma connaissance
40:54la plus grosse production
40:55hollywoodienne
40:56qui s'est tournée
40:57à Hong Kong.
40:59Je faisais partie
41:00des assistants
41:01à la réalisation.
41:03On a utilisé
41:04un nombre de décors
41:05incroyables.
41:10À l'époque,
41:13Hollywood s'intéressait
41:14beaucoup à la Chine.
41:18Pour un blockbuster
41:19comme ça,
41:20il fallait tenir compte
41:21de ce pays
41:22au marché gigantesque.
41:26Bon,
41:27en revanche,
41:28ils ne risquaient pas
41:29de gagner l'Oscar
41:30du meilleur scénario.
41:43L'intrigue
41:45héroïse complètement
41:46l'image de Pékin.
41:48L'armée populaire
41:50de libération,
41:51les forces chinoises
41:52sont mobilisées
41:53pour protéger Hong Kong
41:54d'une terrible invasion
41:55extraterrestre,
41:56une menace venue d'ailleurs.
41:58contre le film est sorti
42:00en pleine vague
42:01de manifestations
42:01pro-démocratiques.
42:08À cette époque,
42:09la jeunesse
42:10de la région administrative
42:11de Hong Kong
42:12se soulève.
42:13La révolution
42:14des parapluies
42:15réclame la démocratie,
42:17des élections libres
42:18et l'indépendance
42:19vis-à-vis de Pékin.
42:24On voit bien
42:28combien ça arrange Pékin
42:30que cette histoire
42:31soit racontée
42:32de cette manière
42:33dans un film
42:34à grand spectacle.
42:38C'est l'armée chinoise,
42:39héroïque et dévouée,
42:42qui sauve Hong Kong
42:42d'une menace venue d'ailleurs,
42:44funeste
42:45et malveillante.
42:49au même moment,
42:51le gouvernement
42:52affirme
42:52que les manifestations
42:53à Hong Kong
42:54sont orchestrées
42:55par des pays étrangers
42:56et prétend
42:57que les Hongkongais
42:58n'aspirent pas réellement
42:59à la démocratie,
43:01qu'ils ne savent
43:02d'ailleurs pas
43:03ce qu'ils veulent.
43:05Ce sont les Américains
43:07et les Européens,
43:08des puissances étrangères,
43:10qui œuvreraient
43:11dans l'ombre
43:11pour monter les Chinois
43:12les uns
43:13contre les autres.
43:15Dans ce cas précis,
43:16un grand studio
43:17hollywoodien
43:18a produit un récit
43:19entièrement
43:19au service
43:20des intérêts
43:21de Pékin.
43:23Cet épisode
43:24nous montre bien
43:24comment les autorités
43:25chinoises infiltrent
43:26le fonctionnement
43:27des studios
43:28et usent
43:29avec une grande habileté
43:30de leur influence.
43:32Le résultat,
43:33c'est que Hollywood
43:33finit par présenter
43:34la version des faits
43:35qui correspond
43:36à ce que désire Pékin.
43:45Peu de voix critiques
43:46ont rejoint
43:47celle de Richard Gere.
43:49La plupart des stars
43:50acceptent
43:50cette nouvelle donne.
43:56John Cena
43:58est un acteur
43:59bien connu
44:00qui incarne
44:01le patriotisme
44:03américain.
44:04En tournée
44:05de promotion
44:06pour l'un des opus
44:07de la franchise
44:07Fast and Furious,
44:09il a mentionné
44:10incidemment
44:10que Taïwan
44:11était le premier
44:12pays à sortir
44:13le film.
44:17Les commentateurs
44:18chinois ont relevé,
44:19il a dit que Taïwan
44:21était un pays,
44:22c'est contraire
44:22à notre doctrine.
44:24Et John Cena
44:24a dû présenter
44:25ses excuses en chinois.
44:27Il a enregistré
44:28une vidéo
44:28pour dire
44:28qu'il était navré
44:29d'avoir heurté
44:30les chinois.
44:46C'est un acteur
44:47dont l'image
44:48est très imprégnée
44:49d'un patriotisme
44:49américain
44:50va-t'en guerre.
44:52Et le voilà
44:53qui se donne
44:53énormément de mal
44:54pour sauver
44:55le succès
44:55de son film
44:55en Chine
44:59et qui va
44:59jusqu'à sacrifier
45:00une démocratie
45:01au passage.
45:11Bien sûr,
45:13on peut dire
45:13qu'il s'agissait
45:14de réparer
45:14l'offense
45:15faite au peuple chinois
45:16et non de calmer
45:17son gouvernement.
45:20mais qui a le contrôle
45:21là-dessus ?
45:23Qui décide
45:24que c'est une insulte
45:24pour les chinois
45:25de dire que Taïwan
45:26est un pays ?
45:29C'est avant tout
45:30le pouvoir chinois
45:30qui diffuse ce discours.
45:35récapitulons.
45:36Pour conserver
45:37un débouché lucratif,
45:39les studios américains
45:40adaptent préventivement
45:42leur scénario,
45:43évitent les sujets
45:44qui fâchent,
45:45invisibilisent
45:46les minorités
45:47queers
45:47et sortent
45:48parfois
45:48de leur chapeau
45:49des personnages
45:50supplémentaires.
45:52Un méchant
45:53ne doit jamais
45:53être chinois
45:54et l'on peut
45:55toujours compter
45:55sur l'armée populaire
45:56de libération
45:57pour sauver
45:58la situation.
46:04Quelle est la prochaine étape ?
46:06Remettre les clés
46:07de Hollywood
46:07aux dirigeants
46:08communistes à Pékin ?
46:10Confier l'écriture
46:11des scénarios
46:12au secrétaire du parti ?
46:19Nous n'en sommes pas
46:20encore là.
46:27Les pratiques d'Hollywood
46:29se retrouvent sur la sellette
46:31dans les médias américains.
46:32Puis c'est la politique
46:33qui s'en mêle.
46:36En 2016,
46:38le sénateur
46:39ultraconservateur
46:40Ted Cruz
46:40présente un projet
46:41de loi lunaire
46:42destiné à interdire
46:43aux producteurs
46:44de cinéma
46:45de censurer
46:45leurs films
46:46pour plaire
46:46à Pékin.
46:49Là-dessus
46:50arrive la pandémie
46:51de Covid.
46:52Les salles de cinéma
46:54ferment leurs portes
46:54en Chine.
46:56À la réouverture,
46:57les films américains
46:58n'ont plus la cote.
47:04À une époque,
47:05le box-office
47:06annuel chinois
47:07représentait
47:0810 milliards de dollars
47:09dont Hollywood
47:10raflait au moins
47:10la moitié.
47:11et puis il y a eu
47:13le Covid
47:13et les relations géopolitiques
47:15entre les États-Unis
47:16et la Chine
47:17se sont détériorées.
47:19En 2019,
47:20le dernier film Avengers,
47:22produit par Marvel
47:23et Disney,
47:24avait rapporté
47:25plus de 700 millions
47:26de dollars en Chine.
47:28Maintenant,
47:29les sorties peinent
47:30à atteindre
47:30ne seraient-ce que
47:3110, 20 ou 30 millions
47:33de dollars de recettes.
47:35Celles qui atteignent
47:36les 100 millions
47:37sont rares.
47:41Avant,
47:41les réunions de décision
47:43dans les studios
47:43se passaient comme ça.
47:45On va faire ce film
47:47pour 250 millions
47:48de dollars.
47:49Il devrait rapporter
47:50tant aux États-Unis,
47:52tant à l'étranger
47:53et tant en Chine.
47:55La Chine était
47:56un marché assez vaste
47:57pour être comptabilisé
47:59à part.
48:00Aujourd'hui,
48:00je connais au moins
48:01un studio
48:01qui écrit zéro
48:02dans la colonne Chine
48:04parce que les recettes
48:05sont devenues
48:06trop incertaines.
48:08La Chine représentait
48:10une source de revenus
48:11facile à maîtriser.
48:13Mais aujourd'hui,
48:15cette poule aux œufs d'or
48:15a disparu.
48:28Je pense que ça tient
48:30à la qualité
48:30de la production chinoise
48:31qui a rattrapé son retard
48:33et s'est nettement améliorée.
48:34Si on préférait
48:35les films étrangers avant,
48:37c'est parce qu'ils étaient
48:38meilleurs.
48:38Ce n'est plus le cas
48:39aujourd'hui.
48:42Actuellement,
48:43les films qui marchent
48:44en Chine sont souvent
48:46des productions nationales.
48:48Les Chinois savent
48:50maintenant réaliser
48:51des blockbusters
48:51plutôt bien faits.
48:56Avec des budgets
48:57de plus en plus élevés
48:58et leurs propres stars.
49:01Chaque fois qu'on essayait
49:02d'exporter un film en Chine,
49:03il fallait en échange
49:05former et parrainer
49:06des techniciens.
49:08Montrer aux Chinois
49:09comment on travaille
49:10à Hollywood,
49:11comment on développe
49:12un scénario,
49:13comment on filme
49:14ou comment on aménage
49:15un plateau.
49:19Ils ont bien appris
49:21et dix ans plus tard,
49:23leurs productions
49:23sont au même niveau
49:24que les nôtres.
49:26En plus,
49:27ils tournent des histoires
49:28qui sont pertinentes
49:29pour leur public.
49:34Donc,
49:34si les spectateurs
49:35ont le choix,
49:36ils vont plutôt
49:37se tourner vers un film
49:38à gros budget chinois
49:39qui leur parle,
49:39comme The Wandering Earth
49:41ou Wolf Warrior
49:43plutôt que vers
49:44un blockbuster
49:45hollywoodien.
49:56Effet collatéral,
49:58Richard Gere
49:58semble sorti
49:59du purgatoire.
50:00En 2024,
50:01il est annoncé
50:02dans l'un des rôles
50:03principaux
50:03de The Agency,
50:05une série phare
50:06de la Paramount.
50:12Faut-il en conclure
50:13que Hollywood
50:14n'est désormais
50:15plus tributaire
50:15des exigences
50:16du pouvoir chinois ?
50:27Même si les cinq
50:28grands studios
50:29décident aujourd'hui
50:30de produire des projets
50:31qu'ils n'auraient pas
50:32lancés auparavant
50:33par crainte
50:34de la censure chinoise,
50:36ils font tous partie
50:37de multinationales
50:38géantes qui peuvent
50:40leur réclamer
50:40des comptes.
50:46Si les gens d'Universal
50:48sortaient ce genre
50:48de films,
50:50ils devraient expliquer
50:51à la maison-mère
50:52Comcast
50:52pourquoi ils lui causent
50:54des problèmes
50:54avec le gouvernement
50:55chinois.
50:58Ou Sony.
50:59Leurs films ne marchent
51:00peut-être pas en Chine
51:01actuellement,
51:02mais leurs jeux
51:03PlayStation s'y vendent
51:04très bien.
51:06Il ne s'agit donc pas
51:07de mettre en péril
51:08leurs autres activités
51:09à cause d'un film
51:10qui déplairait à Pékin.
51:16La moitié du problème,
51:17c'est la censure chinoise.
51:19L'autre moitié,
51:20c'est le modèle
51:21capitaliste américain.
51:22C'est le modèle
51:22à mail-beb мной.
51:25C'est le modèle
51:33Il y a
51:33un anglais.
51:42Vous avez
51:42l'amle
51:42et on
51:45Il y a
51:45la
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