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En 1979, le deuxième choc pétrolier affecte les économies mondiales. Tout en se tournant vers le charbon, le président américain Jimmy Carter consulte les meilleurs climatologues du pays. Le rapport "Charney" conclut qu'un doublement du CO₂ dans l'atmosphère pourrait entraîner un réchauffement d'environ 3°C au cours du XXIᵉ siècle.
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00:27Jimmy Carter, le président des Etats-Unis, est prisonnier d'un terrible dilemme.
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02:55un physicien de l'atmosphère ayant participé au projet Manhattan,
02:59ou encore Bert Bolin, un météorologue suédois qui deviendra dix ans plus tard le premier président du GIEC.
03:13Le rendez-vous a lieu dans un laboratoire océanographique de la côte est des Etats-Unis.
03:18La mission ? Analyser les recherches récentes sur l'effet de serre et le climat.
03:28Les plus grands scientifiques du pays se réunissent.
03:31Ils sont environ neufs à Woods Hole.
03:35Certains comprennent très bien les enjeux, d'autres un peu moins.
03:38Mais ce sont tous des experts dans leur domaine.
03:41Ils sont là pour répondre à une question.
03:44Si nous continuons sur cette trajectoire, quel sera le niveau de réchauffement dans 50 ans ?
03:52Ils décident aussi de se pencher sur une nouvelle technologie que deux scientifiques,
03:57l'un à Princeton, l'autre à la NASA, sont en train de mettre au point.
04:03La modélisation numérique.
04:07Ces ordinateurs, très sophistiqués et complexes pour l'époque,
04:11intègrent toutes les données disponibles sur le réchauffement
04:14pour essayer de prédire avec précision ses effets dans le futur.
04:19C'est comme créer une version numérique de la Terre
04:22pour faire un bond dans le temps et voir où nous allons.
04:25Alors que les neufs prennent connaissance des travaux scientifiques des modélisateurs,
04:30Jules Charney introduit un accessoire de travail,
04:34un haut-parleur relié à un téléphone noir.
04:40À l'autre bout de la ligne,
04:42depuis son bureau du siège de la NASA,
04:45l'homme qui manie le supercalculateur à merveille.
04:48James Hansen est mathématicien.
04:51Il a 39 ans.
04:52Il va devenir un personnage clé,
04:55un des plus importants climatologues de l'histoire
04:57et un lanceur d'alerte sans concession.
05:08Charney m'a appelé
05:10et m'a dit que j'étais une boîte noire au milieu de la table.
05:17Il m'a interrogé sur notre modèle
05:19pour comprendre pourquoi nos résultats étaient si différents
05:22de ceux de Suki Manabe.
05:28Son modèle prévoyait un réchauffement de la planète
05:31d'environ 2 à 3 degrés,
05:33alors que le nôtre donnait plutôt autour de 4 degrés
05:37en cas de doublement de la quantité de CO2 dans l'atmosphère.
05:42Il cherchait à identifier les processus responsables
05:44des différences de résultats entre les modèles.
05:48Jules Charney sait que James Hansen
05:50est à la pointe des recherches sur l'effet de serre.
05:54Hansen affirme d'ailleurs
05:56que l'élévation des températures dues au dioxyde de carbone
05:59sera observable dès les années 90
06:02et ajoute qu'il sera difficile de convaincre
06:05les dirigeants politiques et le public
06:07de la nécessité d'agir.
06:14Hansen a grandi dans un petit bourg de l'Iowa.
06:18Dernier né de 6 enfants d'une serveuse de restaurant
06:21et d'un paysan itinérant devenu barman,
06:24il aime à s'imaginer qu'il est le seul chercheur de la NASA
06:28à n'avoir jamais rêvé enfant d'aller dans l'espace.
06:31A l'époque, il rêvait plutôt de baseball.
06:35Étonnant personnage.
06:41Il s'est intéressé à la science un peu par hasard.
06:45Il a étudié à l'université de l'Iowa
06:47avec un astronome très connu, James Van Allen.
06:53C'est grâce à lui qu'il a commencé à s'intéresser
06:55à la physique de l'atmosphère.
07:01Ensuite, il a rejoint la NASA
07:02où il travaillait sur l'effet du dioxyde de carbone,
07:06autrement dit l'effet de serre, sur Vénus.
07:11Puis la NASA lui a demandé
07:13s'il pouvait appliquer ses recherches à la Terre.
07:17Sur Vénus, il fait trop chaud pour qu'il y ait de la vie.
07:20L'atmosphère est trop chargée en CO2.
07:22On ne veut pas finir comme Vénus.
07:24Personne ne veut finir comme Vénus.
07:29Au départ, Hansen ne s'intéressait pas à la Terre.
07:32Et puis il a changé
07:33et il s'est spécialisé dans la modélisation climatique.
07:45Et là, boum, Charney écrit ce rapport
07:47avec une conclusion qui tient toujours aujourd'hui.
07:53Il dit que les êtres humains
07:56réchauffent la planète
07:57avec leurs émissions de dioxyde de carbone.
08:00Et que si on double la concentration de CO2
08:03dans l'atmosphère,
08:04la Terre va se réchauffer d'environ 3 degrés,
08:07plus ou moins 1,5 degré.
08:10C'est énorme.
08:13Quelle que soit la manière de l'interpréter,
08:15c'est un vrai changement géologique
08:17dans le fonctionnement de notre planète.
08:24Si les scientifiques de l'époque
08:25avaient de fortes intuitions,
08:27ils n'avaient pas encore toutes les preuves
08:29de ce qu'ils avançaient.
08:31Depuis, la science a progressé.
08:33Et désormais, nous savons.
08:35La dernière fois que la planète
08:37a été plus chaude de 3 degrés,
08:39c'était il y a 3 millions d'années.
08:41Des forêts de hêtres poussées en Antarctique
08:44et le niveau des océans
08:45était plus élevé de 24 mètres.
08:48Si on a un réchauffement planétaire
08:50qui dépasse 1,5 degré,
08:51ce qui est probable sur la prochaine décennie,
08:54on sera sortis de la plage
08:56des périodes les plus chaudes
08:57du dernier million d'années.
09:02Il n'y a pas une catastrophe soudaine
09:06qui survient précisément à 1,5 degré Celsius.
09:10Mais les dangers liés au réchauffement climatique
09:12augmentent progressivement.
09:14Cette valeur a été déterminée
09:16parce que les risques deviennent alors trop élevés.
09:19On peut illustrer cela avec cette chaise.
09:23Si je me penche en arrière,
09:25je dois exercer une pression.
09:27Mais une fois que j'atteins un certain point,
09:30même si je cesse d'appuyer,
09:31la chaise bascule d'elle-même.
09:33Cet exemple peut s'appliquer
09:35aux points de bascule physiques.
09:37Une fois qu'une grande masse de glace
09:39comme celle du Groenland
09:40ou de l'Arctique occidental
09:41atteint un certain seuil de déstabilisation,
09:43elle est irrémédiablement perdue.
09:47Il en va de même pour le courant océanique atlantique
09:50qui pourrait s'épuiser
09:51même si nous arrêtions complètement
09:53d'émettre des gaz à effet de serre.
10:05Un autre scénario possible,
10:07ce serait un point de bascule
10:08dans la forêt amazonienne.
10:10Si le climat devenait trop sec,
10:12la forêt pourrait en grande partie
10:15disparaître.
10:16Cela voudrait dire qu'une grande partie du CO2
10:18qui est maintenant absorbée
10:19par la forêt amazonienne
10:21resterait dans l'atmosphère
10:22et tout à coup on aurait une augmentation
10:23très abrupte de la température.
10:25Une fois qu'on arrêtera les émissions,
10:27on ne va pas revenir en arrière
10:28au climat que nous avions
10:29pendant le XIXe siècle.
10:31Dans le meilleur des cas,
10:33si on arrêtait toute émission,
10:34on va juste stabiliser aux conditions
10:35qu'on a actuellement
10:36avec les événements extrêmes
10:37qu'on a maintenant.
10:38Enfin, le genre d'événements
10:39qu'on a vus à Los Angeles,
10:40à Valence,
10:41les canicules avec ses 60 000 décès,
10:43ils vont continuer à avoir lieu
10:44parce que ça, c'est le climat actuel.
10:46Mais avec des émissions supplémentaires,
10:48on va aller dans un climat encore
10:49beaucoup plus extrême.
11:01Le climat dans lequel on vit,
11:03dans lequel on va continuer à vivre,
11:06finalement, il présente
11:06des caractéristiques inédites
11:08par rapport aux écosystèmes actuels
11:10et par rapport à notre humanité,
11:12à l'histoire de l'émergence
11:14de notre humanité.
11:41L'avenir de notre monde a,
11:43dès les premières alertes,
11:45préoccupé les industriels.
11:47Si la combustion des hydrocarbures
11:49devait un jour modifier
11:50le climat de la planète,
11:52seraient-ils, eux,
11:53les producteurs de charbon,
11:55de pétrole et de gaz,
11:56tenus pour responsables ?
11:59Y aurait-il un risque
12:00que leurs modèles économiques
12:01soient menacés ?
12:03Avec la publication
12:04du rapport Charney,
12:05à la fin des années 70,
12:07le problème du dioxyde de carbone
12:09est pris très au sérieux.
12:12assez pour qu'Exxon lance
12:14son propre programme
12:15de recherche scientifique.
12:17C'est à ce moment-là
12:19qu'Edgar V est recruté
12:20par ce qui est alors
12:22la plus puissante
12:23compagnie pétrolière américaine.
12:28À l'époque où j'ai quitté
12:29l'université,
12:30je n'avais jamais entendu
12:31parler du CO2.
12:32J'ai eu la chance
12:32de faire partie des étudiants
12:34à qui Exxon a proposé
12:35un emploi à la sortie des études.
12:36C'était une période
12:44très excitante.
12:46L'entreprise dépensait
12:47presque un million
12:48de dollars par an.
12:49On a donc travaillé
12:50avec certains
12:51des meilleurs chercheurs
12:52sur le changement climatique
12:53à l'université Columbia.
12:55Exxon s'était engagé
12:56à financer des recherches
12:57scientifiques de très haut niveau.
12:59Et à l'époque,
13:00il me semblait que l'entreprise,
13:01tout comme les scientifiques,
13:03voulait vraiment agir
13:03et trouver des solutions
13:04aux problèmes.
13:11Ils ont eu l'idée
13:12d'utiliser des supertankers
13:14comme une opportunité
13:15pour mesurer
13:16les niveaux de CO2
13:17dans l'océan.
13:21On a emprunté du matériel
13:23à l'université Columbia.
13:24Puis, on a commencé
13:26à mesurer le CO2
13:27pendant que le navire
13:28suivait son trajet habituel
13:29entre le golfe du Mexique
13:31et le golfe Persique.
13:35L'avantage d'utiliser
13:36un pétrolier Exxon,
13:37c'est qu'il faisait
13:38toujours les mêmes trajets.
13:40Donc, on savait
13:40qu'on repasserait encore
13:41et encore
13:42dans les mêmes zones.
13:53L'idée était de collecter
13:56des enregistrements
13:57continus
13:58sur la réaction
13:59de l'océan
13:59face à l'augmentation
14:01du CO2
14:02dans l'atmosphère.
14:05Voici une photo
14:06de l'Esso-Atlantique
14:07qui était alors
14:08le quatrième
14:09plus grand navire au monde.
14:11Et voici le système technique
14:13qui nous permettait
14:14de mélanger l'air et l'eau
14:15pour mesurer
14:16les niveaux de CO2
14:17dans l'eau de mer.
14:32Ils étaient tout à fait
14:33conscients du problème.
14:35Ils étudiaient
14:36le changement climatique
14:36en interne.
14:37Ils y prêtaient attention.
14:39Ils savaient
14:40que c'était un sujet
14:40très important
14:41pour l'entreprise,
14:42que ça allait avoir
14:43un impact
14:44sur leur activité.
14:45Mais ils en parlaient
14:46uniquement sous cet angle
14:47« Quelles seront les conséquences
14:49pour Exxon ? »
14:50Et non « Quelles seront
14:51les conséquences
14:51pour l'humanité
14:52ou la stabilité écologique ? »
14:54Tout tourner autour
14:55de l'impact sur Exxon.
14:59Il est où,
15:00le document Exxon ?
15:12On estime aujourd'hui
15:13que l'humanité
15:14a 5 à 10 ans
15:15avant d'avoir
15:16à prendre
15:16des décisions difficiles
15:18sur l'énergie.
15:21Donc, en interne,
15:22ils se fixent
15:23un délai.
15:24Ils savent
15:25que les scientifiques
15:26prédisent
15:26qu'il ne nous reste
15:27pas beaucoup de temps.
15:28Vous voyez,
15:29c'est assez choquant,
15:30mais ils ne le disent
15:31pas au reste du monde.
15:33Ils n'ont pas alerté
15:34le Congrès
15:34ni le grand public.
15:36C'est juste
15:37un constat interne.
15:38Et c'est exactement
15:39ce qu'on leur reproche
15:40aujourd'hui.
15:41Ils savaient,
15:42mais ils ne nous ont
15:43pas prévenus.
15:44Ils n'ont pas prévenu
15:45leurs actionnaires.
15:46Personne.
15:47Ils n'ont rien fait
15:48pour régler le problème.
15:49Ils sont restés
15:50les bras croisés.
15:56Comme Exxon,
15:57les majors du pétrole
15:58du monde entier
15:59suivent avec attention
16:01les troublantes prévisions
16:02des modélisateurs
16:03du climat.
16:04Et l'approvisionnement énergétique
16:06ne cesse de hanter
16:07le président Carter.
16:10Le consumérisme,
16:11le gâchis énergétique
16:13heurte le chrétien
16:14évangéliste qu'il est.
16:15Pour lui,
16:16la conservation
16:17est un devoir moral,
16:19un devoir spirituel.
16:22Préserver les ressources,
16:24c'est honorer la mission
16:25qui lui a été confiée
16:26par Dieu,
16:27être un bon gardien
16:28de la Terre
16:28pour les siens,
16:30pour leur futur.
16:34Et je vous demande
16:36pour votre bien
16:38et pour votre sécurité
16:40Nez pas de tripes
16:42non nécessaires.
16:44Nez utiliser
16:45carpools
16:46ou transportations
16:47quand vous pouvez.
16:48Nez pas votre voiture
16:50un jour extra
16:51par semaine.
16:52Nez pas la limite de la vitesse
16:53et de mettre
16:55vos thermostats
16:56pour sauver fuel.
16:58Chaque act
16:59d'énergie
16:59conservation
17:00c'est plus
17:02que de la sensibilité.
17:04Je vous le dis
17:05c'est un act
17:06de patriotisme.
17:12Chaque fois
17:13qu'il parlait
17:13d'austérité,
17:14sa cote de popularité
17:16s'effondrait.
17:17Elle a chuté
17:18si vite
17:18que depuis,
17:19aucun président
17:20n'ose prêcher
17:21l'austérité
17:21dans ce pays.
17:25C'est comme
17:25signer un arrêt de mort.
17:27Donc,
17:27quand Reagan
17:28se présente,
17:29il va exploiter
17:30cette situation.
17:32Il puise
17:33dans le ressentiment
17:34des gens
17:34vers Jimmy Carter.
17:36Reagan dit
17:36« Ne vous inquiétez pas,
17:38tout va bien,
17:39l'Amérique est formidable.
17:40Le capitalisme,
17:41c'est génial,
17:42pas besoin de réglementation,
17:43pas besoin de loi,
17:44tout ira bien. »
17:47Évidemment,
17:48c'était faux.
17:49C'était un mensonge.
17:51Mais beaucoup
17:52ont préféré
17:52ce mensonge
17:53à la vérité.
17:54Ils ont voté
17:55pour Ronald Reagan
17:56et ont chassé
17:56Jimmy Carter
17:57du pouvoir.
18:01On sait que Reagan
18:02était très influencé
18:04par le fondamentalisme
18:05de marché,
18:06par les économistes
18:07néolibéraux
18:07de l'Université
18:08de Chicago,
18:09surtout Milton Friedman.
18:11Reagan arrive au pouvoir
18:12en déclarant
18:13« L'État n'est pas
18:14la solution,
18:15l'État sait le problème.
18:17Il promet
18:18de nous débarrasser
18:19de l'État,
18:20de réduire les impôts
18:21et de libérer
18:22le marché,
18:23ce qu'il appelle
18:24la magie du marché. »
18:29La crise
18:29que nous facez aujourd'hui
18:30ne nécessite pas
18:31le type de sacrifice
18:33que Martin Treptow
18:35et tant de milliers
18:36d'autres
18:36ont été appelés
18:37à faire.
18:38Il nécessite,
18:40par exemple,
18:41notre meilleur effort
18:42et notre volonté
18:44de croire
18:44en nous-mêmes
18:45et de croire
18:47en notre capacité
18:48de faire
18:49de grandes actes,
18:50de croire
18:51que,
18:51ensemble,
18:52avec l'aide de Dieu,
18:54nous pouvons
18:55et nous allons
18:57résolver
18:57les problèmes
18:58qui nous confrontent
19:00et après tout,
19:03pourquoi ne devons-nous
19:04croire en ça ?
19:05Nous,
19:07sommes Américains.
19:08Dieu vous bénisse
19:09et merci.
19:11Merci beaucoup.
19:16Reagan ne voulait pas
19:17entendre parler
19:18de limites à la croissance,
19:19alors il a fait
19:20comme si elles n'existaient pas.
19:22à court terme,
19:23ça peut faire gagner
19:24des élections,
19:24mais à long terme,
19:26ça mène droit au chaos.
19:28Reagan arrive au pouvoir
19:32et c'est le début
19:33de l'ère des excès.
19:37Son administration
19:38tente de supprimer
19:39toutes les réglementations
19:40existantes.
19:42Parmi leurs premières cibles,
19:44il y a le département
19:45de l'énergie
19:45et l'agence américaine
19:47de protection
19:47de l'environnement.
19:49Le but,
19:50non seulement abroger
19:51toutes les réglementations
19:52environnementales
19:53mises en place
19:54par Carter
19:54et même Nixon,
19:55comme la loi
19:56sur la qualité de l'air
19:57et celle
19:58sur la qualité de l'eau,
19:59mais aussi supprimer
20:00toutes les règles
20:01environnementales
20:02qui dataient
20:02de Teddy Roosevelt,
20:03soit 80 ans plus tôt.
20:07C'est un véritable choc.
20:11L'argument est le suivant,
20:14nous devons libérer
20:15le marché.
20:16Reagan va tenter
20:18d'affaiblir les règles
20:19de protection
20:19de l'environnement.
20:24Mais c'est difficile.
20:26Pour les Américains,
20:27c'est un sujet important.
20:29Reagan ne parvient pas
20:30à convaincre le Congrès
20:31d'abroger les lois
20:32sur la qualité de l'air
20:33et de l'eau.
20:34Alors que fait-il ?
20:35Il sape leur application.
20:36Il nomme à la tête
20:38du département de l'intérieur
20:39et de l'agence de protection
20:40de l'environnement
20:41des responsables
20:42qui partagent
20:43ces idées politiques
20:44et qui, ainsi,
20:45ne feront pas appliquer la loi.
20:48Pour déployer sans entrave
20:50son projet ultralibéral,
20:52Reagan doit contourner
20:53un obstacle.
20:54Les prévisions climatiques
20:56révélées dans le rapport Charney.
21:00Le président n'ignore rien
21:02des pas de géant
21:03que font les scientifiques
21:04de l'atmosphère.
21:05Les modèles de prévision
21:06gagnent en précision.
21:07La science avance inexorablement.
21:11Reagan et son administration
21:12vont alors jouer
21:13une partie de poker stratégique.
21:20L'administration Reagan
21:22demande à l'Académie nationale
21:23des sciences américaines
21:25un nouveau rapport
21:26et elle confie la direction
21:28de ce rapport
21:29à un scientifique
21:30de son bord politique.
21:33et ce scientifique,
21:34c'est William Nirenberg.
21:41Nirenberg était le directeur
21:42de l'Institut océanographique
21:44Scripps.
21:46Physicien,
21:46il a d'abord travaillé
21:47sur le projet Manhattan.
21:49Il a ensuite consacré
21:50sa carrière
21:51à créer des programmes
21:52scientifiques
21:53liés à la guerre froide.
21:54très conservateur,
21:57anticommuniste.
21:58Il partageait la vision
22:00de Reagan
22:00selon laquelle
22:01l'ingérence de l'État
22:03est une menace
22:04pour la liberté.
22:10Ce rapport
22:11de plus de 600 pages
22:12parle de l'élévation
22:14du niveau de la mer,
22:15des menaces
22:16sur les récoltes
22:17et du risque
22:17d'instabilité politique.
22:21Si vous le lisez aujourd'hui,
22:23ce qui est possible
22:23puisqu'il est en ligne,
22:24vous verrez
22:25qu'il a quelque chose
22:26de vraiment prophétique.
22:29Nirenberg invite
22:30dans le comité
22:31de rédaction
22:31des économistes
22:32pour qu'ils disent
22:33« D'accord, c'est peut-être vrai,
22:35mais les coûts
22:36de la prévention
22:37du changement climatique
22:38seraient énormes,
22:39probablement plus élevés
22:40que les bénéfices,
22:41alors ça ne vaut pas la peine
22:42de faire quoi que ce soit. »
22:44Dans ce rapport,
22:45on se retrouve donc
22:45avec deux points de vue
22:47très différents.
22:48Presque tous les scientifiques
22:49disent
22:49« C'est un problème sérieux,
22:51il faut agir. »
22:53Et quelques économistes
22:54répondent
22:54« Eh bien moi,
22:55je pense que ce n'est pas si grave. »
23:05Nirenberg rédige
23:06donc le résumé
23:07de façon
23:07à mettre en avant
23:08les conclusions
23:09des économistes
23:10et à minimiser
23:11celles des scientifiques.
23:15Et comme on le sait,
23:16la plupart des gens
23:17ne lisent que le résumé,
23:19donc on a l'impression
23:20que ce n'est pas si grave,
23:21qu'on peut tout simplement
23:22s'adapter,
23:23que la technologie
23:24nous sauvera.
23:26Il va même jusqu'à dire
23:28« Oui,
23:29le niveau de la mer
23:30va monter un peu,
23:31mais les gens
23:31s'adaptent très bien.
23:32Ils peuvent migrer.
23:33Les populations
23:34ont toujours migré
23:35en emmenant leurs vaches
23:36et leurs chevaux.
23:37Alors,
23:37où est le problème ? »
23:41Le message principal
23:43était que même
23:44si les prévisions
23:45étaient sérieuses,
23:46il n'était pas nécessaire
23:48de prendre des mesures
23:49politiques dans la précipitation.
23:50que ces problèmes
23:53pourraient être résolus
23:54grâce aux innovations
23:55technologiques
23:56dans les années
23:57et les décennies à venir.
24:00En clair,
24:02le message politique
24:03était de ne rien faire.
24:09Exxon a décidé
24:11d'abandonner
24:12le projet
24:13des supertankers.
24:15L'entreprise
24:16a aussi laissé tomber
24:17ses recherches
24:17sur les batteries,
24:18sur l'énergie solaire
24:20et a réduit
24:21ou abandonné
24:21beaucoup d'autres projets
24:22en cours
24:23sans même essayer
24:23de les vendre.
24:25Je veux dire,
24:26ils avaient tous
24:27ces chercheurs
24:27qui travaillaient
24:28sur les batteries
24:28au lithium.
24:30Ça aurait pu intéresser
24:31une entreprise
24:31spécialisée dans les batteries.
24:34Mais Exxon n'a rien fait.
24:35Ils ont juste
24:36tout laissé tomber.
24:38Quelques années plus tôt,
24:40ils disaient
24:40« Nous ne sommes pas
24:41uniquement
24:41une société pétrolière.
24:42Nous produisons
24:43de l'énergie,
24:44du solaire,
24:45du pétrole et du gaz. »
24:47Et puis en 1984,
24:48c'était
24:48« Nous sommes
24:49une société pétrolière. »
24:54Pour Thomas Schelling,
24:56économiste,
24:57spécialiste
24:57de la dissuasion nucléaire,
24:59théoricien des jeux
25:00et membre
25:01du comité de direction
25:03du rapport
25:04commandé par Reagan,
25:05cette affaire de climat,
25:06c'est le dilemme
25:07du prisonnier.
25:09En théorie des jeux,
25:11le dilemme du prisonnier,
25:12c'est quand chacun
25:13gagnerait à coopérer,
25:15mais que chacun a peur
25:16d'être le seul
25:17à le faire.
25:18Alors,
25:19personne ne coopère.
25:24Traduit dans le champ
25:25climatique,
25:26ça donne.
25:27L'humanité aurait
25:28tout à gagner
25:28en réduisant
25:29son exploitation
25:30des énergies fossiles,
25:32mais comment
25:32des puissances rivales,
25:34les Etats-Unis,
25:35l'Union soviétique
25:36et une Chine
25:38en pleine ascension,
25:39renonceraient-elles
25:40à exploiter
25:41leur sol ?
25:48Chéline touche juste.
25:50Au début des années 80,
25:52la résignation
25:53de l'élite américaine
25:54se nourrit aussi
25:55de ce qui est déjà
25:57en train de s'écrire
25:58en Chine.
26:04Sous le commandement
26:05de Deng Xiaoping,
26:06la Chine accueille
26:07dorénavant,
26:08à bras ouverts,
26:09investisseurs
26:09et capitaux étrangers.
26:11L'empire du milieu
26:12se convertit progressivement
26:13à l'économie
26:14socialiste de marché.
26:16Libéralisme économique
26:17et contrôle politique
26:18autoritaire
26:19se côtoient
26:20pour préparer
26:20le pays
26:21à devenir
26:22la première puissance
26:23économique
26:24du 21e siècle
26:25et le plus gros
26:26émetteur de CO2
26:27de la planète.
26:32Pour prendre sa place
26:34dans l'ordre mondial,
26:35la Chine
26:36a besoin d'énergie,
26:37de beaucoup d'énergie.
26:39Des millions
26:40de paysans
26:40se lancent
26:41à corps perdu
26:42dans la production
26:43de charbon.
26:44Des dizaines
26:45de milliers
26:46de mines artisanales
26:47sont ouvertes.
26:48Les gueules noires
26:49ont extrait
26:50des centaines
26:50de millions
26:51de tonnes
26:51de charbon par an,
26:52sans machine
26:53et presque
26:54sans boisage.
26:56Les conditions
26:57d'exploitation
26:57sont extraordinairement
26:59dangereuses.
27:00A côté
27:01des mines artisanales,
27:02le parti communiste
27:03chinois
27:04modernise aussi
27:05les grandes mines
27:05d'État.
27:06Et ce,
27:07grâce au savoir-faire
27:08d'autres mines d'État.
27:10Celles
27:10de l'Europe
27:11de l'Ouest
27:12qui sont
27:12les plus modernes
27:13au monde
27:14mais qui,
27:15à ce moment
27:15de l'histoire,
27:16entament
27:17leur déclin.
27:24Ainsi,
27:25les charbonnages
27:26de France,
27:27la British
27:27Coal
27:28ou le National
27:29Coal Board
27:30se positionnent
27:31sur un nouveau marché,
27:32celui de la vente
27:34de leur système
27:34technique
27:35de dernière génération
27:36aux mines
27:37d'État chinoises.
27:38Bientôt,
27:39le charbon chinois
27:40deviendra le carburant
27:42de la mondialisation
27:42et la cause
27:43d'une accélération
27:44sans pareil
27:45du réchauffement.
27:54Et pourtant,
27:56et pourtant en Chine
27:57comme aux États-Unis,
27:58depuis les années 60,
28:00des scientifiques
28:01ont eux aussi
28:02identifié
28:03l'effet de serre.
28:07Ye Du Zeng,
28:08un météorologue chinois
28:09qui deviendra
28:10dans les années 80
28:11le président
28:12du Conseil chinois
28:13sur le climat,
28:14alerte dès la fin
28:16des années 70
28:17son académique
28:18et des sciences
28:18sur le risque
28:19d'un réchauffement.
28:21Comme aux États-Unis,
28:22comme en Europe,
28:24en Chine,
28:25on n'ignore donc
28:26rien du problème.
28:27Et là aussi,
28:28l'impératif économique
28:30prime sur le reste.
28:31Le climat,
28:32on verra plus tard.
28:40Et pour cause,
28:42l'exploitation du charbon
28:44s'apprête à connaître
28:45la plus forte croissance
28:46de son histoire.
28:48Depuis 1980,
28:50la consommation de charbon
28:52a été multipliée
28:53par 6 en Corée du Sud,
28:557 en Turquie,
28:578 en Inde,
28:58par 10 en Chine
29:00et aux Philippines,
29:01par 11 au Vietnam,
29:03par 12 à Taïwan
29:04et en Indonésie
29:05par 50.
29:21En 1984,
29:23un avion survole
29:25un désert blanc
29:25à l'extrême sud du monde.
29:27A son bord,
29:28une équipe de scientifiques
29:30qui vient chercher
29:31son inspiration
29:31dans les bulles d'air
29:33des glaces de l'Antarctique.
29:40Le chef d'expédition,
29:42Claude Lorius,
29:43un glaciologue français,
29:44débarque d'un avion
29:45de l'US Air Force
29:46à la station russe de Vostok.
29:48Cette zone
29:49est la plus froide du monde.
29:52La température
29:53de moins 50 degrés Celsius
29:54en moyenne
29:55peut atteindre
29:56moins 89 degrés Celsius.
29:59Claude Lorius
30:00est vraiment un pionnier.
30:02Il fait sa thèse
30:03sur les isotopes
30:03à la fin des années 50.
30:05Il documente
30:06la répartition
30:07des isotopes
30:08à la surface
30:09de l'Antarctique
30:11dans les années 60-70.
30:13Son objectif
30:14était très clair.
30:15C'était d'aller
30:16forer
30:17au centre
30:18de l'Antarctique
30:19et de remonter
30:20dans le temps.
30:21Si on remonte
30:21dans le temps,
30:22on peut remonter
30:23le climat
30:24sur la période
30:25qui est couverte
30:26par des carottes
30:26glaciales.
30:29Les Russes
30:30foraient là
30:31avec l'espoir
30:32de trouver du pétrole.
30:33À Vostok,
30:34Lorius tombe
30:35sur un trésor.
30:37Des centaines
30:38de carottes
30:38de glace
30:39extraites
30:40sur 2000 mètres
30:41de profondeur.
30:43Les soviétiques
30:45à Vostok
30:45sont les premiers
30:46à réaliser
30:47un forage
30:48qui leur permet
30:49de couvrir
30:50un cycle climatique
30:51complet,
30:51c'est-à-dire
30:52la précédente période
30:53glaciaire
30:53il y a 150 000 ans.
30:55Et là,
30:55Claude Lorius
30:55a eu l'idée de génie
30:56de dire
30:57« Nous,
30:57on saura faire
30:57les analyses ».
30:58C'était la première fois
31:00qu'on avait
31:01un carottage
31:02qui couvrait
31:02un cycle glaciaire
31:03interglaciaire
31:04complet,
31:05relativement facile
31:06à dater,
31:06sans perturbation.
31:08Et puis,
31:08c'était aussi
31:09la première fois
31:09qu'une équipe
31:10était capable
31:10d'analyser
31:11la composition
31:13de l'atmosphère
31:14à partir
31:15des petites bulles d'air.
31:20Qu'est-ce qu'on trouve
31:21dans une carotte
31:21de glace ?
31:22Au départ,
31:23c'est de la neige
31:24déposée par des précipitations
31:25de neige
31:26qui se déposent en surface
31:28et donc c'est constitué
31:29d'eau.
31:30Lorsque la vapeur d'eau
31:31se forme au-dessus
31:32de l'océan,
31:33elle a une certaine
31:34composition entre
31:35la partie de molécules
31:36un peu plus lourde
31:37et un peu plus légère
31:38qu'on appelle
31:38des isotopes stables.
31:40Et au fur et à mesure
31:41que la vapeur d'eau
31:41est transportée
31:42vers les pôles,
31:43quand l'atmosphère
31:44se refroidit,
31:45on va avoir
31:45de la pluie
31:46puis de la neige
31:47et à chaque fois
31:48ça va retirer
31:48un peu plus
31:49de molécules lourdes
31:50en fonction
31:51de la température.
31:53Donc cette distillation,
31:54ce refroidissement,
31:56il se traduit
31:56par une signature
31:57sur l'abondance
31:58des molécules lourdes
31:59et légères de l'eau
32:00qu'on va retrouver
32:01déposées dans la neige
32:02en Antarctique.
32:03Donc on a un marqueur
32:04du transport
32:06de vapeur d'eau
32:07et des températures passées.
32:09En plus de l'air
32:11qui lui est emprisonné
32:13graduellement,
32:14donc au départ,
32:15la neige,
32:15vous avez peut-être
32:16déjà marché
32:16sur de la neige,
32:17vous avez ce petit
32:19bruit de tassement.
32:20Donc la neige,
32:21c'est pour eux,
32:22l'air peut circuler,
32:23mais au bout
32:23d'un certain temps
32:24d'accumulation,
32:25au bout de 80-100 mètres
32:26de profondeur,
32:27le poids des couches
32:28de neige successives,
32:29un peu comme vos pieds
32:30quand vous marchez
32:31sur de la neige fraîche,
32:31tasse cette neige
32:33et la transforme en glace
32:34qui va alors emprisonner
32:36des bulles d'air
32:37séparées de l'atmosphère
32:38et qui sont archivées
32:39et préservées.
32:42Et donc effectivement,
32:43les travaux,
32:43notamment sur Vostok,
32:45donc une coopération
32:45française,
32:46soviétique et américaine,
32:48précieuse,
32:48dans un contexte
32:49de guerre froide,
32:51ça avait permis
32:51de montrer
32:52à quel point
32:52l'augmentation
32:53de la concentration
32:54en gaz à effet de serre
32:55dans l'atmosphère,
32:56notamment en CO2,
32:57c'était une rupture
32:58sur plus de 150 000 ans.
33:04En complément des modèles,
33:06on peut regarder
33:07l'histoire de la Terre
33:10et voir comment la planète
33:12a réagi
33:13quand la composition
33:13de l'air a changé.
33:15Parce que tout ça
33:17est enregistré
33:17dans les carottes de glace.
33:20Et ce qu'on voit,
33:22c'est que chaque fois
33:23que l'air change,
33:25le climat change aussi.
33:34La vitesse à laquelle
33:36on a perturbé nous
33:37la composition de l'atmosphère,
33:38elle n'a pas d'analogue.
33:39Elle est 4, 5 fois
33:41plus rapide
33:41que le plus rapide
33:43qui s'est produit
33:44à l'échelle géologique.
33:58Un gigantesque trou
34:00s'est creusé
34:00dans la couche d'ozone
34:02au dessus de l'antard.
34:03L'ozone est un gaz à effet de serre.
34:13Pendant cette période,
34:16quelque chose d'inédit
34:17s'est produit
34:17à l'échelle de la planète.
34:19Le trou dans la couche d'ozone.
34:21Vous en avez sûrement
34:21entendu parler.
34:23Ça a été une vraie surprise
34:25quand ce trou,
34:26comme on disait,
34:27est apparu
34:27au-dessus de l'Antarctique.
34:31Il était énorme,
34:34aussi grand que l'Amérique
34:35du Nord.
34:37Les scientifiques ont expliqué
34:38des produits chimiques
34:40détruisent la couche d'ozone
34:41dans la stratosphère,
34:42les chlorofluorocarbures.
34:44Si on ne fait rien,
34:45la vie sur Terre
34:46est en danger.
34:47Ils ont réussi
34:48à convaincre
34:49les dirigeants politiques
34:50qui ont compris
34:51que c'était grave
34:51et qu'il fallait agir.
34:53C'est comme ça
34:53qu'est né le protocole
34:54de Montréal,
34:55dont l'efficacité
34:56est aujourd'hui reconnue.
34:58Tous les pays
34:58se sont engagés
34:59à éliminer progressivement
35:00les chlorofluorocarbures.
35:05Pomeranz
35:07et ses collègues
35:09ont alors pensé
35:10que c'était le moment idéal
35:11pour remettre
35:12le dioxyde de carbone
35:14au cœur des discussions.
35:17C'est un autre problème
35:18environnemental majeur.
35:22Il est global
35:23et permet de mobiliser
35:25le soutien nécessaire
35:26à la réduction
35:27des émissions de carbone.
35:31J'ai donc appelé Hansen
35:33pour lui demander
35:34s'il accepterait
35:35de me recevoir
35:35comme je l'avais fait
35:37avec Gordon McDonald.
35:38Il a accepté.
35:39Je suis allé à son bureau
35:40à l'Institut Goddard
35:41des études spatiales
35:42à New York.
35:45Je me suis assis avec lui
35:46un bon moment.
35:47Il m'a fait visiter son bureau,
35:48m'a présenté son travail
35:50et nous avons discuté
35:51de différentes questions.
35:52Après l'avoir écouté,
35:53je lui ai dit
35:54« Docteur Hansen,
35:55vous devez témoigner
35:56devant le Congrès.
35:57Vous devez le faire.
35:59Vous acceptez ? »
36:00Et il a dit oui.
36:07Il y avait des milliers
36:08de stations météorologiques
36:09dans le monde.
36:10Donc, on pouvait suivre
36:12l'évolution
36:12de la température de la Terre.
36:18La réalité semblait correspondre
36:20à ce que notre modèle
36:21climatique prédisait.
36:22avec notre modèle climatique.
36:26En 1988,
36:31à partir des données
36:32sur la température,
36:34j'ai pu dire
36:35que cette année
36:35serait probablement
36:36la plus chaude
36:37des 100 dernières années.
36:39Et il y a eu
36:40une sécheresse
36:41qui a provoqué
36:42des vagues de chaleur
36:43extrêmes aux États-Unis.
36:46J'ai donc dit
36:47à Ralph Pomerantz
36:48que j'allais faire
36:49une déclaration claire
36:50et sans détour
36:51parce que le moment
36:53semblait parfait
36:53pour le faire.
37:11Pendant l'été 1988,
37:14on a eu des vagues
37:15de chaleur vraiment
37:16intenses,
37:17avec d'importantes pertes
37:19de récoltes agricoles
37:20et de bétail,
37:21laissant craindre
37:22pour une hausse
37:23des prix
37:23des produits alimentaires.
37:30Il y a eu des incendies
37:31dans le parc national
37:32de Yellowstone.
37:34La fumée était visible
37:35depuis Chicago.
37:36Des rues ont même
37:37commencé à fondre.
37:40C'était un été apocalyptique.
37:43Et beaucoup de gens
37:44se demandaient
37:44« Est-ce que c'est
37:46la nouvelle réalité ? »
37:47Est-ce que ça a un lien
37:48avec ce truc
37:48dont on entend parler ?
37:50Le réchauffement climatique ?
37:54Le pays était mal
37:55à cause de cette chaleur
37:57et tout ça.
37:59Et quand Hansen a témoigné,
38:03la couverture médiatique
38:04a été énorme, colossale.
38:12C'est Raif Pomeranz
38:15qui a compris
38:16que Hansen,
38:17avec son franc-parler
38:18et son côté
38:19garçon de ferme
38:20de l'Iowa,
38:21était le messager
38:22idéal
38:23pour cette cause.
38:26Il a été choisi
38:27par des stratèges
38:28politiques
38:29comme Pomeranz
38:30et Al Gore.
38:31Merci pour l'opportunité
38:33de présenter
38:33les résultats
38:34de mon recherche
38:34qui ont été
38:37draws
38:38au 곧
38:38de mes collègues
38:39à l'importance
38:39d'un NASA
38:39Gottred
38:40Institute
38:40pour
38:40avec quatre Erscreen
38:42Ré rewrite
38:44de la Uruse
38:46Vem�트
38:46d'unECT
38:47Henri du
38:53aúde
38:54de
38:55'oh
38:55à ... ...
39:02de
39:03l
39:03'un반
39:04Et numéro 3,
39:07notre climat simplication indique
39:09que l'effet de greenhouse
39:10est déjà large enough
39:12à affecter la probabilité
39:14d'extrême événements
39:15comme la pluie.
39:17En tout cas,
39:19cela représente un cas
39:22que l'effet de greenhouse
39:23a été détecté,
39:25et c'est changer notre climat maintenant.
39:41Ce qui est remarquable chez Hansen,
39:43c'est son immense courage.
39:44Il n'a jamais hésité à dire ce qu'il tenait
39:46pour vrai sans édulcorer ses propos.
39:50Il subissait une énorme pression
39:52de ses collègues, de la Maison Blanche
39:55et de différentes forces politiques
39:58qui voulaient
40:00qu'il modère son discours.
40:03Il aurait pu se dérober
40:04et dire, voilà ce que je pense,
40:06je ne suis pas sûr, il faut attendre.
40:08Mais non.
40:10Boum. Il a dit ce qu'il pensait.
40:12Et il a continué ainsi
40:14tout au long de sa carrière.
40:16Peut-être qu'il n'avait pas toujours raison,
40:18mais il n'a jamais hésité à dire
40:20ce qu'il considérait comme la vérité.
40:21Et à cette époque en particulier,
40:23c'était grand et important.
40:26On est à ce moment clé
40:27où un scientifique de premier plan
40:29annonce que le changement climatique
40:31est déjà en marche.
40:32Ce n'est plus une prévision pour le futur,
40:34ça se passe ici et maintenant.
40:38Le réchauffement climatique
40:40quitte ainsi le cercle restreint
40:41des experts pour faire la une des journaux.
40:46On en parle dans tous les magazines
40:48d'actualité, dans les journaux
40:49télévisés du soir.
40:52Ça devient même un sujet central
40:54de la campagne présidentielle
40:56américaine qui oppose
40:57le démocrate Michael Dukakis
40:59du Massachusetts
41:01à George H. W. Bush,
41:03le vice-président de Reagan.
41:07Bush est un homme d'affaires texan
41:09qui a fait fortune dans l'industrie pétrolière
41:11et a été directeur de la CIA.
41:18Conscient de l'importance politique
41:20de ce sujet,
41:22Bush fait alors une tournée
41:23sur la question environnementale
41:25dans cinq villes du pays
41:26et prononce un discours célèbre.
41:31Vous avez beaucoup entendu parler
41:32de l'effet de serre,
41:33mais laissez-moi vous parler
41:34de l'effet Maison-Blanche.
41:36Quand je serai à la Maison-Blanche,
41:37nous allons résoudre ce problème.
41:41L'année 1988 marque un tournant
41:43aux États-Unis comme dans le reste du monde.
41:46À l'international,
41:47c'est l'année de la création du GIEC,
41:49le groupe d'experts intergouvernemental
41:51sur l'évolution du climat.
41:53Il voit le jour à cause des inquiétudes
41:55grandissantes des dix années précédentes.
41:57Le changement climatique est désormais une réalité.
42:00Les scientifiques doivent faire tout leur possible
42:02pour informer les décideurs politiques
42:04et les pousser à agir.
42:06La première réunion du GIEC a eu lieu
42:09juste après l'élection présidentielle américaine
42:11remportée par George H. W. Bush.
42:14Je m'en souviens très bien.
42:15J'étais dans l'avion pour Genève
42:17pour y assister quand le pilote a annoncé
42:19la victoire de Bush.
42:22Dès le départ,
42:23il était clair que les États-Unis
42:25ne se contenteraient pas de participer au GIEC,
42:27mais qu'ils chercheraient aussi
42:29à en influencer l'orientation
42:30et à en dessiner les contours.
42:33La toute première réunion du GIEC
42:35a lieu à Genève
42:36en novembre 1988.
42:40Scientifiques et environnementalistes
42:41sont enthousiastes.
42:43Mais pour les États-Unis,
42:44il est hors de question
42:46de laisser l'ONU piloter seul
42:48un sujet aussi sensible.
42:52Dans un document du début de l'année 1988,
42:56le département d'État américain écrit
42:58« Objet,
43:00groupe d'experts intergouvernemental
43:02sur le changement climatique.
43:03Il est important que nous jouions un rôle actif
43:06dans la structuration de ce groupe
43:08afin qu'il réponde aux objectifs
43:10du gouvernement des États-Unis.
43:11Ce dont nous avons besoin,
43:13c'est d'un forum intergouvernemental
43:15assurant une interface entre la science et la politique. »
43:20Le département d'État insiste
43:22pour que les représentants gouvernementaux
43:24reflètent l'ensemble des intérêts politiques américains,
43:28l'environnement bien sûr,
43:29mais aussi les intérêts de l'agriculture
43:32et de l'énergie.
43:33Les intérêts industriels, en somme.
43:42A l'aube des années 90,
43:44le futur climatique est enfin
43:46devenu une préoccupation mondiale.
43:49Les élites politiques le savent,
43:51il va falloir que quelque chose se passe.
43:54Mais quoi ?
43:56Les scientifiques du climat sont à leurs chiffres,
43:59leurs courbes, leurs équations,
44:01leurs analyses des glaces, des sols,
44:03des eaux et du ciel,
44:03et ce, partout dans le monde.
44:07Et les industriels, eux,
44:09s'apprêtent à déclarer une guerre.
44:34ces éviteres,
44:35les intérêts humin arrivent.
44:35C'est-à-dire que les personnes
44:35des intérêts,
44:35des intérêts,
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