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Le 11 septembre 2001, les Etats-Unis entrent dans une nouvelle ère : la CIA, qui avait repéré la menace d'Al-Qaïda sans être écoutée, devient l'un des principaux instruments de la riposte américaine. En Afghanistan, ses agents traquent Ben Laden, tentent d'arracher un accord aux talibans et accompagnent la chute rapide de Kaboul, sans parvenir à capturer leur cible. Mais la lutte antiterroriste déborde vite le cadre afghan : elle sert aussi à justifier la guerre en Irak, malgré les doutes internes et les réserves du secrétaire d'Etat Colin Powell. En relayant des informations mensongères, la CIA se retrouve au coeur d'une décision qui engage l'Amérique dans une guerre aux fondements fallacieux.
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00:00...
00:06Derrière ces murs se cache l'agence de renseignement la plus réputée au monde.
00:11Son nom se résume en trois lettres devenues mythiques.
00:15C.I.A.
00:19Depuis des décennies, ses espions volent les secrets les mieux gardés,
00:24infiltrent les gouvernements étrangers,
00:26soutiennent les intérêts de la Maison Blanche à travers le monde.
00:30Avec une mission fondamentale, protéger l'Amérique.
00:34Mais un événement va changer son histoire et celle du monde.
00:44Le 11 septembre a mené la lutte contre le terrorisme à un niveau inimaginable.
00:53Bien qu'elle n'ait pas réussi à empêcher les attentats les plus meurtriers du 21e siècle,
01:00c'est la C.I.A. qui va devoir organiser la riposte et venger l'Amérique.
01:06Désormais, la mission de la C.I.A. n'est plus seulement d'espionner les gens,
01:10c'est aussi dans certains cas de les tuer.
01:12De l'Afghanistan à la Syrie, en passant par l'Irak,
01:16la C.I.A. devient l'arme secrète des États-Unis.
01:20Tout ce que fait la C.I.A. est confidentiel.
01:24L'agence va traquer tous ceux que l'Amérique considère comme ses ennemis,
01:29quitte à y perdre son âme.
01:32La C.I.A. a commis des crimes contre l'humanité,
01:38des crimes contre le pays lui-même.
01:41Nous avons mis en place des prisons secrètes,
01:44nous avons fait des choses insensées.
01:48Personne ne parle de ça.
01:50Personne.
01:52Du 11 septembre 2001 à aujourd'hui,
01:55les espions de la C.I.A. ont travaillé dans le secret le plus absolu.
01:59Certains d'entre eux ont accepté de nous raconter les coulisses de leurs actions clandestines.
02:04Dans l'ombre de l'Amérique en guerre.
02:29Je sais exactement où j'étais le 11 septembre.
02:34Nous nous souvenons tous précisément où nous étions.
02:41Le matin du 11 septembre,
02:43je travaillais au siège de la C.I.A. à Longley, en Virginie.
02:46Et il y avait une télé au-dessus de la porte,
02:49au-dessus de ma tête,
02:50qui diffusait les informations.
02:56On regardait la télé,
02:58on voyait en direct le trou et les flammes.
03:05Et juste au moment où on commençait à peine à réaliser,
03:09l'autre avion a foncé dans la tour sud.
03:24On a regardé ça en direct, comme tant d'autres.
03:42L'après-midi du 11 septembre,
03:46nous savions tous que le monde avait changé à jamais.
03:49Nous étions en guerre.
03:59L'Amérique est sous le choc.
04:03Avec près de 3000 morts et 6000 blessés,
04:06elle, qui se croyait intouchable,
04:08découvre sa vulnérabilité.
04:13En tant qu'officier du contre-terrorisme,
04:16ce jour-là,
04:17on ne fait pas de sentiments.
04:19Je veux dire, c'est comme un chirurgien,
04:21vous voyez.
04:22Si tout à coup, tout part de travers
04:24pendant une opération à cœur ouvert,
04:26vous ne pouvez pas laisser parler vos émotions.
04:30Et je suis assez entraînée dans ce domaine.
04:33Toute ma vie a été comme ça.
04:34Ce n'est pas une seconde nature,
04:35c'est ma nature.
04:52Immédiatement après le 11 septembre,
04:54la CIA est obligée de faire de la lutte contre le terrorisme
04:57sa principale mission.
05:00Ce n'est plus l'espionnage.
05:04Et la division antiterroriste de la CIA,
05:08qui ne comptait que quelques centaines de personnes
05:10avant le 11 septembre,
05:13en compte désormais quelques milliers.
05:17Le président Bush double le budget de la CIA
05:20du jour au lendemain.
05:24Il passe de 3 à 6 milliards de dollars
05:26et il continue d'augmenter.
05:30En 24 heures,
05:32le centre antiterroriste de la CIA
05:34triple de volume.
05:38Et tout le monde,
05:40littéralement tout le monde,
05:41est debout 24 heures sur 24,
05:44à éplucher les dossiers.
05:46Moi, je ne suis pas rentré pendant 4 jours.
05:50Si j'avais besoin de dormir,
05:51je dormais sous mon bureau une heure ou deux.
05:58On parle de centaines de personnes
06:00travaillant sur les groupes terroristes.
06:03Le Hezbollah,
06:04Amshin Rikyo,
06:05des groupes communistes,
06:07le Sentier Lumineux, etc.
06:08On travaillait sur ces dossiers.
06:11Il faut toujours envisager
06:12toutes les possibilités.
06:14Mais,
06:16très vite,
06:17on identifie Al-Qaïda.
06:24Al-Qaïda est une organisation
06:25terroriste islamiste
06:27qui prône depuis les années 90
06:28le djihad contre l'Occident.
06:31Une organisation que la CIA
06:32surveille de près.
06:34Et dont le fondateur,
06:35Oussama Ben Laden,
06:37un richissime saoudien,
06:38vit dans la clandestinité
06:39en Afghanistan.
06:46Je m'appelle Robert Grenier.
06:49J'étais chef de station
06:50de la CIA à Islamabad,
06:52au Pakistan,
06:53au moment du 11 septembre.
07:01J'étais responsable
07:02à la fois de l'Afghanistan
07:03et du Pakistan.
07:07Le 19 septembre,
07:09nous avons reçu
07:10un rapport
07:11d'un agent de confiance.
07:15Il était bien introduit
07:16au sein d'Al-Qaïda.
07:18Il était avec
07:19un certain nombre
07:20de ses combattants.
07:23Et Ben Laden est apparu.
07:31Ben Laden a reconnu
07:33qu'ils étaient responsables
07:34de l'attaque du 11 septembre.
07:39Donc, on va devoir répondre
07:41au 11 septembre.
07:43Répondre de manière
07:44très forte.
07:46Ça veut dire détruire
07:48Al-Qaïda.
07:50Tuer Oussama Ben Laden
07:51et tous ceux
07:52qui l'entourent.
08:03de l'assiette.
08:06Il s'est passé sur le 11 septembre.
08:08Il s'est passé sur le 11 septembre.
08:11Il s'est passé sur le 11 septembre.
08:35Une semaine après les attentats, George Bush annonce que l'Amérique entre en guerre.
08:39Une guerre contre la terreur, sans frontières, sans durée, contre quiconque menace les Etats-Unis.
08:47Première cible, Al-Qaïda et les talibans.
08:51Ce régime fondamentaliste tient l'Afghanistan d'une main de fer et protège Oussama Ben Laden.
09:01George Bush demande à son équipe de sécurité nationale, comment allons-nous réagir à tout ça ?
09:09Le chef de l'armée dit « Nous pouvons avoir un plan dans quelques mois ».
09:15Et la CIA dit « Nous, on y va dès demain ».
09:19Kofar Black, alors responsable de la lutte contre le terrorisme, apporte un paperboard avec des photos de Ben Laden, d
09:29'Al-Zawahiri, les leaders connus d'Al-Qaïda.
09:32Et en s'adressant au président, il fait défiler les feuilles et il dit « Ben Laden, mort ».
09:39Et il jette la photo.
09:41« Zawahiri, mort ! Les mouches vont se promener sur leurs yeux. »
09:45Et George Bush, il adore ça.
09:48Et c'est comme ça que la guerre contre le terrorisme, contre Al-Qaïda, devient dès le départ une opération
09:55de la CIA.
09:57Et c'est après cette réunion que Bush lance « Nous allons retrouver Ben Laden, mort ou vif ».
10:21Le 11 septembre 2001, j'étais en Australie.
10:27J'étais le chef de station de la CIA là-bas.
10:32Le directeur de la CIA, George Tenet, m'a demandé si j'acceptais de rentrer pour organiser et diriger la
10:39réponse de l'agence contre Al-Qaïda en Afghanistan.
10:43Et bien sûr, j'ai dit « Oui ».
10:49A l'époque, la force paramilitaire de la CIA était incroyablement réduite, à peine quelques dizaines de personnes.
10:55L'une de mes tâches les plus importantes, c'était de recruter et de monter ce qui allait devenir une
11:00vaste opération de soutien.
11:01On a vraiment construit ça à partir de rien, en quelques jours.
11:05Et heureusement, les volontaires ne manquaient pas.
11:14Le matin du 11 septembre, je travaillais sur les Afghans et sur le contre-terrorisme.
11:27Et ma femme m'a dit « Tu réalises que tu ne vas pas rester ici très longtemps.
11:34Tu vas te retrouver en Afghanistan. »
11:45Le directeur Tenet m'a donné des instructions très claires.
11:50Votre mission ? Détruire les talibans et capturer ou éliminer tous les membres d'Al-Qaïda que vous pourrez trouver.
12:12J.R. Seeger et son équipe arrivent dans le nord de l'Afghanistan pour préparer la guerre.
12:18Ils ne sont que huit.
12:20Ils sont parmi les premiers Américains à mettre le pied sur le sol afghan.
12:24Leur mission ? Rallier à leur cause des factions locales opposées aux talibans.
12:32On est arrivés à bord de deux hélicoptères.
12:35On ressemblait à un gang de motards avec des kalachnikovs.
12:40On ne savait pas combien de temps on allait rester.
12:43Donc on a pris tout ce qu'on pouvait porter, nos ordinateurs portables,
12:48quelques appareils photos, un petit générateur pour avoir de l'électricité.
12:52J'avais une tenue de rechange et le reste dans mon sac, c'était de l'argent.
12:59Notre boulot, c'était d'aider les Afghans à lutter contre Al-Qaïda plutôt que de s'entretuer.
13:08Un des moyens d'y arriver, un des moyens de fluidifier les relations, c'est l'argent.
13:16Dans mon sac, j'avais un million de dollars.
13:22Ils arrivent avec des valises de cash pour faire ça.
13:25Et ça devient une habitude, parce que nous faisons alliance avec des seigneurs de guerre
13:29qui ont un bilan lamentable en matière de droits de l'homme,
13:33mais qui n'aiment pas les talibans.
13:36Et à ce moment-là, c'était la seule question qui comptait.
13:39Qui peut nous aider à trouver où sont les talibans et Al-Qaïda et à les éliminer ?
13:47Nous avons distribué environ 3 millions de dollars.
13:51Mais en fin de compte, c'est leur combat.
13:55Ce sont eux qui doivent être prêts à libérer leur propre pays.
14:04C'est à cheval que les hommes de la CIA avancent avec leurs alliés afghans.
14:09Dans les zones les plus reculées du pays.
14:11Ils y traquent Al-Qaïda et son chef, Oussama Ben Laden.
14:21Au même moment, l'armée américaine se tient prête à bombarder massivement l'Afghanistan.
14:27La CIA va tenter un dernier coup de poker pour éviter la guerre.
14:34À la CIA, Bob Grenier pensait que la guerre serait un désastre pour tout le monde.
14:41Pour les Américains comme pour les Afghans.
14:47Et Grenier a essayé de trouver une issue négociée à la guerre qui se profilait.
14:55Ce que Bob faisait pour dialoguer avec les talibans était d'une importance cruciale.
15:01Car il devait trouver un moyen de savoir si les talibans livreraient Al-Qaïda ou Ben Laden.
15:11Robert Grenier sait qu'il n'aura pas deux occasions pour convaincre les talibans de coopérer avec les Américains.
15:19Une source afghane va lui permettre de rencontrer le Mola Osmani, le numéro 2 des talibans.
15:27On s'est assis autour d'une table et je lui ai dit « Les Américains vont venir, ils vont
15:32vous attaquer, sauf si vous et moi, on trouve le moyen d'éviter ça ».
15:37Et il m'a dit « Écoutez, cet homme Ben Laden, on ne l'aime pas non plus. Il faut
15:44trouver une solution. »
15:45Et il a fait quelque chose d'extraordinaire. Je n'avais jamais vu ça.
15:50Il a enlevé son turban et il l'a posé sur la table.
15:53Il m'a dit « Dites-moi ce que je dois faire. »
15:56C'était mieux que tout ce que j'aurais pu espérer.
15:59« Ok, très bien. On a un problème commun. Trouvons une solution. »
16:06Donc je lui ai dit « Vous devez faire une déclaration publique, dire que ce que Ben Laden a fait
16:11est contraire à l'islam. »
16:13« Et vous devez ordonner à vos troupes d'arrêter Ben Laden et ses principaux lieutenants et de nous les
16:23remettre discrètement. »
16:26Il s'est levé, je me suis levé et il m'a pris dans ses bras.
16:32Il a dit « Je vais le faire. »
16:38Je savais que les opérations militaires américaines devaient commencer.
16:44Donc je lui ai dit « Quoi que vous fassiez, faites-le très, très vite et faites-le-moi savoir.
16:52»
16:53Il a dit « Ok, je vous recontacte. »
16:58Un jour est passé, puis encore un autre.
17:08Et ça a échoué.
17:11Vous savez, les talibans disaient toujours « Les Américains ont des montres, mais nous, nous avons le temps. »
17:18Dès le départ, ils savaient que les Américains finiraient par se lasser et partiraient un jour.
17:37Un déluge de feu s'abat sur les positions d'Al-Qaïda et les installations militaires du régime taliban.
17:45Au sol, les factions afghanes, alliées des Américains et accompagnées par la CIA, reprennent le contrôle des villes une à
17:51une.
17:54Jusqu'à faire tomber Kaboul, la capitale, deux mois après le 11 septembre.
18:00« Kaboul est tombé, à ma grande surprise, en moins d'un jour. »
18:08« La seule façon de le décrire, pour donner un peu de contexte, c'est comme une archive en noir
18:13et blanc de la libération de Paris.
18:17Quand les chars arrivent et que les gens sont si enthousiastes de voir les forces alliées défiler.
18:25On a même eu du mal à traverser la foule.
18:29Les talibans, eux, se sont évaporés. »
18:35Les talibans renversés en quelques semaines, reste à débusquer celui pour qui cette guerre a été lancée.
18:41Oussama Ben Laden.
18:44La CIA s'installe dans une vieille forteresse du nord du pays.
18:48L'équipe de J.R. Seeger y interroge des prisonniers susceptibles de les mettre sur la trace de leur ennemi.
18:57Fin novembre, un chef taliban est venu nous voir et a dit
19:01« On comprend qu'on est en train de perdre.
19:06On veut se rendre avec des combattants d'Al-Qaïda. »
19:17Il y avait des prisonniers d'Al-Qaïda.
19:20Il les interrogeait.
19:22« Qu'est-ce que c'est ton nom ? »
19:24« Abdelhamid. »
19:25« Deux de nos officiers étaient présents et Mike Spahn était l'un d'entre eux. »
19:30« Mike Spahn faisait partie de l'équipe Alpha. On était huit. »
19:39« Certains combattants étrangers d'Al-Qaïda avaient caché des pistolets et des grenades collées sur leur poitrine. »
19:47« Ils les avaient enveloppés dans des bandages imbibés de sang pour faire croire qu'ils étaient blessés. »
19:56« Quand ils ont décidé d'enclencher l'attaque, Mike était à l'intérieur de la forteresse et la fusillade
20:05a éclaté. »
20:09« Ils ont riposté et ça a été une bataille horrible pendant deux jours. »
20:24« Et pendant que tout ça se passait, Girard m'a appelé. »
20:29« On essayait de savoir si Mike était vivant. »
20:33« Mais quelqu'un au bureau de presse du Pentagone a fait une annonce, sans aucune coordination avec nous, disant
20:39que ce citoyen américain était porté disparu et présumé mort. »
20:45« La femme de Mike, Shannon Spahn, était en voiture. »
20:51« Elle entend l'annonce à la radio, s'arrête et appelle le siège de la CIA. »
20:56« Et je me souviens d'avoir dit à Shannon que oui, c'était Mike. »
21:00« Et qu'il avait probablement été tué au combat. »
21:10« Mike a été la première victime américaine, le premier tué en Afghanistan en 2001. »
21:20« Dans le hall d'entrée de la CIA, un mémorial honore le sacrifice des espions. »
21:27« Chaque étoile gravée symbolise un membre de l'agence tué en service. »
21:33« Mike Spahn est désormais immortalisé sur ce mur sacré. »
21:39« 38 officiers de la CIA mourront pendant cette guerre. »
21:49En Afghanistan, la traque de Ben Laden s'avère bien plus complexe que de faire tomber le régime taliban.
21:58« Il n'a fallu que quelques semaines pour que les principaux dirigeants talibans soient balayés. »
22:04« Cal-Qaïda fuient vers d'autres régions du pays, puis vers les montagnes de Thora Bora, où ils espéraient
22:09pouvoir s'échapper. »
22:10« Et certains y sont arrivés. »
22:15« Il se trouve jusque derrière les montagnes pakistanaises. »
22:19« Mais pour l'instant, on ne sait pas si Ben Laden a été blessé dans ces bombardements. »
22:25« Et si Ben Laden se réfugiait dans la zone tribale pakistanaise, ce serait très difficile pour les Américains d
22:30'aller le chercher. »
22:33« On savait très bien que le repli se faisait vers Thora Bora pour pouvoir battre en retraite vers le
22:38Pakistan. »
22:42« Donc on a compris qu'il y avait un risque réel. »
22:46« Si on ne capturait pas ou ne tuait pas Ben Laden à Thora Bora ou dans la région, il
22:51pourrait s'échapper. »
22:56« Ben Laden a bénéficié à la fois de l'aide des talibans et d'éléments au sein du gouvernement
23:02pakistanais. »
23:06« C'est comme ça qu'il nous a échappés. »
23:18« Les talibans renversés, Ben Laden évaporé, les États-Unis décident de rester en Afghanistan et d'imposer un changement
23:25de régime. »
23:27« Des dizaines de milliers de soldats sont déployés pour, officiellement, instaurer la démocratie. »
23:33« Fin 2001, Hamid Karzai a été choisi par la CIA pour devenir le nouveau roi d'Afghanistan. »
23:44« L'Afghanistan renoue doucement avec la démocratie. »
23:48« Il s'appelle Hamid Karzai, il parle anglais, il a étudié aux États-Unis. »
23:53« Tout le monde a reconnu que Hamid Karzai était l'homme de l'Amérique parce qu'il était l
23:59'homme de la CIA. »
24:04« C'était quelqu'un autour de qui on pensait pouvoir rassembler un soutien politique large en Afghanistan. »
24:10« Et nous, la CIA, on l'a clairement soutenu. »
24:17« C'était un gouvernement alimenté et soutenu par l'argent de la CIA et corrompu par cet argent. »
24:36« La réalité, c'est que la CIA mène des opérations à long terme, partout dans le monde et depuis
24:43toujours. »
24:46« Donc, si nous avons pu agir si rapidement après le 11 septembre, ce n'est pas parce que nous
24:51étions meilleurs ou plus intelligents ou quoi que ce soit d'autre. »
24:56« C'est parce que les relations avec la résistance afghane que nous avons utilisées en 2001 étaient des relations
25:03établies dès les années 80, pendant l'occupation soviétique. »
25:12« Si l'Afghanistan est un terrain connu de la CIA, c'est qu'elle y a mené durant la
25:17guerre froide une bataille contre son plus grand ennemi de l'époque, l'Union soviétique. »
25:24« Elle y soutenait les combattants afghans contre l'invasion russe. »
25:29« Un soutien américain qui prend fin en 1989, lorsque l'URSS, défaite, se retire du pays. »
25:40« Et à la fin de la guerre froide, la CIA dit « Mission accomplie. »
25:47« Tout change. Le mur tombe, l'Union soviétique est dissoute. »
25:53« Au sein de la communauté du renseignement, de sérieuses questions se posaient quant à savoir si nous avions encore
25:59besoin d'une CIA. »
26:01« La question est devenue, quelle est notre mission maintenant ? »
26:05« Pendant 40 ans, l'agence s'est concentrée quasi exclusivement sur la lutte contre ce monolithe soviétique. »
26:44« Et au début de 1993, il y a eu une attaque contre le World Trade Center. »
26:53« Quelqu'un avait garé une camionnette contenant des explosifs dans le sous-sol. Elle a explosé. »
27:00« C'est la première fois que les États-Unis sont attaqués sur leur sol depuis Pearl Harbor. »
27:11« L'attaque de 1993 contre le World Trade Center n'est qu'un début. »
27:17« Cinq ans plus tard, deux attentats simultanés soufflent les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie. »
27:26« 24 personnes sont tuées. »
27:33« En octobre 2000, le navire de guerre USS Cole est frappé au Yémen par un bateau kamikaze. »
27:40« 17 marins périssent. »
27:43« La CIA réalise la menace que représente ce nouvel ennemi. »
27:46« Mais ces alertes ne seront jamais entendues. »
27:52« C'est là que nous voyons les indicateurs d'un complot d'Al-Qaïda conçu et dirigé depuis l
27:59'Afghanistan. Quelque chose d'énorme. »
28:03« Et je me suis dit, ok, maintenant on va vraiment comprendre qu'on est en guerre. Les autorités vont
28:08nous suivre, on va pouvoir aller en Afghanistan et tuer l'ennemi. »
28:14« Malheureusement, ça ne s'est pas passé comme ça. »
28:17« Aucune mesure n'a été prise parce que le problème n'était pas pris au sérieux par la direction.
28:22Cela n'a été pris en compte que bien plus tard, mais certainement pas au niveau politique. Donc oui, c
28:28'était comme prêcher dans le désert. »
28:32« Personne ne nous croyait. Un collègue m'a même dit que j'étais en train de transformer Ben Laden
28:37en croque-mitaine, que je le voyais partout, à chaque coin de rue. »
28:46« La CIA n'est pas la seule à traquer Al-Qaïda. Le FBI, autre service de renseignement américain, a
28:53pour mission d'enquêter partout dans le monde dès qu'un citoyen américain est concerné. »
29:02« Je m'appelle Ali Soufane. À cette époque, je travaillais pour le FBI. Et j'ai toujours pensé que
29:11CIA et FBI, nous étions une seule et même équipe. »
29:17« Mais j'avais tort. »
29:23« Durant ses investigations sur l'attentat de l'USS Cole, le FBI découvre qu'Al-Qaïda a organisé une
29:30réunion très importante en Malaisie. »
29:35« Malheureusement, on ne savait rien de cette réunion. On a demandé à nos collègues de la communauté du renseignement.
29:44Vous savez quelque chose sur une réunion en Asie du Sud-Est ? »
29:48« Non. On ne sait pas de quoi vous parlez. Donc on commence à mener notre propre enquête. On vérifie
29:55les numéros de téléphone, les appels. On finit par identifier des numéros en Malaisie et à Bangkok qui étaient impliqués
30:02dans cette réunion. »
30:04« Mais ces numéros, vous les connaissez ? On ne sait pas de quoi vous parlez. »
30:14« On a un nouveau président. »
30:24« Le nouveau président, George W. Bush, prend ses fonctions en janvier 2001. »
30:30« Et en avril, le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, déclare que les États-Unis ne sont confrontés à
30:37aucune menace stratégique dans le monde. »
30:41« Vous voyez, on est au printemps, début de l'été 2001, et on voit toujours le même type de
30:50signaux. Quelque chose se prépare en Afghanistan, là où Al-Qaïda est installée. »
30:58« Cet été-là, George Tenet, le directeur de la CIA, se rend à la Maison-Blanche et déclare «
31:06Al-Qaïda va attaquer. »
31:09« Le président ne prend pas ça au sérieux, du tout. »
31:15« On envoie des demandes, qu'on pose des questions, on nous répond. On ne sait pas de quoi vous
31:19parlez. »
31:24« Le 11 septembre arrive. »
31:27« Et le 12, on me remet un dossier. »
31:31« Et dans ce dossier, les réponses à toutes les questions qu'on pose. »
31:39« On réalise que deux personnes présentes à cette réunion en Malaisie faisaient partie des pirates de l'air du
31:4511 septembre. »
31:49« Ils étaient à bord des avions qui ont percuté le World Trade Center et le Pentagone. »
31:58« Des gens au sein de notre propre gouvernement avaient décidé de tenir le FBI totalement dans l'ignorance. »
32:06« Oui, c'est exact. Ces informations n'ont pas été partagées. »
32:13« Si nous l'avions fait, que se serait-il passé ? Je n'en sais rien. »
32:21« C'était un choc. Et à ce moment-là, j'ai quitté la pièce sécurisée. Je suis allé aux
32:30toilettes et j'ai vomi. »
32:35« Malheureusement, notre inaction a conduit à l'attaque terroriste, la plus horrible de l'histoire. »
32:43« Le 11 septembre est la plus grande défaillance des services de renseignement de l'histoire américaine. »
32:48« Et qu'est-ce qu'on peut faire ? On ne peut pas revenir en arrière. »
32:58« Cette guerre des services qui conduit la CIA à ne pas partager des informations cruciales avec le FBI a
33:04eu des conséquences terribles. »
33:38« Fin 2001, George Bush se lave les mains de l'Afghanistan et se tourne vers l'Irak. »
33:50« Et je ne me souviens pas exactement quand, mais très tôt, il est devenu clair que l'attention de
33:58l'administration s'était déplacée de l'Afghanistan vers l'Irak. »
34:14« Maintenant, le vrai méchant, c'est Saddam Hussein, et on va s'occuper de lui. »
34:25« Soudainement, l'administration Bush s'est intéressée à tout ce qui pouvait être une menace venant de l'Irak
34:30de Saddam. »
34:33« J'ai entendu parler de l'Irak pour la première fois à l'automne 2001. »
34:38« Cela a été posé comme une question. Pourrait-il avoir une alliance avec Al-Qaïda ? »
34:43« Et je me souviens l'avoir rejetée d'emblée, parce qu'aucun renseignement n'indiquait ça. »
34:55« Les preuves d'un lien entre Al-Qaïda et Saddam Hussein sont quasiment inexistantes. Il n'avait vraiment rien
35:04qui reliait Al-Qaïda à l'Irak. »
35:09« Et puis, il y a cette idée. »
35:19« Puisque Saddam Hussein fabriquait des armes de destruction massive pendant la Première Guerre du Golfe,
35:27il doit forcément en fabriquer encore en 2001. »
35:32« La CIA est chargée de découvrir quel est l'arsenal d'armes de destruction massive de Saddam. »
36:00« Nous ne savions presque rien sur le programme d'armement de l'Irak. »
36:07« On ne savait pas ce qui se passait en Irak. On avait des images satellites.
36:12Mais on était nous-mêmes convaincus que s'il n'avait pas encore reconstitué ses programmes, il était en train
36:17de le faire. »
36:19« C'est certainement ce qu'il faisait. »
36:22« La plupart des analystes de la CIA sont convaincus que l'Irak possède un programme d'armes chimiques. »
36:28« Ils doivent avoir un programme parce qu'ils en avaient un par le passé. »
36:33« Et les projecteurs étaient braqués sur ce que nous allions faire. »
36:39« Les espions de la CIA sont envoyés sur le terrain pour traquer toute trace d'armes de destruction massive,
36:45qu'elles soient chimiques, biologiques ou même nucléaires. »
36:51« Les équipes sur le terrain en Irak collectaient toutes les informations possibles. »
36:56« Jusqu'à cette époque, la CIA n'avait vraiment aucune preuve. »
37:02« La réalité, c'est qu'il n'y avait rien. »
37:06« Mais nous y avons cru. »
37:09« Sous-titrage Société Radio-Canada »
37:20« Some have said, we must not act until the threat is imminent. »
37:27« Since when have terrorists and tyrants announced their intentions, »
37:31« politely putting us on notice before they strike ? »
37:35« Trusting in the sanity and restraint of Saddam Hussein »
37:38« Ce n'est pas une stratégie et ce n'est pas une option. »
37:49« Les analystes de la CIA chargés des armes de destruction massive travaillent avec la conviction que,
37:58peu importe ce que disent les services de renseignement, Bush va partir en guerre. »
38:06« George Bush demande à Colin Powell, son secrétaire d'État,
38:13d'aller vendre la guerre aux Nations Unies face au monde entier. »
38:22« Ils demandent à Colin Powell, cet homme d'État expérimenté et ancien chef d'État-major respecté,
38:28d'aller plaider en faveur d'une invasion de l'Irak.
38:31Mais Colin Powell a des doutes.
38:34« Powell était dans ce que j'appellerais un état de perplexité quant à la marche à suivre. »
38:51« Si je me souviens bien, il est revenu de cette réunion,
38:54et l'une des premières choses qu'il a faites à son retour à son bureau,
38:57nous avions des bureaux adjacents,
39:00il a dit « Je vais me rendre aux Nations Unies
39:03et défendre les arguments en faveur d'une guerre en Irak. »
39:09« Si j'y vais, c'est parce qu'il me présente comme la personne la plus influente auprès du
39:14peuple américain. »
39:16« Ma cote de popularité est semblable à celle de Mère Thérésa,
39:20environ 71-72% auprès du peuple américain. »
39:24« C'est sans précédent. »
39:26« Je l'ai regardé et je lui ai dit,
39:27« D'accord, vous y allez quand ? »
39:29« Il a dit, c'est prévu pour la première semaine de février. »
39:33« On était le 29 janvier, si je me souviens bien. »
39:37« J'ai dit, waouh, c'est très court. »
39:39« Il a dit oui. »
39:41« Et vous allez être chargé de préparer mon discours. »
39:44« À ce moment-là, j'aurais dû démissionner. »
39:54« Colin Powell est venu à la CIA. »
39:58« Il venait tous les soirs après le travail, pendant une semaine, week-end compris. »
40:02« Assis avec les analystes, a passé en revue ce qu'il allait dire au monde. »
40:10« Et comme il se devait, il a essayé de vérifier toutes les sources, de s'assurer que tout était
40:15exact, qu'il n'exagérait pas le dossier. »
40:22« Mais au bout du compte, on lui a menti. »
40:28« Et puis en arrivant à l'anglais, je découvre que George Tenet ne met à disposition de Powell et
40:35moi que deux analystes, sur les quelques 3500 que compte la CIA. »
40:40« On aurait dû comprendre tout de suite que cette présentation était truquée, complètement truquée. »
40:47« George Tenet, le directeur de la CIA, tient à l'écart de ces réunions tous les analystes et les
40:53officiers de la CIA qui ont exprimé des doutes sur l'existence d'armes de destruction massive. »
40:59« Il étouffe la dissidence. Et ce n'est pas ce qu'est censé faire le directeur de la CIA.
41:07»
41:08« Colin Powell arrive à New York, où il va devoir obtenir le soutien de la communauté internationale. »
41:15« Malgré les heures passées à écouter les équipes de la CIA, il doute encore de la présentation qu'il
41:20doit faire devant les Nations Unies. »
41:24« Il n'est pas opposé à la guerre et sait que Saddam Hussein cache des choses. Mais qu'en
41:28est-il de son propre gouvernement ? Et s'il était manipulé ? »
41:33« Powell, en bon soldat, endosse sa mission malgré tout, mais impose une condition. »
41:41« Le moment le plus intense a eu lieu à la cafétéria, quand Powell est arrivé pour la première fois
41:46à lire intégralement son discours à vote, sans interruption. »
41:53« Et alors qu'il conclut en disant que c'est trop long, il se tourne vers George Tenet et
41:58lui dit
41:58« Vous approuvez chaque mot ? »
42:05« Tenet répond oui. »
42:08« Et Powell dit « Bien, parce que vous allez être assis juste derrière moi, devant les caméras. »
42:15« Ça a été un choc, parce qu'on ne met pas le directeur de la CIA devant les caméras.
42:22»
42:23« Et pourtant, si vous regardez le discours, pendant une heure et demie, vous avez George Tenet qui vous fixe.
42:30»
42:31« C'était une manière de dire, vous allez partager la responsabilité avec moi. »
42:37« Je me souviens, comme presque tout le monde à la CIA, avoir regardé le discours de Colin Powell aux
43:04Nations Unies avec George Tenet assis derrière lui. »
43:08« Et je me souviens m'être dit, il a intérêt à avoir raison parce qu'il est en train
43:14de jouer toute sa réputation. »
43:18« L'hypothèse selon laquelle Saddam possédait des armes biologiques provenait d'un transfuge irakien qui avait pour nom de
43:47code Curveball. »
43:48« Oui, Curveball. Oh mon Dieu. »
43:55« Je regardais ça à la télévision, au siège de la CIA. »
44:00« Et je me suis dit, mais c'est quoi ce bordel ? »
44:03« Comment ? Attends, quoi ? »
44:12« Je suis retournée à mon bureau après avoir vu ça et j'ai eu la nausée. »
44:20« Il était clair que nous allions envahir l'Irak sous de faux prétextes. »
44:27« Aux Nations Unies, plusieurs pays doutent. »
44:33« La France et la Russie menacent même d'opposer leur veto. »
44:37« Le président décide de se passer d'un vote et de lancer la guerre avec une poignée d'alliés,
44:42sans le soutien de l'ONU et de la communauté internationale dans son ensemble. »
44:51« Est-ce que c'est décevant ? »
44:54« Est-ce que c'est frustrant ? »
44:57« Absolument. »
45:00« Mais ce n'est pas le travail de la CIA de convaincre nos décideurs politiques d'une chose ou
45:06d'une autre. »
45:09« Et donc, la guerre commence. »
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