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Aujourd'hui, dans les "4V", Francis Letellier revient sur les questions de l'actualité avec Sophie Binet, secrétaire générale de la Confédération générale du travail.
Aujourd'hui, dans les "4V", Francis Letellier revient sur les questions de l'actualité avec Sophie Binet, secrétaire générale de la Confédération générale du travail.
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00:03Bonjour Maya, bonjour à tous. Face au prix qui augmente, faut-il augmenter les salaires ?
00:07C'est l'un des débats de cette rentrée qui va durer jusqu'à l'élection présidentielle.
00:10Mon invité aujourd'hui c'est Sophie Binet. Bonjour Sophie Binet.
00:12Bonjour.
00:13Vous êtes secrétaire générale de la CGT.
00:14C'est surtout le gaz, l'électricité, les carburants qui augmentent.
00:17Et le gouvernement a dit qu'il allait prolonger les systèmes d'aide, que ce soit chèque énergie ou aide
00:22aux carburants.
00:22Ça vous suffit ou vous demandez plus encore ?
00:24Non, c'est totalement insuffisant. Je rappelle que les augmentations de prix sont énormes.
00:28C'est 6% sur les produits frais, 17% sur les prix de l'énergie.
00:33Ce n'est pas seulement le carburant, c'est aussi le gaz.
00:34Et c'est l'ensemble des travailleurs et des travailleuses qui sont concernés.
00:38Cette rentrée, c'est la rentrée du déclassement pour les travailleurs et les travailleuses.
00:42Nos salaires n'ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2020. C'est la première fois.
00:46Donc qu'est-ce qu'il faut faire face à l'augmentation des prix ?
00:49On va parler des salaires probablement, mais est-ce qu'il faut bloquer les prix par exemple ?
00:51Oui, c'est sûr qu'il faut bloquer certains prix.
00:53Mais lesquels ? Sur quoi ? Est-ce que c'est sur les carburants ? Est-ce que c'est
00:55sur l'alimentation ? Sur quoi ?
00:56Déjà, les carburants, ça, il faut les bloquer.
00:58Et ensuite, sur l'alimentation, il faut regarder parce qu'on sait que le problème,
01:02c'est les marges arrières de la grande distribution et de l'industrie agroalimentaire.
01:06Évidemment, les prix des producteurs augmentent malheureusement face à la catastrophe climatique.
01:10Mais le problème, c'est les profits entrent.
01:13Et on l'a vu en 2020, ce qui s'est passé, c'est que la grande distribution et l
01:16'industrie agroalimentaire
01:17a fait énormément de profits indus et que c'est nous qui avons payé l'addition à la fin.
01:22Donc aujourd'hui, vous dites, on avait parlé beaucoup des super-profiteurs au moment de l'acquis pétrolière,
01:26en taclant notamment Total.
01:27Aujourd'hui, vous dites que les super-profiteurs, ce sont les gens de la grande distribution.
01:32Je dis que c'est aussi Total, puisque Total fait encore des bénéfices faramineux.
01:37Et de l'industrie agroalimentaire, il faut regarder.
01:39C'est là où il y a des marges.
01:41On l'avait vu en 2020 et je suis sûre qu'on va le voir là.
01:44Donc, il faut le regarder.
01:45Et puis, évidemment...
01:46Il faut taxer les super-profits de la grande distribution, c'est ce que vous voulez dire.
01:48Oui, et il faut encadrer les prix pour que ces produits essentiels, indispensables de pouvoir se nourrir,
01:54soient accessibles pour les travailleurs et les travailleuses.
01:56On sait qu'il y a déjà beaucoup de Françaises et de Français qui ne mangent pas trois repas par
01:59jour.
02:00Et évidemment, il faut augmenter les salaires.
02:03L'augmentation des salaires, justement.
02:04Alors, c'est un débat partout, y compris à droite et dans le bloc central,
02:06où il y a une idée qui ressort, qui n'est pas nouvelle, mais qui ressort dans la campagne présidentielle,
02:10qui est de rapprocher le salaire net du brut, c'est-à-dire qu'il y ait moins d'écart
02:16entre les deux.
02:17Est-ce que c'est une idée qui vaut d'être discutée ?
02:19Non, ça s'appelle un énorme enfumage.
02:21Le salaire net, c'est pour le mois.
02:22Le salaire brut, c'est pour la vie.
02:24Le salaire brut, c'est nos cotisations retraite, chômage, maladie, famille.
02:29C'est tous nos droits, en fait.
02:30Donc, quand on baisse le salaire brut, on baisse les droits des salariés derrière.
02:34Ce qu'il faut, c'est augmenter les salaires bruts,
02:37donc pour avoir à la fois plus à la fin du mois, mais aussi plus de droits sociaux.
02:41On a besoin d'avoir plus de droits en matière de retraite, de chômage ou de maladie, par exemple.
02:45Ce qui veut dire aussi que, vous parlez des cotisations sociales,
02:49on parle beaucoup des arrêts maladie en ce moment.
02:50Depuis aujourd'hui, ils sont plafonnés lors de la première prescription,
02:53pas plus d'un mois d'arrêt maladie avant éventuellement un renouvellement.
02:56Et le gouvernement, dans son projet de budget à venir,
02:59estime qu'il va falloir encore faire des économies et des efforts, c'est ces mots,
03:02sur les arrêts maladie, sur les dépenses publiques.
03:05Est-ce que là aussi, vous dites, il faut en discuter, il y a des économies à faire ou pas
03:10?
03:10Non, mais il faut arrêter cet acharnement contre les malades.
03:13Ce qu'il faut, c'est regarder, il y a des choses à faire pour comprendre les causes.
03:16Pourquoi est-ce que les arrêts maladie augmentent ?
03:18Ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on va résoudre les symptômes et résoudre la maladie.
03:22Nous, ce qu'on note, c'est qu'un salarié sur deux présente des signes de détresse psychologique au travail.
03:29Ça n'a jamais été aussi élevé.
03:31Un tiers des salariés se dit au bord du burn-out.
03:33Comment vous l'expliquez ?
03:34En fait, le problème, c'est qu'au quotidien, au travail, on nous demande toujours de faire plus avec moins.
03:39On a un travail qui correspond de moins en moins à notre éthique professionnelle,
03:44avec des objectifs chiffrés qui ne correspondent pas au sens de notre travail.
03:49Il est là, le problème, et c'est là-dessus qu'il faut agir.
03:51Et donc, vous estimez que ce n'est pas assez pris en compte ?
03:54Oui, et puis...
03:54Ces nouveaux risques ?
03:55Bien sûr. Et le dernier problème, c'est l'absence totale de reconnaissance au travail.
03:59C'est là-dessus dont il faut...
04:01C'est de ça dont il faut parler.
04:03Stigmatiser les malades, ça ne sert à rien.
04:05Ça n'a jamais fait reculer les arrêts malades.
04:06Le gouvernement, lui, il doit faire un budget à la fin de l'année et dit qu'il va falloir
04:09faire des économies.
04:10Donc, tout le monde va y passer, peut-être les retraités les plus aisés.
04:12Je le disais, peut-être aussi certaines dépenses d'assurance sociale.
04:16La gauche menace de censurer.
04:19Vous dites, vous, pas besoin de discuter là-dessus, c'est non.
04:21Donc, il faut aller à la censure directement.
04:23Nous, ce que nous disons aux salariés, aux travailleurs et aux travailleuses, c'est que le seul moyen d'être
04:28entendu, c'est de se mobiliser.
04:29Il y aura beaucoup d'initiatives de mobilisation en septembre.
04:32Le point d'orgue, c'est le 29 septembre, grande grève pour nos salaires et nos services publics.
04:37J'appelle tous les agents publics qui nous écoutent à se mettre en grève pour que toutes celles et ceux
04:42qui passent leur temps à stigmatiser les fonctionnaires,
04:44à dire que les fonctionnaires coûtent cher, voient ce que c'est une journée noire sans service public.
04:48Mais, politiquement, si ça doit passer par la censure, pour vous, c'est une possibilité, c'est une option.
04:54Nous, pensons qu'il faut tout faire pour empêcher un budget régressif pour les travailleurs et les travailleuses.
05:00Il y en a assez de ce cauchemar sans frein du macronisme.
05:03Nous, on va se mobiliser et après, c'est aux responsables politiques de prendre leurs responsabilités.
05:08Ce n'est pas les nôtres.
05:09Nous, ce que nous disons, c'est que...
05:09Mais si la gauche dit, pas que la gauche, peut-être le RN aussi, il faut censurer le budget, vous
05:15dites, bah oui, il faut censurer, ça passe par là.
05:18Bah, bien sûr, nous, nous pensons qu'il faut bloquer un budget régressif pour les travailleurs.
05:22Il y en a assez de ces gouvernements qui passent leur temps à nous faire les poches alors que nos
05:26poches sont de plus en plus vides.
05:27Le problème, c'est que d'abord, c'est un scandale d'un point de vue social, mais c'est
05:31aussi une catastrophe économique.
05:32Aujourd'hui, le pays est au bord de la récession.
05:35Pourquoi ? Bah, les professionnels du tourisme le disent.
05:38Le disent, parce que quand les travailleurs et les travailleuses ont moins d'argent, ils consomment moins et ça met
05:42les entreprises en difficulté.
05:45Si le gouvernement propose un budget avec des mesures d'austérité pour les travailleurs, il va accentuer la récession et
05:52mettre le pays en difficulté économique.
05:54Alors, il y a un autre sujet qui n'est pas clos et qui revient aussi dans ce début de
05:57campagne présidentielle, c'est celui sur les retraites.
05:59Et l'allongement ou pas de la durée de cotisation, d'une part, ou le retour à 60 ans ou
06:04pas.
06:04Jusqu'à maintenant, la gauche, c'était le retour à 60 ans.
06:06C'était le programme du nouveau Front populaire.
06:08Et vous avez vu, au Parti socialiste, certains disent, bah pourquoi pas 62, voire 63 ans.
06:12Le fait qu'une partie de la gauche déserte l'idée de revenir à 60 ans, celle que vous défendez,
06:18est-ce que ça vous inquiète ?
06:19Oui, parce que pour les travailleurs et les travailleuses, c'est clair, quand on leur demande leur avis,
06:22ils sont évidemment d'abord favorables à abroger cette réforme des retraites inique qui a été imposée par la force
06:29par Emmanuel Macron.
06:29Et ensuite, ils sont pour la retraite à 60 ans.
06:33Donc ça vous inquiète de voir une partie de la gauche qui ne défend plus ça ?
06:35Bien sûr, parce que pourquoi les travailleurs et les travailleuses...
06:38Vous leur en voulez ?
06:39Moi, je n'ai de haine pour personne, c'est pas le sujet.
06:41Non, mais c'est pas une haine. Mais est-ce que vous leur en voulez de déserter le...
06:44Moi, ce que je dis aux candidats et aux candidates à l'élection présidentielle, c'est que c'est pas
06:48au grand patron qu'il faut s'adresser,
06:49c'est aux 40 millions de travailleurs et de travailleuses et de retraités.
06:53C'est à eux qu'il faut parler.
06:54Et c'est les travailleurs et travailleuses ont besoin qu'on leur dise qu'on va revaloriser leur travail et
06:59enfin les reconnaître.
07:01Le problème en France, c'est qu'on est dans une société de rentiers.
07:03On vit mieux de son capital que de son travail.
07:06C'est à ça qu'il faut répondre.
07:07Et puis l'immigration aussi qui revient dans le débat, notamment par une phrase de Jean-Philippe Tanguy du RN
07:12qui a estimé que le RN défendrait l'interdiction du port du voile dans l'espace public.
07:17Est-ce que ça vous choque ?
07:18Je pense que c'est absolument pas le sujet et que ça confirme le danger du Rassemblement national
07:23qui passe son temps à faire diversion des questions sociales.
07:27On a une rentrée qui est marquée par une baisse de pouvoir d'achat inédite.
07:31On a une rentrée et un été qui a été marqué par une série de catastrophes
07:35qui montrent le résultat de 10 ans de politique d'austérité et de l'abandon des services publics.
07:40Et le RN nous parle du voile dans la rue.
07:41C'est un hors-sujet complet.
07:42Sur le fond, l'interdiction du voile pour les femmes, est-ce que vous êtes pour ou contre ?
07:48Mais d'abord, c'est inapplicable.
07:50Et ensuite, je pense que ça ne correspond pas du tout à nos principes de laïcité français.
07:54Je rappelle que la laïcité, c'est une liberté.
07:56C'est la liberté de croire ou de ne pas croire.
07:59Et attention à ne pas instrumentaliser la laïcité pour stigmatiser une religion
08:03ou en faire une loi d'interdit,
08:05alors que c'est une loi d'émancipation et de liberté qui est extrêmement importante.
08:08Sophie Binet, merci d'avoir fait votre rentrée dans les 4 vérités sur France 2
08:12qui revient demain, Maya.
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