00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:04Toujours avec Eric Tegner et avec Sébastien Ligné pour commenter l'actualité, je le disais,
00:10cette rentrée politique sur les chapeaux de roue, il n'y a qu'à regarder le week-end dernier,
00:14où on a eu à la fois les universités d'été du PS, la déambulation à Châlons-en-Champagne de
00:20Jordan Bardella,
00:22avec des débats aussi qui se sont créés avec les uns et les autres, et puis la baraque à frites.
00:27La baraque à frites, signé Edouard Philippe et Gérald Darmanin, vous rigolez, mais c'était quand même la baraque à
00:34frites,
00:34sur le modèle Trump, puisque Trump s'était invité dans un McDo, souvenez-vous.
00:39Alors écoutons Gérald Darmanin, ministre de la Justice et soutien d'Edouard Philippe,
00:44il a défendu le candidat à horizon à l'exélection présidentielle, c'était à Tourcoing.
00:48Edouard, je peux vous assurer que son honnêteté, sa droiture et ses qualités d'homme
00:52font que ce ne sera pas un bon, mais un très grand président de la République.
00:56Je suis très fier de te dire Edouard, que je te soutiens, et on s'est dit qu'un marin,
01:00pas un marin de dos, pas un marin de la deule, un vrai marin,
01:05on s'est dit qu'un marin, un grand capitaine de bateau comme toi, allait nous amener au bon port.
01:09Alors on est très fier d'être ton équipage, et je serai heureux d'être ton premier atelot.
01:12Bon bah ça y est, on a une frégate, hein ?
01:15Éric frégate, Éric frégate.
01:16Alors déjà, pour reprendre l'histoire de la baraque à frites, moi pour avoir été justement employé de McDonald's,
01:22employé au frites durant les week-ends pour financer mes études, exactement, je peux dire que sur les images,
01:27on a l'impression qu'Edouard Philippe n'avait jamais fait ça de sa vie.
01:30Mais je ne pense pas qu'ils sont cash.
01:33Il y a plein de gens qui n'ont jamais fait ça.
01:35Vous avez vraiment l'impression qu'il est arrivé en disant « attendez, je sais faire ».
01:38Ben non, mais je ne sais pas, le côté populaire, je suis de ma mairie, moi je vois les gens,
01:42à côté d'Armanin, ils savaient qu'on mettait du sel dans des frites,
01:45alors qu'Edouard Philippe n'avait pas non plus l'air de le savoir.
01:48Et quand on compare avec Donald Trump qui était chez Burger King,
01:52Donald Trump pourtant qui est un milliardaire, lui, il avait l'air de savoir ce qu'il faisait.
01:56Donc là-dessus, j'ai quand même plus la sensation que Gérald Darmanin fait des compliments à Edouard Philippe
02:01parce qu'il n'a pas véritablement le choix, mais qu'il pense au fond de lui que le côté
02:04populaire,
02:05au-delà du bon mot que je viens de faire, que le côté populaire, il incarne beaucoup plus qu'Edouard
02:09Philippe,
02:09qui incarne plus la raideur, finalement la rigidité, y compris dans la dose de sel.
02:15Je ne défends personne, mais après, il y a des gens qui ont des caractères expansifs,
02:19et s'il y a bien quelque chose qu'on peut dire à propos d'Edouard Philippe,
02:21c'est qu'il n'est pas très expansif, donc je reprends votre terme de raideur.
02:26Après, il y a aussi, et ça c'est un truc peut-être qui caractérise la France par rapport aux
02:30Etats-Unis,
02:31c'est la préparation ou l'impréparation.
02:33C'est-à-dire que si vous avez pour projet de dire, tiens, je vais effectivement donner de moi-même,
02:38et je vais aller dans une barraque à frites, on demande à quelques conseillers,
02:42voire carrément à quelqu'un qui en fait tous les jours en disant, comment tu fais tes frites ?
02:46Je pense que, pas dans le bureau ovale, mais je pense que Donald Trump a eu quand même quelques tutos
02:51en disant, voilà comment vous allez faire monsieur le Président, et puis comme ça, ça va bien se passer.
02:55Mais ça dit quand même beaucoup du rapport de la communication politique
02:58et d'espèces d'inspiration permanente de tout ce qui nous vient des Américains.
03:04C'est-à-dire que c'est un truc très cabinet de conseil, très macroniste en réalité.
03:09C'est-à-dire que, souvenez-vous, après l'élection de Barack Obama
03:11et du style de communication de Barack Obama,
03:14on avait eu pléthore de clones en France qui avaient tenté de reproduire un petit peu l'effet Obama.
03:19Obama, on voit exactement la même chose aujourd'hui avec l'effet Mamdani,
03:23donc le maire de New York qui a été élu avec une communication très particulière,
03:26et on a vu même Sarah Knafou reconnaître elle-même qu'elle s'inspirait du modèle Mamdani.
03:30Il y a toujours presque ce sentiment qu'on est obligé de regarder auprès des Américains,
03:34mais on n'a pas la même manière de communiquer, ce ne sont pas les mêmes incarnations politiques.
03:38Et puis surtout, il y a une fracture, c'est-à-dire que personne ne peut croire une seule seconde
03:42qu'Édouard Philippe va incarner un rapport populaire quelconque, ça n'existe pas.
03:49Pardon, en effet, Gérald Darmanin, il a une fibre sociale un petit peu plus poussée,
03:53mais je pense qu'il faut savoir jouer avec ses armes.
03:55François Fillon, on parlait de rigueur, de raideur,
03:58François Fillon, il incarnait ça dans sa stature, dans son programme,
04:01et François Fillon ne tentait pas de se donner une image qu'il n'avait pas.
04:05On n'aurait pas vu François Fillon en 2017 jouer la baraque à frites.
04:08Édouard Balladur non plus, il a tenté de prendre le métro,
04:11il a mis des gants au moment où il fallait tenir la ronde.
04:14Vous parlez de gens qui ont perdu, ça a été intéressant.
04:16Oui, et puis, après, il y en a qui ont gagné et qui ont perdu.
04:19Valéry Giscard d'Estaing a été du président de la République,
04:21et puis après, il a multiplié ce genre d'opérations.
04:23On l'a vu faire du ski, on l'a vu...
04:25Recevoir les Français, ça veut dire.
04:27Recevoir les Français, surtout s'inviter chez les gens.
04:29C'est-à-dire qu'il sonnait, ding-dong, bonjour,
04:31j'ai apporté mon repas, mais je dîne avec vous.
04:34Il jouait de l'accord des ondes, etc.
04:36Il y a toujours eu une communication, entre guillemets,
04:40appelez ça comme vous voulez, mais proche du peuple,
04:43en étant avec les Français.
04:44En France, c'est une prime à l'authenticité.
04:46Il y a des gens chez qui ça...
04:47Chirac faisait... Chirac passait 8 heures au salon de l'agriculture.
04:50Oui, mais ça paraissait authentique avec Jacques Chirac.
04:52Pardon, avec Édouard Philippe, ça ne paraît pas authentique.
04:54Quand Nicolas Sarkozy incarnait une puissance,
04:57une vivacité permanente,
04:59on le comprenait, ça se voyait physiquement,
05:01même dans son caractère.
05:03Ça ne sert à rien de jouer à contre-courant en politique.
05:05Il faut jouer avec ses armes.
05:06Jean-Luc Mélenchon, quand on le voit parler des livres,
05:08quand on le voit également avec ses militants,
05:10c'est authentique, quoi qu'on pense de lui.
05:12Marine Le Pen, quand on la voit avec ses chats,
05:14ou encore en train de faire, rappelez-vous dans cette émission,
05:17en train de faire tout simplement le jardinage chez elle,
05:19ça semble totalement cohérent.
05:21Au niveau du sang, il y a quand même une difficulté.
05:23Vous êtes en train de me dire tous les deux
05:24que M. Philippe devrait s'abstenir de tenir une baraque à frites.
05:28Ou apprendre à faire des frites.
05:29Ou apprendre à faire des frites pour que ce soit plus authentique.
05:31Le M. Philippe...