00:077h33, va-t-on devoir limiter nos séances chez le kiné ?
00:12En tout cas, pour ceux qui n'auront pas les moyens d'aller au-delà des remboursements de la sécurité
00:16sociale et de payer à leurs propres frais, ce sera peut-être le cas.
00:21Pourquoi le peut-être ? Parce que pour le moment, c'est un projet du gouvernement qui, vous le savez,
00:25cherche par tous les moyens des financements et cela, forcément, inquiète beaucoup la profession.
00:31Alors, on a choisi de donner la parole à Sébastien Guérard. Bonjour M. Guérard, vous êtes président de la Fédération
00:37Française des masseurs, kinésithérapeutes et rééducateurs.
00:41Soyez le bienvenu sur Sud Radio. Bonjour.
00:44Bonjour, merci de votre invitation.
00:45C'est un sacré coup dur ?
00:48Oui, c'est un coup dur parce que c'est une annonce, effectivement, dans le courant de l'été, comme
00:53souvent, on a un petit peu l'habitude.
00:56On savait que les travaux qui mèneraient à la réflexion du prochain projet de loi de financement de la sécurité
01:02sociale seraient un peu hard.
01:06Maintenant, venir taper sur la kinésithérapie qui est pour nous une profession qui devient centrale pour notre population française,
01:13qui vieillit, dont l'état de santé se dégrade avec un contexte d'explosion des maladies chroniques,
01:20avec un certain certain rendu, quand même, depuis une grosse quinzaine d'années,
01:24où on s'est engagé dans ce qu'on a appelé le virage ambulatoire,
01:27c'est-à-dire ce fameux transfert de charge de l'hôpital sur la ville,
01:31avec des patients qui sont hospitalisés de moins en moins longtemps, qui sortent de plus en plus vite.
01:34Pour tout ça, la profession, c'est organiser.
01:37Et en fait, ce qu'on observe dans la critique qui est faite à travers ce rapport chargé produit par
01:42l'assurance maladie,
01:43c'est simplement ce transfert de charge lié à la réorganisation de notre système de soins.
01:47Et aujourd'hui, on est en train de nous le reprocher et de se servir de quelques éléments de communication,
01:53on reviendra peut-être tout à l'heure sur le détail des chiffres,
01:57pour agiter le chiffon rouge de la terreur sur l'explosion des dépenses en kinésithérapie,
02:02ce qui, on verra, je l'espère, ne sont pas du tout le cas.
02:08Non, je vous en prie, vos explications sont très claires.
02:14Sébastien Guérard, juste une précision, justement.
02:19Concernant le souhait du gouvernement,
02:21ils veulent agir sur la limitation du nombre de soins par an,
02:26ou bien le nombre de séances, c'est ça qui n'est encore pas tout à fait clair.
02:30Qu'est-ce que vous savez des projets du gouvernement actuellement ?
02:34Oui, effectivement, trois pistes de réflexion.
02:36Soit limiter le nombre de séances par pathologie,
02:39ce qui pour nous est complètement absurde,
02:40dans la mesure où chaque patient est un cas particulier,
02:44il y a des besoins de rééducation qui sont différents,
02:46et on craint malheureusement que ce soit les patients souffrant des pathologies les plus lourdes,
02:50et notamment les pathologies longue durée,
02:52qui en soient les premiers à payer les pots cassés.
02:54La deuxième chose qui est mise sur la table,
02:57c'est dégrader le tarif des séances de rééducation,
03:00lorsqu'elles durent trop longtemps dans le temps,
03:02et encore une fois, ce seront les mêmes cibles qui seront touchées.
03:05Et aujourd'hui, je rappelle que le prix moyen d'une séance de kinésithérapie
03:08est de l'ordre de 18 euros pour la demi-heure de prise en charge.
03:11Dégrader ce tarif, c'est tout simplement pas acceptable.
03:14La troisième piste de réflexion qui est sur la table,
03:16c'est un financement forfaitaire pour certaines pathologies.
03:20Autant on est convaincu qu'il n'y aurait pas de difficultés particulières
03:24à ramener une dose de paiement forfaitaire dans la pratique kinésithérapique.
03:29Autant le paiement forfaitaire à l'épisode de soins pour nous est un non-sens,
03:32puisqu'il amènera tout simplement et mécaniquement à une sélection des patients,
03:36et ce qui n'est pas acceptable de notre point de vue.
03:39Alors justement, ce qui m'intéresse, c'est de savoir pour vous,
03:43si vous deviez conseiller le gouvernement,
03:46qu'est-ce que vous accepteriez comme hypothèse de travail
03:50pour faire en sorte qu'on limite les dépenses de soins ?
03:55Aujourd'hui, on a un certain nombre de nos pathologies
03:57qui sont déjà soumises à des référentiels
03:59édictés par la Haute Autorité de Santé.
04:00C'est-à-dire que la Haute Autorité de Santé définit par pathologie
04:04un seuil, on va dire, normal de nombre de séances de rééducation.
04:08Par exemple, pour une entorse simple de la cheville,
04:11ce seuil est fixé à 10 séances.
04:13Et ça rentre dans les clous pour plus de 95% des patients.
04:16Donc, ce n'est pas un problème.
04:18En revanche, pour les 10% de patients qui échapperaient à ce référentiel,
04:22le kinésithérapeute peut effectuer une demande d'accord préalable
04:24qu'il adresse au service médical conseil de l'assurance maladie
04:27et qui, sur la base d'un argumentaire médical,
04:30demande une prolongation des soins.
04:32Et ça se passe très bien.
04:33Sauf qu'aujourd'hui, l'assurance maladie ne veut pas aller plus loin sur ce sujet-là,
04:36puisqu'aujourd'hui, l'assurance maladie a fait le choix de dégrader son service médical
04:41et n'a donc plus les moyens en termes de ressources humaines
04:43pour gérer ce flux de demande d'accord préalable.
04:46Ça, pour nous, c'est quelque chose qui va dans le sens de la pertinence
04:48et de la qualité des soins
04:49et qui permet à toute la population
04:53de disposer des soins qui lui coderaient en matière de kinésithérapie.
04:57Sébastien Guérard, j'imagine que vous comprenez, comme nous tous,
05:00qu'il faille faire des économies
05:01et qu'il y a probablement certains de vos confrères
05:03qui même peut-être pratiquent un certain nombre d'abus.
05:07C'est-à-dire qu'il y a peut-être des gens aussi
05:09qui vont souvent voir les kinés ou les masseurs
05:12et qui n'en ont peut-être pas totalement besoin.
05:15Comment peut-on faire, finalement, j'ai envie de dire,
05:17pour donner le change, pour faire en sorte
05:19que la profession se protège aussi d'éventuelles attaques ?
05:24Bien sûr, on est complètement lucide là-dessus
05:26et c'est la raison pour laquelle on est tout à fait disposé
05:28à travailler sur la qualité et la pertinence des soins
05:30et notre lettre-motiv, c'est de dire
05:32que le bon patient doit accéder au bon soin
05:34par le bon professionnel au bon moment.
05:36Donc, on n'a pas de difficulté à se saisir de ce sujet
05:39et à positionner des garde-fous.
05:40Nous pensons que ces référentiels sont un de ces garde-fous.
05:44Ce n'est pas ça, il y en a d'autres.
05:45Et encore une fois, on n'est pas capable de ce que je suis.
05:47Lesquels ? Ce seraient quoi les autres pistes, justement ?
05:50Les autres pistes, c'est notamment valoriser
05:54justement la sortie de soins.
05:56Aujourd'hui, cette sortie de soins n'est pas valorisée.
05:59Le début du soin de kinésithérapie est valorisé
06:01par un bilan d'entrée, un bilan initial.
06:05Le bilan final de clôture des soins n'est pas valorisé.
06:08Nous pensons que de le valoriser, ce bilan de soins,
06:10Ça veut dire plus de transparence vis-à-vis de la sécurité sociale,
06:13c'est-à-dire une sorte de questionnaire
06:14où on dirait où on en est de l'échelle de la douleur, etc.
06:18C'est ça ?
06:19Exactement.
06:20Et l'autre sujet, c'est comment on valorise aussi
06:22l'augmentation des fils d'actifs.
06:24Et j'en reviens à la notion de rémunération parfaite en partie.
06:27Aujourd'hui, on sait qu'on a un véritable sujet d'accès aux soins.
06:30On voit que les fils actifs ont tendance à se contracter
06:33parce que les patients ont tendance à faire des soins
06:35de plus en plus longs, mais parce qu'encore une fois,
06:37ils souffrent de plus en plus de maladies chroniques.
06:39Quand on regarde les chiffres,
06:40quand on voit la dégradation de la santé de la population française
06:45et les chiffres de contraction de la fil active
06:48de soins de kinésithérapie,
06:49ce n'est pas complètement déconnant.
06:51Il y a eu aujourd'hui 1,2 séances de kinésithérapie de plus
06:54qu'il y a 10 ans.
06:56Et donc, ça nous semble malgré tout relativement cohérent
06:59quand on prend la masse globale,
07:01même si j'entends le travail qu'on a à faire
07:03sur les quelques profils finales qui peuvent déraper,
07:06mais je ne crois pas que ce soit la masse.
07:08Et puis, pour se redire des choses aussi sur ce dont on parle,
07:12le budget de la kinésithérapie,
07:14il est en croissance d'un peu plus de 3,7% par an
07:18au cours des dernières années,
07:19ce qui est conforme à la trajectoire de l'ONDAM.
07:22Il faut le rappeler, l'objectif national
07:23est de l'assurance maladie,
07:24qui a augmenté dans le moyen de 3,7% par an depuis 10 ans.
07:28Donc, ce n'est pas que la kinésithérapie,
07:29c'est toute la santé qui a augmenté à ce rythme-là.
07:33Et surtout, cette croissance,
07:34elle est strictement parallèle
07:36à l'évolution du nombre de kinésithérapeutes en France.
07:39Les kinésithérapeutes ne s'enrichissent pas,
07:40bien au contraire.
07:41Et c'est un constat qui est partagé avec l'assurance maladie,
07:44puisque nos revenus stagnent de façon stricte
07:47depuis 10 ans,
07:48et que le pouvoir d'achat des kinésithérapeutes
07:50s'est lui dégradé de près de 12% au cours des dernières années.
07:52Merci, merci Sébastien Guérard
07:54pour toutes ces explications
07:55et effectivement sur le fait
07:58et de cette mise en garde
07:59parce qu'effectivement la population vieillit
08:02et on a effectivement besoin
08:05des soins que peuvent prodiguer
08:07les kinés et autres masseurs.
08:09Merci Sébastien Guérard.
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