Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 jour

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Des toutes premières flammes.
00:02Au feu du siècle, les reporters de Libération ont suivi au plus près l'incendie XXL de fin juillet en
00:09Gironde.
00:11Sur place, elles ont rencontré celles et ceux qui se sont battus contre les flammes.
00:15Les pompiers, les agriculteurs, les bénévoles.
00:21Elles ont aussi rencontré celles et ceux qui ont perdu leur maison, leur terrain.
00:26Aujourd'hui, elles nous racontent ce qu'elles ont vu, ce qu'elles ont entendu, ce qu'elles ont vécu
00:31pendant ces 7 jours dramatiques.
00:34Eleonore Dizderot est journaliste au service Environnement de Libération.
00:38Emma Camin est journaliste au service Vidéo.
00:40Vous regardez le Libescope, une émission d'actualité de Libération.
00:46Déjà pour commencer nos discussions, je voulais savoir l'une et l'autre, vous à quel moment est-ce que
00:50vous avez été envoyé sur place ?
00:52Et quelle était la situation lorsque vous êtes, vous, arrivée sur place ?
00:58Du coup, je vais commencer. Je suis arrivée le 22 au soir, donc le premier jour des incendies.
01:04C'était un pur hasard parce que je suis originaire de là-bas, j'ai grandi là-bas et je
01:08rentrais chez moi.
01:11Et la situation, le premier jour, du coup, ça a touché la ville de Somos, celle du Temple, du Porges.
01:17Mais ça ne s'étendait pas encore jusqu'au bassin d'Arcachon.
01:21Donc voilà, la situation globalement, c'était ça.
01:23Et donc là, à ce moment-là, on se dit que c'est un incendie qui est déjà important, qui
01:26touche plusieurs communes.
01:29Mais on ne s'attend pas du tout à ce que ce soit un méga-feu comme on le découvrira
01:32quelques jours plus tard.
01:33Non, pas du tout. Il n'y avait pas de notion de feu XXL, de méga-feu.
01:36C'était un feu de forêt.
01:37Ok. Toi, Léonore, à quel moment est-ce que tu arrives sur place ?
01:41Moi, je suis arrivée le vendredi vers midi, en fait.
01:44J'ai pris le premier train le vendredi matin parce que le feu est parti mercredi.
01:49Le jeudi, c'était notre correspondante pour Libération, Eva Fontenot, qui était sur place.
01:54J'ai pris son relais le vendredi.
01:56Donc voilà, le train la première heure pour arriver sur le bassin d'Arcachon vers midi, quelque chose comme ça.
02:01Et moi, quand je suis partie, le feu était à 3700 hectares, je crois.
02:07On était à peu près à 20 000 personnes évacuées.
02:10Donc feu important, très important même.
02:16Mais on n'avait encore aucune idée de ce que ça allait devenir.
02:20Quelles sont les premières choses, ces deux, qui vous ont frappé en arrivant sur place ?
02:23Toi, Emma, du coup, en étant déjà aussi sur place.
02:25C'est quoi ton premier souvenir marquant, finalement, de ce moment-là ?
02:30En fait, c'est dès mon arrivée.
02:32Je suis sur la fameuse décence 6, donc on en a beaucoup entendu parler de cette route.
02:35qui relie Bordeaux au bassin d'Arcachon.
02:38Donc j'arrivais de la gare.
02:39Et à ce moment-là, on passe à côté d'un champ.
02:42Et dans ce champ, on voit au loin le temple, plus précisément, qui est en train de brûler.
02:49Et c'est à ce moment-là précisément que je me dis,
02:51OK, on n'est pas sur un simple feu de forêt.
02:54C'est en train de clairement s'installer dans le paysage.
02:56Donc c'est plus concret que ce qu'on avait imaginé.
02:59Et plus précisément, ce qu'on s'imaginait depuis Paris.
03:03Donc il y a eu un petit décalage sur quand je suis arrivé et ce que j'ai vu.
03:07Et là, tu vois déjà à ce moment-là un petit peu la panique, la peur des gens sur place
03:11?
03:12Du coup, moi, c'était juste un trajet en voiture.
03:16Donc non, je n'étais pas avec du monde précisément, etc.
03:19Mais c'est plus tard, c'est arrivé dans les jours qui ont suivi.
03:23Parce que, juste pour préciser, le port, le Somos, etc.,
03:26c'est quand même à quelques kilomètres des villes comme Andernos, Lège-Cap-Ferré, tout ça.
03:32Donc on se disait, c'est pas à côté.
03:35Sauf qu'en fait, quand on le voit clairement, on se rend compte que c'est pas si loin.
03:39En fait, je te demande ça aussi parce que c'est une région qui a déjà été touchée par des
03:44incendies.
03:44Et donc moi, je me pose aussi la question de l'extérieur.
03:46Parce que quand on a un incendie comme ça en feu de forêt au départ,
03:50est-ce qu'on se dit potentiellement, ça arrive encore ?
03:53Mais donc du coup, ce qui nous permet aussi de pas trop paniquer,
03:55parce qu'on se dit que c'est déjà arrivé, que ça arrivera encore,
03:57que ça va peut-être être encore un nouveau, être géré assez rapidement.
04:02Ou est-ce qu'on a quand même peur à chaque fois ?
04:05Parce qu'on se dit, peut-être que cette fois-ci, ça va être un peu plus terrible que la
04:08fois précédente.
04:10Moi, je me souviens des feux en 2022.
04:13Donc à ce moment-là, j'étais du côté du Cap-Ferré.
04:16Et ça brûlait en face, vers la Teste, Arcachon, etc.
04:21Donc on était spectateurs de ça.
04:24Mais on n'était pas touchés plus que ça.
04:27On était surtout en train de se dire, si ça arrive de notre côté,
04:32il y a quelque chose qui est important à comprendre,
04:34c'est que la presqu'île du Cap-Ferré, c'est un entonnoir entre le bassin d'Arcachon et l
04:40'océan.
04:41Et en fait, si le feu prend dans les forêts en haut de la presqu'île,
04:45c'est compliqué pour évacuer, c'est compliqué pour fuir, etc.
04:49Donc c'était vraiment notre crainte à l'époque.
04:52C'était surtout ça.
04:54Toi, Léonore, quelle est la première chose qui t'a particulièrement frappée,
04:57marquée quand tu es arrivée sur place ?
04:59Alors, moi, comme je le disais, je suis arrivée sur le bassin d'Arcachon.
05:02Et alors, j'avais déjà été en vacances sur la presqu'île,
05:05mais je ne suis pas de la région, donc je ne connaissais pas bien.
05:08Je ne connaissais pas Arcachon.
05:09Et ce qui m'a un peu stupéfaite, mais on comprend aussi,
05:12c'est les gens, les badauds qui étaient forcément en vacances.
05:14Il y avait une chaleur effroyable, les parasols dépliés sur la plage, etc.
05:19Et comme si la vie était normale, sauf qu'en face, il y avait ce nuage,
05:23ce panache de fumée.
05:25On a parlé un peu d'un champignon presque atomique,
05:28parce que vraiment, il avait une forme typique.
05:30Et c'était très impressionnant, ce panache énormissime,
05:35en face d'une vie classique de vacances, de stations balnéaires.
05:40Et donc, comme le disait Emma, c'était ça la grande crainte,
05:43c'était des évacuations sur la presqu'île du Cap Ferré.
05:47Et c'est ça que je suis allée faire en premier,
05:49c'est de suivre les évacuations.
05:51Je suis arrivée à la fin des évacuations par la mer.
05:54Donc c'était ça la grande nouveauté, si je puis dire, de ces feux,
05:57c'est qu'il y a eu les premières évacuations par la mer.
06:01Voilà.
06:02Et en fait, on a pris un des bateaux qui avait pris les évacués
06:05pour aller du côté presqu'île, là d'où les gens partaient.
06:10Et on est arrivés sur une presqu'île vide en plein mois de juillet.
06:16On entendait que les grillons, c'était impressionnant.
06:19Vraiment, personne.
06:20On avait une ville fantôme.
06:21Une ville fantôme, oui, c'est ça.
06:22Ça faisait un peu air de début de fin du monde.
06:25Il faisait chaud, il n'y avait personne sur des endroits
06:29où normalement, c'est blindé de touristes, c'est noir de monde.
06:31Il restait quelques commerçants, restaurateurs
06:34qui attendaient que toutes leurs équipes, leurs employés, etc.
06:38aient pu évacuer pour ensuite évacuer.
06:40Donc, on était sur les derniers instants
06:42avec les dernières personnes au Cap Ferré.
06:45Et après, il y a d'autres personnes qui sont restées,
06:47mais là, en tant que bénévoles, pour prêter main forte aux pompiers, etc.
06:50Et à ce moment-là, dans quel état d'esprit se trouvent les personnes
06:53que vous rencontrez, notamment celles qui évacuent par l'océan, du coup ?
06:59Parce que là, on le dit, c'est une façon d'évacuer qui est inédite.
07:03Donc, on peut, j'imagine, se rendre compte à ce moment-là aussi
07:06que l'ampleur du phénomène est inédit lui aussi.
07:10Oui, le côté évacuation par la mer.
07:12Alors, je précise, ce n'est pas océan, c'est vraiment sur le bassin.
07:15Ah oui, oui.
07:16L'océan est de l'autre côté.
07:18Mais c'est vrai que ça donne une impression un peu de catastrophe imminente
07:22parce qu'on prend les bateaux, c'était dans la nuit.
07:24En plus, ils ont témoigné à 3h du matin, il fallait évacuer,
07:28se rendre sur les ports où il y avait les bateaux
07:32qui étaient mis en place par les autorités, etc.
07:37Je m'en rappelle d'une femme avec son tout petit bébé de quelques mois
07:42qui disait, on laisse tout derrière nous, on ne sait pas, on part là comme ça.
07:47En catastrophe, c'était un peu terrible, tous les gens.
07:49Nous, on est arrivés sur la fin des évacuations,
07:51donc il n'y avait pas plus grand monde.
07:52Toi, tu en as vu peut-être plus, Emma, des gens.
07:54Ne serait-ce que pour les évacuations par bateau,
07:57c'était la question, comme par la route,
08:02c'est quand est-ce qu'on va pouvoir revenir
08:04et dans quel état on va retrouver notre bassin ?
08:07Ça, c'était important.
08:07Les gens se disaient, est-ce que le feu va arriver jusque là ?
08:11Est-ce qu'on laisse nos affaires, nos maisons ?
08:13Qu'est-ce qu'on prend ?
08:14Beaucoup embarquent des papiers, des photos.
08:17Et c'était dans quel état on va retrouver notre territoire ?
08:21Et beaucoup parlaient aussi, ça m'a marqué, de l'amour qu'ils portaient à leur région.
08:26Il y avait des touristes aussi qui venaient là depuis.
08:28On a vu des jeunes, mais ça faisait 10 ans qu'ils venaient là tous les étés.
08:31Ils disaient, mais c'est une région absolument incroyable, magnifique.
08:33Qu'est-ce qui nous arrive ?
08:35Encore, pour certains, ils avaient déjà connu les incendies de 2022.
08:37Même si c'était plus loin, ils n'étaient forcément pas très loin.
08:39Ils avaient ça en tête.
08:41Et on sentait le désespoir de la situation qui recommence.
08:45Je vous relais une petite réflexion dans le chat de quelqu'un qui nous parle de l'origine de l
08:51'incendie.
08:51Parce que je crois savoir que vous, vous avez des informations aussi là-dessus.
08:55Quelqu'un nous dit, malheureusement, l'incendie a été créé par accident d'un camion
08:58et que le conducteur a essayé d'éteindre l'incendie avec ses propres moyens.
09:03Le deuxième feu est simplement criminel.
09:06J'ai bien tout compris.
09:07Est-ce que c'est exact ? Est-ce qu'il y a des précisions à apporter là-dessus ?
09:10Alors, nous, ce qu'on sait, c'est que le départ du feu, mercredi,
09:13donc en fin de matinée, midi à peu près, 11h à midi.
09:16Les pompiers sont appelés à midi 02 précisément.
09:20Et ils arrivent sur place à midi 18, quelque chose comme ça.
09:23Oui, voilà.
09:24Et en fait, c'est une opération de débroussaillage par un sous-traitant d'Enedi, s'il me semble.
09:30Et alors, c'est ça qui est un petit peu étonnant et que l'enquête va éclaircir.
09:34C'est qu'il y avait un arrêté préfectoral qui interdit tous travaux
09:39qui pourraient émettre des étincelles.
09:42C'était l'après-midi, il me semble, arrêter, toucher...
09:46À partir de 13h, on ne pouvait plus débroussailler, etc.
09:49Mais rien sur la matinée, sauf que les risques sont les mêmes.
09:53Alors après, c'est un peu compliqué, mais on rentre dans l'hydratation des végétaux
10:00qui diminue dans la journée avec la sécheresse et avec la chaleur, etc.
10:03Mais tout de même, on peut se dire pourquoi c'est autorisé à 11h et interdit plus tard dans l
10:07'après-midi.
10:08Et donc, c'est parti.
10:10Non, non, je t'en prie, c'est parti.
10:11Et puis après, ça a été très, très vite immétrisable.
10:14Surtout qu'à ce moment-là, la Gironde, elle est placée en vigilance rouge pour les feux de forêt.
10:20Donc, en fait, c'est vigilance rouge, mais jusqu'à 13h.
10:25On peut débroussailler jusqu'à 13h.
10:27Tout à l'heure, on parlait de la surface qui a été touchée, du nombre de personnes qui ont été
10:32évacuées.
10:33Vous parliez aussi du fait que vous avez pu, vous, du coup, sur place rencontrer aussi des personnes évacuées.
10:38Est-ce que vous avez pu échanger et rencontrer aussi des personnes dont la maison,
10:42parce qu'on parlait d'un nombre de maisons aussi détruites, plus de 200.
10:45Est-ce que vous avez rencontré des personnes dont la maison a été détruite ?
10:50Alors, moi, pas beaucoup, parce que j'étais...
10:53Alors, je suis allée notamment au Porche.
10:55Donc, le Porche, c'est la ville qui a été qualifiée comme la ville martyr dans les médias,
11:01parce qu'il y a une cinquantaine de maisons qui ont été détruites dans cette commune.
11:06Sur... Non, pardon.
11:07Voilà, 183 dans la commune, pardon, mais sur une avenue en particulier, c'était une cinquantaine.
11:11Donc, c'est vrai que d'ailleurs, c'était très impressionnant, mais on pourra en reparler après.
11:14Et en tout, c'était, oui, 240 dans la région par ce feu-là.
11:22Donc, moi, quand je suis arrivée au Porche lundi, les gens étaient déjà évacués.
11:27Donc, je n'ai pas eu beaucoup de témoignages de personnes détruites.
11:31Et j'avoue aussi que je n'ai pas trop cherché à faire de l'image, du témoignage, un peu
11:39tire-larme.
11:40J'ai tout perdu, etc.
11:40Parce que, je me permets de préciser, beaucoup de médias cherchaient.
11:43Et voilà, ce n'était peut-être pas le temps.
11:45On l'a fait après, dans un second temps.
11:47Mais là, les gens étaient évacués de toute manière.
11:50Mais Emma, toi, tu as des proches plutôt.
11:51Moi, j'ai des proches et puis j'ai pu échanger avec pas mal de monde, surtout sur les évacuations
11:57de l'Aige et de la Presqu'île, qui se sont faites la nuit.
12:01Et le feu se rapprochait.
12:02Donc, le ciel était rouge, nuages de fumée, etc.
12:06Et ils étaient dans l'attente d'avoir le feu vert pour l'ordre d'évacuation.
12:11Et ça a été compliqué parce qu'il y avait plein de gens qui avaient des animaux, qui ne savaient
12:15pas forcément où aller pour le moment.
12:18Donc, voilà, c'était très incertain.
12:21Mais les évacuations sur la Presqu'île, globalement, se sont bien passées.
12:25Donc, ça, même si le risque était qu'il n'y a qu'une seule route pour évacuer, ça va
12:30faire des bouchons, etc.
12:32Ça a été plutôt bien organisé parce que ça s'est fait secteur par secteur.
12:36Donc, au final, il n'y a pas eu de problème.
12:38C'était vraiment l'attente de ça se rapproche.
12:41Qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on part ? Est-ce qu'on attend ?
12:43Voilà, c'est plus ça.
12:45Et tu as vu des gens dont la maison a été détruite ?
12:48Je connais des gens dont la maison a été détruite.
12:52J'ai vu des images.
12:53Et au Porsche, quand on y est passé aussi, on a vu des maisons.
12:57Ce qui est impressionnant, c'est de voir le avant-après.
13:00C'est-à-dire qu'un proche me confiait que dans sa maison, il reste une planche de bois.
13:05Il n'y a rien d'autre.
13:06Et c'est ce qu'on voyait aussi.
13:09En fait, même quand on arrive aujourd'hui en Dernos, etc., les voitures dans un parking sont calcinées.
13:16Ça fait vraiment zone de guerre.
13:18C'est vraiment ça.
13:19L'image, c'est ce que je mettais dans mes reportages.
13:22On est dans un paysage en noir et blanc.
13:24On arrive, il y a encore la cende qui flotte dans l'air.
13:28Il y a une odeur âcre.
13:29Il y a les fumées au loin, qui nous enveloppent aussi.
13:34Et les maisons, il n'y a plus rien.
13:38C'est les carcasses de voitures devant des maisons désaussées.
13:41On voit les jeux pour enfants dans le jardin, alors que certains sont complètement cramés.
13:45Des fois, tu ne sais pas pourquoi, il y a un vélo d'enfant qui a résisté, alors que tout
13:48autour, il n'y a plus rien.
13:50C'est des images hyper fortes.
13:53C'est les gens qui ont tout perdu.
13:55Tu parlais tout à l'heure du Porche, un village dans lequel vous êtes toutes les deux rendus,
14:00qui a été particulièrement touché et détruit par les flammes.
14:03Vous avez rencontré des habitants.
14:05On en parle aussi quelques instants.
14:07En effet, tu parlais de ce qualificatif de Ville Martyr.
14:10C'est un village dont on a beaucoup parlé, parce qu'il y a eu des polémiques aussi autour de
14:15cet endroit,
14:16avec des habitants qui regrettaient le fait que des pompiers puissent avoir été démobilisés du Porche
14:24et étaient envoyés à d'autres endroits pour protéger d'autres endroits.
14:28Est-ce que vous avez entendu ça aussi, en effet, sur place ?
14:32Est-ce qu'il y a des choses qu'on a pu vérifier ou pas depuis ?
14:35Alors, ce qui est sûr, c'est que le sentiment au Porche, il est unanime.
14:39C'est un sentiment d'abandon.
14:41Les gens sont très en colère.
14:42On a pu le voir lundi avec la venue du Premier ministre Sébastien Lecornu,
14:46qui, dès son arrivée, a été hué, parce qu'il n'a pas rencontré les personnes sur place.
14:52Hors caméra, il y a eu une réunion, une rencontre avec quelques sinistrés.
14:56Mais il y avait des centaines de personnes qui l'attendaient aux abords de la mairie, je crois.
15:01Et ils l'ont attendu en vain.
15:03Et ils étaient très en colère, parce qu'ils demandent des réponses.
15:07C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de pompiers qui ont dû partir, qui ont été redéployés,
15:12qui sont partis du Porche pour aller défendre le Cap-Ferré.
15:15Alors que le Porche était en train de brûler.
15:18Alors que le Porche continuait de brûler.
15:21Donc ce qu'on sait, c'est qu'il y a certains pompiers qui ont refusé l'ordre de partir.
15:27En termes de chiffres, on ne sait pas trop.
15:29C'est des témoignages qu'on a eus.
15:31Après, ce qu'on sait pour le moment, c'est que dans la doctrine des pompiers,
15:37on défend les vies après les habitations.
15:40Et qu'apparemment, il fallait les défendre de ce côté-là.
15:44Donc voilà.
15:45Oui, c'est ça.
15:46C'est l'opération, ce qu'on appelle la stratégie Vulcaine en France,
15:48qui d'ailleurs a fait ses preuves jusqu'à ce que le réchauffement climatique s'en mêle.
15:52Mais c'est attaqué très fort les feux naissants.
15:57Donc le feu était en train de gagner l'Age Cap-Ferré, la Presqu'Île, etc.
16:02Donc il fallait aller là-bas.
16:05Est-ce que c'était au moment des...
16:06Je crois que ce n'était pas encore évacué.
16:07C'est surtout ça, en fait.
16:08Donc les évacuations étaient soit pas encore lancées, soit en cours.
16:12Donc il fallait aller protéger cette zone-là en priorité,
16:14malgré que les flammes étaient encore aux porges.
16:16Donc il y a eu un redéploiement des troupes à ce niveau-là.
16:20Mais en fait, quand on est dans sa commune qui est en proie aux flammes
16:24et qu'on voit des camions de pompiers partir,
16:26c'est plus que compréhensible de ne pas comprendre et de dire on nous abandonne.
16:30Et puis il y a aussi tout ce sentiment de la Presqu'Île du Cap-Ferré,
16:34c'est les villas de célébrité, etc.
16:36Moi, il y a beaucoup de personnes qui m'ont dit, en fait,
16:38nous, on n'est rien à côté.
16:39J'ai vraiment cette situation-là, les gens qui me disent,
16:41nous, on n'est rien à côté.
16:42Et la preuve en est, on n'est pas les premiers qu'il faut défendre.
16:47Le sentiment est là.
16:48Après, il y a des explications.
16:50En tout cas, il y a des enquêtes en cours.
16:51Les autorités ont essayé d'expliquer ce qui s'était passé,
16:54notamment la préfète Sophie Brocas et le patron des pompiers de Gironde.
17:00Marc Vermelaine qui expliquait qu'il n'y avait pas eu d'ordre d'abandonner le Porsche.
17:05Il fallait aller sauver une autre zone.
17:07C'est ça aussi la complexité de ce feu, c'est qu'il était immétrisable.
17:11Il était énorme.
17:13Il prenait de toutes parts.
17:15Et qu'au tout départ, les pompiers aussi que j'ai pu interroger pas mal
17:18me disaient, on n'est pas assez nombreux.
17:20Au fur et à mesure, les effectifs de toute la France et des effectifs des pays européens
17:25sont arrivés.
17:26Mais au départ, il n'y avait pas assez de monde sur un feu immétrisable
17:29qui prenait de l'ampleur heure après heure.
17:31Donc la situation a été très complexe.
17:34Ça demandera des enquêtes plus fouillées, plus approfondies.
17:37Mais il y a le temps de...
17:39À chaud, ce n'était pas possible d'avoir une réponse concrète sur pourquoi cette décision,
17:44quel est le fond de cette décision, etc.
17:45La chose qui est sûre, c'est qu'aujourd'hui, au Porges, il y a une tension par rapport
17:50à ça.
17:50Les gens sont très en colère.
17:51Il y a un vrai sentiment d'abandon et ils se sont sentis très clairement sacrifiés.
17:56Ce repli stratégique, maintenant, ça prendra le temps de l'expliquer, comme le disait
18:01Léonard.
18:02Vous, déjà, qu'est-ce qui vous a particulièrement frappé ?
18:04C'est quoi la chose qui vous a le plus marqué en étant aux côtés des pompiers ?
18:11Alors, ça peut paraître un peu surprenant, mais la première chose qui m'a marquée,
18:15moi, c'est leur bonne humeur, en fait.
18:18Face à une situation pareille, les mecs, ils dorment, je dis les mecs, il y a quelques
18:21femmes, mais c'est beaucoup d'hommes, qui dorment quelques heures par nuit, qui sont
18:29mobilisés des jours durant, qui sont au plus près des flammes.
18:33J'ai eu des vidéos envoyées par des pompiers, mais les flammes sont gigantesques.
18:37Ils sont dans la fumée en permanence, etc.
18:40Et quand on les voit à l'arrêt, soit sur le bord de la route, soit dans les lieux de
18:44vie qui avaient été aménagés dans les gymnases, dans les stades, dans les communes, etc.,
18:49pour qu'ils puissent prendre un peu de repos, c'est leur bonne humeur.
18:52Ils font des blagues tout le temps, ils ont le sourire, mais ça ne cache pas leur fatigue.
18:57On le voit sur le visage, ils sont noirs dessus, ils sont éreintés, il y en a qui m'ont
19:02dit
19:02que j'ai mal partout, etc.
19:04Mais ils restent, et je leur disais, mais pourquoi ?
19:08Et surtout, c'était unanime, vraiment, c'était tous comme ça.
19:12J'ai parlé peut-être à une vingtaine de pompiers, et ça se vérifiait à chaque fois.
19:17Et un pompier m'a dit, mais c'est ça le monde des pompiers.
19:20On sait pourquoi on est là, de toute façon, chez nous, on tournerait en rond, on serait
19:25comme des lions en cage, de toute façon, notre place, elle, est là.
19:28Et puis, on sait le taf qu'on a à faire, donc après, on y reviendra peut-être.
19:32Il y a des problèmes d'équipement, de moyens, etc.
19:34Ils sont très en colère là-dessus, mais sur le terrain, puis une vraie solidarité
19:39avec les bénévoles, les habitants, etc., mais aussi entre eux.
19:41Ils se soutiennent vraiment très fort, il y a une cohésion dans ce métier
19:44qui est impressionnante à voir.
19:47J'ai un pompier qui me racontait que leur chef de groupe,
19:54leur disait, on part ensemble, on rentre ensemble.
19:57Il faut préciser aussi que juste avant le départ de ce méga-feu, mercredi,
20:03le mardi, dans un autre incendie à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac,
20:06il y a eu deux pompiers qui sont morts en intervention.
20:11Deux pompiers de Gironde.
20:14Et quand ils sont rentrés, moi j'ai rencontré des pompiers aussi du sud,
20:18de Bouches-du-Rhône, et qui m'ont dit, quand on est rentrés,
20:22on a appris la mort d'un de nos collègues, alors dans un autre feu aussi,
20:24dans le Var, mais en fait, ils sont au taquet tout le temps,
20:28dans les flammes, c'est un métier hors normes presque,
20:32assez impressionnant à voir.
20:33Et en plus, ils apprennent la mort de leurs coéquipiers,
20:36alors qu'il y a une vraie cohésion entre eux, c'est impressionnant.
20:41Non, et puis la force mentale, je pense aussi à la jeune femme
20:44qu'on a croisée quand on était au PC.
20:46Alors le PC, c'est l'endroit où tous les pompiers se retrouvent.
20:50Au poste de commandement.
20:51Voilà, exactement.
20:52C'était à l'Aige, et nous, on était très souvent là-bas,
20:54parce que c'est là où on avait les points presse, etc.
20:57Et dans le gymnase, on croise une jeune femme
21:00qui est arrivée du coup du feu,
21:02qui était pleine de suie,
21:03et qui nous expliquait qu'elle avait dormi que quelques heures,
21:08que le feu qu'elle a réussi à arrêter la veille
21:09était en train de reprendre,
21:11et qu'elle était épuisée.
21:13Mais tout ça, elle le disait avec larmes aux yeux
21:15et en expliquant que le combat, il n'était pas du tout terminé,
21:18et qu'il fallait continuer.
21:19Et voilà, ça forçait le respect.
21:22C'est un instant, on en parlait tout à l'heure,
21:25qui nous a beaucoup marqués.
21:26Et puis, il faut le préciser aussi,
21:28il y a les pompiers du coin.
21:29Il y avait des pompiers venus des quatre coins de la France,
21:31mais les pompiers du coin, ils défendent leur maison,
21:33ils défendent les maisons de leurs copains.
21:35Moi, j'avais un pompier qui venait de Corse,
21:37mais qui était originaire de Gironde,
21:39et qui disait, en fait,
21:40je suis en train de gérer les milliards de messages
21:42que je reçois de mes proches,
21:43en me disant, va voir ma maison,
21:45est-ce qu'elle va bien, est-ce qu'elle est encore debout,
21:47qu'est-ce qu'il en est, donne-nous des nouvelles.
21:50Et de voir cette mobilisation aussi de tous les pompiers,
21:53il y avait des pompiers des quatre coins de la France.
21:55C'était impressionnant.
21:57On a fait tous les départements,
21:58je ne sais pas quel département il n'a pas vu.
21:59Il y avait vraiment tout le monde qui était sur place.
22:02Dans un de tes papiers,
22:03il y a un truc qui m'a marqué aussi,
22:03Eléonore, c'est que tu racontes un moment
22:05qu'un pompier te dit s'être vu mourir
22:10à un moment lorsqu'il tentait
22:13de désembourber un véhicule de ses collègues.
22:15Est-ce que tu peux nous raconter ce moment-là ?
22:18Oui, alors on n'en a pas parlé,
22:19mais c'était au moment des évacuations
22:22d'Andernos, d'Ales, de...
22:25Arès, pardon.
22:26J'avais encore du mal avec les noms de ville parfois.
22:30Et voilà, donc il y a eu les évacuations
22:32qui sont tombées en fin de journée,
22:33et que ça a duré toute la nuit
22:34parce qu'en fait, tous les habitants ont été appelés,
22:36ont été un peu jetés sur les routes en même temps.
22:38Donc il y a eu des embouteillages monstres
22:39qui ont duré des heures du rang,
22:42qui ont posé plein de problèmes.
22:43Il y avait des personnes âgées, etc.
22:45Bref, donc une file ininterrompue de véhicules
22:49à l'arrêt pendant des heures.
22:51On n'avançait pas.
22:52En Andernos surtout, ouais.
22:52Ouais.
22:54Et du coup, moi, j'étais avec la photojournaliste Astrid
22:58et on était dans la voiture,
22:59on était vraiment à la queue des embouteillages.
23:00Il était peut-être, je ne sais pas,
23:02à un moment, quand on est parti,
23:03il devait être 22h, quelque chose comme ça.
23:05On se retrouve à la queue des embouteillages
23:07et en fait, on se dit, bon, quitte à être là,
23:08on va remonter la file et on va aller parler aux gens.
23:10Et quand on est remonté,
23:12on est tombé sur un pompier.
23:14On lui a dit, mais qu'est-ce que tu fais là,
23:15coincé dans les embouteillages ?
23:17Et il nous expliquait que,
23:18donc ça, c'était vendredi soir,
23:19il était mobilisé depuis mercredi
23:21et c'était son premier temps de repos.
23:23Il avait 24h de repos pour rentrer chez lui,
23:25aller voir des proches, etc.
23:26Et il nous dit, je suis bloquée dans les embouteillages,
23:28je suis dans ma voiture
23:29et je suis bloquée dans les embouteillages.
23:30Donc, il attendait une escorte des forces de l'ordre
23:34pour le dégager des embouteillages et passer devant.
23:36Parce qu'on peut comprendre que le pompier, voilà.
23:39Et donc, on parlait un petit peu, etc.
23:41Et il m'explique à un moment,
23:43ce qui m'a marquée aussi, c'est son regard
23:45qui était emprunt de fatigue,
23:48mais emprunt de fatalisme.
23:49C'est lui qui me dit,
23:50la citation de mon titre de papier,
23:52la situation est immaîtrisable,
23:55c'est-à-dire, il est immaîtrisable.
23:56Et donc, il me raconte que la veille,
23:58il est dans la forêt en flamme
24:01et qu'il a un camion de coéquipiers
24:04qui est embourbé,
24:05qui n'arrive plus à sortir d'un ravin.
24:07Et donc, évidemment,
24:09que lui et son équipe essaient de sortir leurs collègues,
24:13mais ils n'y arrivent pas.
24:14Et il se trouve que, du coup, dans leur camion,
24:15il y a des flammes tout près d'eux.
24:17Les flammes arrivent,
24:17les flammes arrivent
24:18et leur camion arrive à court d'eau.
24:21Et en fait, il me dit,
24:22j'ai 6 minutes, là.
24:22J'ai encore 6 minutes d'eau
24:23parce que mon camion fait,
24:25je crois que c'était 6 000 litres
24:27et la lance balance 1 000 litres à la minute.
24:30Dans 6 minutes, je n'ai plus d'eau.
24:32Et ils n'arrivaient pas,
24:33ils étaient là avec les engins, les machins,
24:35ils essayaient de sortir le véhicule.
24:36Et il m'a dit,
24:37je crois qu'il nous restait 30 secondes
24:39et on a pu sortir le camion,
24:41prendre les mecs
24:42et foutre le camp d'ici, quoi.
24:44Donc, il m'a dit,
24:46il avait les larmes aux yeux
24:47et il me dit,
24:48je n'arrête pas de pleurer
24:49depuis ce moment-là, quoi.
24:52Je sentais le...
24:53Alors, moi, bêtement, je lui dis,
24:55mais les gens qui étaient dans l'eau de camion,
24:57vous ne pouviez pas les prendre avec vous
24:58et dégager.
24:59Il me dit, non,
25:00les places, ce n'est pas possible,
25:02ils étaient trop nombreux,
25:03il n'y avait pas la place dans le camion.
25:05Dans le chat,
25:05on parle aussi des bénévoles,
25:07des habitants sur place,
25:08des gens qui ont participé aussi à aider.
25:10On va en parler juste après,
25:11mais juste avant,
25:11je voulais aussi conclure un petit peu
25:13ce chapitre sur les pompiers
25:15en évoquant,
25:15parce qu'on le disait là un tout petit peu,
25:17que...
25:18Alors là, quelques jours après...
25:19Enfin là, il y a quelques jours,
25:21maintenant qu'on est à l'étape d'après
25:23ces incendies,
25:24c'est aussi l'heure de certaines revendications,
25:26notamment de la part des pompiers,
25:27en termes de moyens,
25:29de salaires.
25:30Est-ce que toi,
25:30c'est des choses dont t'ont parlé,
25:32les pompiers que t'as pu rencontrer sur place,
25:33et Léonore,
25:34de leurs conditions de travail ?
25:35Oui, absolument.
25:36Mais alors,
25:36tous ont réclamé le off,
25:38comme on dit,
25:39parler en anonyme,
25:40ils disaient...
25:41Déjà, normalement,
25:41ils n'étaient pas censés nous parler.
25:43Donc, voilà,
25:43ils étaient très sympas,
25:45et quand on discutait,
25:46ils nous racontaient plein de choses.
25:47Comment ça,
25:47pas censé vous parler ?
25:49Les ordres qu'ils ont,
25:50les pompiers,
25:51c'est de ne pas parler à la presse.
25:52Ah ouais, ok.
25:52Voilà.
25:52Parce qu'en fait,
25:54on a des points presse organisés
25:56avec les responsables communication
25:58des SDIS,
25:59donc des pompiers.
26:01Voilà,
26:02c'était eux qui nous donnaient des infos,
26:03mais nous, évidemment,
26:03on allait chercher les témoignages
26:05des pompiers directement,
26:06et ils nous parlaient assez facilement.
26:08Et puis,
26:08parfois,
26:09ils avaient l'autorisation
26:10avec la communication,
26:11on voyait qu'ils se regardaient entre eux,
26:12ok, je peux parler,
26:13ok, voilà.
26:14Bon, bref.
26:14Et j'ai oublié la question.
26:17Sur les...
26:18Ah oui, sur les moyens.
26:18Alors,
26:19quand ils ont travaillé les moyens,
26:20est-ce que c'est des choses
26:20dont ils te parlaient ?
26:22Et donc, voilà,
26:22ils disaient,
26:23je te raconte,
26:23mais c'est en off.
26:25Et ce qu'ils nous disaient tout de suite,
26:27c'était,
26:28oui,
26:28le manque de moyens,
26:29évident.
26:32Surtout au début du feu.
26:34Après,
26:34il y a un pompier qui m'a dit,
26:35là,
26:35tous les moyens de France
26:36ont été déployés sur ce feu.
26:37Donc, concrètement,
26:38après plusieurs jours,
26:39on a assez de moyens.
26:40Juste aussi,
26:41nuance assez importante,
26:42c'est que les moyens
26:43n'étaient peut-être pas adaptés.
26:44C'est-à-dire qu'il y avait
26:45beaucoup de camions
26:47feu urbains.
26:48Il y avait les sapeurs-pompiers de Paris,
26:49mais les sapeurs-pompiers de Paris,
26:50ils ne gèrent pas des feux de forêt.
26:52Et il manquait des feux,
26:53pardon,
26:54des camions spécialisés feux de forêt.
26:56C'est-à-dire,
26:56en fait,
26:56ils ont des buses tout autour
26:58qui balancent de l'eau en permanence
26:59pour protéger le camion
27:00quand il est entouré par les flammes.
27:02Ça,
27:02ce genre d'engin,
27:03ça manquait.
27:04Il y a un autre pompier
27:06qui m'a raconté
27:07qu'il n'y avait pas assez de...
27:09Il faut savoir que dans les pompiers,
27:1080% sont des pompiers volontaires.
27:12Donc, voilà.
27:13Il m'expliquait
27:14qu'il y avait aussi
27:14un manque de moyens humains.
27:16Il disait,
27:17en fait,
27:17bientôt,
27:17on ne va plus avoir assez de pompiers
27:18pour conduire les camions.
27:20Et surtout,
27:20les moyens aériens,
27:22le manque de canadaires,
27:25voilà,
27:25où toute la flotte
27:26n'est pas disponible en même temps.
27:27On a fait des papiers
27:28d'écryptage là-dessus,
27:30voilà,
27:31qui expliquent un petit peu
27:32pourquoi tous les canadaires,
27:33je crois qu'on a une flotte
27:34de 12 canadaires,
27:35pourquoi ils ne sont pas
27:35tous disponibles en même temps.
27:37La flotte est vieillissante.
27:38Voilà.
27:39Il y a un pompier aussi
27:40qui me parlait des salaires
27:41en disant,
27:41en fait,
27:41là,
27:42il y a toutes nos règles,
27:43toutes les règles sautent.
27:43Il m'a dit,
27:44toutes les règles sautent,
27:45c'est la guerre.
27:46Parce qu'ils travaillent
27:4818h sur 24,
27:49si ce n'est 20h sur 24.
27:51Normalement,
27:52leur temps de travail,
27:55leur temps de repos
27:56dépend de leurs heures travaillées.
27:58Mais là,
27:58ils disaient,
27:59il n'y a plus rien qui tient
27:59parce qu'on est tout le temps,
28:02tout le temps,
28:02tout le temps mobilisés
28:03et les salaires ne suivent pas.
28:06Surtout vis-à-vis du danger
28:07qui court par ce métier.
28:10Donc,
28:10ils ont une mobilisation.
28:12Là,
28:12ils ont rencontré
28:13les ministres,
28:14je ne vais pas dire de bêtises,
28:16il y a quelques jours.
28:18Ils considèrent
28:19qu'ils n'ont pas été entendus
28:21sur l'urgence de la situation.
28:22On en reviendra après,
28:24mais ça ne va faire
28:24que s'empirer à l'avenir
28:26avec le réchauffement climatique.
28:27Donc,
28:27les pompiers disent,
28:28on n'a pas du tout assez de moyens.
28:30Ça urge,
28:30en fait,
28:31de nous donner les moyens.
28:32Et donc,
28:33ils considèrent
28:33qu'ils n'ont pas été entendus.
28:34Donc,
28:35ils vont faire une mobilisation
28:36fin septembre à Paris.
28:37Ils vont manifester.
28:39Tu avais des choses à ajouter,
28:41toi, Emma,
28:41sur les publics
28:42que tu as rencontrés,
28:43sur leurs revendications aussi,
28:44leur colère ?
28:45Alors,
28:45leurs revendications,
28:46non.
28:46Moi,
28:46ce qui me choque particulièrement,
28:47c'est,
28:48je reviens au cas du Porsche,
28:50c'est que cette polémique,
28:52elle vient clairement
28:52d'un manque de moyens
28:54du côté pompier.
28:55Ce n'est pas normal
28:56qu'on enlève des pompiers
28:59d'un endroit
29:00où ça brûle
29:01pour redéployer
29:02à un autre endroit.
29:04Normalement,
29:04il devrait y avoir
29:05des pompiers partout.
29:06Donc là,
29:07on a clairement l'exemple
29:08du manque de moyens.
29:11Pour parler des personnes
29:12qui ont aidé aussi
29:13les pompiers sur plage relais,
29:14une remarque du chat
29:15de quelqu'un qui nous dit
29:17la chose sur laquelle
29:18je suis admiratif,
29:19ce sont les agriculteurs
29:20et les gens
29:20avec leurs propres citernes d'eau
29:21pour aider les pompiers.
29:23Et pourtant,
29:23la préfecture a refusé
29:24cette aide au début
29:25jusqu'à ce qu'elle fasse
29:26marche arrière.
29:28C'est vrai que,
29:29pour préciser,
29:31il était question
29:32notamment de pas...
29:33Alors,
29:34l'aide était évidemment
29:35très utile,
29:36mais il était question
29:36parfois
29:37d'encadrer un petit peu
29:39cette aide
29:40de la part de bénévoles
29:41pour qu'elle ne soit pas
29:41non plus contre-productive
29:42sur le travail des pompiers.
29:44Tout à fait.
29:45Je te laisse se dire,
29:46Mathieu.
29:46Du coup,
29:47nous,
29:48on a suivi les agriculteurs,
29:50on en a croisé
29:50quand on était sur le terrain.
29:51Et ensuite,
29:52j'ai fait un reportage
29:53avec des bénévoles,
29:55des jeunes du bassin d'Arcachon
29:56qui,
29:57dès le premier jour,
29:57se sont mobilisés
29:58pour essayer de sauver
30:00au maximum
30:01ce qui était possible
30:02de sauver.
30:02Donc,
30:03c'est une aide
30:04qui était la bienvenue,
30:05qui a été très,
30:06très bien reçue.
30:08Après,
30:08voilà,
30:08c'est sûr qu'il faut
30:09que ce soit encadré.
30:10mais pour être honnête,
30:12à ce moment-là,
30:13au cœur du feu,
30:15on ne parlait pas
30:16d'attestation
30:17pour se recenser,
30:18on ne parlait pas
30:18de tout ça.
30:20C'est juste des gens,
30:21des mecs qui étaient là
30:22pour arrêter.
30:23Ils ont pris leurs moyens
30:24et ils ont fait
30:25avec leur 4x4,
30:27leur cuve à eau,
30:28les motopompes
30:28qu'ils ont achetées,
30:30leur essence,
30:32vraiment,
30:32tout à leur frais.
30:33Donc ça,
30:33c'est important
30:34de le noter.
30:35C'est des sommes
30:36qui sont quand même
30:37conséquentes
30:38et qui sont allées
30:39au cœur du truc,
30:40aux côtés des pompiers.
30:42Donc,
30:42ça se faisait en deux temps.
30:43C'était soit
30:44ils remplissaient
30:44les cuves d'eau
30:45pour aller ravitailler
30:47les pompiers,
30:48sinon,
30:49ils éteignaient
30:49ce qu'on appelle
30:50les fumeroles,
30:51les reprises de feu,
30:51etc.
30:52Donc,
30:53ce n'était pas non plus
30:53on va au cœur du feu,
30:55on fait ça comme...
30:56Voilà.
30:57Mais c'est important
30:58de noter ça.
30:59Après,
30:59comme on en discutait
31:00tout à l'heure,
31:01il y a sa puposité,
31:03qui a posé problème
31:03parce que par rapport
31:05aux pompiers,
31:08il y a des bénévoles,
31:09on ne sait pas
31:09d'où elle vient,
31:10s'il y a des petits cailloux,
31:11ça peut abîmer
31:12les agriculteurs,
31:13etc.
31:15Ça peut abîmer
31:16le matériel des pompiers,
31:17ça peut boucher
31:18des axes
31:19qui sont primordiaux
31:21pour passer,
31:21pour accéder à la forêt
31:22et tout ça.
31:23Donc,
31:24oui,
31:24il y a eu des petits problèmes
31:25d'organisation,
31:26mais à côté de ça,
31:28ces gens-là,
31:29ils ont sauvé des maisons,
31:30très clairement.
31:31Moi,
31:31j'ai rencontré une dame
31:32et son fils
31:33qui ont un domaine
31:34à Ares,
31:35donc Ares,
31:35on n'en a pas tant parlé,
31:36pas plus parlé que ça.
31:38Cette dame,
31:38elle a 72 ans,
31:39elle était avec son fils
31:40au Sodo,
31:41en train d'essayer
31:41de sauver son domaine.
31:44Et ces jeunes,
31:45ils sont arrivés
31:45et elle nous expliquaient
31:47que les quatre maisons
31:47derrière chez elles,
31:48elles auraient totalement brûlées
31:49si ces jeunes n'étaient pas là.
31:51Parce que les pompiers,
31:53manquent de moyens,
31:53ne pouvaient pas être
31:54à cet endroit-là,
31:55ne pouvaient pas être
31:56sur tous les fronts.
31:58Donc, voilà.
31:58Et puis,
31:59il y a eu des bénévoles
32:00de tous les côtés.
32:01Il y a eu les gens
32:01qui se sont mobilisés
32:02pour amener de la nourriture
32:04au PC,
32:05donc des restaurateurs,
32:07des commerçants du marché
32:08qui ont tout fait
32:09pour ravitailler,
32:11etc.,
32:11qui ont bossé jour et nuit.
32:13parce que le feu,
32:14il ne s'arrêtait pas.
32:14Donc, ces gens-là,
32:15ils ne s'arrêtaient pas non plus.
32:16Donc, c'était peu d'heures
32:18de sommeil,
32:18un petit peu comme les pompiers,
32:20et du coup,
32:21avec leurs propres moyens.
32:22Donc, je trouve ça admirable.
32:25Et avant de parler
32:26plus généralement aussi
32:26des causes et des conséquences
32:28de ces incendies,
32:29je voudrais aussi avoir
32:30à vous votre ressenti,
32:32puisque vous étiez sur place
32:33pendant plusieurs jours.
32:34Qu'est-ce qui vous a
32:36le plus marqué ?
32:37Quel est le principal souvenir,
32:39le moment fort,
32:41le principal moment
32:42que vous gardez en mémoire,
32:43et donc vous avez l'impression
32:44qu'il restera gravé ?
32:46Peut-être quoi le moment
32:47le plus important pour vous
32:49où vous étiez sur place ?
32:50Moi, j'ai un moment
32:51qui m'a particulièrement émue.
32:53Puis, on était un peu fatigué
32:55aussi au bout d'une semaine.
32:56Et je pense que, voilà,
32:58de voir les gens
32:58qui avaient tout perdu
32:59ou qui luttaient
33:00pour ne pas tout perdre.
33:02Et c'était aussi
33:02avec les bénévoles.
33:03Moi, j'ai suivi un groupe
33:04de trois gars,
33:05trois copains
33:06qui ont pareil,
33:08ce que disait Emma,
33:08tout acheté à leur frais.
33:09C'était vraiment le système D.
33:10Ils ont fait ça
33:11avec une pompe
33:12de piscine.
33:15Ils avaient un tuyau
33:16en PVC
33:17qu'ils avaient scotché
33:18pour faire la lance
33:19pour éteindre
33:20les fumeroles, etc.
33:21Et donc, en fait,
33:22ils sillonnaient les routes
33:23pour les petits départs de feu
33:26et les fumeroles, etc.
33:28Donc, c'est ce qu'ils fument
33:29encore dans les champs.
33:31Et à un moment,
33:32ils sont arrivés
33:33près d'une maison.
33:34On voyait un gros panache
33:36de fumée sans dégager
33:38et on est arrivés
33:39près du portail
33:41et une femme
33:41avec un masque
33:43qui était dans tous ses états,
33:45évidemment,
33:46leur a fait signe de venir.
33:47Donc, le camion a foncé
33:48dans la propriété.
33:49Le camion des bénévoles
33:50a foncé dans la propriété.
33:51Les mecs,
33:52ils sont sortis en deux secondes.
33:53Ils avaient les sauts
33:54à eau et tout.
33:55Ils ont couru
33:55sur le terrain
33:56pour aller éteindre
33:57le départ de feu.
34:00Et en fait,
34:01dans cette propriété,
34:02donc c'est de 17 hectares,
34:04il y avait beaucoup
34:05de terrain à protéger.
34:06On voyait les traces
34:08du feu noir
34:09qui s'était arrêté
34:09à quelques mètres
34:10de l'entrée.
34:11Donc, on voyait que la maison
34:12était à un cheveu
34:14de partir en fumée
34:14et qu'avec le vent,
34:16la chaleur qui est revenue
34:17et tout dans les jours
34:19précédant le départ de feu,
34:22les reprises de feu
34:23étaient importantes.
34:25Et cette femme,
34:27elle était épuisée.
34:28et elle me dit
34:29mais ça fait une semaine
34:30qu'on lutte en fait
34:30contre le feu,
34:31contre les reprises de feu,
34:34contre le vent qui tourne,
34:35contre les températures
34:35qui ne veulent pas redescendre.
34:38Elle était dans tous ses états.
34:39Elle avait les larmes aux yeux
34:40évidemment.
34:41Elle était là avec son fils,
34:43avec...
34:43Il y avait trois générations
34:44sur cette propriété,
34:45grands-parents,
34:46parents et enfants.
34:48Et ils avaient mis
34:49une grande pancarte
34:50devant leur propriété
34:51qui disait
34:51merci les bénévoles,
34:53maison sauvée.
34:54Et en fait,
34:55ils disent
34:55nous on est dans un coin perdu,
34:56ils étaient entourés
34:57par la forêt.
34:59ils disaient
35:00sans les bénévoles,
35:00notre maison
35:01elle partait en fumée,
35:01les pompiers
35:02n'avaient pas pu venir
35:02dans ce coin-là.
35:04La maison,
35:04elle a tenu grâce aux bénévoles.
35:06C'était fort.
35:09Toi Emma,
35:10quel est le moment
35:11que tu retiens particulièrement
35:13s'il y en a
35:15de ces jours ?
35:17Il y a eu plusieurs choses.
35:18Il y a eu plein de témoignages,
35:20il y a eu mille histoires
35:21à raconter.
35:22Après,
35:23personnellement,
35:24ça a été la première nuit
35:25que j'ai passée dans les feux.
35:26Donc la nuit du jeudi
35:28au vendredi.
35:29Donc en quelques heures,
35:31le feu,
35:31il a pris une dimension
35:33incontrôlable.
35:33très clairement,
35:35on est passé en 24 heures
35:36de 3 700 hectares
35:37à 19 000 hectares
35:38et cette nuit,
35:39elle a été dévastatrice.
35:42Donc moi,
35:42j'étais plus du côté de l'Aige,
35:44donc c'est là
35:45où j'ai vu les habitations
35:46brûler
35:47et du côté de la plage
35:49du Grand Croc.
35:50Donc là,
35:50ça a commencé à prendre
35:51et le risque,
35:52c'était que ça saute
35:54la route
35:54et que ça se dirige
35:56du coup vers les habitations,
35:57la presquille,
35:57etc.
35:58Ça brûlait déjà à l'Aige.
36:00Moi,
36:01c'est clairement cette nuit-là
36:02où j'ai compris
36:02qu'il y avait un switch
36:04dans cette histoire
36:05et que ça prenait une dimension.
36:08Enfin là,
36:08on parlait de méga-feu
36:09et que personne
36:10savait vraiment
36:11comment attaquer ce feu-là.
36:13Personne savait
36:13l'ampleur,
36:15on ne comprenait pas,
36:16tout le monde était dépassé.
36:17Les pompiers,
36:17ils commençaient
36:18à faire voler les drones
36:19pour avoir une vue aérienne
36:21pour comprendre
36:23par où attaquer,
36:24etc.
36:24Donc on s'enfonçait
36:25dans des petits truelles,
36:26enfin dans des petits
36:27pare-feux.
36:28On reculait,
36:29on allait dans un autre.
36:30Enfin, on sentait
36:31que personne n'avait
36:33une maîtrise totale
36:34de ce qui était
36:34en train de se passer.
36:35Et cette nuit,
36:36ça a été la plus marquante.
36:39Après,
36:39ce n'est pas un événement,
36:40une image
36:41que je vais avoir en tête,
36:42c'est plus
36:44ce qui m'a marquée,
36:45moi,
36:45c'est vraiment
36:46cette mobilisation,
36:47cette entraide,
36:47cette solidarité
36:48qui est hyper importante
36:50et qui vraiment
36:51m'a beaucoup touchée.
36:54On ne l'a pas précisé,
36:55mais les pompiers
36:56eux-mêmes le disaient.
36:57En fait,
36:57sans les bénévoles
36:58qui nous donnent
36:59de quoi se nourrir
37:00et de quoi dormir,
37:02on ne tiendrait pas.
37:04Il y a des gens
37:05qui faisaient des repas maison
37:07dans des stades
37:08sans équipement adapté
37:10et tout.
37:10Et puis,
37:12la nourriture,
37:13les aliments,
37:13tout ça,
37:13c'était par caisse entière.
37:16Ça débordait de dons,
37:17etc.
37:17Ils en ont même été
37:18un peu débordés,
37:19etc.
37:20Oui, c'est pareil.
37:21Les pompiers,
37:21ils étaient extrêmement reconnaissants.
37:23J'ai parlé avec un
37:23qui me disait
37:24« Nous, on part
37:25avec un sac 24 heures.
37:26J'ai un sac de couchage,
37:28une tenue de sport,
37:29un paquet de pâtes
37:30de 3 minutes
37:31et de quoi me laver.
37:32Basta. »
37:34Mais grâce aux bénévoles,
37:35ils ont pu avoir des repas,
37:36dormir sur des lits de camp
37:38à peu près quelques heures.
37:39C'était essentiel.
Commentaires

Recommandations