Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 12 heures
Il est 12h02, ce 22 juillet. Les pompiers sont appelés pour un départ de feu à Saumos, en Gironde. A ce moment-là, personne ne sait encore que cet incendie va devenir l’un des plus importants jamais enregistré en France. En quelques jours, les flammes vont parcourir 42 000 hectares, forcer plus de 220 000 personnes à évacuer et détruire 240 habitations.

Pendant une semaine, Libération a suivi le mégafeu au plus près, au côté des pompiers, des agriculteurs, des bénévoles et des habitants, dont certains se sont retrouvés au cœur de la lutte contre les flammes.

Trois semaines plus tard, alors que le feu est fixé, Libération revient sur ces quelques jours hors norme, pour comprendre comment un simple départ de feu à Saumos est devenu l’un des plus grands incendies de France.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Il est midi 02, le 22 juillet.
00:02Les pompiers sont appelés pour un départ de feu à Somos, en Gironde.
00:06A ce moment-là, personne ne sait encore que cet incendie va devenir l'un des plus importants jamais enregistrés
00:10en France.
00:11En Gironde, les habitants de cette commune de la métropole de Bordeaux ont dû quitter en urgence les lieux.
00:16En Gironde, certains sinistrés ont tout perdu dans les incendies.
00:19C'est du jamais vu, la presqu'île du Cap-Ferré quasiment déserte.
00:23Et c'est la nuit que le combat est le plus éprouvant pour les pompiers.
00:26Tout se joue au sol, au plus près du brasier.
00:30En quelques jours, les flammes vont parcourir 42 000 hectares.
00:33Plus de 220 000 personnes vont être évacuées et 240 habitations vont être détruites.
00:39Il y a à peu près 3 000 hectares qui ont déjà brûlé et plus de 20 000 personnes qui
00:42ont été évacuées en 24 heures.
00:44C'est, je pense, une image que je ne pourrai jamais oublier.
00:47L'ambiance était apocalyptique, une fumée opaque qui pique les yeux et qui brûle la gorge.
00:52Pendant une semaine, j'étais sur le terrain avec Eleonore Dizderot, journaliste au service Environnement,
00:56et Astrid Lagougine, photoreportaire.
00:58Avec plusieurs journalistes de la rédaction de Libération qui se sont mobilisés pour couvrir ces incendies,
01:03on était au milieu de ce méga-feu, aux côtés des pompiers, des agriculteurs, des bénévoles,
01:08mais aussi des habitants qui, pour certains, se sont retrouvés au cœur de la lutte contre l'incendie.
01:12Trois semaines plus tard, j'ai voulu revenir sur ces quelques jours hors normes,
01:15avec ce qu'on a vu et vécu sur le terrain,
01:18pour comprendre comment un simple départ de feu à Somos est devenu l'un des plus grands incendies de France.
01:26Somos, c'est ce petit point en Gironde d'à peine 550 habitants.
01:30Selon le procureur de la République de Bordeaux, l'origine du feu ici serait humaine mais accidentelle.
01:35Le départ de l'incendie serait lié à une opération de débroussaillage réalisée à proximité d'une ligne électrique par
01:40un prestataire d'Enedis.
01:42Quelques heures plus tard, à plusieurs kilomètres de là, je roule sur la D106, qui relie Bordeaux au bassin d
01:47'Arcachon,
01:48et je peux déjà apercevoir les flammes.
01:51À ce moment-là, on comprend que l'incendie est plus qu'un simple feu de forêt.
01:55Il est en train de s'installer dans le paysage.
02:04En 24 heures, le feu commence à ravager le Porges, une commune d'environ 3500 habitants.
02:09Désormais, il se rapproche dangereusement de l'Ege Cap Ferré et de sa presqu'île.
02:13Cette pointe entre le bassin et l'océan pose un problème très particulier.
02:17Il n'y a qu'une seule route qui permet d'entrer, mais aussi d'en sortir.
02:20En plein été, des dizaines de milliers d'habitants et de touristes s'y concentrent.
02:24Une évacuation massive peut donc rapidement se transformer en immense embouteillage et risquerait de bloquer les pompiers.
02:30Alors dans la journée, tous les campings de la presqu'île sont évacués préventivement.
02:34Des milliers de vacanciers doivent quitter les lieux et sont dirigés vers des centres d'accueil pour sinistrer.
02:39Comme ici, dans ce gymnase à Andernos-les-Bains.
02:42Et pour beaucoup d'entre eux, c'est le flou.
02:45Il faut partir, mais sans vraiment savoir où aller ni combien de temps la situation va durer.
02:49On a appris hier soir qu'il y avait un flou qui s'est déclaré, qui s'est endommé vraiment
02:53très vite.
02:54Et ce matin, à 10h15, on est venu nous voir en disant « évacuation, faites vos valises, vous partez ».
02:59Ensuite, on a pris un bus et on est arrivé dans le gymnase.
03:02Et maintenant, on ne sait pas quoi faire et on ne sait pas ce qu'on va devenir.
03:05On est ici parce que notre camping a été évacué.
03:09On a l'ordinateur pour les petits et on a d'ailleurs incertitude.
03:12On ne sait pas trop vraiment ce qu'on va faire.
03:15Donc on attend les instructions à venir.
03:17Donc soit on passe une nuit supplémentaire, soit ici dans le gymnase, soit dans une chambre d'hôtel, on ne
03:23sait pas trop.
03:24Là, je suis actuellement sur le bassin d'Arcachon et plus précisément à Arès, en Gironde.
03:28Et on est à quelques kilomètres de Somos et du Porges, là où se sont déclarés les feux mercredi dernier.
03:33Et à l'heure où je tourne cette vidéo, il y a à peu près 3000 hectares qui ont déjà
03:37brûlé
03:37et plus de 20 000 personnes qui ont été évacuées en 24 heures.
03:41Pendant que les évacuations s'organisent, le feu, lui, continue d'avancer.
03:45En fin de journée, les flammes atteignent les premières habitations à l'Aige.
03:49Au moins deux maisons sont détruites.
03:51Alors que le Porges continue d'être ravagé, les habitants ont vu une bonne partie des pompiers être redéployés au
03:57Cap-Ferret.
03:58Les Porges en tireront un profond sentiment d'abandon qui s'intensifiera au fil des jours.
04:10Le 24 juillet au matin, le Cap-Ferret est méconnaissable.
04:14Les terrasses sont vides, les plages aussi, et cette presqu'île habituellement pleine de touristes est quasiment désertée.
04:20Pendant la nuit, les habitants ont été évacués.
04:23C'est, je pense, une image que je ne pourrais jamais oublier.
04:26Alors moi, je vis avec ma mère, un chien et trois chats.
04:29C'est sur les coups de minuit 30, quand une amie m'a annoncé qu'il prévoyait de bloquer la
04:35route qui mène de l'Aige vers Arès,
04:37que j'ai réveillé ma mère pour qu'elle se prépare gentiment à évacuer.
04:40J'ai mis les affaires et les animaux dans le van, l'ambiance était apocalyptique.
04:44L'horizon, c'était incandescent, on entendait juste les sirènes des pompiers.
04:47On a fait la route, on est arrivé à Arcachon et on a dormi dans le van avec les animaux
04:51face aux incendies qui ont ravagé nos maisons et nos forêts.
04:53Et pour ceux qui sont encore sur place, il faut maintenant trouver une autre façon de partir.
04:58Pour la première fois, des bateaux sont mobilisés pour évacuer le Cap-Ferret.
05:01Là, je suis au Cap-Ferret, à la jetée de Bélisère,
05:04et on va embarquer dans les derniers bateaux d'évacuation qui partent du Cap-Ferret en direction d'Arcachon.
05:11D'abord, à 6h ce matin, on a eu l'alarme téléphone.
05:14Et ensuite, les gendarmes qui sont venus nous dire qu'il fallait partir avec les sirènes qui tournent.
05:21Les évacuations par voie maritime, elles ont eu lieu cette nuit, entre 3h30 du matin et midi.
05:25Et il y a eu à peu près 1500 personnes au total qui ont été évacuées.
05:29Ce scénario avait pourtant été préparé après les incendies de 2022.
05:33Les exercices d'évacuation avaient été organisés pour anticiper une situation comme celle-ci.
05:38Et cette fois, ce n'est plus un exercice, la presqu'il se vide.
05:41Et globalement, les évacuations, elles se sont bien déroulées.
05:44Pour les commerçants, une autre inquiétude apparaît déjà, c'est celle de la saison touristique.
05:48En partant, j'ai tout laissé.
05:50Ma maison et mon entreprise d'austréiculture et de dégustation que j'ai créée il y a 3 ans.
05:54La conjoncture n'était déjà pas bonne, on sentait la crise économique.
05:57Et là, la haute saison commençait à peine.
06:00La situation était déjà compliquée.
06:02Je crains le coup de grâce.
06:02Le contraste est saisissant.
06:05De l'autre côté du bassin, à Arcachon, les terrasses sont pleines, les touristes se baignent, les enfants jouent au
06:10club Mickey.
06:11En face, le Cap Ferré, lui, est à l'arrêt.
06:14Pour les commerçants, la question est désormais simple.
06:16Combien de temps cette situation va-t-elle durer et quelles conséquences pour leur saison ?
06:22Les vents ont tourné et le feu gagne rapidement du terrain vers l'est.
06:26Heure par heure, les ordres d'évacuation tombent pour de nouvelles communes.
06:29Ares, Andernos-les-Bains, le Temple, Somos, Lenton, Odange ou encore Biganos.
06:37Sur nos téléphones, les messages d'alerte s'affichent, il faut partir.
06:40Sauf que sur les routes, tout est bloqué.
06:43A Andernos, on parcourt à peine 200 mètres en deux heures.
06:47Et très vite, c'est la panique.
06:48Les gens doivent évacuer, mais on n'arrive tout simplement pas à avancer.
06:52Les stations-service sont prises d'assaut et les secours tentent de se frayer un passage au milieu des bouchons.
06:57Beaucoup d'automobilistes font demi-tour.
07:00Je suis moi-même bloquée à Lenton, au milieu des embouteillages.
07:03Et comme beaucoup d'automobilistes, je me résine à faire demi-tour et à passer une partie de la nuit
07:07sur place.
07:09Pendant ce temps, l'incendie progresse dans ma direction.
07:11Et il faudra attendre 3 heures du matin pour que les routes soient enfin dégagées.
07:15Ce n'est qu'à 4 heures qu'on parvient à rejoindre Begles, près de Bordeaux.
07:26Le 24 juillet, le feu continue de gagner du terrain et devient de plus en plus difficile à contenir.
07:32Et sur le terrain, les conditions deviennent aussi compliquées pour nous.
07:36Les forces de l'ordre sont déployées pour sécuriser certains secteurs.
07:39Et les accès sont progressivement fermés, même à la presse.
07:42A plusieurs endroits, impossible pour nous de passer, les consignes sont claires, personne ne circule.
07:48Alors pour le moment, on ne peut plus suivre les pompiers sur le terrain,
07:51parce que les conditions vendredi soir sont devenues trop dangereuses.
07:54Par exemple, au Porges, la situation reste extrêmement tendue.
07:58Certains habitants mettent en place des barrages pour contrôler eux-mêmes les accès à la presse et protéger leur commune.
08:10Le 25 juillet, le feu n'est toujours pas fixé.
08:1340 000 hectares ont déjà brûlé et 167 000 personnes ont été évacuées.
08:17Et la commune la plus dévastée, c'est le Porges.
08:19Alors on a décidé de s'y rendre.
08:21Ici, le sentiment des habitants est clair, ils ont été sacrifiés.
08:24Parce que vous vous souvenez, le deuxième jour, le 23 juillet,
08:27une partie des pompiers a été redéployée vers l'Aige-Cap-Ferré,
08:30alors que le Porges continuait de brûler.
08:32Aux côtés des pompiers, encore mobilisés sur place,
08:35ce sont les habitants eux-mêmes qui ont dû prendre le relais.
08:38Alors aujourd'hui, nous avons 183 maison qui ont été embêtements de truite,
08:43plus de 7 500 hectares de forêt qui sont partis en fuit.
08:48Et c'est quoi votre priorité là actuellement ?
08:50Protéger le village, faire en sorte que les feux ne repartent plus,
08:53de façon à ce que nos administrés puissent revenir en plus tôt.
08:56Ce qui pose problème aux gens, ce qui rend les gens un petit peu en colère, un petit peu agacés,
09:00c'est que les pompiers qui étaient là ont été envoyés sur le ferré,
09:03donc sur la presqu'île, où il y a beaucoup de résidences secondaires.
09:06Et le Porges a eu ce sentiment d'être laissé à l'abandon, ce qui a été le cas quand
09:10même.
09:10Pourquoi envoyer sur le ferré et pas nous ?
09:13Ça a été, bon on laisse le Porges, on abandonne, on ne part en trop plein.
09:16Alors qu'il y avait des flammes hautes comme pas permis, ça approchait vraiment du bourg.
09:19C'est un feu inédit, qu'on n'a jamais vu en France, qui crée son propre vent et qui
09:31fait des sauts de plusieurs kilomètres.
09:33Donc ça oblige les sapeurs-pompiers, qui travaillent quand même d'arrache-pied, à adapter en permanence.
09:38Alors oui, à certains moments on a besoin de prendre les engins forestiers pour aller créer un pare-feu ailleurs,
09:45mais on ne démunit pas l'un pour l'autre, ça n'est pas comme ça que nous réfléchissons.
09:50D'abord, notre priorité c'est sauver des vies.
09:52Alors au Porges, des pompiers sont restés, mais avec des moyens réduits, comme on peut le voir sur ces photos.
09:57Check News, à ce moment-là, a contacté le SDIS 33 pour connaître le détail de cette décision, sans obtenir
10:03de réponse précise.
10:04Trois semaines plus tard, le 17 août, le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est rendu sur place au Porges.
10:09Dès son arrivée, il est hué par des centaines de manifestants venus demander des réponses.
10:13Ils l'ont attendu pendant des heures, en vain.
10:16Seule une rencontre, avec quelques sinistrés, a été organisée hors caméra.
10:27Le 27 juillet, on compte 240 habitations brûlées en Gironde.
10:32Ça fait six jours que l'incendie a commencé, et depuis le début, les agriculteurs et les habitants se mobilisent
10:37aux côtés des pompiers.
10:40On transporte de l'eau, donc d'un point de pompage jusqu'aux colonnes.
10:45Comme là, il y a une grande colonne, donc là, on a un tracteur en haut en statique, qui est
10:49capable de redescendre.
10:50On en a un autre qui va faire la navette, pour ne pas que les pompiers bougent leurs canons et
10:54repilent leurs tuyaux à chaque fois, ils gagnent du temps.
10:56Et après, on a un site de stockage où on a à peu près 80 000 litres de stockage pour
11:02tous ceux qui sont périphériques, qui aillent directement là-bas.
11:04Mais cette mobilisation des habitants pose aussi un problème.
11:08Comment faire travailler tous ces volontaires sans les mettre en danger, ni désorganiser les secours ?
11:12La préfète Sophie Brocas demande aux personnes mobilisées de ne pas intervenir seules.
11:17Les autorités veulent que cette aide soit organisée et encadrée.
11:20Sur le terrain, pourtant, beaucoup de bénévoles sont déjà là, avec leurs tracteurs, leurs citernes, leurs moyens.
11:25Et c'est cette mobilisation que nous sommes allés voir.
11:27Là, on arrose pour ne pas que ça reprenne.
11:29On est déjà venus avec les pompiers de Paris il y a deux jours.
11:32On les a montés dans les remorques, ils sont venus avec nous.
11:34On a éteint vraiment et puis en fait, ça reprend.
11:37On ne fait pas les débiles comme certaines personnes à se prendre pour des pompiers.
11:40Nous, on vient là, vous voyez, pour juste éteindre, pas les grandes flammes, mais pour éviter que ça reprenne.
11:46Let's go !
11:51Le motopombe s'ils font les remplis avec le motopombe.
11:54Les pompiers font le travail le plus gros, donc ils éteignent les plus grandes flammes.
12:00Nous, on est là derrière pour finir le travail, éteindre les fumeroles qui restent,
12:05pour les aider aussi à remplir leur camion.
12:08On ne pouvait pas laisser nos terres partir en fumée comme ça.
12:12Moi, j'habite là depuis que je suis tout petit.
12:15Nous, on s'est équipés avec des cuves d'étonne à eau qui font 1000 litres.
12:20On a réussi à récupérer des motopompes pour pomper l'eau et à bricoler tous les tuyaux pour projeter l
12:29'eau.
12:30Avec nos 4x4, nos remorques, notre propre matériel qui est à nos frais.
12:35On fait ça bénévolement pour les terres, pour nos terres d'ici.
12:38C'est dur parce qu'on est là toute la journée, on reste tard le soir, très tard le soir.
12:43Donc voilà, on essaye d'être au mieux et puis de faire surtout attention à nous, malgré tout.
12:52Aujourd'hui, il faut remercier cette formidable entraide qui nous a vraiment surpris.
12:59On a rencontré ce groupe de bénévoles de Hares et de Andernos qui sont restés les irréductibles,
13:07qui ne sont pas partis et qui donnent tout leur temps, qui donnent leur travail,
13:12qui donnent aussi leur voiture, le gasoil, tout à leurs frais pour aider.
13:17Lorsqu'il y a une situation de crise, les Français sont encore là.
13:21Pour la région, cet incendie XXL reste un traumatisme.
13:24Trois semaines plus tard, le feu ne progresse plus mais il n'est pas éteint.
13:28Sébastien Lecornu a promis une aide de 12 millions d'euros pour la Gironde et les Landes.
13:32Mais ce plan sera-t-il suffisant pour reconstruire autrement, pour être mieux préparé ?
Commentaires

Recommandations