00:00Il est midi 02, le 22 juillet.
00:02Les pompiers sont appelés pour un départ de feu à Somos, en Gironde.
00:06A ce moment-là, personne ne sait encore que cet incendie va devenir l'un des plus importants jamais enregistrés
00:10en France.
00:11En Gironde, les habitants de cette commune de la métropole de Bordeaux ont dû quitter en urgence les lieux.
00:16En Gironde, certains sinistrés ont tout perdu dans les incendies.
00:19C'est du jamais vu, la presqu'île du Cap-Ferré quasiment déserte.
00:23Et c'est la nuit que le combat est le plus éprouvant pour les pompiers.
00:26Tout se joue au sol, au plus près du brasier.
00:30En quelques jours, les flammes vont parcourir 42 000 hectares.
00:33Plus de 220 000 personnes vont être évacuées et 240 habitations vont être détruites.
00:39Il y a à peu près 3 000 hectares qui ont déjà brûlé et plus de 20 000 personnes qui
00:42ont été évacuées en 24 heures.
00:44C'est, je pense, une image que je ne pourrai jamais oublier.
00:47L'ambiance était apocalyptique, une fumée opaque qui pique les yeux et qui brûle la gorge.
00:52Pendant une semaine, j'étais sur le terrain avec Eleonore Dizderot, journaliste au service Environnement,
00:56et Astrid Lagougine, photoreportaire.
00:58Avec plusieurs journalistes de la rédaction de Libération qui se sont mobilisés pour couvrir ces incendies,
01:03on était au milieu de ce méga-feu, aux côtés des pompiers, des agriculteurs, des bénévoles,
01:08mais aussi des habitants qui, pour certains, se sont retrouvés au cœur de la lutte contre l'incendie.
01:12Trois semaines plus tard, j'ai voulu revenir sur ces quelques jours hors normes,
01:15avec ce qu'on a vu et vécu sur le terrain,
01:18pour comprendre comment un simple départ de feu à Somos est devenu l'un des plus grands incendies de France.
01:26Somos, c'est ce petit point en Gironde d'à peine 550 habitants.
01:30Selon le procureur de la République de Bordeaux, l'origine du feu ici serait humaine mais accidentelle.
01:35Le départ de l'incendie serait lié à une opération de débroussaillage réalisée à proximité d'une ligne électrique par
01:40un prestataire d'Enedis.
01:42Quelques heures plus tard, à plusieurs kilomètres de là, je roule sur la D106, qui relie Bordeaux au bassin d
01:47'Arcachon,
01:48et je peux déjà apercevoir les flammes.
01:51À ce moment-là, on comprend que l'incendie est plus qu'un simple feu de forêt.
01:55Il est en train de s'installer dans le paysage.
02:04En 24 heures, le feu commence à ravager le Porges, une commune d'environ 3500 habitants.
02:09Désormais, il se rapproche dangereusement de l'Ege Cap Ferré et de sa presqu'île.
02:13Cette pointe entre le bassin et l'océan pose un problème très particulier.
02:17Il n'y a qu'une seule route qui permet d'entrer, mais aussi d'en sortir.
02:20En plein été, des dizaines de milliers d'habitants et de touristes s'y concentrent.
02:24Une évacuation massive peut donc rapidement se transformer en immense embouteillage et risquerait de bloquer les pompiers.
02:30Alors dans la journée, tous les campings de la presqu'île sont évacués préventivement.
02:34Des milliers de vacanciers doivent quitter les lieux et sont dirigés vers des centres d'accueil pour sinistrer.
02:39Comme ici, dans ce gymnase à Andernos-les-Bains.
02:42Et pour beaucoup d'entre eux, c'est le flou.
02:45Il faut partir, mais sans vraiment savoir où aller ni combien de temps la situation va durer.
02:49On a appris hier soir qu'il y avait un flou qui s'est déclaré, qui s'est endommé vraiment
02:53très vite.
02:54Et ce matin, à 10h15, on est venu nous voir en disant « évacuation, faites vos valises, vous partez ».
02:59Ensuite, on a pris un bus et on est arrivé dans le gymnase.
03:02Et maintenant, on ne sait pas quoi faire et on ne sait pas ce qu'on va devenir.
03:05On est ici parce que notre camping a été évacué.
03:09On a l'ordinateur pour les petits et on a d'ailleurs incertitude.
03:12On ne sait pas trop vraiment ce qu'on va faire.
03:15Donc on attend les instructions à venir.
03:17Donc soit on passe une nuit supplémentaire, soit ici dans le gymnase, soit dans une chambre d'hôtel, on ne
03:23sait pas trop.
03:24Là, je suis actuellement sur le bassin d'Arcachon et plus précisément à Arès, en Gironde.
03:28Et on est à quelques kilomètres de Somos et du Porges, là où se sont déclarés les feux mercredi dernier.
03:33Et à l'heure où je tourne cette vidéo, il y a à peu près 3000 hectares qui ont déjà
03:37brûlé
03:37et plus de 20 000 personnes qui ont été évacuées en 24 heures.
03:41Pendant que les évacuations s'organisent, le feu, lui, continue d'avancer.
03:45En fin de journée, les flammes atteignent les premières habitations à l'Aige.
03:49Au moins deux maisons sont détruites.
03:51Alors que le Porges continue d'être ravagé, les habitants ont vu une bonne partie des pompiers être redéployés au
03:57Cap-Ferret.
03:58Les Porges en tireront un profond sentiment d'abandon qui s'intensifiera au fil des jours.
04:10Le 24 juillet au matin, le Cap-Ferret est méconnaissable.
04:14Les terrasses sont vides, les plages aussi, et cette presqu'île habituellement pleine de touristes est quasiment désertée.
04:20Pendant la nuit, les habitants ont été évacués.
04:23C'est, je pense, une image que je ne pourrais jamais oublier.
04:26Alors moi, je vis avec ma mère, un chien et trois chats.
04:29C'est sur les coups de minuit 30, quand une amie m'a annoncé qu'il prévoyait de bloquer la
04:35route qui mène de l'Aige vers Arès,
04:37que j'ai réveillé ma mère pour qu'elle se prépare gentiment à évacuer.
04:40J'ai mis les affaires et les animaux dans le van, l'ambiance était apocalyptique.
04:44L'horizon, c'était incandescent, on entendait juste les sirènes des pompiers.
04:47On a fait la route, on est arrivé à Arcachon et on a dormi dans le van avec les animaux
04:51face aux incendies qui ont ravagé nos maisons et nos forêts.
04:53Et pour ceux qui sont encore sur place, il faut maintenant trouver une autre façon de partir.
04:58Pour la première fois, des bateaux sont mobilisés pour évacuer le Cap-Ferret.
05:01Là, je suis au Cap-Ferret, à la jetée de Bélisère,
05:04et on va embarquer dans les derniers bateaux d'évacuation qui partent du Cap-Ferret en direction d'Arcachon.
05:11D'abord, à 6h ce matin, on a eu l'alarme téléphone.
05:14Et ensuite, les gendarmes qui sont venus nous dire qu'il fallait partir avec les sirènes qui tournent.
05:21Les évacuations par voie maritime, elles ont eu lieu cette nuit, entre 3h30 du matin et midi.
05:25Et il y a eu à peu près 1500 personnes au total qui ont été évacuées.
05:29Ce scénario avait pourtant été préparé après les incendies de 2022.
05:33Les exercices d'évacuation avaient été organisés pour anticiper une situation comme celle-ci.
05:38Et cette fois, ce n'est plus un exercice, la presqu'il se vide.
05:41Et globalement, les évacuations, elles se sont bien déroulées.
05:44Pour les commerçants, une autre inquiétude apparaît déjà, c'est celle de la saison touristique.
05:48En partant, j'ai tout laissé.
05:50Ma maison et mon entreprise d'austréiculture et de dégustation que j'ai créée il y a 3 ans.
05:54La conjoncture n'était déjà pas bonne, on sentait la crise économique.
05:57Et là, la haute saison commençait à peine.
06:00La situation était déjà compliquée.
06:02Je crains le coup de grâce.
06:02Le contraste est saisissant.
06:05De l'autre côté du bassin, à Arcachon, les terrasses sont pleines, les touristes se baignent, les enfants jouent au
06:10club Mickey.
06:11En face, le Cap Ferré, lui, est à l'arrêt.
06:14Pour les commerçants, la question est désormais simple.
06:16Combien de temps cette situation va-t-elle durer et quelles conséquences pour leur saison ?
06:22Les vents ont tourné et le feu gagne rapidement du terrain vers l'est.
06:26Heure par heure, les ordres d'évacuation tombent pour de nouvelles communes.
06:29Ares, Andernos-les-Bains, le Temple, Somos, Lenton, Odange ou encore Biganos.
06:37Sur nos téléphones, les messages d'alerte s'affichent, il faut partir.
06:40Sauf que sur les routes, tout est bloqué.
06:43A Andernos, on parcourt à peine 200 mètres en deux heures.
06:47Et très vite, c'est la panique.
06:48Les gens doivent évacuer, mais on n'arrive tout simplement pas à avancer.
06:52Les stations-service sont prises d'assaut et les secours tentent de se frayer un passage au milieu des bouchons.
06:57Beaucoup d'automobilistes font demi-tour.
07:00Je suis moi-même bloquée à Lenton, au milieu des embouteillages.
07:03Et comme beaucoup d'automobilistes, je me résine à faire demi-tour et à passer une partie de la nuit
07:07sur place.
07:09Pendant ce temps, l'incendie progresse dans ma direction.
07:11Et il faudra attendre 3 heures du matin pour que les routes soient enfin dégagées.
07:15Ce n'est qu'à 4 heures qu'on parvient à rejoindre Begles, près de Bordeaux.
07:26Le 24 juillet, le feu continue de gagner du terrain et devient de plus en plus difficile à contenir.
07:32Et sur le terrain, les conditions deviennent aussi compliquées pour nous.
07:36Les forces de l'ordre sont déployées pour sécuriser certains secteurs.
07:39Et les accès sont progressivement fermés, même à la presse.
07:42A plusieurs endroits, impossible pour nous de passer, les consignes sont claires, personne ne circule.
07:48Alors pour le moment, on ne peut plus suivre les pompiers sur le terrain,
07:51parce que les conditions vendredi soir sont devenues trop dangereuses.
07:54Par exemple, au Porges, la situation reste extrêmement tendue.
07:58Certains habitants mettent en place des barrages pour contrôler eux-mêmes les accès à la presse et protéger leur commune.
08:10Le 25 juillet, le feu n'est toujours pas fixé.
08:1340 000 hectares ont déjà brûlé et 167 000 personnes ont été évacuées.
08:17Et la commune la plus dévastée, c'est le Porges.
08:19Alors on a décidé de s'y rendre.
08:21Ici, le sentiment des habitants est clair, ils ont été sacrifiés.
08:24Parce que vous vous souvenez, le deuxième jour, le 23 juillet,
08:27une partie des pompiers a été redéployée vers l'Aige-Cap-Ferré,
08:30alors que le Porges continuait de brûler.
08:32Aux côtés des pompiers, encore mobilisés sur place,
08:35ce sont les habitants eux-mêmes qui ont dû prendre le relais.
08:38Alors aujourd'hui, nous avons 183 maison qui ont été embêtements de truite,
08:43plus de 7 500 hectares de forêt qui sont partis en fuit.
08:48Et c'est quoi votre priorité là actuellement ?
08:50Protéger le village, faire en sorte que les feux ne repartent plus,
08:53de façon à ce que nos administrés puissent revenir en plus tôt.
08:56Ce qui pose problème aux gens, ce qui rend les gens un petit peu en colère, un petit peu agacés,
09:00c'est que les pompiers qui étaient là ont été envoyés sur le ferré,
09:03donc sur la presqu'île, où il y a beaucoup de résidences secondaires.
09:06Et le Porges a eu ce sentiment d'être laissé à l'abandon, ce qui a été le cas quand
09:10même.
09:10Pourquoi envoyer sur le ferré et pas nous ?
09:13Ça a été, bon on laisse le Porges, on abandonne, on ne part en trop plein.
09:16Alors qu'il y avait des flammes hautes comme pas permis, ça approchait vraiment du bourg.
09:19C'est un feu inédit, qu'on n'a jamais vu en France, qui crée son propre vent et qui
09:31fait des sauts de plusieurs kilomètres.
09:33Donc ça oblige les sapeurs-pompiers, qui travaillent quand même d'arrache-pied, à adapter en permanence.
09:38Alors oui, à certains moments on a besoin de prendre les engins forestiers pour aller créer un pare-feu ailleurs,
09:45mais on ne démunit pas l'un pour l'autre, ça n'est pas comme ça que nous réfléchissons.
09:50D'abord, notre priorité c'est sauver des vies.
09:52Alors au Porges, des pompiers sont restés, mais avec des moyens réduits, comme on peut le voir sur ces photos.
09:57Check News, à ce moment-là, a contacté le SDIS 33 pour connaître le détail de cette décision, sans obtenir
10:03de réponse précise.
10:04Trois semaines plus tard, le 17 août, le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est rendu sur place au Porges.
10:09Dès son arrivée, il est hué par des centaines de manifestants venus demander des réponses.
10:13Ils l'ont attendu pendant des heures, en vain.
10:16Seule une rencontre, avec quelques sinistrés, a été organisée hors caméra.
10:27Le 27 juillet, on compte 240 habitations brûlées en Gironde.
10:32Ça fait six jours que l'incendie a commencé, et depuis le début, les agriculteurs et les habitants se mobilisent
10:37aux côtés des pompiers.
10:40On transporte de l'eau, donc d'un point de pompage jusqu'aux colonnes.
10:45Comme là, il y a une grande colonne, donc là, on a un tracteur en haut en statique, qui est
10:49capable de redescendre.
10:50On en a un autre qui va faire la navette, pour ne pas que les pompiers bougent leurs canons et
10:54repilent leurs tuyaux à chaque fois, ils gagnent du temps.
10:56Et après, on a un site de stockage où on a à peu près 80 000 litres de stockage pour
11:02tous ceux qui sont périphériques, qui aillent directement là-bas.
11:04Mais cette mobilisation des habitants pose aussi un problème.
11:08Comment faire travailler tous ces volontaires sans les mettre en danger, ni désorganiser les secours ?
11:12La préfète Sophie Brocas demande aux personnes mobilisées de ne pas intervenir seules.
11:17Les autorités veulent que cette aide soit organisée et encadrée.
11:20Sur le terrain, pourtant, beaucoup de bénévoles sont déjà là, avec leurs tracteurs, leurs citernes, leurs moyens.
11:25Et c'est cette mobilisation que nous sommes allés voir.
11:27Là, on arrose pour ne pas que ça reprenne.
11:29On est déjà venus avec les pompiers de Paris il y a deux jours.
11:32On les a montés dans les remorques, ils sont venus avec nous.
11:34On a éteint vraiment et puis en fait, ça reprend.
11:37On ne fait pas les débiles comme certaines personnes à se prendre pour des pompiers.
11:40Nous, on vient là, vous voyez, pour juste éteindre, pas les grandes flammes, mais pour éviter que ça reprenne.
11:46Let's go !
11:51Le motopombe s'ils font les remplis avec le motopombe.
11:54Les pompiers font le travail le plus gros, donc ils éteignent les plus grandes flammes.
12:00Nous, on est là derrière pour finir le travail, éteindre les fumeroles qui restent,
12:05pour les aider aussi à remplir leur camion.
12:08On ne pouvait pas laisser nos terres partir en fumée comme ça.
12:12Moi, j'habite là depuis que je suis tout petit.
12:15Nous, on s'est équipés avec des cuves d'étonne à eau qui font 1000 litres.
12:20On a réussi à récupérer des motopompes pour pomper l'eau et à bricoler tous les tuyaux pour projeter l
12:29'eau.
12:30Avec nos 4x4, nos remorques, notre propre matériel qui est à nos frais.
12:35On fait ça bénévolement pour les terres, pour nos terres d'ici.
12:38C'est dur parce qu'on est là toute la journée, on reste tard le soir, très tard le soir.
12:43Donc voilà, on essaye d'être au mieux et puis de faire surtout attention à nous, malgré tout.
12:52Aujourd'hui, il faut remercier cette formidable entraide qui nous a vraiment surpris.
12:59On a rencontré ce groupe de bénévoles de Hares et de Andernos qui sont restés les irréductibles,
13:07qui ne sont pas partis et qui donnent tout leur temps, qui donnent leur travail,
13:12qui donnent aussi leur voiture, le gasoil, tout à leurs frais pour aider.
13:17Lorsqu'il y a une situation de crise, les Français sont encore là.
13:21Pour la région, cet incendie XXL reste un traumatisme.
13:24Trois semaines plus tard, le feu ne progresse plus mais il n'est pas éteint.
13:28Sébastien Lecornu a promis une aide de 12 millions d'euros pour la Gironde et les Landes.
13:32Mais ce plan sera-t-il suffisant pour reconstruire autrement, pour être mieux préparé ?
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