00:26BUSINESS AFRICA
00:30Le boom du cuivre en Zambie attire des milliards de dollars d'investissement dans les énergies vertes, mais les citoyens
00:36se demandent qui en profitent réellement.
00:40Et au Mali, le Bogolan offre de nouvelles opportunités économiques aux artisanes grâce à l'artisane traditionnelle.
00:51La République démocratique du Congo souhaite mettre fin aux exportations de cuivre et de cobalt brut et capter davantage de
00:58valeurs ajoutées grâce au raffinage sur son territoire.
01:00Ce bond en avant industriel est-il réalisable pour le pays ?
01:04La RDC fournit plus de 70% du cobalt mondial et produit chaque année plus de 3 millions de tonnes
01:10de cuivre.
01:11Désormais, Kinshasa interdit l'exportation du concentré de cuivre et de cobalt brut pour sortir du piège extraction-exportation.
01:19Du Zimbabwe qui interdit le lithium à la Namibie qui restreint les terres rares, les pays africains copient la stratégie
01:27indonésienne
01:28à interdire le minerai brut pour créer une industrie locale de raffinage.
01:33Objectif, récupérer des milliards de dollars de marge de raffinage et développer des usines sur place.
01:39Mais l'ambition industrielle congolaise bute sur un obstacle majeur, l'électricité.
01:45Faire tourner les fonderies de cuivre et de cobalt exigent une puissance massive.
01:49Or, dans le grand Katanga, cœur minier du pays, le déficit électrique dépasse 2000 MW.
01:56Nous recevons Landry Jimpe, associé gérant chez Innojance Consulting en RDC.
02:01Bienvenue dans Business Africa.
02:03Quels minerais de cuivre sont concernés par l'interdiction d'exportation
02:06et qu'est-ce que cela signifie pour les exportations de minerais non raffinés ?
02:12Le décret pris par le ministère des Mines de la RDC il y a deux mois interdit
02:18les exportations de concentrés de cuivre et de cobalt, sauf dérogation.
02:22Le décret ne restrait donc pas vraiment les produits raffinés,
02:26comme les cathodes de cuivre ou l'hydroxyde de cobalt,
02:29qui représentent aujourd'hui l'essentiel des exportations de la RDC.
02:34Les grandes entreprises du pays disposent toutes d'importantes capacités de traitement local
02:40et sont donc largement épargnées par le décret publié il y a quelques semaines.
02:48Mais il existe aussi de petites exploitations qui n'ont pas de capacité de raffinage dans le pays
02:54et qui envoient la plupart de leurs concentrés pour traitement à l'étranger,
02:57notamment en Zambia et en Chine.
03:00Ce sont celles qui vont clairement être affectées par ce décret.
03:04Pour ces entreprises, deux options, demander des dérogations temporaires
03:10pour stocker leur production.
03:14Mais je pense que ce que le gouvernement recherche surtout,
03:18c'est que ces petits producteurs accélèrent les investissements à faible coût
03:22afin de créer davantage d'emplois, notamment.
03:26Que compte tirer Kinshasa du traitement et du raffinage local ?
03:30A-t-elle les capacités de soutenir cette ambition ?
03:36Kinshasa prend de plus en plus confiance compte tenu de sa position stratégique
03:44dans l'industrie minière.
03:45Le pays veut s'assurer de tirer davantage de valeur de minerais
03:49transformés et raffinés sur le sol congolais,
03:53créant ainsi des emplois locaux,
03:56augmentant les recettes fiscales et favorisant aussi l'industrialisation.
04:02Mais vous avez évoqué un point qui est clairement au cœur du problème.
04:06Le traitement local nécessitera beaucoup plus d'électricité.
04:10Aujourd'hui, le déficit énergétique dans la ceinture cupurifère du Katanga
04:15où se trouve et sont produits la plupart du cuivre et du cobalt
04:19du pays dépasse 2000 MW.
04:22L'RDC dispose d'une capacité de production installée d'environ 2,8,
04:27presque 3 GW, soit 2 800 à 3 000 MW,
04:31mais à peine la moitié est disponible de manière fiable.
04:38Pendant ce temps, les activités minières et de traitement
04:41ont besoin de bien plus de 3 500 MW.
04:44Les grands groupes miniers ont donc dû construire
04:47leurs propres centrales solaires ou hydroélectriques
04:50ou acheter de l'électricité aux pays voisins comme la Zambie
04:53afin de rendre le traitement local viable.
04:57Le gouvernement doit donc absolument débloquer les investissements dans l'énergie.
05:07Plus largement, de quoi les pays africains ont-ils besoin
05:10pour transformer les restrictions sur les matières premières
05:13en emploi, investissement et davantage de richesse locale ?
05:17C'est une question très intéressante.
05:22Ils doivent développer leur propre industrie de transformation locale.
05:26Pour cela, il faut de véritables bases solides,
05:29à commencer par une électricité stable.
05:31Ils ont besoin d'infrastructures fonctionnelles
05:33car il faut pouvoir acheminer les marchandises.
05:36Il faut aussi des compétences techniques,
05:37mais également une politique claire.
05:39Les investisseurs ne viendront investir dans des installations locales
05:43que s'ils savent pouvoir produire de manière fiable
05:46et vendre à des prix compétitifs.
05:48C'est très important, tout comme la stabilité des règles dans le temps.
05:53Ces bases, sont-elles vraiment en place ?
05:55Pas vraiment.
05:56Mais on voit quelques gouvernements essayer de faire les choses correctement,
05:59notamment dans un pays comme la RDC où je suis basé.
06:02On voit aujourd'hui un véritable soutien.
06:04Le gouvernement ne se contente plus d'annonces.
06:07Il apporte un soutien concret aux projets de production
06:09ou de raffinage locaux pour accélérer leur mise sur le marché.
06:16Si nous voulons vraiment développer les capacités de traitement et de raffinage,
06:21ainsi que les investissements nécessaires,
06:23le gouvernement devrait réellement s'impliquer.
06:27Il y a donc une véritable dynamique,
06:29mais il faut aller au-delà des annonces et commencer à construire.
06:36Et surtout, il faut veiller à ce que les ambitions et des engagements
06:39correspondent à ce qui se passe réellement sur le terrain.
06:43Monsieur Jimpe, c'est toujours un plaisir de vous recevoir dans l'émission.
06:47Merci pour l'invitation, c'était un plaisir.
06:52Dans les corridors miniers d'Afrique,
06:54un boom de l'énergie verte se heurte à la réalité quotidienne.
06:58Alors que les bailleurs de fonds internationaux soulignent les progrès budgétaires
07:01et les avancées en matière de dette souveraine,
07:04les Zambiens ordinaires s'interrogent sur la part des richesses minières croissantes du pays
07:08qui profitent réellement aux communautés locales.
07:11En Zambie, grand pays producteur de cuivre en Afrique,
07:14la ruée vers les minerais stratégiques a provoqué d'importantes migrations internes.
07:18Pourtant, comme dans les régions minières de la RDC et d'Afrique de l'Ouest,
07:23les investissements directs étrangers peinent à réduire les inégalités de richesses dans le pays.
07:29Je pense que le principal problème est l'équité.
07:32Les bénéfices que les Zambiens tirent des investissements miniers
07:35restent sans commune mesure avec les profits des investisseurs.
07:39Nous avons vu beaucoup de gens, notamment dans le nord-ouest de la Zambie,
07:43où la plupart des mines connaissent un véritable essor.
07:46Et nous avons vu les gens affluer dans ces régions à la recherche d'emplois.
07:54Dans le monde, des pays comme le Chili et le Botswana
07:57ont évité la malédiction des ressources en associant capitaux étrangers,
08:02fonds souverains et règles strictes, favorisant la transformation locale.
08:06Pour les entrepreneurs locaux, la solution n'est pas d'exclure les capitaux étrangers,
08:10mais d'inscrire dans les politiques nationales une participation des communautés
08:15et des obligations d'achat local.
08:18Prenons la participation.
08:19Une part des revenus, par exemple 2 à 5%,
08:22pourrait être investie dans un fonds de développement local.
08:27Il faudrait aussi garantir que certains services soient réservés aux habitants,
08:32sauf lorsqu'ils ne sont pas disponibles localement.
08:38Alors que les pays africains cherchent un équilibre
08:41entre les exigences de leurs créanciers étrangers
08:44et les attentes de leurs citoyens,
08:45une participation locale structurée
08:48pourrait bien être la véritable voie vers la souveraineté économique.
08:55Au Mali, le Bogolan, un textile emblématique
08:57ancré dans le patrimoine culturel du pays,
09:00connaît un regain d'intérêt.
09:01Pour les artisanes, la fabrication et la vente de ce tissu traditionnel
09:05ne se limitent pas à la préservation d'un savoir-faire ancestral.
09:09Elle constitue également une source de revenus,
09:11d'indépendance financière et de soutien pour leurs familles.
09:15Dans ce champ situé à la sortie de Bamako,
09:18les femmes suivent attentivement le formateur.
09:20Les feuilles autour d'elles sont la matière
09:22qui servira pour la fabrication du tissu traditionnel
09:24manien à payer le Bogolan.
09:26Mais c'est au centre de formation Donko de Banguineda
09:29que les apprenantes découvrent et se perfectionnent
09:31aux différentes étapes de fabrication de ce tissu.
09:35Nous avons cueilli des feuilles de galama
09:37et de fégou pour confectionner nos tissus.
09:39Nous avons aussi ramassé du bois pour la cuisson
09:41et la préparation du tissu
09:43avant d'appliquer la teinture
09:44qui permettra d'y réaliser nos motifs.
09:50Au Mali, la femme a toujours été au centre du développement
09:52d'où la mise en priorité en leur endroit
09:54de certains métiers en vue de leur autonomisation.
09:57Si fabriquer du Bogolan est une fierté pour elle,
09:59cela représente une possibilité de générer des revenus
10:02et de participer davantage aux dépenses du foyer.
10:05Je peux confectionner le Bogolan
10:06grâce à ce que j'ai appris avec notre formateur.
10:09Ensuite, on ira les vendre au marché
10:11et ça aidera beaucoup nos familles.
10:12Ici, après avoir lavé et mélangé les composantes,
10:15s'ensuit la peinture sur le tissu
10:17qui associe les techniques traditionnelles
10:18à une perspective économique.
10:20Produit certes,
10:21mais aussi acquérir les compétences nécessaires
10:23pour commercialiser le tissu.
10:25Sinon, le Bogolan doit déjà confectionner.
10:27Il n'y a pas de prix fixe.
10:29Le prix fait varier de 4 000 à 5 000.
10:31Donc, ça dépend aussi du modèle.
10:33La texture qui se t'empaille,
10:36qui se vend à 50 000 à 100 000,
10:38même un million.
10:39Nos jours, cet exil emblématique du patrimoine culturel
10:42connaît un regain d'intérêt.
10:43On le retrouve exposé partout dans les grandes villes.
10:46Longtemps associé aux traditions maliennes,
10:48le Bogolan représente aujourd'hui
10:50une opportunité économique,
10:51notamment pour les femmes artisanes.
10:56Cela nous amène à la fin de cette édition de Business Africa.
10:59Merci de nous avoir suivis.
11:01Pour plus d'actualités et d'informations économiques,
11:03restez à l'écoute d'Africa News
11:05au rendez-vous sur africanews.com.
11:07A la prochaine.
11:15Business Africa
11:16was presented by Turkish Airlines.