- il y a 16 minutes
Avec Benoît Hingray, Hydrologue et directeur de recherche au CNRS
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NewsTranscription
00:00Le grand matin week-end, 6h-10h, Laurence Perrault.
00:04Et avant de vous donner la parole, puisque vous êtes attendu sur Sud Radio pour également répondre à cette question,
00:10sécheresse, avez-vous peur de manquer d'eau potable en France, que ce soit dans les mois ou les années
00:16à venir ?
00:16Vous répondez bien sûr sur la page Youtube de Sud Radio, sur la page Facebook de Sud Radio, je vous
00:21lirai,
00:21mais également au 0826 300 300 où Aude vous attend au standard de Sud Radio.
00:26Pour parler de ce sujet, peut-on un jour en France manquer d'eau potable ?
00:31J'accueille Benoît Ingrès qui est hydrologue et directeur de recherche au CNRS.
00:35Bonjour Monsieur Ingrès.
00:37Bonjour.
00:38Vous êtes hydrologue, c'est important de préciser qu'un hydrologue c'est un scientifique ou un ingénieur qui étudie
00:44l'eau sur terre
00:45et vous étudiez, vous analysez le cycle de l'eau.
00:48Vous êtes également directeur de recherche au CNRS.
00:51C'est un métier rare que l'on rencontre armand.
00:53Ben oui, puisque c'est rare, pardon.
00:56Alors, je ne dirais pas que c'est rare, puisqu'il y a quand même beaucoup d'hydrologues.
01:00Je me définirais plus comme hydroclimatologue, puisque je travaille dans mes travaux sur l'effet du changement climatique,
01:07sur l'hydrologie, l'hydrologie à l'échelle des territoires.
01:10Et il y a quand même en France une communauté d'hydroclimatologues assez importante.
01:15Très bien, comme ça, vous voyez, moi je ne savais pas qu'on pouvait aussi avoir affaire,
01:19et merci d'être là sur Sud Radio, à des hydroclimatologues.
01:22Ce qui m'intéresse et ce qui m'arrange particulièrement, vu le sujet que je pose et la question du
01:27jour,
01:28la France peut-elle un jour manquer d'eau potable ?
01:30Alors, est-ce qu'il faut craindre une vraie pénurie d'eau potable en France ?
01:33Ou est-ce que c'est un peu un fantasme qui est entretenu comme ça, par les médias, par les
01:39discours,
01:39par les discussions de famille, suite aux sécheresses qu'on voit régulièrement,
01:43et particulièrement celles que l'on vit sur cet été 2026 ?
01:47Écoutez, je pense que l'été 2026 nous donne déjà un petit aperçu de la réponse qu'on peut apporter
01:56à cette question,
01:57puisqu'il y a près de 70% du territoire qui est sur le coût de restriction d'eau,
02:02et il y a déjà plus de 40 000 personnes qui subissent des coupures d'eau aux robinets
02:06et près de 100 communes, ou en tout cas des dizaines de communes rurales ou de montagnes
02:12qui sont ravitaillées par des citernes aujourd'hui.
02:15Alors, pourquoi les communes rurales et les communes de montagne sont plus touchées ?
02:19Parce qu'elles dépendent d'une source unique, sans réseau de secours,
02:24alors que les grandes villes ou les villes de taille un peu plus importante
02:31sont actuellement préservées grâce à des réseaux interconnectés et sécurisés d'alimentation.
02:36Mais vous êtes en train de nous dire, parce qu'il y a eu pas mal de réactions sur la
02:39page YouTube également de Sud Radio,
02:41vous êtes en train de nous dire que oui, il y a déjà des endroits où on manque d'eau
02:45potable aux robinets.
02:47Oui, bien sûr. Oui, oui, c'est d'ailleurs pas inédit, puisque, alors je ne me souviens plus si c
02:53'est l'année passée,
02:54mais il me semble que c'était l'année passée, un certain nombre de communes avaient déjà dû faire appel
02:58à des citernes pour alimenter en eau potable leurs villes.
03:02Leurs concitoyens, mais là, est-ce que cette année, on en a plus que les années précédentes ?
03:06Oui, bien sûr, parce que la situation est vraiment inédite cette année.
03:10Le niveau des nappes phréatiques, des petites rivières est également critique.
03:14Encore hier soir, on nous parlait du doux qui est pratiquement à sec.
03:17Oui, il y a beaucoup de cours d'eau, petits cours d'eau essentiellement,
03:22mais aussi des cours d'eau de plus grande taille qui connaissent aujourd'hui une rupture d'écoulement
03:27ou des à sec, comme on dit dans le jargon hydrologique.
03:30Donc aujourd'hui, il y a plus de 40% des petits cours d'eau qui sont en situation d
03:36'affect,
03:36ce qui est aussi complètement inédit.
03:38En montagne, évidemment, je vais peut-être dire des bêtises et je m'en excuse,
03:42et reprenez-moi, la montagne, en tout cas l'eau et les sources sont issues aussi des glaciers,
03:48des sources de montagne, mais aussi des glaciers qui fondent.
03:51Partout sur notre territoire, ce sont les sources qui prennent dans les nappes phréatiques.
03:56Comment ça se passe, la vie de l'eau dans notre pays ?
03:59Alors, la question des territoires de montagne est vraiment intéressante
04:04par rapport à la question que vous posez sur l'accès à l'eau potable,
04:08notamment pendant l'été.
04:11Alors, jusqu'à présent, en fait, vous avez raison,
04:14une partie de la ressource en eau dans les territoires de montagne
04:18vient de la fonte du manteau neigeux, essentiellement.
04:22Alors, pas vraiment des glaciers, ou dans certains sites, ou dans certains territoires,
04:28ça peut être aussi effectivement des glaciers, mais globalement, c'est plutôt de la fonte du manteau neigeux,
04:33qui permet de, comme il était installé de façon assez durable,
04:38en tout cas sur la période printanière, jusqu'au midi de l'été,
04:42qui permettait d'avoir une ressource en eau, ben, quasi tout l'été.
04:46Là, le réchauffement climatique qui est en train de se produire, évidemment,
04:49modifie énormément cette dynamique du manteau neigeux,
04:53raccourcit beaucoup la durée pendant laquelle le manteau neigeux est installé sur les versants,
05:00et aussi fait que le volume de neige accumulé est bien moindre que dans les années, les décennies passées.
05:07Du coup, ce manteau neigeux ne peut plus assurer, quelque part, ce service hydrologique,
05:14si on peut l'appeler comme ça, aux communes d'altitude.
05:17Et en fait, ce que vous êtes en train de nous expliquer aussi,
05:20Benoît Ingrès, vous, qu'être hydrologue et directeur de recherche au CNRS,
05:22c'est que ce fameux manteau neigeux, par exemple, cette année, l'hiver dernier,
05:26a priori, il y a eu pas mal de neige,
05:28mais pas sur la longueur, comme c'était le cas les hivers précédents,
05:31et c'est pas parce qu'un hiver, il va y avoir beaucoup de neige,
05:34que ça va contrer la déshydratation de notre territoire.
05:38Bien sûr, effectivement, on aura toujours beaucoup de variabilité d'une année à une autre,
05:43que ce soit sur l'enneigement l'hiver, ou que ce soit sur les précipitations l'été, ou l'hiver.
05:49Ça restera évidemment toujours de cette sorte,
05:53mais le fait est que le réchauffement va conduire à des situations
05:59qui sont décalées, quelque part,
06:03donc avec l'hiver, un enneigement de moins en moins important,
06:06ça c'est évident, il n'y a même pas de questions là-dessus,
06:09et l'été aussi, une pluviométrie de moins en moins importante.
06:14Ça aussi, c'est très marqué.
06:17La sécheresse devient, selon vous, un phénomène structurel,
06:20plutôt qu'un accident climatique ponctuel ?
06:22Bien sûr, avec toute la communauté d'hydroclimatologues et météo France,
06:28et aussi l'IPSL, qui est l'Institut Pierre-Simon Laplace à Paris,
06:31qui fait des projections climatiques à l'échelle mondiale,
06:35mais aussi pour la France,
06:37il y a eu un grand, grand exercice de projections hydrologiques
06:43pour estimer les futurs possibles de l'hydrologie de nos rivières en France,
06:48et c'est des résultats qui sont très, très marqués.
06:51Il n'y a pas d'ambiguïté à ce niveau.
06:54Je voudrais y avoir avec vous, parce qu'on va parler après,
06:56vous m'avez dit, dans les campagnes, etc.,
06:58contrairement aux grandes métropoles, allons-y maintenant,
07:01comment est traitée l'eau dans les grandes métropoles ?
07:03C'est-à-dire, comment une ville comme Bordeaux, par exemple,
07:07une ville comme Montpellier, une ville comme Strasbourg,
07:12Marseille, Limoges, peut-être, même si c'est une plus petite ville,
07:15mais l'île, comment ils se fournissent en eau potable ?
07:18Comment ça fonctionne ?
07:19Alors là, vous allez me mettre sur un sujet que je ne connais pas trop,
07:22donc je ne pourrais pas vous répondre.
07:25C'est des questions plus opérationnelles,
07:29qui peuvent être très différentes, suivant les territoires,
07:33donc je préfère ne pas vous répondre pour ne pas nous dire de bêtises.
07:36Mais il n'y a pas de souci ici.
07:37Parmi ceux qui écoutent Sud Radio,
07:39quelqu'un est au courant, un professionnel d'une métropole au niveau de l'eau potable,
07:43allez-y, appelez-nous, venez nous expliquer, 0826 300 300.
07:46Je voudrais revenir avec vous, Benoît Ingrès,
07:48vous qui êtes hydrologue et directeur de recherche au CNRS,
07:51avec cette question que l'on pose,
07:53craignez-vous un jour de ne plus avoir d'eau potable en France ?
07:56Moins il y a d'eau, plus les pôles loin vont se concentrer.
07:59Est-ce que ça va aussi compliquer le traitement de l'eau ?
08:04Oui, bien sûr.
08:05Oui, il y a beaucoup de choses qui se combinent
08:10et qui rendent les situations potentiellement plus critiques à gérer.
08:16C'est évident.
08:17Et moins il y a d'eau, plus il y a une pression sur la ressource,
08:20puisqu'il y a de nombreux utilisateurs
08:23qui souhaitent utiliser une partie de cette ressource.
08:26Alors, on entend même parfois,
08:28et je trouve que c'est assez choquant,
08:30certains groupes d'usagers dire,
08:33il faut trouver la meilleure façon de se partager le gâteau.
08:36En fait, non, je ne crois pas qu'il s'agisse d'un gâteau,
08:39parce qu'une fois que le gâteau, on l'a mangé, il n'y en a plus.
08:42Et ce n'est pas vraiment ce qu'on attend de la ressource en eau,
08:45puisqu'elle a aussi beaucoup de choses
08:48pour les services écosystémiques, pour les écosystèmes.
08:52Mais effectivement, ça va être la situation en France
08:56et dans plein d'autres régions du monde
08:58va devenir de plus en plus difficile à gérer,
09:01notamment l'été.
09:03Et il faut vraiment se poser la question,
09:05comment on se mette autour de la table
09:07pour voir comment est-ce qu'on se met
09:09dans une démarche d'utilisation sobre,
09:12puisqu'on n'a pas le choix, en fait.
09:14On est obligé de changer de paradigme.
09:17Exactement.
09:18Et si vous êtes vous-même,
09:19vous qui nous écoutez,
09:20dans un village, dans une ville,
09:22où l'eau est complètement gérée,
09:25où vous n'avez plus accès à l'eau potable,
09:26où vous devez aller chercher des bouteilles d'eau,
09:28n'hésitez pas, appelez-nous au 0826 300 300,
09:31ou racontez-moi votre histoire
09:33sur la page Facebook de Sud Radio.
09:35Évidemment, on l'a bien compris avec vous,
09:37Benoît Ingrès,
09:38vous qui êtes hydrologue
09:38et directeur de recherche au CNRS,
09:40il ne s'agit pas d'un risque de pénurie totale
09:42et soudaine à l'échelle nationale,
09:46mais de tensions comme ça
09:47qui sont un peu ponctuelles.
09:49Ceci étant dit...
09:50Alors, ça pourrait...
09:51Excusez-moi,
09:52je pense que ça me permet
09:52d'apporter un élément.
09:55En fait, effectivement,
09:56ça va être des choses ponctuelles,
09:57mais là, on voit que le ponctuel
09:59est quand même généralisé
10:00sur l'entente du territoire
10:01et dure depuis,
10:02en tout cas, un bon mois,
10:06à commencer en mai.
10:09Enfin, cette situation s'est développée depuis mai.
10:11Et ces situations, à l'avenir,
10:13elles vont...
10:14Enfin, en tout cas,
10:15il y aura des années
10:16où la durée de ces épisodes
10:18sera encore plus importante
10:21et l'intensité de ces épisodes
10:23sera encore plus importante.
10:24Ça, c'est vraiment quelque chose
10:25que nos concitoyens doivent avoir en tête
10:27pour se dire,
10:29oui, effectivement,
10:30il faut qu'on trouve une façon collective
10:31d'avancer sur ces questions.
10:34Et vous êtes scientifique,
10:35donc quel discours vous auriez envie
10:38de tenir au climato-sceptique ?
10:39Ceux qui disent,
10:40non, non, non,
10:41mais c'est bon,
10:41c'est pas vrai,
10:42de l'eau,
10:42il y en aura toujours,
10:43ou c'est pas une sécheresse,
10:44vous laissez pas avoir
10:46par les discours ?
10:49Ben, renseignez-vous.
10:51Renseignez-vous, lisez.
10:52Il y a beaucoup de rapports
10:53qui sont faits
10:54par des dizaines,
10:56des centaines,
10:57des milliers de scientifiques
10:58partout dans le monde
10:59et il n'y a pas beaucoup
11:01de doutes à avoir.
11:03Et malheureusement,
11:05les années qu'on vient de vivre
11:08confirment ce que les scientifiques
11:11ont projeté depuis les années 90,
11:14voire même avant.
11:15C'est-à-dire que si on revient
11:16sur les sécheresses,
11:18les grandes sécheresses
11:20que la France a connues,
11:22la France a connu la moitié
11:24de ces grandes sécheresses
11:25depuis 2010,
11:27alors que l'autre moitié
11:29a été observée
11:30pendant les 60 années précédentes.
11:32Donc on voit bien
11:32qu'il y a une évolution importante.
11:35Et si on pousse un peu
11:37les frontières de la France,
11:38est-ce qu'avec vos collègues
11:39hydrologues européens,
11:40vous constatez les mêmes choses
11:41et particulièrement
11:42dans d'autres pays ?
11:44Alors, oui, bien sûr.
11:46Après, il faut bien avoir
11:48aussi en tête
11:48que la situation météorologique
11:52du moment
11:53va dépendre de la région
11:54dans laquelle on est.
11:55Donc là, en France,
11:56aujourd'hui,
11:57on est dans une situation
11:59de blocage atmosphérique
12:01qui fait qu'on a des remontées
12:02d'air chauds importantes
12:04des zones tropicales.
12:06Et nos voisins
12:07n'ont pas forcément
12:09cette situation
12:10en ce moment.
12:11En France,
12:12il est très probable
12:13que l'année prochaine
12:14ou dans deux ans
12:15ou je ne sais pas,
12:16que ce soit eux
12:17qui soient impactés
12:17par ce genre de situation.
12:19Donc tout le monde
12:20ne va pas être impacté
12:21en même temps.
12:21Mais globalement,
12:22la fréquence
12:23et la probabilité
12:24de ces événements
12:25va être de plus en plus forte.
12:27Ça fait évident.
12:27Dernière question,
12:28Benoît Ingrès.
12:29Je meurs d'envie
12:29mais je vous demanderai
12:30une réponse très courte.
12:31Malheureusement,
12:32si l'automne
12:32est très, très, très, très,
12:33très pluvieux,
12:34ça peut recharger
12:35ou ça va quand même
12:36être compliqué
12:36vu l'état des stocks
12:38d'eau dans la nature ?
12:39Ça va recharger
12:40partiellement.
12:41Partiellement.
12:42Merci de votre réponse
12:43directe et par les vrais
12:45sur Sud Radio.
12:45Benoît Ingrès,
12:46hydrologue et directeur
12:47de recherche au CNRS.
12:48Merci d'avoir éclairé
12:49nos lanternes
12:50et faisons tous
12:51attention à l'eau.
12:52Ce n'est pas un fantasme
12:54de dire que,
12:55attention,
12:55l'eau potable
12:56est en danger
12:57puisque c'est déjà le cas
12:58dans certains villages
12:59et villes de France.
13:00À suivre,
13:01après la pause,
13:02Philippe Baudin,
13:03président du salon
13:04Equipe Auto
13:05qui va revenir
13:05sur les métiers
13:06de l'ombre de l'automobile
13:07sans lesquels
13:08nous n'aurions pas
13:09notre liberté de rouler.
13:11Sud Radio.
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