00:047h47, c'est drôle d'époque avec vous Maude Koffler ce matin. Bonjour Maude.
00:09Vous allez revenir sur les difficultés que rencontrent aujourd'hui les buralistes.
00:13Oui, un sujet qui divise beaucoup puisque deux points de vue s'opposent.
00:16La question de la santé publique d'un côté est celle de la survie des commerces de proximité.
00:21Cette semaine, les buralistes se sont mobilisés un peu partout en France pour dénoncer un ras-le-bol fiscal.
00:26Pourquoi ? Parce que le prix des cigarettes va encore augmenter, ce qui met forcément leur activité en péril.
00:32La vente de tabac étant bien sûr leur principale source de revenus.
00:35Alors, ils ne demandent pas à la lune, les buralistes injustes, d'avoir un petit monopole sur le prix du
00:40tabac
00:40et une politique de répression plus solide contre le trafic de cigarettes.
00:44Oui, parce que les trafiquants, eux, ne connaissent pas l'inflation.
00:47Leur marché, à eux, prospère sur le dos de la fiscalité.
00:50Et on parlait des ingérences du Conseil constitutionnel la semaine dernière, Jacques.
00:53Eh bien, cet été, justement, en plein mois d'août, les sages ont étudié la loi Riposte.
00:57Vous savez, c'est la loi qui permet de durcir les sanctions pour les délits du quotidien.
01:01Délits routiers, trafic, contrebandes.
01:04Eh bien, les sages ont tout simplement supprimé les dispositions
01:07qui devaient permettre d'aggraver les peines encourues en matière de trafic de tabac
01:11et de contrefaçon de marques.
01:13En plein dans le mille, c'est juste aberrant.
01:14Vous savez combien ça représente en perte chaque année pour l'Union Européenne ?
01:18Non, mais vous allez me le dire.
01:1913 milliards d'euros, rien que ça.
01:21Oui, mais Maude, on ne peut pas non plus balayer l'argument sanitaire d'un revers de main.
01:26Moins de tabac vendu, c'est aussi le résultat recherché par les pouvoirs publics.
01:29Alors, attention, il faut être précis, parce que vous avez raison de pointer ça.
01:32Le nombre de fumeurs a baissé en France.
01:34Moins 4 millions en 10 ans, tant mieux.
01:37Mais quitte à lutter contre la consommation de tabac,
01:39trouvons un équilibre pour que les buralistes ne soient pas les victimes collatérales de cette politique, par exemple.
01:43Et puis, j'insiste sur une chose, encore une fois.
01:45Ceux qui continuent de fumer changent pour la plupart leurs habitudes d'achat avec l'augmentation des prix.
01:51Parce que si des alternatives existent, pourquoi s'en priver ?
01:53Il y a la contrefaçon, mais il y a aussi les achats transfrontaliers en Espagne, en Andorre, au Luxembourg.
01:59Théoriquement, il y a des limites imposées par la douane.
02:01Dans les faits, je pense qu'on connaît tous des gens qui passent la frontière avec 10 cartouches pour les
02:05potes chaque année.
02:06Et au-delà du tabac, il y a cette question du commerce de proximité.
02:10Et c'est surtout ça qui me touche, Jacques.
02:11Vous savez, les buralistes, ça représente 80 000 emplois.
02:15Et près de la moitié des bureaux de tabac sont situés dans des communes de moins de 3 500 habitants.
02:20Chaque année, des milliers de bistrots, de cafés, de bars, de villages ferment.
02:24Et souvent, le bureau de tabac est le dernier commerce ouvert.
02:27Alors, vous y trouvez de tout parce qu'il fait aussi bien un bureau de tabac que dépôt de pain,
02:31épicerie, poste, kiosque à journaux.
02:33Bref, c'est ce qu'on appelle maintenant un commerce essentiel.
02:36Je vous parlais tout à l'heure de trouver un équilibre, un compromis pour permettre à ces commerçants de survivre
02:41à ces politiques anti-tabac,
02:43à cette espèce d'inflation punitive.
02:45Parce que lorsque l'un d'eux ferme, ça ne participe pas seulement à la lutte contre le tabachisme,
02:49ça confisque les Français d'un commerce de proximité, d'une agora, d'un lieu d'échange, de partage, d
02:54'engueulade et de vie.
02:55Et ça, Jacques, ça me consterne et ça m'attrise profondément.
02:58Et c'est tout l'enjeu de cette mobilisation cette semaine.
03:01Les buralistes ne demandent pas qu'on arrête de lutter contre le tabagisme.
03:05Ils demandent qu'on arrête de leur faire porter à eux seuls le poids d'une fiscalité qui profite d
03:09'abord aux trafiquants
03:10et qui pénalise les autres, c'est-à-dire ceux qui n'ont que ce carrefour pour rencontrer du monde
03:16et subvenir à leurs besoins essentiels, à commencer par le contact.
03:19Un bar tabac, ça peut paraître excessif, mais c'est un remède contre la solitude.
03:23À Paris, on s'en rend moins compte, quoique la solitude existe partout.
03:26Mais c'est ce qui manque de plus en plus en France, un lieu de bavardage.
03:30Vous savez, ce n'est pas pour raconter ma vie, mais j'ai vécu mon confinement dans un hameau en
03:34Bourgogne,
03:35sans commerce de proximité.
03:36Il fallait faire 25 km à vélo pour trouver des boîtes de conserve.
03:40Et ce qui s'est passé pendant le confinement, c'est que les agriculteurs ont commencé à vendre des œufs,
03:44puis des terrines.
03:45Des maraîchers se sont mis à livrer les communes isolées.
03:48On a vu se lever une armée de Français prêts à aider dans une situation d'urgence où tout nous
03:52était interdit.
03:53On s'est dit qu'après ça, le monde changerait, que la proximité, que la charité,
03:57que l'existence des commerces essentiels, de ces lieux communs, seraient protégées.
04:01Eh bien, rien n'a changé.
04:02Et ça, Jacques, ça me désole.
04:04Maud Koffler, dans Drôle d'époque, à retrouver bien sûr sur le site internet sudradio.fr
04:11et à podcaster également.
04:12Merci Maud.
04:13Et on vous retrouve dans un instant avec Jean-François Aquilly pour le grand Face à Face.
04:18Ce sera à partir de 9h.
04:20...
04:20...
04:20Merci.
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