00:00Alors, nous en parlions d'ailleurs dans notre journal de 19h et dans le rappel des titres à l'instant
00:04de Guillaume Lariche.
00:05C'est incontestablement une très grosse prise.
00:09L'un des hommes les plus recherchés de France, on l'a appris ce matin, a été interpellé à la
00:13fin du mois de juillet.
00:14Mehdi Laribi, c'est son nom, est l'un des fondateurs de la DZ Mafia,
00:18organisation pour rappel tentaculaire qui sévit dans des centaines de points de deal dans le sud de la France.
00:24Mehdi Laribi est considéré comme son cerveau.
00:27Plusieurs de ses bras droits avaient déjà été arrêtés.
00:30C'était l'un des derniers.
00:32Alors, le problème, c'est qu'aujourd'hui, il est sous contrôle judiciaire, certes, mais libre en Algérie.
00:38Et pour en parler, accueillons Jean-Michel Verne.
00:41Bonsoir Jean-Michel Verne.
00:44Bonsoir.
00:45Bonsoir, vous êtes journaliste et auteur du livre Inside DZ Mafia aux éditions Arthaud.
00:51Vous connaissez extrêmement bien cette organisation.
00:54Alors, je vous pose une première question toute simple, Jean-Michel Verne.
00:58L'arrestation, en tout cas le placement sous contrôle judiciaire, on va le dire comme ça, de Mehdi Laribi,
01:04est-ce que ça sonne le glas de la DZ Mafia ?
01:07Ou ce n'est pas aussi simple que cela, malheureusement ?
01:10Ah non, ce n'est pas du tout la fin de la DZ Mafia.
01:15Mehdi et Laribi, qu'on surnomme TIC, étaient en fait marginalisés dans l'organisation ces derniers temps.
01:22Il y avait eu une scission qui a amené la création de ce qu'on appelle la DZ NG.
01:27DZ Nouvelle Génération.
01:29Oui, mais qui en fait, c'est l'ancienne DZ qui s'est rebaptisée elle-même pour se distinguer justement
01:35de Mehdi Laribi,
01:37qui lui-même est allié avec quelqu'un qui s'appelle Walid Barra, qui a été arrêté il y a
01:42deux ou trois mois en Espagne.
01:45Et donc, voilà, Mehdi fait son business, fait ses affaires.
01:50Et le fait qu'il ait été interpellé en Algérie, effectivement, au niveau de la communication, c'est très spectaculaire.
01:57Mais dans les faits, un contrôle judiciaire en Algérie, on ne sait pas trop ce que ça donne.
02:02Et pour avoir échangé avec un policier il y a quelques minutes,
02:07il est fort à parier qu'il aille faire un tour ailleurs.
02:12Alors, attendez, je m'arrête là-dessus, Jean-Michel Verne,
02:18parce que c'est une information importante que vous nous donnez là.
02:22Lorsque nous parlions en préambule de cette émission de possibilité d'extradition
02:28de la part de cet homme vers la France,
02:33pour vous, là, on est dans la science-fiction, en fait, c'est ça ?
02:36Complètement. C'est totalement inenvisageable.
02:40L'Algérie n'extrape pas ses ressentissants.
02:42Voilà, parce que je rappelle que cet homme a la double nationalité, pardon Jean-Michel Verne,
02:46franco-algérienne, voilà, poursuivez, pardonnez-moi.
02:49Oui, et il a le profil type du narco de haut vol aujourd'hui,
02:55la quarantaine, double nationalité, franco-algérien, franco-tunisien, franco-marocain.
03:00Ce sont ces gens-là qui dirigent le trafic de cams en France aujourd'hui.
03:06Gilles Bout, un journaliste au Figaro, souhaite vous poser une question.
03:08Oui, bonsoir.
03:09Manifestement, les autorités algériennes avaient tout à fait connaissance
03:12de la présence de ce chef mafieux sur leur territoire.
03:18Il était identifié.
03:19Bon, ils ont attendu que les enquêteurs français réclament son arrestation.
03:27Pourquoi avoir attendu ce moment-là ?
03:29Et comment interprétez-vous le geste, on va dire, des autorités algériennes
03:34qui n'ont pas non plus l'air d'être extrêmement durs avec cet homme ?
03:38Jean-Michel Verne.
03:40Oui, vous savez, il y a eu des rapports extrêmement tendus avec l'Algérie ces derniers temps.
03:45Là, Laurent Nunez et Euron Darnanin se sont rendus sur place.
03:49On joue les missiles au minici.
03:51On essaye de recoller un petit peu les morceaux.
03:53et on crée un peu un happening autour de cette interpellation
03:59parce qu'Eddie Laribi, c'est quelqu'un d'un peu mythique aujourd'hui.
04:04C'est presque une légende, alors qu'il a 36 ans.
04:07Et c'est vrai que c'est un personnage très particulier, très intéressant.
04:11Il a même été acteur durant ces jeunes années.
04:15Voilà, c'est ça.
04:16Oui, il paraît que le metteur en scène l'appréciait
04:20parce qu'il le trouvait très sincère sur l'interprétation.
04:24Et donc, voilà, on est face, disons-le, à une opération de communication intéressante aussi.
04:32Ce n'est pas qu'une arrestation.
04:33On a eu le même cas avec Mimo, le patron de la Castellane,
04:37interpellé lui aussi après une visite ministérielle
04:43qui, en fait, n'est pas vraiment été soi-disant incarcérée en Algérie,
04:48mais on ne sait pas du tout s'il n'est pas dehors en ce moment.
04:50En tout cas, il continue à gérer son business.
04:53Donc, voilà, c'est une étape.
04:56C'est quelque chose qui marque, mais voilà, on y est...
05:02En définitive, vous dites que ces arrestations ne servent à rien.
05:05C'est de l'affichage de la part des Algériens.
05:07C'est un non-événement ou pas, ce qui s'est passé en Algérie fin juillet, alors, Jean-Michel Verne
05:12?
05:13Je ne dis pas que c'est un non-événement, puisqu'on l'a médiatisé.
05:17Vous savez, dans cette affaire de guerre contre le narcotrafique,
05:20la médiatisation est essentielle, qu'il s'agisse de l'État ou qu'il s'agisse du narco.
05:27Vous l'avez vu récemment dans l'affaire d'Alès.
05:32Bien sûr.
05:32Donc, voilà, les choses se passent aussi médiatiquement.
05:36Joseph Massescaro.
05:38Donc, vous nous dites qu'aujourd'hui, au moment où on parle, il n'est pas incarcéré.
05:43Non, il est libre.
05:44Il est libre d'aller.
05:46Donc, nous sommes bien d'accord, ça prouve que pour les autorités judiciaires ou autres algériennes,
05:52il vaut mieux être membre, gérer une mafia, que d'être écrivain.
06:00Voilà, référence à Boilem Sansal.
06:02Oui, référence à Boilem Sansal.
06:03C'est difficile de ne pas le faire.
06:05Aux journalistes comme Christophe Ghez.
06:08Oui, et c'est vrai qu'on peut s'interroger sur le statut de ces narcos en Algérie.
06:18C'est ça.
06:19Et surtout, ce n'est pas une première, si vous voulez.
06:22Non, mais pardon, j'insiste.
06:24Vous avez eu.
06:24J'insiste sur la question de Joseph Massescaron, Jean-Michel Verne.
06:28Comment expliquer ce deux poids deux mesures, en fait, en Algérie ?
06:33Si vous voulez, en Algérie, ils ont une certaine vision des choses.
06:39Ce qui est de l'intérêt de la France n'est pas forcément de l'intérêt de l'Algérie.
06:44Tout ça est très complexe.
06:46Il y a eu une parfaite collaboration en matière de terrorisme.
06:49Il y a eu beaucoup d'avancées, un travail de renseignement intéressant.
06:53Là, il faudrait essayer d'avancer, là aussi, dans le processus d'échange d'informations.
06:59Il faudrait aussi une sorte d'ajournement au niveau de l'Algérie.
07:05Je vous rappelle qu'il y a beaucoup de jeunes Algériens qui prennent l'avion
07:08pour aller dealer à Toulouse, à Marseille ou ailleurs,
07:12et qu'on a sur les bras, parce que l'Algérie ne va pas les reprendre.
07:19Donc, on est dans une situation, je crois, où on a besoin de clarification, c'est clair.
07:23– Vous suscitez, Jean-Michel Verne, je rappelle que vous êtes l'auteur de
07:27Inside, des aides mafias chez Arthaud.
07:31Vous suscitez beaucoup d'intérêt chez nos deux débatteurs,
07:34Gilles Boutin et Joseph Massescaron, qui souhaitent vous interpeller à nouveau.
07:38– Ça semble signifier que l'Algérie continue d'être intéressée
07:44par tout ce qui peut nous déstabiliser en interne.
07:46– Et que c'est une arme diplomatique, peut-être, ce garçon Mehdi Laribi.
07:49C'est devenu une des armes diplomatiques.
07:51– À n'en pas douter, ça viendra servir dans d'éventuelles négociations.
07:56Mais par conséquent, pensez-vous que la DZ mafia puisse être un instrument,
08:02même indirect, du régime algérien pour nous déstabiliser,
08:08dans quelles mesures ils peuvent appuyer, tirer des ficelles
08:10pour soit nuire à un moment donné, soit laisser faire à d'autres.
08:14– Jean-Michel Verne.
08:15– Écoutez, c'est une question que se posent un certain nombre de policiers,
08:20mais on n'a aucun élément qui nous permette de l'affirmer.
08:23Mais par exemple, il y a eu un dossier qui nous a beaucoup interpellés,
08:27c'est l'opération DDPF, les actions qui ont été menées contre le service pénitentiaire.
08:33– Voilà, alors les détenus particulièrement surveillés.
08:38C'est une nomenclature pénitentiaire, effectivement.
08:42Je suis obligé de traduire un petit peu, parce que c'est un peu technique,
08:44Jean-Michel Verne, mais expliquez-nous un petit peu ce phénomène, justement.
08:48– Si vous voulez, officiellement, DDPF, c'était donc le sigle de l'organisation
08:57qui s'était manifestée par cette série d'actions contre les personnes pénitentiaires,
09:01il y en avait une centaine, ou même plus.
09:04Voilà, ces gens-là protestaient contre le durcissement des conditions de détention.
09:09On s'est rendu compte dans cette affaire, notamment, qu'il y avait un relais en Algérie.
09:13Et on s'interroge aujourd'hui, effectivement, sur cette affaire
09:19où on peut deviner qu'il n'y a qu'il y a certaines connexions qui peuvent interpeller.
09:27Mais, encore une fois, il n'y a aucune certitude.
09:29On ne va pas accuser l'État algérien.
09:33Je crois que ce serait extrêmement audacieux.
09:37En revanche, c'est vrai que l'Algérie sert de base arrière au narcotrafique en France.
09:42– Rapidement, il nous reste deux minutes à peine, Jean-Michel Verne.
09:48J'aimerais quand même vous écouter sur cette DZ-NG,
09:53cette DZ-mafia nouvelle génération qu'on a vue à l'œuvre
09:57dans plusieurs villes du sud-ouest de la France.
10:00Vous nous avez dit en préambule que cette DZ-NG
10:05était un petit peu quand même un mouvement dissident
10:08par rapport à la DZ plutôt classique.
10:12Est-ce qu'on a affaire à des individus encore plus dangereux,
10:16plus intelligents aussi,
10:18qu'à l'époque, entre guillemets, de la DZ-mafia, Jean-Michel Verne ?
10:23– Je me suis peut-être mal exprimé.
10:26– Non, je vous en prie.
10:27– La DZ-NG, c'est la DZ-mafia, historique.
10:30– Voilà, on veut faire croire qu'il y a une...
10:33– Voilà, on veut faire croire que c'est une nouvelle organisation,
10:36mais c'est la même.
10:37Elle a simplement changé d'appellation.
10:39– Pourquoi ?
10:39– Elle existe toujours, avec des gens qui sont incarcérés
10:44dans les superprisons de Condé-sur-Sarthe.
10:47Et là, Evandin-le-Vieille.
10:50Et si vous voulez, il y a des branches qui sont actives,
10:54notamment une qui est très active, Vaucluse, Gare,
10:58dont on se demandait si elle n'était pas derrière l'affaire d'Alès.
11:03Et puis, on a eu cette vidéo qui a montré
11:06que la DZ se détachait de cette action.
11:11Donc, on a une coupole centrale,
11:14on a des branches qui sont très actives,
11:16et puis il y a des gens aussi qui se réclament de la DZ,
11:19mais qui n'y sont pas forcément rattachés.
11:22Et comme m'a dit un policier,
11:24la DZ-mafia, c'est devenu une appellation d'origine incontrôlée.
11:28Voilà, je pense que c'est un peu la situation aujourd'hui.
11:32On ne peut pas avoir une vision totalement cohérente
11:35de ce qui se passe au sein de l'organisation.
11:37– Sous-titrage Société Radio-Canada
11:38– Sous-titrage Société Radio-Canada
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