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  • il y a 1 semaine
Avec Patrick Martin-Genier, spécialiste des relations internationales et enseignant à Sciences Po Paris
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##SUD_RADIO_VOUS_EXPLIQUE-2026-08-03##

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Transcription
00:00Il est 7h34 et c'est Sud Radio vous explique qu'on est avec Patrick Martin-Jeunier, spécialiste des relations
00:08internationales.
00:09Bonjour Patrick Martin-Jeunier.
00:11Bonjour.
00:12Soyez le bienvenu sur l'antenne de Sud Radio.
00:14Alors, c'était dans la nuit de jeudi à vendredi dernier.
00:17Est-ce qu'avec le recul, on comprend un peu mieux quel a été l'élément déclencheur qui a permis
00:24cet afflux massif dans un premier temps ?
00:27Oui, il y a plusieurs causes possibles, envisageables.
00:31En réalité, vous savez, on a parlé d'une invasion migratoire, d'une crise migratoire.
00:35En réalité, c'était manifestement une attaque hybride qui a été causée par différentes choses.
00:41En premier lieu, il y a eu les réseaux sociaux qui ont joué un rôle très très important.
00:46Pourquoi ? Parce qu'il y a eu une mauvaise interprétation, et le Premier ministre espagnol l'a dit,
00:52d'un arrêt de la Cour suprême espagnole, qui est l'équivalent de notre Conseil d'État,
00:56qui a rendu une décision très importante, au terme de laquelle les migrants, les Marocains qui arrivaient par la mer,
01:03ne pouvaient faire l'objet de refoulements.
01:05D'autres termes, ne pouvaient être rejetés dans leur pays d'origine.
01:09Ce qui fait que, cette décision ayant été exploitée, ayant été exploitée notamment par les réseaux sociaux,
01:15énormément de milliers de jeunes ont reçu des messages,
01:18selon lesquels les frontières désormais entre le Maroc et Séouta étaient ouvertes,
01:23ce qui a précipité le départ de milliers et de milliers de jeunes Marocains.
01:27Donc c'est effectivement une mauvaise interprétation,
01:29mais aussi peut-être des messages de TikTok,
01:32des messages sur les réseaux sociaux mal intentionnés vis-à-vis de l'Espagne,
01:36qui ont précipité cette crise humanitaire sans précédent.
01:38Oui, alors on a bien compris, mais on s'interroge quand même,
01:42parce que 60 000 personnes, c'est pas rien, c'est un afflux massif,
01:46et on se dit que les autorités marocaines dans un pays comme le Maroc
01:49n'ont pas pu ne pas voir et ne pas comprendre ce qui se tramait d'une certaine façon.
01:54J'ai envie de vous poser la question de savoir si le Maroc n'a pas laissé faire cet afflux.
02:00Alors, est-ce qu'il a laissé faire délibérément ?
02:02En tout cas, manifestement, oui.
02:03Il y a eu une carence des autorités marocaines,
02:07notamment au niveau des frontières, au niveau de la police.
02:10Elle a laissé faire, et d'ailleurs, le silence pendant plusieurs jours
02:13des autorités marocaines, du gouvernement marocain est assez étrange.
02:17Il n'a réagi que ce matin, hier également,
02:20en disant qu'il n'avait pas vu effectivement ce qui s'était passé.
02:23Il y a eu à laisser faire, en quelque sorte, des autorités douanières marocaines
02:28qui ont laissé l'exploitation de cet arrêt de la Cour suprême,
02:32qui ont laissé les gangs criminelles, en quelque sorte,
02:34qui font passer, vous savez, les migrants dans les frontières,
02:37pour tenter éventuellement de les faire passer dans l'Espagne dite continentale,
02:40en traversant la Méditerranée.
02:42Oui, on peut dire que les autorités marocaines,
02:45eh bien, n'ont pas été, on va dire, vigilantes vis-à-vis de ce qui se passait.
02:50Elles ont tardé à réagir.
02:52Il y a eu une véritable carence en laissant faire ce mouvement migratoire,
02:55alors qu'elles avaient manifestement reçu le message
02:58qu'elles n'auraient pas dû laisser passer ces jeunes.
03:00Tant les autorités marocaines qu'espagnoles, malheureusement,
03:03n'ont pas été à la hauteur de la situation.
03:05Oui. Patrick Martin-Jeunier, spécialiste des relations internationales,
03:08vous nous aidez à mieux comprendre la crise de Ceuta.
03:11Est-ce que vous pensez que le Maroc a voulu, d'une certaine façon,
03:14déstabiliser l'Espagne, l'Europe, envoyer un message,
03:17d'une certaine façon, faire aussi de la politique ?
03:20Vous savez, les relations internationales, c'est souvent de la politique,
03:23et même de la politique, une poursuite de la politique intérieure.
03:26Donc, je ne sais pas si le Maroc a voulu punir l'Espagne.
03:31Ce n'était pas dans son intérêt, parce que c'est vrai qu'il y a des divergences
03:35diplomatiques, politiques, entre l'Espagne et le Maroc depuis de longues années,
03:38notamment sur le Sahara occidental.
03:41Le Maroc n'avait pas accepté, avait mal toléré le fait que le dirigeant du Polisario,
03:47donc du Sahara occidental, était venu se faire soigner à Madrid
03:50lors de la crise du Covid.
03:52Le Maroc n'avait pas du tout apprécié non plus la visite du Premier ministre
03:56Pédo Sanchez à Algiers récemment.
03:59Mais, donc, effectivement, il y a des motifs de colère,
04:02des motifs de différence, de divergence entre ces deux pays.
04:05Mais le Maroc, tout de même, n'avait pas un intérêt politique
04:08à poursuivre cette crise, dans la mesure où, bien évidemment,
04:12qu'il y a eu une sorte de dégel entre le Maroc et l'Espagne.
04:16Le dialogue a été rétabli.
04:17Ce n'est pas non plus dans l'intérêt du Maroc de multiplier les complits
04:20avec l'Union Européenne, notamment la France.
04:23Donc, oui, il y a eu des divergences.
04:26Mais je ne crois pas que le Maroc ait voulu volontairement intensifier cette crise.
04:31Mais, d'une certaine façon, effectivement, elle a fait preuve d'une certaine carence.
04:35Alors, l'Espagne soutient que les 60 000 migrants sont retournés chez eux.
04:38Est-ce que vous y croyez ?
04:39On a malheureusement dû dénombrer, je crois, autour de 70 personnes
04:44qui ont perdu la vie lors de cette traversée.
04:49Et peut-être que le chiffre, malheureusement, va s'aggraver,
04:52s'alourdir encore dans les heures qui viennent,
04:54à mesure que les secours récupèrent des corps dans la Méditerranée.
04:58Est-ce que vous croyez à ce chiffre des 60 000 migrants
05:02qui sont tous retournés chez eux ?
05:03Pour le moment, on a un peu l'impression que, quand même,
05:05le Premier ministre espagnol tente de rassurer tout le monde,
05:08mais n'a pas forcément la totale maîtrise de la situation ?
05:15Oui, non, il n'a pas la main.
05:16Surtout, il y a d'abord, il faut souligner,
05:18une excellente coopération entre le Maroc et l'Espagne.
05:21Le Premier ministre espagnol l'a souligné.
05:23Encore une fois, le Maroc n'avait pas intérêt à intensifier cette crise.
05:27Oui, beaucoup de jeunes migrants de dizaines de milliers sont repartis,
05:32mais comme vous savez, il y a des demandes de migration économique,
05:35c'est l'essentiel de ces migrants qui sont arrivés,
05:37le chômage, l'absence de perspectives, de mauvais salaire.
05:40Mais on ne peut pas renvoyer totalement tous ces jeunes,
05:44notamment parce que, d'abord, il y a eu cet arrêt de la Cour suprême
05:47qui dit que si des jeunes demandent l'asile, il faut étudier l'asile.
05:51Donc, il y a probablement des jeunes dans ce lot qui vont solliciter l'asile
05:55pour quelques raisons que ce soit auprès des autorités espagnoles.
05:59Donc, si l'essentiel des migrants sont repartis,
06:03mais il y a aussi des jeunes mineurs non accompagnés,
06:06que vont en faire les autorités espagnoles ?
06:08Eh bien, si des demandes d'asile sont déposées,
06:11l'Espagne sera dans l'obligation d'étudier ces demandes d'asile.
06:15Et donc, manifestement, tous ces migrants ne sont pas repartis au Maroc.
06:19Dernière question très courte.
06:21Patrick Martin-Jeunier, spécialiste des relations internationales sur la crise de Ceuta.
06:26Que pensez-vous de la réaction de Georgia Meloni,
06:28qui a suspendu l'accord de Schengen pour un mois, provisoirement,
06:32en rétablissant les contrôles aléatoires pour des ressortissants provenant d'Espagne ?
06:35C'est exagéré ?
06:37Ou bien c'est dans la ligne de la pensée de Georgia Meloni ?
06:42Et rien ne vous étonne ?
06:43Non, rien ne m'étonne.
06:45Madame Meloni tente d'instrumentaliser cette crise migratoire.
06:49On va dire, parce qu'un État tout seul, tel que l'Italie, mais il y en a d'autres,
06:54la Finlande,
06:55on demande l'exclusion de l'Espagne de l'espace Schengen.
06:59Exclure un pays de l'espace Schengen alors que c'est un traité n'est pas possible.
07:02Et puis on sait que Madame Meloni tente de se concilier les bonnes grâces
07:06de l'administration Trump, du defense,
07:09également le vice-président qui n'a de cesse de dénoncer les vagues migratoires en Europe.
07:12Ce qu'il est en revanche possible de faire, c'est de renforcer le contrôle aux frontières.
07:18Elle l'a annoncé.
07:19A défaut de suspendre un pays, elle peut renforcer les contrôles aux frontières.
07:22De la même façon d'ailleurs que la France a décidé de renforcer ce contrôle aux frontières espagnoles,
07:29mais également italiennes, car vous savez,
07:31la migration illégale passe également au niveau de la frontière italienne à Menton et Vintimille.
07:36Merci infiniment Patrick Martin-Jeunier de nous avoir éclairé ce matin sur cette crise de Ceuta
07:41dont on reparlera évidemment beaucoup dans la semaine.
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