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Les Vraies Voix avec Jean-Baptiste Noé

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Transcription
00:00Les vraies voix Sud Radio
00:03C'est le moment de Louis de Kerr-Gorlet, enfin l'un des nombreux moments dans l'émission,
00:09puisque Louis est incontournable dans ce rendez-vous.
00:13Louis, l'info en plus consacrée aux conflits internationaux,
00:17dont l'Europe pourrait devenir une cible directe,
00:20parce que le moins qu'on puisse dire, Louis, c'est que l'actualité nous fait un peu trembler.
00:24C'est ça, le conflit iranien, vous l'avez dit, qui pourrait bien s'exporter en France, en tout cas
00:29en Europe.
00:30C'est ce qu'auraient confié deux sources proches du régime au Financial Times.
00:34Le but n'est pas de viser un pays en particulier,
00:36mais plutôt viser les installations américaines ou utilisées par les Américains sur notre continent.
00:41Ils ont cité la Bulgarie, par exemple.
00:43Voilà, exactement, la Bulgarie.
00:44Et puis il y a aussi les questions de Chypre qui avaient déjà été touchées.
00:48Alors, pour nous éclairer, ce soir, j'accueille Jean-Baptiste Noé,
00:50directeur de la revue Conflits, spécialisé en relations internationales.
00:54Bonsoir.
00:54L'excellent Jean-Baptiste Noé.
00:56Bonsoir Jean-Baptiste.
00:58Un habitué.
00:59Juste un mot, Louis, on n'oublie pas, vous n'oublierez pas non plus de nous parler de nos amis
01:03russes,
01:03enfin de nos amis russes, on a bien compris, c'est du deuxième degré,
01:06qui sont en train de planter des drones, des bases de drones un peu partout autour.
01:10Exactement.
01:11Alors, on y va dans l'ordre, on commence du coup avec la question de l'Iran.
01:14Donc déjà, Jean-Baptiste Noé, ces menaces du régime iranien,
01:18à quel point est-ce qu'il faut les prendre au sérieux ?
01:20Est-ce qu'on est encore sur la guerre un peu de communication,
01:22ou la menace militaire est réelle pour vous ?
01:26Alors, les deux, c'est de la communication, indubitablement,
01:30mais il y a aussi une menace réelle, et l'Iran a déjà mené dans le passé,
01:34notamment dans les années 1980, des attaques contre le territoire français.
01:38Et puis, il y a les Français présents en France,
01:42mais vous avez aussi les bases, notamment les Français présents au Moyen-Orient.
01:47Et là aussi, il y a un danger pour des ressortissants français ou pour des entreprises françaises.
01:52Voilà, ça a décroché juste un petit peu où vous prononciez Moyen-Orient,
01:56donc je précise bien, c'était Moyen-Orient.
01:58Alors, question pour vous de nos trois vraies voix,
02:01sur déjà la question de l'Iran qui nous menace, Pascal Girald, pour Jean-Baptiste Noé.
02:06Oui, pourquoi menacer un pays plutôt qu'un autre au sein de l'Europe ?
02:15Puisqu'on a dit que la Bulgarie était particulièrement menacée.
02:22Oui, alors, d'abord, il faudrait voir ce qu'il en est réellement.
02:26Je n'ai pas tous les éléments précis sur la Bulgarie.
02:29Il faut quand même distinguer ce qui relève des faits avérés
02:32et ce qui peut relever de l'intoxication.
02:34Donc là, sur ce sujet-là, je resterai prudent.
02:37Toujours est-il qu'un pays va aussi chercher des pays faibles, des maillons faibles.
02:44Et donc, à déstabiliser aussi des pays qui peuvent être facilement déstabilisables.
02:48Et à ce titre, des pays en Europe centrale sont plus exposés
02:53qu'un pays comme l'Allemagne ou comme la France, par exemple.
02:57Pierre-Yves Martin.
02:59Moi, je voulais savoir, je voulais avoir votre avis plus précisément
03:05sur l'échéance, la possible résolution de ce conflit en Iran.
03:11Est-ce qu'au début du conflit, le président Trump a dit
03:15ça va être réglé en deux temps, trois mouvements.
03:18On a vu que c'était tout le contraire.
03:20On voit que la crise, là, est en train de s'enfoncer.
03:22Est-ce qu'il y a quand même des éléments optimistes pour imaginer une sortie de crise
03:27ou est-ce que, véritablement, on sait aujourd'hui que ça va mettre des mois et des mois
03:33et que ce conflit ne va pas se résoudre immédiatement ?
03:39Alors, quand j'en parle avec des Américains qui sont un peu informés,
03:46qui sont dans les sacs de l'armée ou autres,
03:48eux-mêmes ne savent pas.
03:49Il y a un vrai brouillard, notamment parce qu'on ne sait pas exactement ce que vaut Donald Trump.
03:55Au début de l'opération, il s'agissait de décapiter les chefs d'État iraniens, ça a été fait.
04:01Mais on voit maintenant un enlisement et on ne voit aucune porte de sortie
04:05parce que l'Iran, avec ce blocage d'Harmouth, a les cartes en main.
04:10Et les Américains ont beau bombarder, ça ne résout pas le problème.
04:13Donc, aujourd'hui, c'est une grande inquiétude, à la fois chez certains officiers américains,
04:19mais aussi les pays du Golfe, je pense notamment aux Émirats,
04:22de voir que les Américains se sont mis dans un conflit
04:25dont on n'a pas de vue de sortie à court terme.
04:29Et on lit à travers les lignes de votre réponse
04:31que c'est quand même une guerre très incarnée par Donald Trump
04:35et que tant que Donald Trump est là, c'est la quélos, comme auraient dit Bourville et de Funès.
04:42C'est la quélos, il n'y a plus d'élice, hélas, vous vous souvenez, dans la grande vadrouille.
04:45Maddy Saidi.
04:45Oui, alors, moi, ma question, c'est quel est votre regard sur la capacité effective de l'Iran
04:51de nous attaquer, nous, en tant que Français ?
04:53Est-ce que vous pensez peut-être que l'Iran nous attaquerait plutôt en matière, peut-être, de cybersécurité
05:00ou est-ce qu'elle enverrait des gens de chez elle, d'Iran, chez nous, en France ?
05:05Comment vous voyez une attaque, concrètement, de l'Iran sur la France ?
05:10Si tant est, elle s'en prenait la France.
05:13Oui, aujourd'hui, je vois mal des attentats, par exemple.
05:17C'est une hypothèse peu probable.
05:21Les attaques de cybersécurité, ça, c'est tout à fait possible.
05:24Ils ont des ingénieurs très compétents.
05:26Oui, mais nous, on est très forts.
05:34Nous, on voit qu'on a des services de l'État qui sont moins compétents que les hackers iraniens.
05:40Donc, nous, on a des failles et eux, ils ont des gens très forts.
05:43Mais une autre manière d'attaquer, c'est ce que fait l'Iran aujourd'hui, c'est de peser sur
05:49le gaz, sur le pétrole
05:50et donc sur les engrais, sur le monde agricole.
05:53Donc là, c'est la guerre via l'énergie.
05:56Parce qu'avec le gaz, vous faites des engrais, donc vous touchez les producteurs de céréales, vous touchez les paysans
06:02et donc vous touchez, en fait, le cœur de l'économie française.
06:06Et c'est ce que fait aujourd'hui l'Iran.
06:08Elle nous attaque via l'énergie.
06:10Alors, un autre pays avait aussi un peu les clés sur l'énergie, c'est la Russie.
06:14Je serais tenté de dire que globalement, quand on a préparé le sujet avec Louis de Ker-Gorlet,
06:19on s'est dit, tiens, il y a quand même la menace, on l'a dit tout à l'heure,
06:23les Russes face à l'Europe qui sont en train de mettre la pression, notamment aux portes de l'Allemagne.
06:28Il y a ces menaces iraniennes.
06:30Alors, si les deux se groupent, effectivement, ça peut être dangereux.
06:34Mais je vous passe la main, justement, Louis de Ker-Gorlet, sur les dernières infos concernant la Russie.
06:39Et l'Europe !
06:40Juste quelques, effectivement, informations.
06:42Alors, ça a été révélé cette semaine par le journal britannique The Telegraph,
06:45qui a donc parlé d'arsenal de drones, un peu des fermes de drones
06:49qui peuvent contenir jusqu'à 1000 appareils à la fois,
06:52et qui sont postées près des frontières, surtout près des frontières biélorusses et ukrainiennes.
06:56Donc, évidemment, on pense au conflit ukrainien,
06:58mais il se trouverait que, en fait, ces drones pourraient aller jusqu'au Royaume-Uni.
07:03Donc, ça pourrait toucher l'entièreté de l'Europe.
07:05Et c'est là qu'arrive ma question, Jean-Baptiste Noé.
07:07Est-ce que, là aussi, il y a lieu d'y voir une réelle menace pour notre pays ?
07:12Oui, déjà, le fait que des fermes de drones soient concentrées à nos frontières,
07:16ça fait déjà peser une menace et ça fait déjà peser une inquiétude,
07:18parce qu'on est bien obligé de se prémunir.
07:21On ne peut pas faire comme s'il n'y avait rien.
07:22Donc, déjà, rien que ça, c'est une menace.
07:24Et ensuite, on voit bien que le problème des drones,
07:27c'est qu'avec quelques petits appareils,
07:29vous pouvez déstabiliser un aéroport, par exemple.
07:32Et on ne peut pas prendre le risque qu'un aéroport comme Varsovie,
07:36Francfort,
07:37ait un accident d'un avion parce qu'il a été perturbé par un drone.
07:42Donc, les drones vont toucher nos fragilités.
07:45Et nos fragilités, c'est notamment le transport aérien.
07:48Il peut aussi y avoir, évidemment, de l'espionnage.
07:51Mais aujourd'hui, c'est surtout de perturber les transports aériens,
07:55d'observer, de faire une pression,
07:58notamment sur des sites sensibles,
08:00des usines, des centrales nucléaires, des usines d'armement.
08:04Et là, vous avez une pression psychologique.
08:06Et là, les Russes sont très bons pour ça.
08:07Pas d'attaque directe, mais une pression psychologique.
08:09Pascal Girald.
08:10Et donc, avec ça, quelle serait notre réplique ?
08:13Qu'est-ce qu'on peut faire quand on se ferme de drones ?
08:15Mettre l'équivalent en face ?
08:17Ou comment vous voyez les choses ?
08:19L'équivalent, non.
08:21Alors, on teste des brouilleurs.
08:23C'est assez efficace.
08:26Mais ça ne fait pas tout.
08:28Il faut arriver à sécuriser les aéroports.
08:31Le problème, c'est que celui qui défend a toujours un temps de retard
08:33par rapport à celui qui attaque.
08:35Donc, dès qu'on a trouvé une parade,
08:38l'adversaire en face a trouvé un autre moyen de nous déstabiliser.
08:41Donc, la solution, elle est fondamentale.
08:44C'est de trouver une résolution au conflit ukrainien.
08:47Et c'est de trouver aussi une manière, un modus vivendi avec la Russie.
08:50On ne peut pas non plus rester indéfiniment avec un pays en guerre
08:55et dans ce conflit larvé entre la Russie et les pays d'Europe.
08:59M'a dit Saïdi.
09:01Oui, moi, j'ai bien l'impression que ce conflit, malheureusement,
09:04ne s'arrêtera jamais.
09:06Moi, j'ai en mémoire Donald Trump qui avait dit
09:09je ne sais plus, en dix jours, ça serait réglé.
09:11Aujourd'hui, on en est à des mois.
09:12Et je n'ai pas l'impression, je ne vois pas d'issue,
09:14ni diplomatique, ni de manière militaire.
09:18Vous pensez que les Russes vont continuer d'attaquer les Ukrainiens,
09:21vous, pendant X temps ?
09:23En tout cas, je ne vois pas la sortie.
09:25On ne voit pas la sortie aujourd'hui.
09:27Avec l'Iran, on ne voit pas de sortie.
09:29Avec la Russie aussi.
09:31D'ailleurs, là, ça fait quelque temps qu'on n'en entend pas parler.
09:33Quelquefois, on a des drones qui reviennent à la charge.
09:36Mais vous, quel est votre regard ?
09:38Est-ce que vous pensez que c'est possible de réconcilier
09:42de peuples qui, finalement, sont si proches ?
09:44C'est presque des cousins germains, des Ukrainiens et des Russes.
09:48Oui, je suis d'accord avec vous.
09:50On ne voit pas d'issue favorable à moyen terme.
09:55Ce qui se dit en Ukraine aujourd'hui,
09:57d'abord, l'armée ukrainienne est affaiblie
09:59et elle a du mal aujourd'hui à contenir les attaques russes.
10:04Vous avez des élections en Russie en septembre.
10:06Et donc, il se dit qu'il y aurait une levée en masse
10:08de 300 000 hommes après les élections.
10:11Reste à voir si ça a vraiment fait
10:12et si les Russes auront les moyens de trouver 300 000 hommes.
10:15En tout cas, les Ukrainiens craignent beaucoup l'hiver.
10:17Et ils craignent une attaque
10:19avec des lignes ukrainiennes
10:21qui sont de plus en plus fragilisées.
10:22Les Russes ne sont pas au mieux non plus.
10:24Pierre-Yves Martin.
10:25Moi, c'était juste une observation.
10:27Dans l'échange qu'on a eu à l'instant,
10:29tous ensemble,
10:31il y a un terme,
10:32il y a un acteur qu'on n'a jamais désigné
10:33qui est l'OTAN.
10:35Et du coup, je m'interrogeais.
10:37C'est une perception que je partage.
10:40J'ai l'impression qu'on raisonne tous nation par nation
10:44et pas OTAN ou même pas encore Europe.
10:50Et il y a peut-être une dimension individualiste
10:55qui est certainement, pour nous, de notre côté,
10:58notre ennemi principal.
11:00Et j'ajouterais, juste en parenthèse,
11:02parce qu'on fait souvent équipe avec Pierre-Yves Martin,
11:04on est bien d'accord,
11:06Jean-Baptiste Noé,
11:07que si jamais les Iraniens envoient quelque chose sur,
11:12par exemple, Chypre,
11:14et que la Russie envoie quelque chose sur,
11:17par exemple, l'Allemagne,
11:18la riposte de l'OTAN,
11:20normalement, elle doit être immédiate.
11:22Ah oui, tout à fait, oui.
11:23C'est un système de défense.
11:26Donc, si un des pays membres de l'OTAN
11:27est directement attaqué par une puissance extérieure,
11:30effectivement, les autres pays doivent lui venir en aide.
11:33Si ce n'est pas le cas,
11:34ça serait de facto la fin de l'OTAN.
11:35Donc, ça serait un signal très négatif
11:38envoyé à nos compétiteurs.
11:40Donc, par rapport à ce que dit Pierre-Yves Martin,
11:43le rôle de l'OTAN
11:44et le rôle de l'Union Européenne,
11:46pour l'instant, on ne s'inquiète pas
11:48parce qu'il va jouer ce rôle.
11:52C'est de la dissuasion, en tout cas.
11:54C'est-à-dire, attention, vous attaquez Chypre,
11:56derrière, vous attaquez la France, l'Allemagne,
11:58le Royaume-Uni, les États-Unis.
12:00La question, c'est jusqu'où on va considérer
12:04qu'il y a eu une attaque
12:05et donc qu'on est prêt réellement à intervenir
12:07et à protéger l'ensemble des pays membres.
12:11Mais c'est sûr que si on ne vient pas en aide
12:13à un allié alors qu'on a un contrat qui nous lie,
12:15là, la rupture de confiance est terrible
12:17et donc ça ronde toute crédibilité.
12:19Et l'Iran, qui s'associera avec la Russie ?
12:23C'est déjà le cas.
12:24Dans les faits, c'est déjà le cas,
12:25notamment pour l'exportation du pétrole,
12:27pour l'armement,
12:29avec la Corée du Nord également.
12:30Donc on a ces alliances qui se font
12:33et ces axes qui sont en train de se créer.
12:35On n'est pas au mieux, Louis de Caire-Gorlet ?
12:36Voilà, exactement.
12:37Je pense que s'il y a un mot à retenir,
12:40Jean-Baptiste Noé, vous l'avez dit tout à l'heure,
12:41c'est vraiment des conflits larvés.
12:43On a du mal à en voir le bout.
12:45Donc espérons que ça puisse se résoudre dans les prochains mois.
12:48Merci Jean-Baptiste Noé, directeur de la revue.
12:51Merci à vous, conflits.
12:52Exactement, conflits, tout à fait.
12:54Vous revenez avec vos infos en plus chaque jour,
12:57cher Louis de Caire-Gorlet,
12:59mais essayez de venir avec des réponses aussi.
13:04Bon, vous savez quoi ?
13:08Dans un instant, on va jouer
13:09avec notre auditeur fil vert, fil rouge, etc.
13:13On va vous tester un peu sur l'actualité.

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